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Full text of "Notes de philologie wallonne"

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JULES FELLER 



NOTES DE PHILOLOGIE WALLONNE 



JULES FELLER 



NOTES 



DE 



PHILOLOGIE WALLONNE 



°i 



1912 

IMPRIMERIE LIBRAIRIE ANCIENNE 

H. VAILLANT-CARMANNE HONORÉ CHAMPION 

(S. A) EDITEUR 

8. RUE St-ADALBERT. 8 5. QUAI MALAQUAIS, 5 

LIÈGE PAR,S 



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H 



JUL 2 81967 

Y OF 




Ce volume réunit les principales études que M. Jules Feller 
a consacrées à la philologie wallonne. Il est publié sur l'initiative 
de la Société Verviétoise d'Archéologie et d'Histoire et de 
Verriers-Athénée, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire 
d'enseignement de M. .1 . Feller. 

Le Comité organisateur : 

Ed. Peltzer de Clermont, 

Président d'Imnueur. 

Km. Fairon 
L. Foulon 
H. Gobbels 
G. Hennen 
Em. Jaeghers 
A. Weber. 



COMITE DE PATRONAGE 



Dieudonné Brouwers, conservateur des Archives de l'État à 

Namur. 
\. Cley< m ns, professeur honoraire de l'Athéuéede Verviers. 
Oscar Colson, directeur de Wallonia. 
Guili m mi Crutzi \. professeur à l'Athénée d'Anvers. 
Camille Gillet, professeur à l'École supérieure des Textiles, 

membre de la Commission de la Bibliothèque communale 

de Yit\ iers. 
El gène Gillet, professeur à l'Athénée de Verviers. 
Oscar Grojean, conservateur-adjoint à la Bibliothèque royale, 

secrétaire de la Société pour le progrès des études philo- 

logiqu.es et historiques. 
Jean Haust, professeur à l'Athénée de Liège, secrétaire de la 

Société de Littérature wallonne. 
Nicolas Lequarré, professeur émérite de l'Université de Liège, 

président de la Société de Littérature wallonne. 
Eugène Monseur. professeur à l'Université libre de Bruxelles. 
Henri Pirenne, professeur à l'Université de Gand, directeur de 

la Renne de l'Instruction publique en Belgique. 
Jean Roger, conseiller provincial, directeur de la Revue 

wallonne. 
Maurice Wilmotte, professeur à l'Université de Liège, directeur 

de la Renne de Belgique. 
Victor Wittmann, professeur à l'Athénée d'Ixelles, secrétaire de 

la Fédération des professeurs de l'Enseignement moyen 

officiel. 



LISTE DES SOLSCFIPTEL 



Miov PERMANENTE DI IA ; 

Mims: ère des Sciences 
Ville i>k Lri G 

Vn.i e de Ver 1 . 



AnhhkR" - ue <lu l'ont Léopold, H 

\. Henri, docteur en médecine, rue du Palai-. u. Verriers. 
Arnold, < >scar. |irofessear honoraire, rue - 22. Verriers. 

Balac, Sylvain, membre de la Commis* île d'Histoire, cure a 

Pepinster. 
Rarzin. Léopold, étudiant, rue du Mai 

Pierre, rue Haute Mezelle. Verriers. 
Bastin. Joseph, al>lȎ, r a l'Institut Saint-Joseph, Dolhain. 

Kastin. Paul, rue Laourettx, Verviers. 
Hwcit. Alphonse, professeur a l'Université, rue «les Joyeuses Entrées. 126, 

Louvain. 
Reaipain. Marcel, avocat, place du Mar - 

Reaipain. Mathieu, place «lu Marché. 4">- Vervit - 
Behrkns. I) r I).. professeur a l'Université. Wîlhelms sse, 2 G --en. 

- A., rue <le Dison, Vervier-. 
Beri.ierk. R.-P.. iloni Ursmer, membre de la Commission royale d'Histoire, 

à l'abbaye <k- Maredsous. 
Bertrand, J., préfet de- études à l'Athénée royal. Arlon. 
BÉTHCNE, baron François, professeur à l'Université, rue 

Louvain. 
Bettonville, Alphonse, industriel, château des Tourelles, Petit-Rechain. 

RlBI K'THEQIE 1 <>MMl NAIE DE VERVII - 

Rirnbaum. V.. professeur à l'Athénée : on. 

Ri.tTZ. Gustave, rue des Villa-. Vervh - 

Bodart, Maurice, professeur à l'Ecole supérieure des Textiles ssée de 

Heusy, 190. Verviers. 
Rody. Albin, archiviste, à Spa. 
Rûinem. Jules, professeur a l'Athénée royal, chaussée de Willemea 

Tournai. 
Roi and. Mathieu, notaire, rue de Rome. 10. Verviei - 
BoNJEAN, Albert, avocat, rue du Palais. 124- Verviers. 
BOCHY, Jacques, professeur de chant, rue Defays. 7. Pepinster. 
Bouillenne, Victor, échevin, rue de la Paix. 17. Verviers. 
Boclrouule, L., professeur à lAthéné - 



— X — 

|{(>\ n , L, docteur en médecine, à < >uffet. 

Bci ens, l'i erre Joseph, professeur à l'Athénée r<>\ al, boulevard Léopold, 75, 

rournai. 
Brictei \. Auguste, professeur à l'Université de Liège, Flémalle-Haute. 
Brouwkrs, Dieudonné, conservateur des archives de l'État, rue Lelièvre, 

\annir. 

Brunot, Ferdinand, professeur ;i la Sorbonne, rue Leheveux, 8, Paris. 

Cajot, Alphonse, professeur à l'Athénée royal, nie «le Séroule, ;». Verviers 

Centner, Charles-Robert, industriel, avenue Victor-Nicolaï, 5o, Heusy. 

Centner, Paul, ingénieur, à Seraing. 

Centner, Robert, industriel, à Lambermont. 

Cercle pédagogique de Verviers. 

Cercle Verviétois de Bruxelles. 

Cerexhi . Jules, rue des Messieurs, p>. Hodimont. 

Charlier, Alfred, professeur à l'Athénée du Centre, place Communale, 28, 

La l lestre. 
( harlier, François, rue de l'Harmonie, (>4. Verviers. 
CHARI 1ER, Henri, docteur en médecine, à Borgoumont. 
Chai \in, Victor, professeur à l'Université, rue Wazon, ."><>, Liège. 
Chevalier, Joseph, professeur à l'Athénée royal, Anvers. 
Ci 1 yckens, A., professeur honoraire, avenue Royale K"-.\larie. 5, Bruxelles. 
Cloots, Louis, professeur à l'Athénée royal, rue Lemarchand, 4i< Heusy. 
Cot Q, Fernand, membre de la Chambre <les Représentants, rue de l'Arbre- 

Bénit, 32, Ixelles. 
Cohen, Gustave, docteur en phil. romane, rue Chasseloup. 7, Paris, XV. 
Collomb, André de, rentier, Ënsival. 

Colson, Oscar, directeur de Wallonia, rue Fond-Pirette, 14^. Liège. 
(oui, M., régente à l'École moyenne de l'État, rue de la Concorde, 53, 

\ ci\ iers. 
Corbey, Victor, docteur en médecine, rue Delporte, 18, Tirlemont. 
Counson, Albert, professeur à l'Université, boulevard des Hospices, i52, 

< i.iud. 
Coi rtoy, Fernand, conservateur-adjoint des Archives de l'État, boulevard 

Frère-Orban, i>. Namur. 
Cozier, Joseph, professeur a l'École moyenne de l'État, rue de Liège, Ko. 

\ 'er\ iers. 
Cremer, Alfred, ingénieur aux Usines de Biache, Saint-Vaast. 
Cremer, Auguste, rentier, château de Petaheid, Hodimont. 
Cri 1/1 \. Emile, professeur à l'Athénée communal de Saint-Gilles. 
Cri i/iv François, industriel, avenue du Jardin-Ecole, '5i>. Dison. 
Cri l'ZEN, Guillaume, professeur à l'Athénée royal, rue Verte. 82, Anvers. 
Cri i'zen, Nicolas, industriel, avenue du Jardin-Ecole, 4°> Dison. 
Cumont, Frantz, professeur à l'Université, rue Montoyer, 7">, Bruxelles. 
I) V.rchambi m . Célestin, receveur des contributions, Francorchamps, 
D Avignon, .iules, professeur à l'Athénée royal, rue de l'Évèque, -24. Anvers. 



— XI — 

Davister, Guillaume, libraire, rue du Marteau. n5, Verviers. 

DechesnE, Prosper, juge au Tribunal de première iustance, Liège. 

Defays, Lucien, avocat, rue du Palais, 56, Verviers. 

De<;ey. Henri, rentier, rue des Villas, lit. Verviers. 

Dejardin, Adolphe, étudiant, rue «le Liège, Verviers. 

Dejardin, Léo. étudiant, rue Rogier, 33, Verviers. 

Delkortkie, Georges, étudiant, rue Tranchée, 35. Verviers. 

DEMOULIN, Charles, rue Godin, 21, Ensival. 

Demoulin, Hubert, professeur à l'Athénée royal, rue des Villas, 6, Fluv. 

DEMOOMN-GOHY, Maurice, avenue Hanlet. 12, Verviers. 

DemouI/IN, Victor, constructeur, rue Neuve. Dison. 

Depuessedx, Henri, entrepreneur, rue Calamine. 53, Stembert. 

Depresseux, Jean-Nicolas, place de l'Abattoir, 23, Verviers. 

Derchain, Philippe, avocat, rue de la Concorde, Verviers. 

Deku-Simus, Alexandre, chaussée de Heusy, 199, Verviers. 

lu 1 \i ans. Théophile, avocat-avoué, rue du Midi. 24. Verviers. 

Despa, Justin, industriel, rue de Bruxelles, 3o, Verviers. 

Detim.ei \. Servais, à Heusy. 

Dewert, .Iules, professeur a l'Athénée royal, Ath. 

DEWEZ, Emile, industriel, rue du Palais, i$j. Verviers. 

Di.wi.z. Fanny, rue Bidaut, 2. Verviers. 

Dewez, Mariette, rue Bidaut, 2, Verviers. 

DiscAïu.r.s. Krnest, membre de l'Académie royale de Belgique, avenue 

Louise. 4f)2, Bruxelles. 
DOMBART, Marcel, étudiant, rue Sur le Tombeux, Stembert. 
Dony, Emile, professeur à l'Athénée royal, rue «le la Réunion, 1, Mons. 
Dony. Léonce, professeur à l'Athénée royal, rue Delescluze, 25, Bercheni- 

Anvers. 
Doutrepont, Auguste, professeur a l'Université, rue Fusch, 5o, Liège. 
Doutrepont, Charles, professeur a l'École des Cailets. avenue de Sal- 

zinnes. S2, Namur. 
Doutrepont. Georges, prof, a l'Université, rue des Joyeuses Entrées. 2»i. 

Louvain. 
Driessen. Emile, étudiant, rue de Bruxelles, 85, Verviers. 
Drdmeatjx, Arthur, préfet des études honoraire, avenue delà Couronne. 191, 

Bruxelles. 
Dubois. René, secrétaire communal, Iluy. 
Duchesne. Alfred, docteur en philosophie et lettres, rue Vanderkindere, 

Uccle. 
Duchesne, Eugène, professeur à l'Athénée royal, rue Naimette, Liège. 
Duckertz, François, professeur à l'Athénée royal, Verviers. 
Dleskerc;, Albert, architecte. Heusy-Verviers. 
Dumont, F., ihier de Cornillon, Bressoux. 
Dumont, Henry, professeur à l'Athénée royal d'Ixelles, rue Montoyer. 66, 

Bruxelles. 



XT1 — 

Rrnst, Gustave, notaire, Dolhain. 

Etienne, Isidore, pharmacien militaire, nie de l'Harmonie, ri, Verviers. 

Fabritius, <).. professeur à l'Athénée royal, Arlon. 

Fabry, François, rue Wilson, '>;>, Bruxelles. 

Fairon, Kniilo, conservât eur-adjoinl des Archives de l'État, Pepinster. 

Fassotte, Noël, instituteur en chef, place Neufmoulin, .3.3. Dison. 

FAYEN, Louis, avenue de Spa, :>5, Verviers. 

l'i i.i i wi •:. Prosper, imprimeur, rue du Collège, 5o, Verviers. 

Fei/terre-Lenain, Remacle, peintre, rue de la Colline, 18, Verviers. 

FETTWEISS, Albert, étudiant, rue de Limbourg, <S, Verviers. 

FONSNY, Henri, étudiant, rue de Bruxelles, 91, Verviers. 

Fontaine, Marie, directrice de l'École moyenne de l'État, rue des Ecoles. 19, 

Verviers. 
Fonthier, Félix, professeur à l'École normale de l'État, rue Donckier, 25. 

Verviers. 
FONTIGNY, Edouard, professeur à l'École supérieure des Textiles, rue du 

Palais, 56, Verviers. 
FOULON, L.. professeur a l'Athénée royal, Verviers. 
Fraxsskn, Gérard, employé, AVegnez. 
Franz. Arthur, 1)' phil., Keplerstrasse, <), Giessen. 

Fredericq, Paul, professeur à l'Université, rue des Boutiques, 7, Gand. 
Gaidoz, II., directeur à l'École des Hautes Etudes, rue Servandoni, 22, 

Paris. 
Gens, Emile, professeur honoraire de l'Athénée royal de Verviers. 
Gihoul, Isidore, professeur, Mont-Dison. 
Gilbart, Olympe, publiciste, rue Fond-Pirette, 77, Liège. 
GlIJCINET, Alfred, professeur à l'Université, rue Renkin, Liège. 
GlLLET, Alfred, étudiant, avenue de Spa, 19, Verviers. 
GlLLET, Camille, professeur à l'École supérieure des Textiles, avenue de 

Spa. 10, Verviers. 
GlLLET, Eugène, professeur à l'Athénée royal, rue du Brou. Verviers. 
GlLLET, Mathieu, rue Grandjean, 4o, Verviers. 
GôBBELS, Henri, junior, rue de Liège, 56, Verviers. 
GOEDERS, Auguste, secrétaire-surveillant de l'École supérieure des Textiles 

de Verviers. 
GOEMANS, L., inspecteur général de l'enseignement moyen, avenue Royale 

Sainte-Marie. Bruxelles. 
GOHY, Jules, professeur au Collège communal de Virton 
GOIRE, Joseph, employé, boulevard du Jubilé, 87, Bruxelles. 
Gorissen, Emile, professeur à l'Athénée royal, rue du Palais, 38, Verviers. 
GRANDJEAN, Alfred, fils, rue du Collège. Verviers. 
GRANDJEAN, Henri, avocat-avoué. Verviers. 
GRAVEN, Pierre, rue de Ilodimont, Verviers. 

Grégoire, Antoine, professeur a l'Athénée royal, agréé a l'Université de 

Liège, rue des Crépalles, \\). Huy. 



— xm — 

Grenade, Albert, négociant, rue de Limbourg, 3. Verviers. 

Grojean, Oscar, conservateur-adjoint à La Bibliothèque royale, avenue 

Brugmann, Uccle. 
Grosjean, Edmond, pharmacien, avenue de Spa, i3, Verviers. 
Grosjean, Léonard, professeur à l'École supérieure des Textiles, Verviers. 
Gùnther, Charles, docteur en sciences phj siques et mathématiques, chaussée 

de Heusy, i">4- Verviers. 
Gordal, Auguste, pharmacien, rue Saint-Rem a cl e, 34. Verviers. 
Sans, II.. docteur en médecine, rue de Dison, V T erviers. 
Hansenne, Jean, attache a la Bibliothèque royale, rue Américaine, 140. 

Ixelles. 

Hansez, Adolphe de, avocat, Theux. 

Harroy. Léonie, régente de l'École moyenne de l'État, rue Laoureux, 22 

Verviers. 
Badst, Jean, professeur à l'Athénée royal, rue Fond-Pirette, 75, Liège. 
Henen, Mathieu, professeur à l'Athénée royal, courte rue de l'Autel. 10. 

Anvers. 
Bennen, Guillaume, attache aux Archives de l'Étal à Liège. 
H ENS, Joseph, auteur wallon. Yielsalin. 

Hombert, Joseph, professeur à l'Athénée royal, rue Marnix, ai, <laud. 
H01 HKN. Henri, industriel, avenue de Spa. 82, Verviers. 
Hodben, Louis, étudiant, rue du Palais, -\, Verviers. 

HDBY, Edouard, employé aux Ponts et (haussées, rue Mangomhroux, Heusy. 
IL 1 .1 .EN, Ilerinann. rue Armand Simonis. a3, Verviers. 
Hdveneers, Victor, rue de Namur, 14. Verviers. 
Institut Archéologiqi i. Lu geois. 

ISERENTANT, professeur a L'Athénée royal. Malines. 
Jacqi es, Victor, professeur à l'Athénée royal, rue Bassenge, ">i>. Liège 
Jaeghees. Ein.. place des Minières, Verviers. 
Jenicot, Willy, étudiant, place Verte, 38, Verviers. 
JEDNEHOMME, Léon, instituteur. Flemalle-Ilaute. 
JOPKEN, Ernest, préfet des études honoraire, rue Rioul, 5, Iluy. 
JUSTICE, .Jean, professeur à l'Athénée royal, chaussée de Bruxelles, 74. 
Ledeberg-Gand. 

Kavskk. Walter, étudiant, rue Grandjean, i3, Verviers. 

Koumoth, Armand, professeur à l'Athénée royal, rue d'Ensival, G. Verviers. 

Lacroix. Edmond, professeur, place des Minières. Verviers. 

Lacroix, Léon, imprimeur. Pont-aux-Lions, 17, Verviers. 

Lahaye, Mathieu, rue de Verviers. 2Ô. Disou. 

Lallemand, Alexis, prof, honoraire de L'Athénée royal, rue de Locht. 70, 
Bruxelles. 

Lambotte, Emma, rue Louise, 28, Anvers. 

Laxg, Joseph, industi'iel. rue du Palais, 112, Verviers. 

Lecat. Eimest. rue Henripré, Verviers. 

Leclercu.. Jean-Jacques, rue du Prince, 20, Verviers. 



XIV — 

Leclère, Constant, professeur à L'Athénée, rue des Vennes, 282, Liège. 

Lecocq, A.uguste, instituteur, rue Longue. 124, Dison. 

Lefèbvre, Alphonse, notaire, rue du Midi, Verviers. 

Lejear, Jean, docteur en médecine, rue Laoureux, ">4. Verviers, 

Lejear, Jean, architecte, rue Saucy, 19, Verviers. 

Lejeune, ALard, docteur en médecine, rue Laoureux, 11, Verviers. 

Lejeune, Jean, auteur wallon, villa du Rogier-Thier, Jupille. 

LELARGE, Gustave, professeur à l'Ecole supérieure des Textiles, rue des 

Minières. 3i, Verviers. 
Lequarré, Alphonse, professeur honoraire de l'Athénée de Verviers, à 

Retinne. 
LEQUARRÉ, Nicolas, professeur émérite de l'Université de Liège, président 
de ia « Société de Littérature wallonne », rue André-Dumont, 37, Liège. 
LHONEUX, Joseph, professeur à l'Athénée royal, rue Coupure, <>i. Gand. 
Li ban Clokk, de Namir. 

Liégeois, L., instituteur en chef pensionné, Hollogne-aux- Pierres. 
Lierneux, Ainédée, étudiant, rue de Bruxelles, 98, Verviers. 
Lieutenant, Henri, rue de la Concorde, Verviers. 
Limbourg, le chevalier Philippe de, Theux. 
Lobet, Léon, ingénieur, rue du Palais. i38, Verviers. 
Loge (la) « Le Travail », Verviers. 
Lonchay, Henri, professeur à l'Université, rue Van de Weyer, 38, Schaer- 

beek-Bruxelles. 
Lundy, Joseph, étudiant, rue de Bruxelles, 108, Verviers. 
LURQUIN, Auguste, percepteur des Postes, Verviers. 

MAGNETTE, Félix, professeur à l'Athénée royal, rue Saint-Gilles, 'r>8. Liège. 
Marchand, Arthur, sous-chef de station, rue Bidaut, ;><). Verviers. 
Marcotte, Eugène, place du Centre, 5, Verviers. 
Marcotte, Paul, place du Centre, 5, Verviers. 
Marcotte, Victor, rue Laoureux, Verviers. 
Maréchal, Alphonse, professeur à l'Athénée royal, rue de Dave, 54, Jambes- 

lez-Namur. 
Maréchal, Maurice, directeur de l'Ecole moyenne de l'État, Waremme. 
Marneffe, Alphonse, professeur à l'Athénée royal, rue Léanne, 27, Namur. 
Massange, Jean, industriel, Stavelot. 

Massart, Oscar, docteur en médecine, rue Maréchal, Ensival. 
MASSON, Antoine, professeur à l'Athénée royal, rue Pasteur, 14. Liège. 
Masson, Emile, ingénieur, avenue Peltzer, 21, Verviers. 
Materne, Oscar, préparateur à l'École supérieure des Textiles. Verviers. 
\1 \ 11111.1 , Edouard, rue de la Montagne, 45, Verviers. 
MAURY, Alfred, professeur à l'École moyenne de l'État, rue de Liège, 59. 

Yt'i\ iors. 
MELEN, Eugène, avocat, rue du Palais, 118. Verviers. 
Merten, J., professeur à l'Athénée royal, Verviers. 
Mi 1 i;e.\s, Gérard, professeur à l'Athénée royal, rue de l'Église. 1 37. Anvers. 



XV — 



Michel. Charles, professeur à l'Université, avenue Blonden, 42, Liège. 

Michel. Emile, professeur à l'Athénée royal, Chimay. 

Michel, Victor, instituteur, rue d'Anvers, 10, Verviers. 

Michoel, Fr. -Antoine, instituteur en chef honoraire. Sart-Iez-Spa. 

Moi.inghex. Edmond, ingénieur, rue Allard, Marcinelle. 

Moi.ixghex, Emile, professeur à l'École supérieure des Textiles, rue de la 

Paix. Verviers. 
MoLINGHEN, Gérard, employé, avenue des Rogations. S9, Bruxelles. 
MoLiXGHEN. P.-A.-J., chef de bureau. Pepinster. 

Moi.iioK. Lucien, professeur à l'Athénée royal, quai Mativa. S. Liège. 
Monsei k, Eugène, professeur à l'Université, avenue Milcamps, 7"), Bruxelles. 
MORAY, Servais, commis des chemins de fer, rue d'Andrimont, G8, Dison. 
Mullexdorii . Eugène, bourgmestre, place des Minières. 102. Verviers. 
Miller. Gustave, rue Lambert-, 28, Welkenraedt. 
Navaux, Maurice, rue des Villas. Verviers. 

Nicaise, Maurice, professeur a l'Athénée royal, rue de la Culture, 24. Ixelles. 
NlSSENNE, .Iules, employé, rue Renkin. 17. Verviers. 
Nissenne, Jules, entrepreneur, rue Laoureux, Verviers. 
NOKIN, Jean, marchand de laines, rue aux Laines, 41, Verviers. 
Oger, Adrien, conservateur du Musée archéologique, Namur. 
Ophovex, Léon, Stavelot. 

Parmentier, Léon, professeur à l'Université de Liège, Hamoir-sur-Ourthe. 
Patar, IL, docteur en médecine, rue de Linthout. i(i(j, Etterbeek. 
Pauliis. Charles, rue des Villas, Verviers. 

PECQUEUR, Oscar, professeur à l'Athénée royal, rue des Anglais. i(i, Liège. 
Peltzer, Pierre, étudiant, rue de la Station. 9, Verviers. 
Peltzer de Clerraont, Edouard, sénateur, Verviers. 
Peltzer de Rossius, Georges, industriel, Verviers. 

Peuteman. Jules, homme de lettres, 34. route de Lambermont, Verviers. 
Pietkln. Nicolas, curé à Sourbrodt (Prusse Rhénane). 
Piette, Henri, étudiant, rue Renkin, 23, Verviers. 
PlGEOLET, F., professeur à l'Athénée royal, Anvers. 
Pinto. le comte F. de. propriétaire. Maison-Bois, Ensival. 
Pirari). Louis, échevin de l'Instruction publique, rue de l'Escalier. 6, 

Verviers. 
Pirexne. Emile, rentier, rue des Vieillards, 8b, Verviers. 

PlREXXE. Henri, professeur à l'Université, rue Neuve Saint-Pierre. [2G, Gand. 
Pirexne, Maurice, conservateur du Musée communal, Verviers. 
Poetgexs, Guillaume, expéditeur, rue Tranchée, 107, Verviers. 
Poetgexs. Henri, rue Repos du Roi, 3, Verviers. 
Polis, J.-M., industriel, avenue du Chêne, 195, Heusy. 
Polis. Sébastien, employé, rue du Progrès, 20, Verviers. 
Preudhomme, Léon, professeur à l'Université, rue Nassau, 4, Gand. 
Raxdaxhe, S., docteur en médecine, rue César Franck, 63, Liège. 
Redixg, J. -P. .professeur à l'Athénée royal, rue Km. Banning, 5<), Ixelles. 



— XVI — 

REMOUCHAMPS, J.-M., avocat, boulevard d'Avroy, 280, Liège. 

Ri< «elle, osée, employé, rue Renkin, 25, Verviers. 

RIVIÈRE, Hubert, professeur à l'Athénée royal, Longue rue Van Ruus- 

broec, 110. Anvers 
ROGER, Jean, industriel, rue de Fragnée, i55, Liège. 
ROSMANT, Fernand, étudiant, rue de Liège. 82. Verviers. 
ROUILLER, Charles, agent de la Banque nationale de Belgique, Verviers. 
ROUMEN, Henri, professeur à L'Athénée royal, rue des Agneaux. 8. Anvers. 
Ruhl, Gustave, avocat, membre correspondant de la Commission royale des 

Monuments, boulevard d'Avroy, G7, Liège. 
SAGE Henry, professeur à l'École française de Droit au Caire, rue Km ma 

N'iel, Paris. 
SAGEHOMME, Léon, receveur de la ville de Verviers. 
SASSERATH, Simon, avocat, rue Crespel, 24, Bruxelles. 

Scharff, Paul, professeur à l'Athénée royal, rue de Kinkempois, 4:!. Liège. 
Schauer, Louis, étudiant, rue du Centre, 91, Verviers. 
Schouten, M., professeur à l'Athénée royal, rue Haringrode. 43, Anvers. 
Semertier, Charles, pharmacien, rue Sainte-Marguerite, Liège. 
Simon, Constant, professeur à l'Athénée royal, rue Bidaut. 22, Verviers. 
Si, use, René, professeur à l'Athénée royal, chaussée de Heusy, 204, Verviers. 
Société d'Archéologie de Namur. 
Société Verviétoise d'Archéologie et d'Histoire 
Spinhayer, Jules, échevin des Travaux publics, Verviers. 
Stappers, Jeanne, régente à l'École moyenne de l'Etat, rue des Villas. 

Verviers. 
Stiels, Arnold, sub 1 Auditeur militaire, rue S' Adalbert, 5, Liège. 
Thibert, Constant, chirurgien-oculiste, rue des Célestines. G, Liège. 
Thibert, Jean, chef d'école honoraire, Sart-lez-Spa. 
Thimister, Dieudonné, pharmacien, rue Maréchal, Ensival. 
Thirion, Charles, architecte, rue Tranchée, 14. Verviers. 
Thomas, Antoine, professeur à l'Université de Paris, avenue Victor-Hugo, 

3;>, Bourg-la- Reine 
Thomas, Paul, professeur à l'Université, rue Joseph Plateau. Grand. 
ThÔNET, Jules, juge au Tribunal de Verviers, rue de l'Académie, 24. Liège. 
Tihon, Fernand, docteur en médecine, rue de la Chaussée, Theux. 
Tombeur. Fr., prof, à l'Athénée royal d'Anvers, avenue de la Princesse 

Elisabeth. 5i, Schaerbeek. 
Tourneur, Victor, professeur honoraire, rue des Minières, 127, Verviers. 
Tourneur, Victor, conservateur-adjoint à la Bibliothèque royale, rue 

Defacqz, 98, Saint-Gilles (Bruxelles;. 
TyoO, Hyacinthe, surveillant à l'Athénée, rue des Gémeaux. 3a, Anvers. 
Vai. kmin, Georges, préfet des études à l'Athénée royal, rue Cottrel, 34, 

Tournai. 
V vNDERLlNDEN, Ilerinan. professeur à l'Université de Liège, rue de Tirlemont, 
Louvain. 



— XVII — 

Van DoOREN, .)., professeurà l'Athénée royal. Arlon. 

Van de Vkld. Ernest, directeur-éditeur de la Bibliographie de Belgique. 

avenue de la Brabançonne, 12. Bruxelles. 
Van OlRBEEK, professeur honoraire île l'Athénée de Liège, Brusthem. 
Van Pee, Paul, docteur en médecine, Hodimont. 
Van Veerdeghem, F., professeur émérite de l'Université de Liège, rue de 

Chestret, 6, Liège. 
VERCODLLIE, J.. professeur a l'Université, rue aux Draps, Gand. 
Verken, François, étudiant, avenue Ilanlet, 25, Heusy. 
Verviers-Athénée. 

Vom IIai.kn. Léon, directeur de fabrique, Czestochowa (Pologne russe 1. 
Wai < omoni, Thomas, professeur à l'Athénée royal de Mous, Nimy-lez- 

Mons. 
Wattiez, Adolphe, président de la « Ligue Wallonne du Tournaisis ». rue 

de Courtrai. 2V Tournai. 
WAUCQTJEZ, Henri, professeur a l'Athénée royal, rue de la Brasserie, 12, 

Ixelles. 
WAUTERS, Joseph, professeur à l'Athénée royal, Ixelles. 
\\ 1 i;i:h. Armand, ingénieur-opticien, place du Martyr. 55, Verviers. 
Weber. Armand, médecin-oculiste, place du Martyr, Verviers. 
Weerts, Fernand, étudiant, rue du Brou, 6i, Verviers. 

WEISGERBER, Ernest, prof, à l'Athénée royal, rue de Liège, 34, Verviers. 
Wéve, Louis, directeur de l'École supérieure des Textiles de Verviers. 
Wii.motth. Maurice, professeur à l'Université de Liège, rue de Pavie, 4°- 

Bruxelles. 
Wirth. Alfred, pharmacien, rue Crapaurue, Verviers. 
Wisimus. Jean, rue de Namur, 3, Verviers. 

WlTMEUR, Emile, professeur à l'Athénée royal de Liège, Jupille. 
WiTT.MANN. Victor, professeur à l'Athénée royal, rue Guillaume Stocq, 34, 

Ixelles. 
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1 07- 1 4- ■ -4 1 -4'' ; I e année, 1909, 177-183; 5 e année, 1910,29-35,53-57, 197- 

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Phonétique du gaumais et du wallon comparés, KSLW. t. 37, 1N97, 

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Rapport à la même Société sur le 4' concours de 1897 : Listes de mots omis 
dans les dictionnaires inallons, BSLW, t. '59. 1899. pp. 5-1 I. 

Rapport à la même Société sur le 3 e concours de 1899 {Syntaxe wallonne 
d'Au red Ch irlier), BSLW, t. 43, 1903. 255-266. 

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Rapport à la même Société sur le 3* concours de 1901 : Su/fixes wallons, 
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Rapport sur six travaux de lexicologie envoyés hors concours en 1902, 
BSLW, t. 4"'. [go5, pp. 271-83. 

Rapport sur l'étal de la Philologie wallonne, au Congres wallon de Liège 
en i9o5;dans Wulloniu. t. XIII, 190"). pp. 382-38g ou dans le Compte rendu 
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Le français en regard des dialectes romans dans le Nord-Est, rapport au 
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(Cf. su/ira. Philologie française). 

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dants, questionnaires systématiques et questionnaires alphabétiques, articles 
d'étymologie et de sémantique, chroniques de philologie et de toponymie. 
(Co-auteurs : Ait;. Dodtrepont, .1. Haust, IL Simon, abbé .1. Bastin, 
A.RILLE CARLIER, S. U.wi.wiu. etc.) 

Rapport sur le 7'-' concours de 1904 : ai Glossaire régional. BSLW. t. 49- 
1 9°~: PI»- 1 4- » " x 4- * ' ; D ) Vocabulaire du règne végétal à (,'00, ibid., pp. 161-107; 
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Rapport sur le Dictionnaire wallon, au XXI e Congrès de la Fédération 
archéologique et historique de Belgique, tenu à Liège en 1909. Publié au 
t. II des Annales du XXI e Congrès, pp. 1 76- 199. 

Quelle place le wallon doit-il occuper dans l'enseignement du français en 
Belgique romane ? (Cf. supra. Pédagogie). 

Édition du Glossaire de Fosse, d'Al'G. LURQUIN, BSLW, t. 52, 1910, 
pp. 105-173. 

Note sur le mot cirion, U'alloniu. t. XVIII, 1910. P- 174- - mosan ou 
meusien. ibid., p. 334- 



— XXVI — 

L'origine du wallon, dans u" Noël de VAide mutuelle de Verviers, 1909- 

Le chai volant de Verviers, satire en dialecte verviétois de 164.1, texte. 
introduction et notes, dans BSVAH, t. XI, 1910, pp. 73-111. 

Chroniques sur la philologie du dialecte lorrain. BDW, 4 e année, i;)o<), 
PI). 67-68; 6 e année, 1911, pp. 58-6i. 

( Toponymie et Anthroponymie. 

Rapport sur le concours de 1896, Xoms de lieux, BSLW, t. 3H, 1898, 

pp. 19-26. 

Les noms de lieux en -ster, étude et lexique, BSVAH, t. Y, i<)o4, p. i-i44- 

Conférence sur l'origine et la signification des noms propres de personnes 
spécialement en pays wallon, dans Chronique de la Société veruiétoise d'ar- 
chéologie et d'histoire, année 1905-6, pp. 77-!)"' 

Pour la toponymie wallonne, BDW, 2 e année, 1907. pp. 1-12. 

Rapport sur le 10'' concours de 1906, Glossaires toponymiques de Jamoigne 
et de Forges-lez-Chimay, BLSW, t. 5i, 1909, pp. i>45-25i. 

Rapport sur le 11 e concours de 1907, Glossaire toponymique de la commune 
de Beaufays, BLSW, t. 52, 12 e partie, 1910, pp. 189-193. 

Chronique de la toponymie, BDW, 3 e année, 1908, pp. 117-120; f \ v année, 
1909, pp. 65-67; U e année, 1911, pp. 54-58. 

L'état des études toponymiques en Belgique, rapport présenté au XXL 
congrès de la Fédération archéologique et historique de Belgique, tenu à 
Liège en 1909. Imprimé dans les Annales du XXI e Congrès, pp. 83i-853. 

Rapport sur le 11 e concours de 1908, Toponymie de la commune d'Ayeneux, 
BSLW, t. 53, 2 e partie, 325-332. 

Le suffixe toponymique -han, étude et lexique. BSVAH, t. XI, 191 1, 
pp. 245-321 . 

Folklore. 

Collaboration au Questionnaire de Folklore wallon, 1891. paru sous la 
direction d'EuGÈNE MoNSEUR. 

Les superstitions populaires, neuf articles parus dans le .Journal des 
Soirées populaires de Verviers, n° du 12 avril 1891 et suivants. 

C. r. de : Albert Meyrac, Traditions, coutumes, légendes et contes des 
Ardennes (françaises) ; BFW, t. I, 1891, pp. 62-(i(j. 

Flore populaire wallonne, dans BFW, t. I, 1891, pp. if>4 172; t. I, [892, 
pp. 203-224. 277293; t. II, 1893, pp. 101-122; t. II, 1S9"). pp. 207-218, 
293-309. 

C. r. de : GEORGE-LAURENCE GOMME, The village community, BFW, t. II, 
[893, pp. 162-165. 

C. r. de : W. Sgiiwarz, Xachklange pràhistorischen Yolksglaubens im 
Homer. BFW, t. IL i8<)5. pp. 282-285. 

C. r. d'ouvrages <le : JULIO Camus, Réceptaire français du XIV siècle, - 
Les noms de plantes du Liure d' Heures d'Anne de Bretagne, — Historique des 



— XXVII — 

premiers herbiers. — Un manuscrit namurois (noms de plantes) du XV siècle 
BFW, t. II. 1895, i>]>. 367-371. 

C. r. de : EUG. Rolland. Flore populaire, t.I er , BFW, t. III. 1898, pp. 5o-52 

('. r. de : E. PÂQUE, De olaamsche nolksnamen der planten van Belgiè 
BFW, (. III, 1898, pi». r >i>--»4. 

Collaboration a la Flore populaire d'EuGÈNE Rolland, 1. II à VIII, et à la 
Faune populaire, t. VIII, IX. XI. XII el XIII. publications eontinuées par 
Henri Gaidoz, 1896-1911. 

C. r. du livre de I)i 1! \ U)T sur les Sobriquets des Communes belges, dans 
Jadis, t. XII, avril 1908, pp. 62-64. 

<'. r. de deux romans folkloriques, André Malaise, de LUCIEN COLSON, 
dans Wallonia. I. XVII, rgog, pp. 209-210, et le Puison de GEORGES Willame, 
dans BDW, >' année, 1908, p. 116. 

Pour la création d'un concours de folklore à la Société de Littérature 
wallonne, ALSW, n" 23, 19 10, pp. 58-67. 

Archéologie et Histoire. 
Limbourg-Aduatuca, critique d'un livre de Elisée Harrov, Les Éburons 

à Limbourg. dans Revue Belge de CHARLES TlLMAN, n" 38, 1". nov. 18S;). 

C. r. de : Cromlechs et dot mens, par E. Harroy, dans Revue Belge, n" 46, 
i5 mars 1890. 

La communauté de village, à propos du livre de G. L. Gomme, The village 
community. dans Revue-Journal d'EuGÈNE MONSEUR, n" 27, [8g3. 

C. r. de : Y. MiRGUET, Histoire des Belges, III PB, 1897. 

Collaboration aux publications de la Société verviétoise d'Archéologie et 
d'Histoire. 1897-1911 : préface du Bulletin, t. I. pp. 7-10; 

— Chronique de la Société pour les années 1897-8 et 1898-9, t. I, 
pp. 263-283. 

— Le Bethléem verviétois ou survivance d'un théâtre religieux de marion- 
nettes, avec planches, t. II, 1900, pp. 1-60; 

— Les noms de lieux en -ster, t. V, 1904. pp. i-i44 (Cf . Toponymie); 

— Chronique de la Société, année 1906-6. pp. 1-98; édition de l'ensemble 
et composition des articles suivants : sur le nom de Soblehaye. wall. Nablé- 
hâye = Aublinhaie. 17 ; sur l'inscription de la Vierge d'argent de Walcourt, 
3o-33; sur le nom de Walhère = Wohi. Bohi, 70: Conférence sur l'origine 
et la signification des noms propres, spécialement en pays wallon. 77 !)" 
Année 1906-7, pp. 1-44 : Conférence sur la conquête de la Gaule-Belgique 
par César. 43-58. — Année 1907-8 : Observation sur l'origine du mot 
èéqwème (quin quagesimum) et son emploi dans les documents. 5-6; 
sur hârkè, 18; Conférence sur la vie et les œuvres d'un linguiste verviétois. 
J. F. Hansay, 19-20. 

C. r. de : Pietkin. La germanisation de la Prusse wallonne, RIPB, I9<>5, 

pp. 44-45. 



XXVTII — 



0. r. de : DD. BHOUWERS, Mémoires de Jean de llnynin. I er vol., Wallonia 
t. XIV. [906, pp. 105-107; 2 e voJ , ibid., t. XV, i<)07, pp. iu8-i.3o. 

C. r. de: 1)1). Brouwers, Le Cartulaire de Dînant, t. VII et VIII. Wallonia^ 
t. XVI, 1909, pp. 72-75. 

Le Chat volant de Verviers, BSVAH, t. XI, pp 7.3-1 n (Cf. Phil. wall.). 

Le suffixe toponymique -Aan, BSVAH, t. XI, pp. i»45-3ai (Cf. Toponymie). 



La race et la langue wallonnes ('). 

Idées erronées sur l'origine du langage wallon ; conséquences de ces 
erreurs et nécessité de les combattre. — Les mots wallon, gaulois, 
celte, etc. — Premier sens du mot wallon : il désigne peuples et dialectes 
celtiques. — Second sens : wallon désigne des peuples celtiques et des 
dialectes romans. - Troisième sens : wallon désigne des dialectes romans 
et des peuples celto-germains. — Sens linguistique à opposer aux sens 
historiques précédents. — Pourquoi ce sens linguistique est si restreint. 
— Sens opposés des expressions langue wallonne et langue française. — 
Position du wallon en regard du français, en regard de l'allemand. 

11 ne m'arriverait pas de traiter ce sujet tout élémentaire si 
je n'étais pas soutenu par l'assurance de rectifier quelques erreurs 
trop répandues. Beaucoup de gens, d'ailleurs fort instruits et 
même souvent très polyglottes, n'ont jamais eu l'occasion de 
rencontrer un livre qui les éclairât sur les origines de leur race 
et de leur langue. Aucun manuel d'histoire ne leur a dit ce 
qu'étaient les Wallons; aucune grammaire ne leur a dit d'où 
venait le wallon. Quoi d'étonnant si les idées sont obscures ou 
troubles sur cette double question, si l'on divague à son insu, 
quand par hasard l'étrangeté d'un mot ou le pittoresque d'une 
expression ramène dans la conversation le problème des ori- 
gines? On énonce alors les conjectures les plus extravagantes, 
basées sur quelque vaine et fugitive ressemblance d'un mot ou 
deux. J'ai entendu vingt fois des amis affirmer que le wallon 
venait du provençal ! Ils avaient lu le Tartarin d'Alphonse 
Daudet, où revient plusieurs fois l'expression fan dé brut ; 
comme cette phrase ressemble — beaucoup plus dans l'écriture 
que dans la prononciation — au wallon verviétois fans de brut, 
le wallon était du provençal ! Tel autre, qui connaît l'espagnol, 
est persuadé que notre dialecte vient des bords de l'Èbre. A 
d'autres, la présence de quelque mot germanique suffit pour 
donner la persuasion que le wallon vient de l'allemand ou du 



C 1 ) Article de vulgarisation composé pour le n° de Noël 1909 de la Société 
verviétoise l'Aide mutuelle, sous le titre L'origine du wallon. 



flamand. Et, chose étrange, on n'est jamais à court d'argument 
historique pour justifier les assertions les plus hasardées. C'est 
la domination espagnole qu'on invoque, ou la domination bour- 
guignonne, ou la conquête franque, ou la sujétion de la Prin- 
cipauté de Liège à l'Allemagne. Cependant la croyance courante 
et en quelque sorte officielle, celle qu'il importe le plus de 
combattre et de déraciner, c'est que le wallon est du français 
corrompu. Les antres opinions ne sont nuisibles qu'à leurs 
auteurs, en les rendant ridicules; celle-ci est nuisible au wallon 
lui-même. C'est en vertu de cette erreur pernicieuse que tant de 
gens méprisent la langue de leurs pères et de leurs aïeux, que 
beaucoup d'instituteurs basent leur enseignement du français sur 
la persécution ou la prohibition du wallon. Ils substituent le 
bon français au français corrompu ! Enfin c'est une croyance 
presque générale chez les Belges que le wallon est moins cor- 
rompu du côté de la frontière française, à Bouillon, à Chimay, 
à Mons : on s'imagine qu'au delà de Quiévrain et de Tournai 
règne sans partage le français académique, et qu'il teinte de 
beau langage, par endosmose, les heureux habitants de la Haine 
et de la Semois. Aussi, chez nous, le mot wallon est employé 
couramment dans le sens de patois et l'on peut entendre dire 
que le flamand est un wallon (c'est-à-dire un patois) de l'allemand. 

Le mot wallon a la même terminaison que gascon, breton, 
saxon, teuton, bourguignon : il faut retrancher ce suffixe on 
pour retrouver le vrai nom du peuple. Supprimons donc cette 
finale chère aux écrivains latins du moyen âge et dont ils ont 
arrondi beaucoup de noms de peuples, et wallon nous ramène 
à wall-. 

11 s'agit de rechercher d'où vient ce wall-, dont le w semble 
accuser une origine germanique. Le problème serait insoluble si 
on ne retrouvait pas ce mot ailleurs que dans notre région. 
Mais les Allemands et les Flamands le possèdent aussi : on peut 
comparer les formes et les sens. Les Allemands, eux, ont encore 
l'adjectif wael-sch ou wel-scli, qui s'applique, d'ordinaire avec 
une nuance de mépris, à tout ce qui est français ou italien. 
Pour eux die welsche Schweiz est la Suisse romande, et das 
welsche Flandern est la Flandre française. Les Flamands ont 
aussi l'adjectif waalsch, relatif aux Wallons, de Wallon, et le 
substantif neutre waal, l'idiome wallon. 

Les formes de l'adjectif en ancien -haut -allemand étaient 



— 3 — 

valahisc, walhisc, walisc: la seconde nous montre le peu de 
solidité de l'a; la troisième est sans doute une forme dialectale 
$n avance, puisque le moyen-haut-allemand écrit encore, avec h, 
oalhisch et welhisch. On aboutit en allemand moderne à 
velsch, wàlsch. Ce1 adjectif est dérivé du substantif ancien-haut- 
illemand Walah, moyen-haut-allemand Walch, génitif Walhes. 
[1 y a d'autres graphies qui traitent le h comme une survivance 
sans valeur, en le déplaçant ou en le supprimant : Wahle, 
Wale (»). 

Toutes ces formes nous ramènent donc à un primitif wal ou 
vall ou walh, dont il faut rechercher l'origine. Pour nous aider 
lans cette recherche, nous savons que le mot est susceptible de 
lignifier, suivant les lieux où on l'emploie, wallon, français, 
•omand, italien. Or aucun autre mot ne satisfait à ces condi- 
ions de sens que le mot Gall-, en latin Gallus, qui servait à 
lésigner les Gaulois ou Celtes. 

Qu'est-ce que ce nouveau mot Gallus ? Peut-on l'identifier 
i.vec le wall précité? Au point de vue de la phonétique indo- 
mropéenne, le g latin correspond à un A* germanique (lat. genu, 
ill. knié) ou à h (lat. cor, canis, ail. herz, hundj ; d'autre part 
e w germanique correspond à v du latin (ail. wissen, lat. videre; 
ill. iveg, lat. via ; ail. wagen, lat. vehere, vehiculiimj. Donc la 
;onsonne initiale de Gallus et celle de Walh ne se correspondent 
>as. Toutefois il serait d'une philologie un peu courte de déclarer 
>our cela les deux mots étrangers l'un à l'autre. Les noms 
le peuples n'ont pas nécessairement suivi la filière indo-euro- 
)éenne comme le nom d'un animal domestique ou d'une céréale; 
ls sont souvent empruntés, ils passent de proche en proche avec 
les déformations inattendues. Il n'y aurait donc rien d'étonnant 
. ce que des Germains traduisissent une racine celtique *gwal- 
>ar wall- et des Romains par Gall-. Nous voyons bien, plus tard 
apparemment, le nom roman de la noix, gallica nux, en picard 
<;aille ou gaye, en wallon djaye ou djèye, devenir en allemand 
valnuss, en ancien nordique walhnot. 

Germains et Romains avaient de bonnes raisons pour apprendre 
e nom des Gaulois. A l'époque où les essaims germaniques 

avançaient vers les barrières du Rhin et des Alpes, ils relou- 
aient devant eux des peuplades de race celtique ; au delà, dans 



(') H. Paul, Deutsches WôrL, p. 53i. — Weigand, Deutsches Worl., 
* éd., 1910, col. 1238. 



-4 - 

les régions qu'ils convoitaient, ils voyaient, assises et florissantes, 
des populations celtiques, les Gaulois de l'ancienne Belgique, les 
Gaulois des plaines du Pô (Gaule cisalpine). Partout dans les 
pays où ils désiraient aller, il y avait des Gaulois. 

Ces Gaulois s'appelaient Keltai ('); les Grecs, qui les connais- 
saient à leurs dépens, les nommaient Keltoi ou Keltai ou Galatai. 
Ainsi la Galatie au centre de l'Asie mineure est une province 
celtique. Des celtisants timorés se refusent a comparer Keltai et 
Galatai. Ces deux tonnes cependant présentent simplement la 
même disparition de la voyelle a que walah, walh, le même 
<( umlaut » (pie walsch, welsch. Quant au changement de l'initiale 
forte ou douce, c'est un phénomème très commun. Si l'on n'ose 
identifier Keltai et Galatai, à plus forte raison serait-il téméraire 
de rapprocher Keltoi et Galli. L'excellent précis de Georges 
Dottin ( 2 ) se eontente de traiter ces mots comme « synonymes », 
sans poser la question d'origine. Cette prudence radicale sup- 
prime les pentes dangereuses qui vous font glisser des Gaulois 
aux Wallons, des Welsches aux Valaques ou Gaulois de Rou- 
manie, dont le pays s'appelle, avec une forte aspiration de 17?, 
Valahie, puis des Welsches aux Yolkes, puis des Volkes aux 
Belges. Au reste il suffit pour notre thèse que nous voyions hien 
quel peuple immense désignait dans le monde germanique le nom 
de Wallons. Ce peuple était le peuple celtique, qui remplissait les 
iles britanniques, la Gaule, l'Espagne, la vallée du Pô, la plus 
grande partie de l'Allemagne actuelle. 11 est bon de le redire, 
les Celtes ont habité les plaines baltiques, où s'établirent plus 
tard les Germains; l'invasion germanique les a forcés peu à peu 
de franchir le Rhin, et il n'est pas étonnant que César ait pris 
pour des Germains ces peuplades belges celtiques dont on lui 
«lisait qu'elles venaient d'au delà du Rhin. 

Mais quelle langue parlait ce peuple? et en particulier Ja 
fraction «les Gaulois belges ? Les Celtes parlaient une langue 
commune, le celtique, naturellement différenciée on dialectes 
nombreux, langue pas très différente du latin, ce qui explique la 
facilité avec laquelle ils se sont plus tard romanisés. Xos Gaulois 
belges parlaient donc, eux aussi, des dialectes celtes, comme 



(!) Au témoignage de César lui-même, De Iiello Gallico I, i ; Qui ipso- 
rum lingua Ueltae, nostra Gai.i.i appellantur. 

( 2 ) Manuel pour servir à l'étude de l'Antiquité celtique, Paris. II. Cham- 
pion, 190U. 



- 5 - 

encore aujourd'hui les Bretons de France, les Gallois du pays de 
Galles, les Irlandais et les Écossais. Ainsi, dans la langue des 
Germains, avant César, wull désignait à la fois les races et les 
dialectes du domaine celtique, dont nous faisions partie. C'est 
là le premier sens du mot. 

Plus tard les Romains firent la conquête des Gaules. La Gaule 
cisalpine (Italie septentrionale) céda la première, entre 225 et 221 
avant J.-C. Nous savons assez que la Grande Gaule fut conquise 
par César entre 5a, et 5i avant notre ère. Pendant cinq siècles les 
Gaulois eurent le temps d'apprendre la langue des Romains. 
Cinq siècles représentent quinze générations : or il en faut trois 
seulement pour faire qu'un peuple oublie son langage. Les néces- 
sités politiques, L'intérêt matériel, la contrainte, la supériorité 
morale du vainqueur et de son langage, véhicule de civilisation, 
créent en un siècle ce phénomène troublant de l'oubli total d'une 
langue par un peuple. D'abord la première génération s'essaye à 
baragouiner l'idiome de la population ambiante ou des étrangers 
vainqueurs; déjà la seconde génération, si son intérêt le réclame, 
sait mieux la langue nouvelle que l'ancienne ; la troisième ne 
sait ou n'utilise presque plus que la nouvelle. D'ordinaire le 
phénomène ne se précipite pas avec cette rapidité, mais les 
années dans le cas particulier des Belges n'importent guère. 
Ils eurent cinq cents ans pour se romaniser, et la frontière du 
Rhin, où s'échelonnaient des légions et des camps, dont plusieurs 
devinrent des villes, résonna du bruit des syllabes fières et 
sonores du parler latin. Les Ménapiens, les Xerviens, les 
Tongres, les Condruses, les Trévires parlèrent latin. Le latin, 
on ne saurait trop le répéter, fut la langue parlée dans la 
Hollande au sud du Rhin et dans tonte la Belgique aujourd'hui 
flamande. S'il n'en est plus ainsi à présent, c'est parce que 
l'invasion franque a repoussé les populations gallo-romaines, 
et le flamand n'est autre chose que la forme moderne de la langue 
des Francs saliens. 

Ce latin de soldat, latin vulgaire, latin déformé et barbarisé 
encore par les populations celtiques des Gaules, prit le nom de 
roman (c'est-à-dire romain), mais les Germains lui continuèrent 
le nom précédemment employé, car on dénomme souvent la 
langue d'après la race. Ainsi, après la romanisation des Gaules. 
wall est toujours le nom dont les Francs, les Saxons, les Alamans 
et autres Germains désignent ici le roman belge des bords de la 
Meuse, là le roman des bords de la Seine, là le roman des 



— 6 — 

plaines du Pô. Tel fut le second sens : Wall désigne des peuples 
celtiques et des dialectes romans. 

Mais les Germains rompront la barrière. Mêlée de races et 
mêlée de langues. Quand l'accalmie se sera produite, on verra 
les Visigotlis installés dans le Sud de la Gaule (ancienne Aqui- 
taine), les Burgondes dans l'Est, les Alamans au nord de ceux-ci, 
les Normands dans une province du Nord-Ouest, les Lombards dans 
l'Italie septentrionale; mais tous ont adopté la langue romane 
du peuple qui les entoure et délaissé leur idiome national. Les 
Francs saliens seuls font exception, parce qu'ils émigrèrent en 
masses compactes avec toutes leurs familles dans des plaines 
sans doute fort peu cultivées et de population clairsemée. Telle 
est l'origine de la division du pays belge en deux langues. Ce 
mouvement de peuples crée un troisième sens du mot wall : il 
désigne des dialectes romans et des peuples celto-germains, ceux- 
ci non plus d'après la race, mais d'après la langue. Et ce sont 
les populations flamandes et allemandes enveloppant le monde 
roman qui se servent de ce nom, par contraste. Ils en affublent 
surtout leurs voisins immédiats. Les gens de la Flandre française, 
de la Picardie, du Hainaut, du Namur, du Luxembourg, de la 
Lorraine, de la Suisse romane ou romande, de l'Italie sont des 
Wallons ou des Welches. On se doute bien quel sentiment de 
baine ou de mépris ils incarnent souvent dans ce mot. Les 
peuples ainsi désignés ne repoussèrent pas non plus ce nom : 
c'était leur vieux nom etbnique traditionnel ; il mettait en évi- 
dence la vieille race et la langue. Par contraste donc, dans la 
France mérovingienne et carolingienne, la zone septentrionale 
se dit wallonne et déclare parler le wallon. Flandre française et 
Flandre wallonne sont deux expressions synonymes. Dans ce 
sens, encore usité aujourd'hui, Lille, Douai, Tournai, Maubeuge, 
Reims, Metz, parlent le wallon. Cette zone n'a pas de limite 
géographique : elle s'étend jusqu'où le besoin de poser l'indivi- 
dualité wallonne en contraste avec le thiois s'est fait sentir. 

Arrêtons-nous un instant sur ce phénomène. On voit combien 
le sens des mots est changeant. C'est une question d'histoire d'en 
préciser la valeur suivant le siècle et la région. Il n'y a peut-être 
plus beaucoup de sang gaulois dans nos veines, mais nous portons 
le nom de gaulois. Notre langue est un dialecte latin qui a subi en 
vingt siècles bien des vicissitudes : elle continue à porter le nom 
de gaulois sous la forme germaniséede wallon. Rappelons de même 
à certains de nos concitoyens que le mot France aurait dû désigner 



la Flandre, que le mot de langue française aurait dû désigner le 
flamand ! Mais, les bandes flamandes de Clovis ayant jadis con- 
quis la Gaule, l'antique Gallia devint une nouvelle Francia ; seule- 
ment les vainqueurs, nullement flamingants, ont adopté le langage 
des Gaulois romanisés. S'ils avaient un peu plus de connaissances 
historiques, nos flamingants verraient que leurs ancêtres, depuis 
Clovis, ont l'habitude — déplorable ! — de lâcher leur idiome pour 
adopter le riche, clair, élégant langage du midi: imprudents papil- 
lons qui se lancent tête baissée, de génération en génération, vers 
les feux séduisants du phare électrique ! 

Le troisième sens est le sens historique et large du mot wallon 
à notre époque. A côté de ce sens, il existe un sens plus restreint, 
plus précis, un sens linguistique, dont nous devons maintenant 
nous occuper. 

Les dialectes de France, également issus du latin, le bourgui- 
gnon, le picard, le normand, le champenois, le lorrain, ont été 
cultivés, écrits, étudiés plus tôt et plus intensément que le nôtre. 
Si nous avions eu l'initiative des grammaires wallonnes et des 
dictionnaires wallons et si nous y avions englobé tout ce qui s'ap- 
pelait wallon autrefois, le nom de wallon se serait imposé aux 
linguistes modernes. Ceux-ci sans doute auraient créé les mêmes 
divisions dialectales qu'ils ont créées, ou plutôt reconnues, mais 
ils auraient respecté le nom de wallon. Ils auraient dit le wallon 
lorrain, le wallon picard, le wallon rouchi, le wallon liégeois. 
Mais il est arrivé que les linguistes français, ayant pris les 
devants dans cette étude, n'ont nullement ressenti le besoin 
de ce terme : ils ont dénommé les espèces linguistiques roman 
lorrain, roman picard, roman champenois, et ainsi de suite, on. 
plus simplement, ils se sont contentés de dire lorrain, champe- 
nois, picard, normand, etc. Il ne restait donc pluspour être dénom- 
més wallons que les patois inexplorés de la Belgique romane. Et 
encore ! Comme les traits caractéristiques des parlers de la Semois 
appartiennent au lorrain, il nous faut bien enlever ces parlers au 
wallon et dire qu'ils sont lorrains ( l ). De même, comme les traits 
caractéristiques des dialectes du Hainaut, au delà de Charleroi, 
appartiennent réellement au picard, il nous a fallu en frustrer le 
wallon et les restituer au picard. Au point de vue linguistique, 



( l ) J'ai essavé jadis de déterminer la frontière linguistique .lu cote de la 
Semois dans l'ouvrage intitulé « Phonétique du wallon et du gaumet coin 
parés », Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. ■>>-. 1897. 



— 8 — 

wallon ne désigne donc plus que les dialectes parlés depuis Sour- 
brodt et Faymon ville dans la Prusse rhénane jusqu'à Beaumont, 
Thuin et Nivelles ('), soit donc dans le petit canton de la Wallonie 
prussienne, la province de Liège, les trois quarts du Luxembourg, 
le Namurois, le Brabant méridional et le Hainaut oriental. 

Pour celui qui a bien saisi l'exposé qui précède, la question des 
origines du langage wallon est déjà résolue. Insistons cependant 
un peu, pour rendre plus claire la relation qui existe entre wallon 
et français. 

L'ensemble des dialectes wallons forme une unité linguistique 
d'un ordre supérieur. On peut convenir d'appeler cette unité 
langue wallonne ou wallon ; seulement ce ne peut être au sens où 
l'on dit langue française ou frauçais. La langue française est une, 
dit-on, et sa force est dans son unité. Je le crois facilement : la 
langue française n'est rien qu'un dialecte, un seul, celui de l'Ile 
de France, qui a fait fortune. Non pas que ce dialecte fût en soi 
supérieur aux autres, il ne valait ni plus ni moins : c'étaient des 
grains de blé du même sac. Il a fait fortune parce qu'il fut, à partir 
de l'avènement des Capétiens, originaires de l'Ile de France, la 
langue de la famille royale et de la cour. Les trouvères ou poètes 
du Nord se mirent à composer dans le dialecte royal ; les courti- 
sans de toute origine se mirent à parler le dialecte royal. C'était 
bien naturel, autant qu'il est naturel à un Verviétois émigré à 
Liège d'imiter les belles résonances nasales des Liégeois. Ainsi 
l'on évite d'être moqué, de paraître un étranger, et on fait sa cour 
au pouvoir. Auparavant, à l'époque où aucun dialecte n'était pré- 
dominant, à l'époque féodale des dialectes, les poètes avaient 
chanté en bourguignon, en normand, en picard, en champenois, 
en lorrain, en wallon ; désormais ils essayeront de composer leurs 
œuvres en dialecte français. Qu'est-ce donc que le français ? Un 
soldat de l'armée des dialectes romans, qui est devenu général, 
un brillant soldat de fortune. Qu'est-ce que le wallon? un faisceau 
de dialectes, un petit corps de soldats, qui, placés à l'extrémité du 
bataillon, n'ont pas eu l'occasion de se distinguer. Ils sont restés 
ce qu'ils étaient. Ils ne sont pas devenus des Napoléon ni des 
Bernadotte, mais ils ne sont pas non plus des descendants abàtar- 



( l ) Ces indications sont tout à l'ait approximatives. La limite est précisée 
<l;ms un travail de notre concitoyen le P. Adelin Grignard, (pie j'ai édité en 
1908. Voyez Bulletin cité ci-dessus, t. 5o, 2 e partie, 1909. 



dis de quelque César impérial. Ce sont des soldats de la grande et 
respectable armée des dialectes romans. 

Le français est une langue littéraire planant au-dessus des 
dialectes. Nous apprenons ainsi, nous autres wallons, deux lan- 
gues, notre wallon et le français. Dans beaucoup de familles, il 
est vrai, le wallon n'existe plus qu'à l'état de souvenir ; le français 
y est devenu la langue familiale, la langue des nouvelles, des 
effusions, et des explications. D'autres, bourgeoises ou populaires, 
continuent à cultiver religieusement notre vieil idiome. Il ne faut 
pas croire qu'il en soit différemment au delà de la frontière fran- 
çaise et qu'il n'y ait point deux langues en présence au delà comme 
en deçà. Frontière française signifie frontière de domination fran- 
çaise et non pas de la langue française. Plus loin que la limite 
politique, à Metz, à Nancy, à Reims, à Péronne, à Douai, à Lille, 
à Boulogne ; au centre même de la France, en Saintonge, en 
Poitou, en Bourgogne, il y a des dialectes romans comme langues 
naturelles et populaires, puis une langue cultivée, littéraire, politi- 
que, qui plane au-dessus. Grâce à l'enseignement des écoles, il 
est certain que ce français, langue artificielle, deviendra de plus 
en plus, cbez nous comme en France, la langue de tout le peuple, 
de tous les instants, de toutes les circonstances, et alors les patois 
s'éteindront peu à peu. Chez nous, cette position excentrique, qui 
a empêché les patois wallons de faire fortune, les empêchera aussi 
de succomber si tôt. Le fait aussi que nous sommes soustraits 
politiquement à l'influence française prolongera la durée du 
wallon. La renaissance littéraire dont nous sommes témoins est 
aussi un agent de longévité. Enfin, si cette vérité que le wallon 
est le latin de chez nous, créé ici sur place, comme le français est 
le latin de l'Ile de France, pouvait un peu augmenter notre estime, 
cette estime prolongerait aussi la vie du wallon. 

C'est tout ce que l'on peut espérer aujourd'hui. Jadis, si les 
Princes-Évêques n'avaient pas été des étrangers, mais des wallons, 
des patriotes, ou si les Ducs de Bourgogne n'avaient pas eu une 
éducation si complètement française, Liège ou Bruxelles auraient 
pu devenir des centres de culture littéraire wallonne. Mais c'était 
déjà trop tard peut-être à l'époque de Philippe-le-Bon, qui d'ail- 
leurs n'essaya pas et favorisa une littérature d'expression fran- 
çaise. Aujourd'hui, pour réveiller le sentiment linguistique na- 
tional, il faudrait une persécution inouïe. Il faudrait bien d'autre: 
facteurs. Car comment créer une unité dialectale ? Ce ne sont pa 
les congrès qui l'imposent, mais les nécessités économiques. Et 



— 10 - 

puis comment changer une langue de sentiments élémentaires et 
de choses concrètes en une langue d'idées, d'abstractions, de 
science et de philosophie ? 

Si la ressemblance entre le wallon et le français ne vient pas de ce 
que le wallon serait du français dégénéré, mais de la commu- 
nauté d'origine, on peut en dire autant à l'adresse de ceux qui, sur 
la foi de quelques mots, se hâtent de conclure que le wallon vient 
du provençal ou de l'espagnol ou de l'italien. Le provençal et l'es- 
pagnol sont aussi des langues issues du latin, comme aussi l'ita- 
lien, le portugais, le roumain et Sa Majesté le français. Tel mot 
wallon ressemble à tel mot italien ou provençal ou espagnol : je le 
crois bien ! Ces mots sont un seul et même mot latin modifié 
différemment, mais toujours reconnaissable avec un peu d'exer- 
cice. Ces ressemblances et cette parenté font que l'on peut insti- 
tuer la grammaire et le dictionnaire collectifs de tous les dialectes 
romans parlés depuis la Roumanie jusqu'au fond de l'Amérique 
méridionale. Mais que l'on comprenne bien que cette merveilleuse 
ressemblance vient d'une parenté collatérale et non de filiation. 

A ceux qui songent à des origines allemandes, ou à je ne sais 
quelle infâme mixture de français et d'allemand, il faut répondre 
énergiquement qu'ils se trompent. Ils posent mal le problème. Ils 
ne savent pas la valeur relative des facteurs qui constituent une 
langue. Ce qui établit une parenté entre deux langues, ce n'est pas 
quelques mots empruntés. La parenté provient de la transmission 
ininterrompue des façons de parler, de décliner, de conjuguer, de 
réunir les termes en phrases vivantes. Qu'est-ce que cinq cents 
mots empruntés, sur un total de cent mille ? Un demi pour cent. 
On peut comparer ce mot d'emprunt à quelque fugitif aliment 
qu'un être vivant absorbe et digère. Ou encore, en êtes-vous moins 
l'héritier de votre père, de son sang et de sa chair, de ses qualités 
et de ses défauts, de sa ténacité, de son amour-propre, de son intel- 
ligence, parce que vous avez hérité de cinq cents francs d'un 
étranger ? Voilà de quel œil il faut voir les choses et comment 
doit se poser le problème. La vie du langage n'est pas dans le mot 
en lui-même, mais dans l'art de l'accommoder, de le costumer, de 
le sertir en des phrases. Il y a près de soixante-dix pour cent de 
mots d'origine étrangère dans l'anglais : cela n'empêche pas l'an- 
glais d'être une langue germanique et non romane, parce que sa 
grammaire, c'est-à-dire la vie du parler anglais, est germanique. 
Quant aux mots, ce sont des flans sur lesquels on imprime à sa 
fantaisie. 



— II — 



Alors, à quoi sert-il de rechercher si précieusement l'étymologie 
des mots ? D'abord ce n'est pas seulement la première origine 
d'un mot que l'on recherche sous le nom d'étymologie, comme on 
le croit d'ordinaire, c'est toute l'histoire du mot; c'est, outre sa 
provenance, la transformation des sons qui le composent et des 
significations qu'il a revêtues. Et puis, si les échanges commer- 
ciaux entre nations ont une importance historique, pourquoi les 
échanges intellectuels n'en auraient-ils pas ? Mais ce n'est pas ici 
le lieu de montrer la valeur de cette histoire des mots et les béné- 
fices qu'on en retire pour l'histoire des idées, des institutions, 
des religions, des coutumes, des littératures et des arts. Ren- 
voyons ce sujet à une autre occasion. Mon désir actuel était de 
montrer, — non point par des exemples, parce qu'il en faudrait 
trop pour prouver réellement quelque chose, — mais simplement 
en énonçant les faits dans leur valeur historique, que le wallon 
doit au français des mots, comme à l'allemand et au flamand, en 
échange desquels il en a donné à son tour, et que ces emprunts 
ne créent pas une filiation ; que la parenté entre un dialecte 
wallon quelconque et le français estime parenté de frère à frère, 
le père commun étant le latin. Ou plutôt, comme ces termes ne 
sont que des métaphores explicatives, et qu'il n'y a point dans 
l'espèce de père et de fils, de mère et de fille, disons que le wallon 
et le français sont toujours du latin, du latin vivant, évoluant 
comme tout ce qui vit, transformé par vingt siècles de vie aventu- 
reuse dans des milieux opposés. 

II. 
Le français et les dialectes romans dans le Nord-Est. (') 

La lutte entre le roman et le thiois en Belgique et dans le nord 
de la France a été étudiée en dernier lieu par M. Kurth dans un 
livre magistral (*). Quiconque désire connaître cette question com- 
plexe doit avant tout lire et méditer l'ouvrage du savant profes- 
seur de Liège. Ce court rapport en sera le plus souvent un écho. 

En France, à part le monde savant habitué à plus de précision, 



(') Rapport présenté au Congrès pour l'extension et la culture de ht langue 
française, tenu à Liège, io-i3 septembre if)o5. 

( 2 ) G. KURTH, La frontière linguistique en Belgique et dans le nord de la 
France, dans Mémoires couronnés et autres mémoires publies par J Académie 
rovale de Belgique, coll. in-8, t. XL VIII, '2 vol. et carte, 1895-98. 



— 12 - 

c'est une opinion commune et invétérée que la Belgique est fla- 
mande. Cette erreur tient-elle à ce que la France du moyen âge, 
dans ses démêlés avec le Nord, a surtout eu affaire aux Flamands, 
tandis que la région mosane, où s'étendait la principauté deLiège, 
relevait de l'Allemagne? Faut-il l'attribuer aux savants eux- 
mêmes, pour qui Belgicus fut trop souvent synonyme de flamand ? 
Les Français qui voyagent chez nous ne savent-ils pas distinguer, 
ce qui est possible, entre les patois germaniques et les patois 
wallons ? Toujours est-il qu'il faut profiter de l'occasion éclatante 
d'un congrès pour affirmer que la moitié de la Belgique est wal- 
lonne et parle, outre le français, des patois romans. 

Il serait trop long d'indiquer ici, village par village, la délimi- 
tation actuelle. Disons en résumé, que la Wallonie forme un 
triangle dont la base est la frontière française et dont le sommet 
tombe sur la Meuse en aval de Visé. Depuis Bâle jusqu'à 
Maestriclit la ligne de démarcation entre allemand et roman 
serpente du sud au nord en une courbe sinueuse, qui, dans notre 
pays, laisse Arlon à l'allemand, puis suit à peu près les limites 
entre la province belge de Luxembourg et le Grand-Duché, 
pénètre en Prusse, laisse au wallon l'ancien domaine de l'abbaye 
de Malmedy et s'infléchit ensuite pour rentrer dans la province de 
Liège, qu'elle écorne au profit de l'allemand, et pour se diriger 
vers la Meuse entre Visé et Maestriclit. La limite septentrionale- 
laisse au wallon, en bloc, les provinces de Liège, Namur et 
Luxembourg, la moitié sud du Brabant, le Hainaut, une dizaine 
de communes de la Flandre Occidentale ( 1 ). 

A la prendre en général et sans égard à de minimes fluctuations 
postérieures, cette limite est le résultat de la double invasion des 
Francs saliens et ripuaires. A la vérité, la conquête linguistique 
romaine s'était étendue plus loin au nord et à l'est ; elle avait 
rayonné jusqu'au Rhin, jusqu'à Utrecht et Cologne. Mais, i° faute 
de population gallo-romaine assez dense dans les terres basses et 
marécageuses de la Ménapie et de la Campine, 2° par suite d'infil- 
trations successives ou des transplantations de colons germani- 
ques, 3° par l'invasion des Francs au iv e siècle, la langue latine 
des Gaules s'arrêta désormais au seuil des plaines de Belgique. 
Tout le pays qui s'étend au nord d'une ligne tracée de Boulogne à 



(') Ou trouvera dans l'ouvrage cité de M. Kurth les délimitations absolu- 
ment précises (t. I. pp. 17-26), et dans la carte linguistique qui accompagne 
l'ouvrage. 



— i3 - 

la Meuse fut colonisé en masse par les Francs salieus, dont les 
Flamands actuels sont les descendants. De Maestricht à Boulogne, 
le flot salien battit la région gallo-romaine sans presque ren- 
contrer d'obstacle provenant du sol ou des habitants. Il ne s'arrêta 
que quand il rencontra la chaussée de Bavay à Cologne, route 
bien fortifiée et sans doute bien défendue, et, au delà, la masse 
impénétrable de la Forêt charbonnière ( 1 ). A l'est, la limite est due 
aux Francs ripuaires. Là, dans un pays de montagnes et de forêts, 
l'occupation du sol il ut se faire autrement. Les envahisseurs 
remontèrent le Rhin, la Moselle, puis les moindres affluents de la 
Moselle, en profitant, j'imagine, des éclaircies pratiquées dans les 
riantes vallées de la région par des populations celtiques anté- 
rieures. Aussi, de ce côté, la limite a-t-elle un caractère hydrogra- 
phique que la limite septentrionale n'a pas. Les bassins de la 
Vesdre, de l'Amblève, de l'Ourthe, de la Semois, de la Chiers sont 
wallons ; ceux de la Geule, de l'Our, de la Wiltz, de la Sûre sont 
allemands. Seul le point de naissance de la rivière a pu être 
négligé, ravin encaisse ou simple filet d'eau, trop insignifiant pour 
attirer le colon. 

Cependant si on étudie la zone que nous disons être restée 
latine à cette époque au point de vue de la toponymie, on s'aper- 
çoit d'une violente contradiction. Une foule de noms géographi- 
ques de cette région dissimulent à peine sous la patine romane 
leur origine germanique. Le thiois aurait-il pénétré plus profon- 
dément à l'époque mérovingienne? Oui et non. Cette région n'a 
pas subi d'occupation en masse, mais, après les conquêtes royales 
qu'il faut distinguer soigneusement des invasions, elle a reçu çà et 
là, sporadiquement, des seigneurs et des colons de la race conqué- 
rante. Il va de soi que ceux-ci imposèrent des noms germains à 
leurs villes, à leurs domaines ruraux. Ces noms, les populations 
romanes répandues autour d'eux les adoptèrent. 

Cependant il faut faire une importante restriction. De même 
que des termes romans avaient passé la frontière linguistique et 
avaient été adoptés comme noms communs significatifs en terre 
germanique, de même un grand nombre de mots germaniques 
étaient usités dans tout le Xord roman, et pouvaient servir à fabri- 
quer en roman même, dans des bouches ne parlant (pie le roman, 
des noms de lieux dont l'origine franque n'est qu'apparente (*). 



( 1 ) Kurth, ouv. cité, t. I, p. 545. 

( 2 ) Kurth, ouv. cité, t. I, pp. 4ai-4 28 - 



- i4- 

M. Kurth développe longuement cette thèse et fournit à l'appui 
un grand nombre d'exemples. N'exagérons rien cependant. Pour 
qu'uu si grand nombre de termes étrangers soient devenus fami- 
liers aux gallo-romains, il faut que ces termes aient été vivants 
et présents parmi eux, matérialisés en quelque sorte dans la 
bouche et la physionomie de gens dont ils étaient la monnaie cou- 
rante en conversation. Sans une population germanique fortement 
mêlée aux gallo-romains, pas d'emprunts fréquents et multipliés 
aux dialectes germaniques. Les anciens occupants avaient certai- 
nement des mots pour désigner les accidents de terrains et 
n'attendaient pas pour se tirer d'affaire une infiltration des 
vocables du nord. Mais ils ont docilement adopté ceux des vain- 
queurs quand les vainqueurs ont dénommé de nouveaux lieux en 
se servant de leur terminologie thioise. Bref, l'abondance des 
mots germaniques dans la géographie du Nord roman s'explique 
mieux par la cohabitation de deux peuples mêlés que par l'émigra- 
tion vers le sud de nombreux vocables étrangers. Si donc il est 
dangereux de conclure, sans autre argument, que tel établisse- 
ment de nom germanique dans la zone romane fut fondé par les 
Francs, il est permis de croire qu'il existe un rapport assez 
constant entre le mélange des deux peuples et le mélange des deux 
sortes de noms. 

Au reste, ce qui caractérise le wallon relativement aux dialectes 
plus méridionaux, est une preuve nouvelle de cette dualité de 
langues dans une marche assez étendue. Le wallon se distingue 
moins par un certain nombre de tours syntaxiques qui sont des 
germanismes que par un contingent très abondant, encore qu'im- 
parfaitement dénombré, de mots d'origine germanique. Donc, 
comme nous avons dû le constater ailleurs ('), il y a eu une lisière 
linguistique où les langues se compénétrèrent, voisinant dans une 
fraternité d'usage et d'emprunts dont on n'a plus d'idée aujourd'hui. 
M. Wilmotte conclut de même: «rien ne nous interdit l'hypothèse 
d'une longue période de bilinguisme pour la partie septentrionale 
du pays wallon » (•). 

Ainsi, pendant plusieurs siècles, le Nord roman a dû être le 
théâtre de phénomènes intéressants de lutte et de sélection lin- 
guistiques. Deux cas ont pu se présenter : i° des Francs ne connais- 



(') .T. Feller. Les noms de lieux en Ster, dans Bulletin de la Société ver- 
viéloise d'Archéologie et d'Histoire, t. V (1904). p. 275. 

( 2 ) M. Wilmotte, Le Wallon, Bruxelles, Rozez, 1898. p. 35. 



10 



sant que la langue franque sont mélangés à des populations 
romanes ne connaissant que le roman ; 2° Francs et Gallo-romains 
mélangés parlent les deux langues. Voilà deux sortes de bilin- 
guisme qu'il ne faut pas confondre. Dans le premier cas, si le pays 
est bilingue, l'habitant ne l'est pas ; il tend seulement à le devenir. 
puisque l'on parle pour se faire comprendre. Supposez donc le cas 
de seigneurs francs disséminés dans la unisse gallo-romaine, c'est 
la langue de la majorité qui s'impose à eux. Mais si le nombre 
n'assure pas le succès, comme il arrive à la frontière où un groupe 
puissant est mêlé par les nécessités sociales à un autre groupe 
aussi puissant, il doit se produire un enchevêtrement de popula- 
tions et d'idiomes, qui, d'abord, se manifeste largement dans la 
toponymie et le langage courant ; qui, ensuite, aboutit au recul de 
l'une ou de l'autre des langues en présence. Dans le cas actuel, 
est-ce le roman, est-ce le germain qui a reculé? 

Remarquez d'abord avec M. Kurth que le barbare n'y met point 
de patriotisme ni de sentimentalité. Ce facteur, qui est aujour- 
d'hui capital, étant écarte de la lutte, la langue qui doit l'emporter 
est la plus riche, celle qui condense dans ses mots et ses tournures 
les résultats d'une longue culture. Le Germain sentait la supério- 
rité de la civilisation romane ; il désirait se l'assimiler. Or, 
prendre les idées, les mœurs, les jeux, les cérémonies ne va point 
sans prendre les mots. 

Mais on peut adopter les termes et les incorporer dans sa langue. 
C'est très juste, et il faut faire intervenir encore de nouveaux 
agents : la paresse du civilisé à étudier la langue d'un barbare qu'au 
fond il méprise ; et, concurremment, l'avidité chez le barbare de 
s'assimiler la langue d'un peuple qu'au fond il admire. Or, comme 
le dit finement M. Kurth, c'est celui qui sait deux langues qui 
finira par ne plus parler la sienne ( J ). C'est ce qui explique pour- 
quoi, sur toute la frontière du nord et de l'est, le germain a été 
absorbé ou a reculé, laissant comme témoins de son passage une 
masse considérable de noms géographiques marqués de son coin. 

Mais c'est assez nous reporter aux temps lointains d'une Francia 
encore voyageuse et fluide, d'une France qui ne parle pas encore 
le roman, et qui l'adoptera pourtant, et qui, bizarrerie de la poli- 
tique, lui imposera même son nom. Dans les temps postérieurs, 
une fois résorbée la couche plus ou moins épaisse des envahisseurs 
les plus avancés, ce qui doit nous préoccuper, c'est la lutte inces- 



(') Frontière linguistique, t. II. p. "i- 



-li- 
sante et pied à pied entre roman et thiois le long de la ligne fron- 
tière, lutte qui se livre depuis le tassement des populations au 
moyen âge jusqu'aujourd'hui. De même que nous avions les noms 
géographiques pour étudier les remous des peuples à l'origine, de 
même nous avons pour l'étude des temps postérieurs la masse 
énorme des termes toponymiques ou lieux-dits. 

La toponymie est une science jeune, dont la méthode ni les 
principes ne sont encore exactement fixés. On ne peut donc exiger 
d'un seul homme une étude complète et systématique de maté- 
riaux qui ne sont encore ni recueillis, ni classés, ni datés. 
Cependant les listes imparfaites de noms rassemblées par 
M. Kurth pour son travail lui ont permis de tirer des conclusions 
d'ensemble assez significatives. Elles prouvent que le thiois est en 
recul à peu près sur toute la ligne. Tantôt ce recul est de l'épais- 
seur d'une commune ou d'une section de commune, ce qui est 
le cas le plus général ; tantôt il est d'une plus grande étendue, 
par exemple au nord de la Berwinne, où quatre communes, 
Dalhem, Bombaye, Warsage, Berneau, qui ont parlé flamand 
autrefois, sont aujourd'hui foncièrement wallonnes. Un profane 
peut constater sans peine ce progrès du roman par la singu- 
larité de villages qui sont surnommés Vallemand et qui parlent 
le français. C'est le cas pour Dentsche-Riinibach en Alsace, 
Aiidun-le-Tige (= le thiois) en Lorraine, Meix-Ie-Tige en 
Belgique (province de Luxembourg). Un mot comme Roubaivaux 
à Halanzy dénonce presque aussitôt la superposition du roman 
à l'allemand (rot-bach ~\- vauj. Un examen attentif des listes 
toponymiques de M. Kurth nous amène à conclure que, loin 
d'exagérer dans le sens de sa thèse, il est souvent resté discrète- 
ment bien en deçà. Mais il serait trop long de signaler ici, 
commune par commune, les noms de lieux qui nous semblent 
attester leur germanicité primitive, partielle ou totale. 

Sur deux points la fluctuation de la frontière mérite une 
mention particulière. Dans la Flandre française, le flamand a 
été éliminé sur un large espace ('). Saint-Omer, Calais, Dun- 
kerque, Guines et leurs entours, localités foncièrement germa- 
niques à l'origine, devinrent au moyen âge des villes bilingues. 
Le français y prit une place prépondérante à mesure que s'intro- 
duisit la vie littéraire et sociale française. De la bourgeoisie 



(*) Les causes de ce phénomène ont été étudiées par M. Kurth, ouvrage 
cité, t. II, p. 72-8G. 



— il- 



lettrée, par esprit d'imitation, l'emploi du français se répandit 
dans les classes inférieures. Enfin le génie centralisateur et unifi- 
cateur de Louis XIV éloigna le flamand des tribunaux, puis la 
Convention exigea le français dans tous les actes publics. Après la 
Révolution, quand les écoles furent rouvertes dans ce pays, on n'y 
enseigna plus que le français. De là date la mort de l'idiome 
indigène. 

Dans la Prusse rhénane il existe un îlot de langue wallonne 
réparti en quinze villages évalués à dix mille âmes, dont on 
attribue la formation à l'influence de la double abbaye de 
Stavelot-Malmedy. Le wallon s'y est conservé jusqu'aujourd'hui, 
mais il est menacé dans son existence par la politique unificatrice 
allemande. Cette lutte vient d'être racontée d'une façon tics 
dramatique par M. l'ietkin ('). Retenons-en ce trait invraisem- 
blable : le français est maintenant enseigné à Malmedy, en terre 
wallonne, comme une langue étrangère, c'est-à-dire en se servant 
de l'allemand comme langue véhiculaire. On peut prévoir les 
bienfaits que cette tactique va produire à bref délai. La 
nouvelle génération élevée à la mode allemande dans les écoles 
désapprend les mœurs et le langage de ses pères. Le wallon n'a 
plus que le foyer et la rue. J'ai noté ailleurs (-) que la rue même 
commence à lui échapper; et le foyer même est bien menace 
quand, au wallon du père, le fils se prend à répondre en allemand. 
Malmedy en est au point où se trouvait Dunkerque au sortir de la 
Révolution. Cen'est pas qu'il n'y ait des protestataires: il y a même 
un groupe littéraire wallon, que le Congrès aura peut-être l'occa- 
sion d'étudier sur place; mais ce groupe n'a pour lui que l'amour 
de la langue et des mœurs traditionnelles, il a contre lui le 
vent de l'utilitarisme moderne. 

Il nous reste à examiner la question de l'extension romane 
sous une autre forme : l'influence de la langue littéraire française 
dans le Xord-Est. 

« Dès le xm e siècle, le français était en Flandre comme 
une seconde langue maternelle, ou, si l'on préfère, une seconde 
langue nationale, d'ordre plus relevé que la première, et qui était 
considérée comme la vraie langue de la bonne société et des gens 



( 1 ) X. Pietkix, curé de Sourbrodt (Malmedy), La Germanisation de 
Wallonie prussienne, dans la revue Wallonia, t. XII, 1904. 

( 2 ) El 
V Instructioi 



lie prussienne, dans ta revue n auoma, 1. au, 13^. 

In faisant le compte rendu du livre de M. Pietkin dans la Revue de 

uction publique en Belgique, t. XLVIH (i<)o5), pp. 444>- 



— I» — 



cultivés (') ». Il en était de même à la cour des ducs de Brabant. 
A Maliues, à Enghien, dans le Luxembourg, dans le pays de 
Liège le français s'installe dans les salons des familles nobles et 
souvent dans les actes publics. Le français, conclut M. Kurth, 
a été l'idiome préféré des classes supérieures dans nos provinces 
de langue germanique; et l'on peut ajouter qu'il a gardé cette 
position. Cependant les progrès des communes, l'entrée des 
classes populaires dans la vie publique mirent en honneur les 
langues populaires, le flamand au nord à partir de i3o2, l'alle- 
mand à l'est dès i34o. De cette époque date l'éveil du patriotisme 
sous sa forme linguistique, mouvement dont on connaît à 
l'heure actuelle et les revendications légitimes et les prétentions 
exagérées. 

Dans la région wallonne, il va sans dire que le français a 
toujours été en honneur. 11 n'a jamais été traité en langue étran- 
gère. Mais il y a une grande différence d'intensité entre son 
influence actuelle et celle qu'il exerça jusqu'au xix e siècle. Sans 
doute, avant la Révolution, les chancelleries tenaient à posséder 
des scribes instruits, assez au courant des formes du beau lan- 
gage; mais tout le monde parle sans arrière-pensée son langage 
local. L'aristocratie du xvm e siècle se complaît aux inventions 
du téâte lidjivès, aux traits satiriques des èwes di Tongue; le 
peuple se contente des pasquilles, des cramignons et des chan- 
sons d'amour importées de Champagne. Comme on lit peu, l'in- 
fluence d'une langue centrale ne se manifeste guère. Ceux qui se 
mêlent d'écrire emploient des formules et des graphies qui 
retardent de cinquante ans. Le souffle réformateur du xvm e siècle 
apporta un changement à cet état, dans les idées, sinon dans la 
littérature. Enfin lorsque la tempête révolutionnaire aura fait de 
la principauté de Liège et des régions voisines les départements 
français des Forêts, de l'Ourte et de Sambre-et-Meuse; lorsque 
les journaux commenceront à introduire une vie politique plus 
intense; quand, au lieu de soldats pillards, il nous viendra du 
midi des livres et des idées, le français se superposera peu à peu 
au wallon comme langue de discussion, de conversation dans 
la société instruite. 



(*) Kurth, ouvrage cité, II, 3i. Sur cette question le lecteur fera bien de 
lire toute la savante démonstration de M. Kurth, qui va de la p. 23 à la 
p. 71. 



— 19 — 

Aujourd'hui, l'école et le journal ont pour résultat de reléguer 
le wallon à l'arri ère-plan. Dans les meetings le peuple a parfois 
encore des orateurs wallons, mais le phénomène devient de plus 
en plus rare. Tout instituteur, surtout à la campagne, considère 
comme un de ses premiers devoirs d'extirper le wallon, le 
« patois », en faveur du français, qui peut seul conduire à des 
emplois rémunérés. Ne faut-il pas en effet courir au plus pressé? 

Nous connaissons mieux que personne cette déconsidération 
attachée naïvement au wallon, nous qui parcourons le pays 
pour recueillir des documents sur les patois locaux. Faire com- 
prendre que le wallon est intéressant, qu'il n'est pas méprisable, 
qu'il mérite d'être étudié et qu'en fait des messieurs savants, des 
professeurs d'université l'étudient, c'est presque tenter l'im- 
possible. Le paysan se défie longtemps et flaire une fumisterie. 
Jugez, par ce mépris inintelligent des patois, de l'estime où l'on 
tient le français. 

La désorganisation des patois est aussi une preuve indirecte 
de l'influence du français et un moyen de mesurer cette influence 
en profondeur. La constitution intime du wallon est profondé- 
ment altérée dans sa syntaxe et surtout dans son vocabulaire par 
l'introduction du français. Pour des idées nouvelles il faut des 
mots nouveaux. Puis les termes anciens eux-mêmes apparaissent 
grossiers ou familiers : on leur substitue des formes nouvelles ou 
des termes nouveaux. Aussi, en présence de cette disparition 
inquiétante des vocables les plus caractéristiques, les philologues 
qui ont entrepris de composer le dictionnaire général des patois 
romans de Belgique, feront bien de se hâter : sinon ils courront le 
risque de ne plus rencontrer que des dialectes apauvris ou 
singulièrement abâtardis. Déjà les wallonisauts qui explorent la 
région ont peine à trouver, dans leurs enquêtes à travers le 
pays, des gens qui sachent la vieille langue. Il leur arrive même 
de se heurter à des gens qui font profession de l'ignorer. Il est 
arrivé à l'auteur de ces lignes et à son ami, M. J. Haust, de 
passer plusieurs jours à Marche, à Bouillon, à Xeufchâteau 
sans réussir à y entendre le dialecte de la localité. Dans le 
Luxembourg central et méridional, on cache son patois devant 
l'étranger, non comme une relique, mais comme une paysannerie. 
Cet état d'esprit, que je regrette en ma qualité de Wallon, est 
éminemment favorable à la diffusion du français. S'il y a quelque 
chose de triste à voir disparaître les parlers locaux, la consola- 
tion gît dans ce fait que le français ne peut prendre leur place 



— 20 — 

sans apporter avec lui des idées généreuses et humanitaires. 
On y gagne en culture générale ce qu'on perd en pittoresque. 

Cependant la littérature wallonne est cultivée plus que jamais : 
comment expliquer cette anomalie ? Est-ce un réveil ? Est-ce le 
l'eu concentré et nullement artificiel d'un retour d'âge? Il nous 
semble que, par comparaison, on est devenu conscient des beautés 
d'un idiome qu'on a le regret d'avoir trop négligé et envers qui on 
se sent ingrat. On s'y attache avec la crainte de voir disparaître 
quelque chose de savoureux et d'original ( J ). Puisse ce félibrisme 
septentrional durer longtemps ! La culture du français n'est pas 
intéressée à sa perte. C'est au français que nos littérateurs 
wallons demandent leurs inspirations poétiques et leurs formes 
d'art, quand ils veulent s'élever au-dessus de la plaisanterie 
satirique du cru. La langue française est une sœur aînée qui doit 
protéger ses sœurs cadettes, timides Cendrillons qui n'ont 
•pas osé revêtir la robe de bal et les souliers blancs, bien qu'elles 
aient des grâces cachées et des naïvetés charmantes. 

Quoi qu'il doive en advenir, les constatations de la vie actuelle 
sont d'accord avec celles de l'histoire relativement à la diffusion 
de? parlers romans et du français en particulier. Elles peuvent 
se résumer ainsi : pénétration continue et progressive du fran- 
çais soit en étendue, soit en profondeur, dans la région du Nord- 
Est soumise à notre examen. 

III. 
Avertissement pour le « Projet de Dictionnaire wallon » ( 4 ) 

Le public wallon n'ignore pas que la Société liégeoise de Litté- 
rature wallonne a toujours considéré comme un de ses devoirs 
principaux de dresser l'inventaire des richesses verbales du pays. 
Elle a favorisé de tout son pouvoir la composition de lexiques 
régionaux ou professionnels. Certains de ses membres ont 
exécuté dans ce sens des travaux remarquables. Depuis plu- 
sieurs années la question du Dictionnaire général de la langue 
wallonne est entrée dans une phase nouvelle. La Société a recruté 



( 1 ) On trouvera les archives les plus abondantes de la littérature et de la 
philologie wallonnes dans le Bulletin de la Société liégeoise de Littérature 
wallonne, 1857-19 10, 5a volumes. 

( 2 ) Publié en tète du Projet de Dict. gén. de la langue wallonne, Liège, 
Vaillant, 1904 et dans le t. 44 du Bulletin précité. 



21 — 



un noyau de philologues qui consacrent leurs loisirs aux opéra- 
tions préparatoires de cette grande et patriotique entreprise. 
Ils ont épluché mot par mot la majeure et la meilleure partie 
des œuvres wallonnes et consigné sur des fiches séparées, 
faciles à classer suivant les diverses exigences du travail, leurs 
remarques sur le sens des mots, leur histoire, le dialecte, la 
grammaire. Le moment est venu de tirer parti des matériaux 
amassés. Mais, pour y arriver, il faut à la Société l'appui des 
pouvoirs publics, celui du pays tout entier, et l'encouragement 
des savants étrangers. C'est pour l'obtenir que nous publions 
aujourd'hui ce spécimen de l'œuvre à exécuter. 

Avant d'entrer en matière, nous devons au public quelques 
détails sur l'opportunité d'un travail semblable et sur les 
moyens de le conduire à bonne fin. Les dictionnaires wallons ne 
manquent pas. Chacun d'eux a des qualités; par malheur ils 
présentent de graves défauts qui infirment absolument l'œuvre. 
L'un imagine de transposer les mots de son patois natal dans un 
dialecte qu'il ne connaît pas; un autre noie d'excellent wallon du 
terroir dans une profusion de termes français; tel compose un 
dictionnaire wallon pour enseigner la langue française, afin 
d'extirper le wallon ou les wallonismes ; tel vise à l'encyclopédie 
scientifique et endosse à chaque mot wallon tous les sens qu'il 
trouve au mot correspondant dans les dictionnaires français, 
brouillant tout d'ailleurs au point de ne pas comprendre, par 
exemple, le mot apétale des traités français, mot qu'il interprète 
par à pétale en une foule d'endroits. Pourtant, bien que leur 
science soit fort trouble, leur grammaire douteuse, leur ortho- 
graphe abominable, il faut leur savoir gré du travail qu'ils ont 
fait. Ils nous ont conservé des richesses de langage, et, si le 
peuple belge a été parfois égaré par leurs renseignements, le 
savant étranger dérouté par leur phonétique ou leur grammaire 
fantaisistes, ils ont malgré tout légué aux linguistes wallons, à 
qui la connaissance de la langue permet de les consulter avec 
critique, d'utiles documents. Très supérieurs aux dictionnaires 
proprement dits, les lexiques publiés par la Société de Littérature 
wallonne sont la partie forte de ces œuvres préparatoires. 
Nous mettons hors de pair le Dictionnaire étymologique de 
Grandgagnage, achevé par Scheler, travail scientifique dont les 
qualités appartiennent bien à ces deux savants et dont les défauts 
sont ceux de la science même à leur époque. 

Mais la Wallonie attend toujours son Littré. 



Il est grand temps d'agir. Les langues mondiales étendent sur 
nous leur nappe d'huile. Les dialectes se dissolvent. L'intérêt 
de la patrie et de la science nous crient impérieusement de ne 
point laisser ainsi s'évaporer la saveur du plus original des 
parlers romans. Hâtons-nous donc de rassembler nos richesses et 
de les mettre en lieu sûr. Encore qu'il soit légitime de résister au 
courant de la francisation qui nous assaille, on ne peut songer 
sérieusement à combattre l'emploi des mots étrangers qui sont le 
véhicule nécessaire des idées scientifiques. Les mots sont au 
service des idées. Notre but n'est pas de contrarier les change- 
ments que créent à la fois une éducation plus généreuse des 
masses et une expansion scientifique sans précédent. Mais on 
peut concilier le respect du présent avec le culte du passé. Si le 
wallon est destiné à se désagréger de plus en plus, à s'alourdir 
d'éléments étrangers, il faut, par amour du passé, se hâter d'en 
fixer par écrit la physionomie et l'histoire ; si on juge qu'il a 
mérité de vivre, aussi pur, aussi intact que possible, il faut en 
fixer les traits actuels pour l'enseignement de l'avenir. Dans les 
deux hypothèses, notre œuvre arrive à son heure. Vous souhaitez 
que le wallon vive et qu'il soit cultivé? Une langue qui a produit 
quinze cents pièces de théâtre, dont quelques-unes au moins sont 
des chefs-d'œuvre, qui a donné l'essor à des romans, des poèmes, 
des satires à foison, qui a créé une floraison lyrique dont les 
fleurs ne pourraient se compter, mérite de vivre encore long- 
temps, longtemps... Eh bien, le meilleur moyen de la faire durer, 
c'est d'en rassembler toutes les forces en un livre capable de 
résister aux coups de bélier des assiégeants. 

Nos compatriotes de langue flamande ne peuvent demeurer 
indifférents à notre beau projet. Si on nous présentait, pour les 
dialectes flamands et allemands de Belgique et de la région 
environnante, une œuvre analogue à celle que nous entreprenons, 
avec quelle joie nous l'accueillerions ! La langue des Erancs 
saliens et des Francs ripuaires, différenciée en dialectes nom- 
breux, a exercé sur la partie méridionale du pays une action 
puissante et prolongée; de même le pays flamand nous a fait 
depuis seize siècles de continuels emprunts. Or. seuls, des dic- 
tionnaires scientifiques des dialectes wallons, flamands et bas- 
allemands, sont capables de mesurer ce phénomène d'endosmose 
réciproque. 

Les savants étrangers aussi seront sympathiques à notre tenta- 
tive, à moins qu'ils n'aient vraiment aucune confiance dans la 



- 23 - 

valeur de l'exécution. Il y a plus de cinquante ans que Diez 
encourageait Grandgagnage à doter la philologie romane d'une 
œuvre analogue à celle-ci. Il sentait de loin l'originalité puissante 
du wallon et les lumières qu'un semblable travail pourrait jeter 
sur cette partie des études linguistiques. Ce n'était pas non plus 
pour les auteurs wallons, mais pour les savants étrangers que la 
Société publiait jadis la Parabole de l'Enfant prodigue dans les 
principaux dialectes wallons, que Grandgagnage s'attelait au 
Dictionnaire étymologique, que M. Wilmotte plus tard triait 
soigneusement les chartes wallonnes pour sa Dialectologie, que 
M. Aug. Doutrepont mettait les Noëls wallons en orthographe 
phonétique dans la Renne des Patois gallo-romans. Notre ambi- 
tion, à ce point de vue, serait de continuer le travail scientifique 
de nos devancier-, d'offrir aux linguistes qui étudient notre 
langue en Allemagne, en France, ailleurs, des réponses à leurs 
doutes, des arguments pour leurs études comparatives, des ren- 
seignements plus complets et sûrs. 

Nous avons pris comme base de ce travail le Dictionnaire 
général de la langue française de Hatzfeld, Darmesteter et 
Thomas. On ne saurait trouver un meilleur modèle; c'est un 
chef-d'œuvre de concentration et de science que tous les gens 
instruits doivent posséder. L'ouvrage de Littré, dont la partie 
étymologique et historique a vieilli, mais plus complet au point 
de vue des acceptions diverses des mots, nous est un auxiliaire 
précieux. Xotre Dictionnaire sera pourvu d'un Traité de la 
formation de la langue wallonne sur le plan de V Introduction de 
Darmesteter, où seront exposées la phonétique, la morphologie 
et la syntaxe du wallon. Comme l'inventaire d'une langue à nom- 
breux dialectes doit nécessairement choisir un de ces dialectes 
pour point de départ, nous avons adopté celui qui s'imposait par 
sa culture plus avancée, le dialecte liégeois. Les formes dissi- 
dentes, quand elles s'éloigneront du liégeois par leurs lettres 
initiales, se trouveront à leur ordre alphabétique avec renvoi aux 
formes liégeoises correspondantes. Les termes particuliers à 
d'autres dialectes, verviétois, malmédien, ardennais, chestrolais, 
gaumais, namurois, condruzien, brabançon, carolorégien, pour 
autant que nous les connaissons, seront traites à leur place 
alphabétique. On pourra juger de la constitution de chaque article 
par les exemples qui vont suivre. 

Qu'on veuille bien noter que nous ne donnons pas ces article 
comme définitifs. Ainsi l'étude sur le suffixe-a, dans une Intro- 



- 24 - 

(ludion où Cille serait préparée par les paragraphes antérieurs, 
se réduirait à quelques lignes. La liste qui accompagne cette 
étude n'a d'autre but que de montrer sur un exemple probant que 
le wallon a des richesses à lui, des procédés propres, des termes 
originaux et pittoresques. L'ensemble des articles présentés dans 
ce Projet a pour but de faire comprendre comment nous entendons 
notre tâche. 

Nous ne sommes plus embarrassés pour le choix d'un système 
orthographique. An reste, pour obvier aux insuffisances d'un 
système pratique, nous figurons phonétiquement entre paren- 
thèses la prononciation de chaque mot. 

Tout cela sera chose facile. La grosse difficulté sera de repré- 
senter tous les dialectes dans le dictionnaire. Certes nous possé- 
dons une somme immense de renseignements. Les concours de 
lexicologie institués par la Société ont provoqué l'envoi de beau- 
coup de recueils. Il existe des travaux philologiques sur divers 
dialectes, dans les Mélanges wallons, dans le Bulletin de la 
Société, dans la Romania et les Zeitschrift de Grober et de 
Behrens. Des œuvres littéraires nombreuses ont été composées en 
dialectes non-liégeois. Néanmoins il y a beaucoup de lacunes 
encore dans nos connaissances. Les auteurs de lexiques n'ont 
pas toujours précisé avec exactitude l'aire d'emploi d'un mot ou 
son sens. Prosateurs et poètes collectionnent souvent les mots 
rares et les enchâssent dans leurs pièces sans se préoccuper de 
leur état-civil, sans se faire scrupule du mélange des dialectes, 
créant ainsi peu à peu une xo'.vy, dont les avantages sont visibles, 
mais dont le lexicographe n'a pas le droit d'abuser pour confondre 
les lieux et les temps. Enfin, bien des régions sont restées isolées 
du mouvement littéraire, sans rapports intellectuels avec les 
Sociétés centrales. Ce sont celles-là dont le langage est demeuré 
le plus original. Il faut l'atteindre coûte que coûte, soit par des 
voyages, soit par un système d'information habilement dirigé. 

Nous n'avons négligé ni l'un ni l'autre et nous continuerons à 
perfectionner nos moyens d'investigation. Nous avons déjà un 
certain nombre de correspondants dévoués et nous faisons appel 
encore à tous les amis de la langue wallonne qui liront ces lignes. 
S'ils veulent contribuer à l'œuvre commune et prendre rang dans 
la liste de nos collaborateurs, qu'ils nous envoient leur nom et 
leur adresse en nous permettant de leur transmettre de temps à 
autre une courte liste de questions. Il ne leur faudra, pour nous 
satisfaire, ni érudition, ni loisirs, ni belle écriture, ni ortho- 



— 23 — 

graphe. Il ne faut que savoir son patois, avec la bonne volonté de 
répondre à des demandes comme celles-ci : « Connaît-on tel mot 
dans votre canton? Quel est le sens exact de telle expression? 
Mettez ce mot dans un exemple». Nous procéderons chaque fois 
par questions semblables sur un très petit nombre de termes, de 
sorte que notre correspondant puisse nous renseigner en quelques 
minutes. 

Bref, c'est une consultation générale de la Wallonie que nous 
voulons organiser pour compléter notre collection de termes, 
de sens, de variantes phonétiques, de spots, de locutions, afin 
d'embrasser à la fois toute la région de langue wallonne et tout le 
domaine varié de la vie wallonne. L'idéal serait que, dans chaque 
commune, nous eussions un ou deux correspondants de bonne 
volonté parlant le dialecte du pays et désireux de nous aider 
dans notre tâche. On le voit, nous ne sollicitons pas seulement 
des encouragements matériels à notre œuvre, nous demandons à 
tous leur contribution intellectuelle. 

La publication de cet ouvrage durera plusieurs années, nous le 
savons, car les œuvres consciencieuses ne s'improvisent pas. 
Darmesteter a consacré dix-sept ans au dictionnaire français 
dont nous faisions tantôt l'éloge; il ne travaillait pas seul, et il 
est mort avant d'en voir la fin! Nous ne dirons pas depuis 
combien d'années nous travaillons en vue de notre dictionnaire; 
nous affirmons seulement que nous sommes résolus à consacrer 
plusieurs années de notre vie à mettre en valeur les matériaux 
amassés et ceux que nous récolterons encore. On a ri des lenteurs 
de l'Académie française. Les Sociétés, en effet, sont peu expédi- 
tives quand elles prétendent faire le travail en séance. Mais, 
quand elles nomment une commission de quelques membres à qui 
elles délèguent leurs pouvoirs et confient le travail, la besogne 
avance plus rapidement. D'autre part, le risque de voir l'auteur 
manquer à une œuvre de trop longue durée est réduit au mini- 
mum, parce que, dans une Société, uno avulso non déficit alter. 

IV. 
Quelle place le wallon doit-il occuper dans l'enseignement 

en Belgique romane (')? 
La question du wallon dans l'enseignement paraît mince en 
comparaison des autres questions vitales qu'on vient de traiter a 



C 1 ) Conférence faite au Congrès des Professeurs de langues vivantes tenu 
à Liège du 20 au 22 septembre 1909. 



— 26 — 

cette tribune : ce n'est là, pourtant, qu'une apparence. Elle a une 
portée beaucoup plus générale que son titre ne l'indique. Elle 
pourrait être traitée sans citer les noms de wallon et de Wallonie. 
Partout, en pays de langues romanes comme en pays de langues 
germaniques et ailleurs, il y a des dialectes locaux, auxquels la 
langue littéraire et scientifique vient se superposer. Quelle doit 
être l'attitude de l'enseignement des langues nationales en face 
des dialectes locaux : tel est notre sujet dans toute son étendue. 
C'est parce que nous sommes à Liège et en pays wallon que nous 
l'envisageons au point de vue spécial du français et du wallon. 

("est une opinion courante, non seulement parmi les Belges 
peu lettrés, mais encore souvent chez ceux qui se targuent d'avoir 
de la littérature, que le langage wallon est un français abâtardi, 
corrompu. Les publications philologiques de la Société de Littéra- 
ture wallonne ont amélioré les idées sous ce rapport et détruit 
dans leur cercle d'influence ce préjugé funeste. Mais tant 
d'esprits échappent encore à ces efforts multipliés! Tant de gens 
instruits demeurent encore étrangers aux plus simples questions 
de langue! Et alors, ils restent soumis à des erreurs étranges. 
Ils s'imaginent qu'autrefois le français était parlé de la même 
façon des Pyrénées au Rhin, mais que nous, par paysannerie, 
nous avons grossièrement déformé les mots, tandis que la France 
les a conservés purs. Quand donc un bon bourgeois substitue chez 
nous à ses formes wallonnes des formes françaises ou prétendues 
telles, il croit faire un travail d'épuration et d'assainissement ; 
il est convaincu fermement qu'il extirpe le sauvageon en faveur 
de la bonne plante légitime ; il exerce donc ainsi un sacerdoce, il 
est ministre du droit et il corrige des déviations ! Cette erreur, 
consciente ou non, exprimée ou tacite, est à la base de toutes les 
idées qui régnent dans le public sur les dialectes. Elle explique 
l'ostracisme dont le wallon est la victime de par les uns et 
l'acharnement même que d'autres mettent à le persécuter. Elle 
explique pourquoi dans certaines régions les habitants cachent 
leur wallon comme une infirmité. Quand un wallonisant va 
visiter Marche, Neufchâteau, Bouillon, l'indigène répond en 
français à l'étranger qui lui parle wallon. Il croit qu'on lui parle 
wallon par condescendance pour se mettre à son niveau, et il 
tient d'autant plus à exhiber sa connaissance du beau langage. 
Quand on lui demande de répondre en wallon, il pense qu'on 
veut se moquer de lui, ou qu'on veut insinuer que son français ne 
vaut rien et qu'il fera mieux de patoiser. Remarquez, ce n'est pas 



— 2' 



de l'emploi du français que je me plains, c'est de l'état d'esprit 
des habitants, état d'esprit peu sensé et peu généreux vis-à-vis de 
la langue maternelle. 

Dans le milieu où je parle, ce serait faire injure que de réfuter 
plus longuement l'opinion commune. Passons tout de suite aux 
conséquences : i" Si un dialecte wallon est un langage aussi 
légitime, aussi ancien, aussi naturel, aussi pur en soi que le 
français, il est insensé de la part d'un éducateur d'inspirer aux 
enfants le mépris du wallon, en le faisant passer pour du français 
déchu et corrompu ; 2° Quand même le français serait pins 
aristocratique, plus utile, plus artistique, il est malhonnête 
d'assurer le succès de l'enseignement du français par la com- 
pression du wallon, en défendant aux écoliers de parler leur 
langue maternelle entre eux, dans la rue ou aux récréations. 

Que l'instituteur ait ses idées particulières sur l'avenir des 
langues, sur le rôle qu'elles sont appelées à jouer dans la forma- 
tion intellectuelle des peuples, sur les avantages de l'unification 
linguistique, soit; nous avons aussi les nôtres sur ce point, que 
l'amour du wallon ne nous fait pas abdiquer. Mais s'il croit 
favoriser l'essor des langues mondiales, et des grandes idées dont 
elles sont les véhicules, en poussant l'élève à mépriser sa langue 
maternelle, à en rougir, à la cacher devant les étrangers comme 
une tare, il fait fausse route. 

Laissons à d'autres peuples le beau système de coercition et de 
compression des langues non officielles. Si le français doit triom- 
pher, que ce soit par sa seule supériorité comme instrument de 
science et d'art. Je conçois le français chez nous comme un 
langage qui, au fur à mesure des besoins de la pensée, se super- 
pose au wallon et le continue. Langue universitaire et acadé- 
mique, langue de la vie politique et sociale, qu'il se substitue au 
wallon dans la bouche de l'homme du peuple ou du bourgeois au 
moment où le wallon est impuissant à exprimer des idées trop 
abstraites, devant lesquelles son vocabulaire est en détresse. Mais 
si un brave Ardennais a pour langue maternelle le pur wallon de 
ses aïeux, ce serait faire une action ridicule et dangereuse que de 
lui apprendre à endimancher maladroitement ses idées plé- 
béennes, familiales et rurales, et de lui inspirer le sentiment que 
ces idées seront moins pittoresques et moins présentables sous la 
livrée ardennaise. 

Enseigner le français sans nuire ru wallon, l'enseigner comme 
continuation ou prolongement du wallon, faire servir le wallon à 



— 28 - 

l'étude du français, et, réciproquement, — pourquoi pas? — profiter 
du français pour mieux faire comprendre le wallon : tel serait 
mon programme. On peut être sans contradiction membre de la 
Société pour la culture et l'extension de la langue française et, à la 
fois, membre de la Société de Littérature wallonne. 

Quelle est la méthode à suivre pour que les deux langues 
s'aident au lieu de se combattre ? Le premier remède est de réagir 
contre le préjugé capital, de rendre au paysan l'estime du wallon. 
11 en a encore l'amour, mais un amour honteux qui ne s'avoue 
pas, l'amour d'une maîtresse qu'on croit indigne. Il faudrait 
surtout donner cette estime à l'instituteur. C'est chose faite dans 
la région liégeoise, grâce aux efforts de MM. Colson, Frenay 
et autres, et partout où pénètrent les études entreprises sur le 
wallon ( l ), mais le revirement est loin d'être général. C'est à la 
source même, à l'école normale, que le futur éducateur doit 
apprendre la valeur et le respect des dialectes locaux. Je souhaite 
qu'on lui enseigne là combien le wallon peut lui être un auxiliaire 
puissant, combien la comparaison de deux langues est précieuse. 
Au lieu de bourrer sa mémoire de mille et une règles et 
exceptions d'une syntaxe insipide où rien n'est justifié, qu'on 
l'initie par l'histoire de la langue et la comparaison à l'intelli- 
gence des phénomènes du langage. Une page des quatre petits 
volumes du cours de Grammaire historique de la langue fran- 
çaise ( 2 ) vaut plus comme initiation que tous les « traités 
complets » et toutes les « grammaires complètes » du monde, 
dont l'obésité n'est nullement une force. Il faut changer l'air de 
l'école normale, pour changer l'air de l'école primaire. 

Retournons à l'école primaire. Là, l'instituteur wallon doit 
aimer le wallon. Il doit le considérer comme étant la forme que le 
latin a prise dans notre pays. Qu'il réfléchisse que les hasards 
politiques seuls, notamment l'établissement du siège de la royauté 
capétienne à Paris, ont favorisé le français. Le français doit être 
enseigné avec ardeur, mais le wallon doit être cultivé comme 



(') L'Annuaire de l'Enseignement jirimaire pour le département des Ardennes 
de 1896 contient une liste de mots wallons recueillis par les instituteurs 
pour l'inspecteur primaire de Sedan, M. Hannedouche (communication de 
M. Charles Bruneau) A quand pareille initiative dans nos revues pédago- 
giques de l'Enseignement primaire/ — Ajoutons que ces enquêtes tendent 
à se généraliser dans le nord de la France, à l'imitation surtout, croyons- 
nous, de notre modeste Bulletin du Dictionnaire wallon. Notre correspondant, 
M. Bruneau, est un des enquêteurs les plus actifs. 

( 2 ) Par Arsène Darmesteter. Paris, lib. Delagrave, 8 fr. 5o les 4 volumes. 



— 29 — 

la fraîche églantine à côté de la rose, comme l'œillet des champs, 
comme le rustique géranium. Mais il est d'autres arguments 
que eeux de justice et de sentiment, il y a des arguments de péda- 
gogie et de raison pure. 

D'abord, quel langage faut-il parler au bambin wallon que 
la cinquième ou sixième année amène sur les bancs? On lui parle 
le français. Ne récriminons pas sur ce point; notons seulement 
comme un excès de zèle que ce soit avec une exclusion jalouse du 
wallon. Dès (pie le jeune élève met le pied sur le seuil de l'école, 
il est censé n'avoir été élevé qu'en français, n'avoir d'autre 
vocabulaire qu'un vocabulaire français ; il a déniché des nids en 
français, il a joué en français, il s'est battu en français. Combien 
il faut en rabattre! Sauf dans les familles bourgeoises à la ville, 
les termes déjà nombreux dont ces enfants désignent toutes 
choses sont des termes wallons. Qu'est-ce que la logique réclame 
impérieusement de l'instituteur ? 

Mlle demande qu'il ne craigne pas de faire passer le wallon là 
où le français ne peut passer, de traduire en wallon une question 
qu'il croit ne pas avoir été comprise dans ce nouveau langage 
moins familier, de comparer souvent wallon et français. 11 y a 
mille occasions de se servir du patois. La meilleure et la plus 
courte explication, quand il s'agit des objets concrets de la vie 
rurale, des outils et des ustensiles d'un métier, des animaux et 
des plantes, c'est la synonymie wallonne. Elle aura souvent 
l'avantage de souder un mot français à un mot patois de même 
origine, qui aidera à le retenir ; et non seulement à un terme 
connu, déjà déposé dans la mémoire, mais inscrit dans la région 
intime du sentiment. Le mot wallon est un ami pour le petit 
paysan. Sans qu'on l'avoue, ce mot est aimé. Un mot français 
rapproché d'un mot wallon et reconnu identique cesse d'être un 
étranger, un intrus, un indifférent : il est le frère de notre ami. 
Puis, par ce moyen, on échappe aux définitions abstraites. 
L'objet une fois reconnu grâce à une simple juxtaposition de 
mots, on peut transformer la définition en une description inté- 
ressante de l'objet, dont le petit élève lui-même fera les frais. 

Qu'on rencontre dans une lecture à l'école primaire les mots 
putois, blaireau, écureuil : si l'instituteur ne commence point 
par dire : :< ce sont le vècheù, le tasson et le spirou, que vous 
connaissez tous », il aura beau faire des descriptions savantes et 
des distinctions d'aspect, de taille, de fourrure, il n'obtiendra 
aucun résultat. Qu'il traduise chélidoine par yèbe di pores 



(herbe aux verrues) et scabieiise par fleur di tonire, en attendant 
qu'il puisse montrer la plante elle-même; ou, même, en la mon- 
trant : les noms wallons lui seront une oecasion d'expliquer un 
usage, de combattre une superstition. S'il veut graver dans les 
jeunes mémoires le mot coudrier, qu'il le rapproche de côre et de 
cari. 11 rencontre dans la grammaire coi et coite : qu'il ait soin 
d'identifier ces mots avec le wallon keù, féminin keùte. Ce sera 
pour lui une belle occasion de montrer que cette irrégularité 
reprochée au féminin coite existe en wallon comme en français ('). 
Faîne comparé à farine montrera que le wallon a mieux conservé 
les syllabes antiques, comment le français a contracté, qu'il y a 
des raisons d'écrire faine par ai et même par ai. Les prétendues 
aberrations de l'orthographe française peuvent souvent être 
expliquées au jeune écolier intuitivement en inscrivant le corres- 
pondant wallon à côté du mot français. Ainsi, pour l'emploi de 
l'accent circonflexe, il suffira de rapprocher au tableau pâte, 
passe; maitre, maisse ; gâteau, wastê ; râteau, ristê, à côté de 
bateau, batè; ôter, wèster; côte, cwèsse; croûte, crosse; vôtre, 
vosse; gite, djisse; verdàtre, uerdasse ; boite, bwèsse et beùsse; 
goût, gos'; août, awous'. L'enseignement insipide de l'orthographe 
peut devenir intelligent, amusant, source d'observation. En 
rapprochant mai de may, maire de mayeûr, mère de mère, on 
étaie d'arguments simples et visibles les graphies françaises. 
Le son in wallon peut servir à départager les an et les en du 
français: wallon vin , donc français vent et non vant; wallon 
vinte, donc français ventre et non vantre; wallon infier, rimpli, 
rinte, trinte, donc français enfler, remplir, rente, trente. Au delà 
des mots et de l'orthographe, on donnera du piquant et du pitto- 
resque aux locutions et aux proverbes français, en les rappro- 
chant des locutions et des proverbes wallons de même inspiration, 
de même sens, de même rythme. Peu à peu le français, neutre et 
insipide comme de l'eau claire pour nos jeunes paysans, prendrait 
de la saveur, de la couleur et de la vie au contact du wallon. 

Pour retenir l'attention sur les phénomènes du langage, le 
wallon vaut une langue étrangère, et vaut même davantage, à 
cause de l'identité du fond. C'est ce magnifique instrument d'en- 



( 1 ) Je corrige ici ma première rédaction. La forme régulière «lu féminin 
devait être cote par chute du t média] intervocalique de 'quêta. L'ancien 
français en effet dit cote, coiement. Le français roite et le wallon keùte sont 
sans doute dus à l'analogie d'adjectifs comme droit-droite, étroit-étroite, en 
wallon dreùt-drcûte, streiït-streûte, où la présence du test légitime. 



— 3i — 

seignement de progrès intellectuel et d'intérêt que la majeure 
partie des instituteurs rejettent ou méconnaissent. 

Cependant à peine un sur vingt de leurs élèves continueront 
des études au sortir de l'école primaire. Les dix-neuf autres 
seront-ils donc condamnés à oublier le langage franc et instinctif 
qui fleurissait naturellement sur leurs lèvres pour je ne sais quel 
idiome emprunté et maladroit, qu'ils écorchent, dont ils ne 
connaissent bien ni la prononciation, ni la syntaxe, ni les vocables, 
ni les nuances, et qui leur va comme l'habit de gala et la cravate 
blanche un jour de noces? Elevés dans le respect de leur dialecte 
naturel, ils ne seront pas vers la douzième année assis entre 
deux selles, privés de la langue wallonne dont on leur aura 
inspiré le mépris, privés de la française dont ils seront loin de 
posséder une connaissance suffisante. Ils ne ressembleront pas 
à ces fransquillons dont on s'est tant moqué dans les pièces de 
théâtre. Quand ils auront sucé avec le lait du premier enseigne- 
ment L'estime et l'admiration des deux langues, ils tâcheront de 
retenir l'une et d'acquérir l'autre; et ils y parviendront parce 
qu'on aura déposé en eux sous forme d'amour et de curiosité le 
levain précieux de l'étude. 

A mesure que l'élève se perfectionne dans la connaissance de 
la langue littéraire, le wallon ne doit pas être abandonné, ni par 
les maîtres ni par les élèves. Dans l'enseignement moj'en, au lieu 
de condamner sans phrases les wallonismes que les collégiens 
introduisent dans leurs écrits et leurs conversations, ne serait-il 
pas plus utile de leur expliquer les différences des tournures, les 
origines et la légitimité de chacune? Le respect de l'un peut 
s'allier avec l'emploi de l'autre. De la comparaison des choses il 
ne peut sortir que du bien, une connaissance mieux trempée et 
plus capable de résister : c'est l'arrêt sans motif, le ne dites pas..., 
dites... qui est déplaisant et stérile. 

Par exemple, puisque le français dit avoir beau, avoir chaud, 
avoir froid, il est naturel que le jeune wallon dise avoir bon et 
avoir facile. Corrigez-le, puisque l'usage est la loi souveraine 
fermant le bec à toute controverse, mais profitez de l'occasion 
pour montrer que aveùr bon et aveùr âhèy sont tout aussi logi- 
ques; dites que beau, chaud, froid, bon, facile, aisé, sont en ce 
cas des adjectifs neutres pris substantivement; concluez que tout 
ce qui est logique n'est pas nécessairement usité: l'usage est 
capricieux. Cette petite comparaison fera mieux retenir les choses 
qu'un ordre sans critique ni analyse ni justification. 



— 32 — 

Vous voulez faire comprendre à uu jeune homme de seize ans 
qu'il y a une raison pour laquelle roi s'écrit avec oi au lieu 
d'un wa qui serait aujourd'hui plus logique. Si vous lui dites que 
l'on a prononcé jadis ro-i, il ne vous croira pas, — et il aura 
raison : la crédulité dans les choses de science est plus sotte que 
toute autre crédulité — ; mais demandez-lui comment le wallon 
liégeois appelle le roi au jeu de cartes, il répondra ro-y, et, 
dès lors, il aura une raison de croire que le français a prononcé 
jadis ro-i, et il vous suivra avec intérêt si vous entreprenez de lui 
montrer au tahleau, par quelques signes, sans y insister outre 
mesure, comment la diphtongue o-i s'est transformée. 

Dans les classes latines, là où on peut — et où on doit — profiter 
de l'étude du latin pour faire comprendre, à mesure que les mots 
se présentent, l'évolution lente qui a, pendant des siècles, accu- 
mulé les menus changements phonétiques, pourquoi le wallon, 
frère du français, n'interviendrait-il pas maintes fois à côté du 
français, soit pour corroborer des lois phonétiques, soit pour 
apporter des exemples que le français ne possède pas? Étreindre, 
étrenner, écrire, n'ont plus Y s du latin stringere, strenna, scr ibère; 
mais le wallon l'a conservée dans strinde, strumer, scrîre; c'est 
un chaînon dont il ne faut point se priver dans une démonstra- 
tion. Vous voulez faire deviner ou faire retenir texere : vous avez 
le wallon tèhe, plus transparent que le vieux français tistre, 
d'ailleurs inconnu à l'élève. Votre collégien liégeois, confondant 
les mots, écrit : il n'a pas eu l'heure de vous plaire; il s'étonne 
quand vous le corrigez : profitez donc de cet heureux étonnement 
pour lui expliquer que heur ne vient pas de hora, mais de augu- 
rium ; que le h doit être mis sur la conscience des demi-savants du 
xv e siècle, qui se sont maintes fois trompés en étymologie ; et, 
comme intermédiaire pour confirmer cette origine, demandez 
comment on dit heur, heureux en liégeois; aussitôt aweûr, 
awoureûs lui seront un trait de lumière. 

Ces sortes d'exemples, que je voudrais multiplier, piqueront 
l'attention de l'élève. Il sera charmé de comprendre enfin que ce 
wallon de son enfance vaut quelque chose, remonte à une noble 
origine, et qu'il n'est pas obligé de l'extirper de son cœur et de 
sa mémoire pour satisfaire à la loi du progrès. Pour intéresser 
l'élève à une explication, mieux vaut comme terme de compa- 
raison un mot wallon, que l'élève a dans les moelles, qu'un beau 
mot étranger italien ou espagnol. Pour le maître wallon aussi, 
si je puis en juger d'après moi-même, c'est une véritable volupté 



— 33 — 

de transcrire au tableau, lui donnant une forme et une âme, 
un mot wallon afin de mieux faire saisir et retenir tel terme 
latin ou français. Et phonétique, morphologie, syntaxe, séman- 
tique peuvent y passer tour à tour. Le wallon intervient natu- 
rellement, à moins qu'on ne l'écarté par système, comme un des 
chaînons de cette analyse multiple et incessante du langage et de 
la pensée, qui est le nœud vital de l'enseignement, puisqu'elle est 
la continuelle mise sous les yeux du devenir et de l'évolution des 
idées et des choses. 

A plus forte raison, dans l'enseignement supérieur des langues, 
le wallon mérite-t-il d'être estimé, traité en langue romane, 
étudié chez nous comme une des sources les plus riches et les 
plus suggestives de la philologie romane. Je ne demande pas 
qu'on enseigne a parler wallon à l'école primaire, mais je demande 
qu'on étudie nos dialectes romans de Belgique. A côté du pro- 
vençal, de l'italien, du roumain, du catalan, de l'espagnol, du 
sarde, le wallon intervient a titre comparatif dans les travaux 
des philologues, comme il appert des grammaires magistrales de 
Diez et de Meyer-Liiltke. On ne se contente plus, comme aux 
premiers temps, d'étudier le groupe roman par les principales 
langues littéraires : ce serait comme si on était réduit aux 
variétés à fleurs doubles pour étudier une famille de plantes. 
Les plus humbles dialectes valent mieux pour cette étude que les 
belles langues littéraires. 

A vrai dire, on ne les a pas négligés, ni ailleurs ni chez nous, 
et je rends hommage ici aux efforts de M. Wilmotte en faveur de 
l'étude scientifique du wallon. Mais l'enseignement en est resté 
malgré tout occasionnel et arbitraire; c'est la bonne volonté des 
maîtres qui supplée au silence du programme. Serait-il déraison- 
nable d'ambitionner davantage? Dans chaque pays, l'enseigne- 
ment supérieur fait profession d'étudier plus à fond ce qui est 
particulier au pays. S'étonnera-t-on que le vieil anglais soit plus 
cultivé à Oxford et le romanche dans une université suisse, 
qu'il y ait des chaires consacrées à Dante en Italie, à Montai- ne 
ou à Rabelais en France? De même si la dialectologie wallonne 
doit paraître au programme d'une université, c'est bien à celui 
d'une université belge, au centre de la Wallonie. Ce progrès n'a 
pas encore été réalisé en Belgique. L'étranger nous devance. 
Lille vient d'inscrire ce cours à son programme de philologie. 
Quand l'Université de Liège fera-t-elle de même ; 
Je conclus en présentant les vœux suivants : 



-34- 

Que les autorités compétentes attirent l'attention de l'institu- 
teur sur l'importance du wallon dans l'enseignement du français; 

que l'enseignement du français dans les écoles devienne de 
plus en plus historique et comparatif; qu'il soit basé sur un 
enseignement du latin conçu en prévision de l'étude du français ; 
qu'il s'appuie latéralement sur la comparaison avec le wallon, 
sans exclusion d'autres procédés comparatifs; 

que le gouvernement central attire l'attention des professeurs 
des écoles moyennes, des collèges et des athénées royaux, sur 
l'importance du wallon dans l'enseignement du français; 

que l'État organise en pays wallon, à la section de philologie 
romane de l'Université de Liège, des cours spéciaux de phoné- 
tique et de dialectologie wallonnes ( l ). 

V. 

La Philologie wallonne ( 2 ). 

A côté de l'art wallon, de la littérature wallonne, il est juste de 
faire une place à la philologie, à la critique, à l'histoire, au 
folklore de notre pays, à toutes ces branches d'étude qui se 
servent, à la vérité, du français comme langue véhiculaire indis- 
pensable, — de la même façon que la science du moyen âge 
empruntait le latin, — mais que la Wallonie doit revendiquer 
comme siennes, puisqu'elles ont pour objet le peuple wallon, ses 
gestes, ses mœurs, ses œuvres, son langage. 

Je ne me suis chargé en cette occasion que de retracer le passé 
et le présent de la philologie wallonne; mais je croirais faire 
œuvre trop partielle si je n'évoquais pas, au moins dans le loin- 
tain, si je ne saluais pas, au moins collectivement, avant de 
passer à mon sujet propre, tant d'œuvres et d'hommes qui ont 
commenté et magnifié notre pays. Dans ces rapports officieux 
étrangement tronqués où l'on vante la Belgique intellectuelle en 
cet anniversaire de 1905, avec quelle désinvolture on oublie nos 
historiens, nos critiques, nos folkloristes, nos philologues, comme 
aussi cet admirable effort de nos sociétés archéologiques pro- 
vinciales pour exhumer du sol ou de9 archives les institutions, les 



(!) Cette année i<)io, M. Auguste Doutrepout, professeur de philologie 
mane à l'Université de Liège, a eu l'heureuse initiative d'expliquer la 




ronii 

célèbre pièce wallonne de Remouchamps Tètî /' pèriquî. 

(*) Rapport présenté au Congrès Wallon tenu à Liège en i<)o5. à l'occa- 
sion de l'Exposition universelle de Liège. 



— 35 - 

mœurs et les grandes figures du passé! Nous avons des histo- 
riens qui appartiennent à l'histoire internationale, mais d'autres 
savants méritent notre hommage, qui se sont cantonnés volon- 
tairement dans l'étude d'une province, d'une ville, d'un ordre de 
faits particulier. Leur valeur est inscrite dans ces bulletins et ces 
annales de nos sociétés dont la seule table des matières serait un 
livre d'or d'une richesse insoupçonnée. L'histoire économique et 
politique de la Wallonie est là en monographies patientes, jamais 
trop minutieuses pour des yeux amoureux de l'horizon natal. 

L'étude des manifestations si variées de l'esprit populaire, du 
sentiment populaire s'est surtout concentrée dans Wallonia. 
Cette revue, qui existe depuis plus de douze ans, élargissant peu 
à peu son cadre, a fait, place à la critique littéraire et artistique. 
On y a donc vu, chose nouvelle chez nous, des études sur nos 
sculpteurs, nos peintres, nos auteurs, par des critiques de notre 
pays. Constantin Meunier, Rassenfosse, Jaspar, Krains, Severin, 
l'électricien Gramme et beaucoup d'autres ont eu les honneurs de 
ces archives wallonnes. On y a montré ce que valaient nos poètes 
du terroir : nul n'a mieux parlé du lyrisme de Vrindts que 
M. O. Gilbart; nul n'a mieux défini Defrecheux et Henri Simon 
que M. O. Grojean; nul n'a plus finement analysé le sentiment 
wallon ni raisonné de la terre wallonne avec plus de tendresse 
que M. Mockel dans Wallonia', nul ne pouvait mieux y raconter 
cette lutte dramatique entre wallon et allemand dans la Wallonie 
prussienne (pie M. le curé Piétkin; et nul ne s'y est plus géné- 
reusement dépensé en excellents travaux de toute espèce que son 
directeur M. Oscar Colson. 

Mais venons-en à la philologie. 

11 n'y avait point de philologie wallonne avant Grandgagnage. 
Tout au plus peut-on citer avant lui le Liégeois Simonon, qui fut 
scientifique par instinct, mais plus original que pratique dans la 
recherche d'une orthographe (1845). Le Namurois H. Chavée, selon 
la mode de 1840, se perdit dans les spéculations de l'étymologie 
abstraite au lieu d'observer avec patience les phénomènes 
existants; et si, en 1857, il publia une esquisse de grammaire 
wallonne namuroise sous le titre Français et wallon, ce fut sans 
doute entraîné par l'exemple de Ch. Grandgagnage. L'année 
suivante, Chavée mit une préface orthographique à la troisième 
édition des Chansons wallonnes de Charles Werotte, et il donna 
au Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne (t. 111, 
mélanges, pp. 27-31) un court article, d'une légèreté de ton qui 



— 36 — 

n'exclut pas la pédanterie, sur une maladie chronique de la 
langue wallonne ; il s'agissait tout simplement dans cette prose 
médicale de l'épaississement en consonnes fortes des douces qui 
suivent la voyelle tonique (rotche pour rodje, âpe pour àbe). 
C'est peu de chose en comparaison du travail persévérant, ardu et 
souvent perspicace de Grandgagnage. 

Grandgagnage a trouvé dans M. Auguste Doutrepont un 
biographe compétent et sympathique^).» Ce fut, dit-il, un savant, 
au sens sérieux et solide du mot... A l'étranger, il était comme 
l'incarnation, la personnification des études wallonnes. C'était, 
par excellence, le philologue wallon, le linguiste liégeois auquel 
l'Europe aimait à rendre hommage. La meilleure preuve, d'ail- 
leurs, de sa valeur scientifique, c'est que son œuvre lui a survécu, 
et que, tout insuffisante qu'elle soit devenue pour nous, nul ne 
s'est encore senti de force à la reprendre pour la mettre au niveau 
de la science actuelle. Son érudition solide, sa critique ingé- 
nieuse le firent remarquer par les savants les plus éminents de 
France et d'Outre- Rhin. Ce fut pour récompenser ses travaux de 
linguistique que le duc de Saxe-Cobourg Gotha le nomma officier 
de l'ordre de la Branche Ernestine de Saxe. Les plus brillants 
représentants de la philologie en Allemagne, Diez, Pott, Diefen- 
bach, Forsteniann, le tenaient en singulière estime et le citent 
comme une autorité en linguistique. Il était en relations avec 
eux : Forstemann l'appelle son ami ; Laurent Diefenbach inscrit 
son nom en tète de ses Origines europeœ, et, dès i856, l'illustre 
Frédéric Diez, le fondateur de la philologie romane, l'appelle un 
maître, et il lui dédie, en i865, ses Altromanische Glossare. » 
Les divers travaux de Grandgagnage sont trop connus pour qu'on 
ait besoin de les citer ici. Ajoutons encore ce trait à son éloge 
qu'il porta son attention sur l'onomastique et la toponymie en 
même temps que sur la langue wallonne proprement dite, ce qui 
n'est pas une mince preuve de sa clairvoyance et de l'étendue de 
sou esprit. Enfin il fut, en décembre i856, un des fondateurs de 
la Société liégeoise de Littérature wallonne, qu'il présida pendant 
plus de vingt ans. 

A partir de cette époque, l'histoire de la philologie wallonne en 



(*) Pour ne pas multiplier inutilement les références bibliographiques, 
avertissons le lecteur qu'il les trouvera sans difficulté dans le Liber memo- 
rialïs, t. XL VII, du Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, 
1907. 



- 3 7 - 

Belgique se confond presque avec l'histoire de cette Société 
jusque vers i885. 

A la Société liégeoise, Grandgagnage avait à ses côtés François 
Bailleux, Ulysse Capitaine, Ad. Stappers, Aug. Hock,Ep. Martial, 
Alph. Leroy, .Jean Stecher, St. Bormans. Ce fut une période 
d'ardeur, de création, d'excellente besogne. 

Bailleux éditait des pièces anciennes, entreprenait la première 
consultation phonétique de la Belgique romane en faisant traduire 
la Parabole de l'Enfant prodigue en 56 dialectes, étudiait le 
pluriel des substantifs et des adjectifs dans une note fameuse qui 
a longtemps l'ait autorité et que Grandgagnagne, on ne sait 
pourquoi, ne combattit point. 

Ulysse Capitaine, bibliographe érudit, sans cesse à l'affût du 
livre rare, créa la bibliothèque de la Société, l'enrichit infatiga- 
blement et publia, année par année, dans le Bulletin, la liste des 
acquisitions nouvelles. Sans cesse il battait le rappel pour que 
chaque auteur envoyât à la Société ces productions éphémères de 
La verve wallonne, ces feuilles volantes exposées à disparaître 
sans laisser de trace. 

Aug. Hock versait dans les Mélanges du Bulletin des notes et 
des souvenirs de folklore et de parémiologie « Un trait de mœurs 
un peu saillant, disait le président en inaugurant les Mélanges, 
une métaphore un peu originale, un dicton traditionnel un peu 
narquois, quelque vieux refrain exposé à l'oubli, une étymologie 
piquante ou curieuse, quelquefois même une simple question, un 
point d'interrogation à propos d'un sujet local,... tout est suscep- 
tible d'intérêt. Ne sont-ce pas là, en effet, les marques distinc- 
tives de notre individualité? » Cette exhortation était sage, et 
Aug. Hock, N. Del'recheux, Jean Stecher donnèrent l'exemple, 
qui trouva plus tard des imitateurs dans Joseph Defrecheux et 
J. Dejardin. 

Dès 1839, Alph. Leroy proposait la rédaction de glossaires 
technologiques; Ep. Martial préconisait la traduction dans les 
divers dialectes wallons de la Parabole de l'Enfant prodigue, pour 
faire suite à l'ouvrage de Schnakenburg sur les patois de France; 
J.-H. Bormans proposait de dresser une carte de la frontière lin- 
guistique wallonne. Ainsi le programme s'élargissait peu à peu. 

En 1861 parait la première édition du Dictionnaire des spots de 
Dejardin. En i863, le vice-président de la Société, J.-L. Michiels, 
publie une Grammaire élémentaire liégeoise. Jean Stecher, pro- 
fesseur à l'Université, le plus liégeois des flamands, dans ses 



- 38 - 

rapports, ses discours, ses préfaces, ses contributions étymolo- 
giques toujours très étudiées, t'ait œuvre de linguiste et plus 
encore de promoteur. Stanislas Bormans se révélait historien et 
lexicographe dans son ouvrage sur le Métier des tanneurs, son 
Vocabulaire des bouilleurs liégeois, son Métier des drapiers. Après 
la mort de Bailleux, Ch. Grandgagnage reprend la mise au point 
orthographique des versions wallonnes de la Parabole, et cette 
publication difficile, qui a toujours été faite avec soin, sinon selon 
toutes les exigences de la critique moderne, a certainement rendu 
de grands services aux linguistes étrangers. Enfin, dans le 
tome VIII, M. Albin Body inaugure la série de ses précieux 
lexiques par celui des Menuisiers, charrons et charpentiers. 
A partir de ce moment, les vocabulaires se suivent d'année en 
année. Ainsi se constituait, à côté des œuvres littéraires, un 
trésor très riche, unique dans l'espèce, de glossaires technolo- 
giques. Les auteurs furent St. Bormans, Mathelot, Acb. Jacque- 
min, Kinable, Lezaack, J. Defreclieux, J. Délai te, Semertier, 
Marchai, Verteourt, J. Bury, F. Sluse, J. Closset, Vict. Willem, 
A. Boubou, Martin Lejeune, Jean Lejeune, G. Paulus, A. Rigali 
et E. Jacquemotte. 

A partir de 1867, le feu se ralentit. L'âge héroïque de la philo- 
logie wallonne est passé; Grandgagnage lui-même est isolé et 
découragé. La Société, assise sur de fortes bases, continuait à 
exercer une salutaire influence par ses concours, mais le travail 
actif lui vient trop exclusivement du dehors. Grandgagnage, qui 
n'avait point publié le second volume de son Dictionnaire étymo- 
log-i(]ue, ne désigna ni un Wallon ni un de ses collègues de la 
Société pour achever son œuvre : ce fut Auguste Scheler qui eut 
cet honneur, et il s'en acquitta avec un soin pieux, et il y mit tout 
ce qu'il put de sa science. Cette période dura, à notre avis, 
jusqu'en 1892. 

On peut compter, dans l'intervalle, outre les glossaires dont 
nous avons parlé, un essai curieux d'orthographié wallonne par 
J. Delbœuf, une étude très minutieuse et très érudite sur les 
wallonismes du puriste I. Dory, des recherches étymologiques sur 
divers mots wallons par Dory, par le D r Jorissenne, Alph. Maré- 
chal; une étude personnelle et instructive sur les noms de famille 
par Albin Body, un article d'Emmanuel Pasquet sur les mots 
goupil et renart. Body publie une édition critique des Aiwes di 
Tongues, .1. Defrecheux un Recueil de comparaisons populaires. 
A côté de ces bons travaux, la Société avait la faiblesse d'imprimer 



- 3 9 - 

dans son Bulletin un soi-disant Glossaire d'anciens mots wallons 
venant du latin et dont l'emploi tend à disparaître, lequel ne 
contenait pour ainsi dire que des mots communs, dont la vie 
n'était pas du tout menacée. 

A l'étranger, sous l'influence de la science allemande et fran- 
çaise, on étudiait les patois romans. Grâce à Grandgagnage, à 
Sigart, à Scheler, et en dépit d'une documentation assez trouble 
puisée à nos mauvais dictionnaires wallons et à des textes d'une 
orthographe décevante, le wallon commençait à prendre rang- 
dans la philologie romane. Trois ou quatre eurent la chance de 
pouvoir se renseigner à une source orale : Sturzinger étudia ainsi 
la conjugaison wallonne dans le dialecte de Malmedy, Horning 
eut à sa disposition uue personne de Seraing, Altenburg put faire 
son enquête phonétique presque sur place ('). 

A la fin de i883, un jeune homme qui venait de passer brillam- 
ment son doctorat en philosophie et lettres à Liège, alla se mettre 
à l'école de Gaston Paris, de Paul Meyer et d'autres savants 
renommés dans la philologie et la critique. A son retour à Liège, 
il fut nommé maître de conférences à l'Ecole normale des Huma- 
nités, et bientôt, à la suppression de celle-ci, professeur de philo- 
logie romane à l'Université de Liège. En même temps qu'il 
popularisait le wallon au dehors dans la Romania, dans la Revue 
des patois gai lo- romans, dans le Moyen âge et ailleurs, M. Wil- 
motte formait des élèves. 11 sut les attirer dès le début et les 
intéresser hautement par des études vivantes de ces chers patois 
dédaignés; il fit des promenades linguistiques avec eux; il les 
initia aux méthodes d'observation et de notation; bref il fit ce 
que d'autres autour de lui n'avaient jamais réussi ou songé à 
faire : il fit aimer la philologie en général, et, en particulier, la 
philologie wallonne. Son attention se portait même sur d'autres 
élèves que les siens propres; il recevait chez lui tous les jeunes 
gens de bonne volonté et les initiait aux méthodes scientifiques ; 
et cette influence s'étendait par ceux-ci de proche en proche. 

Les fruits de cet enseignement se montrèrent bientôt. Dès 1887, 
Aug. Doutrepont publiait une transcription phonétique des Noëls 
wallons dans la Revue des patois gallo-romans; en 1890, Paul 
Marchot publiait des Vocables couvinois, des Notes sur le patois 



(') J. STiiRZlXGER, Remarks on the conjuration of the walloman dialect^ 
dans Transaction of the modem langnage Association in America, I, 204. 
Horning, dans la Zeitschrift fur rom. PhiL, IX. - Altenburg, Versuch 
einer Darstellung der wallonischen Muvdart, Eupen, 1880. 



- 4o- 

de Saint-Hubert dans la Revue de philologie française et proven- 
çale, des études phonétiques sur les patois du Luxembourg 
central et du Luxembourg- méridional dans la Revue des j>atois 
gallo-romans. M. Georges Doutrepont consacre sa thèse de 
l'École normale, en 1890, à une étude linguistique sur Jacques de 
Hemricourt et son époque, en môme temps qu'il présentait aux 
concours de la Société wallonne une remarquable étude morpho- 
logique et phonétique sur le verbe en wallon. Cette étude, publiée 
en 1892 dans le Bulletin, est le prélude d'une période nouvelle. 
A la même époque paraissait le Bulletin de folklore wallon sous 
la direction d'Eugène Monseur, et un groupe d'élèves et d'amis 
offraient à Maurice Wilmotte les Mélanges wallons, recueil de 
linguistique et de folklore. 

Dès lors l'élan est rendu aux études philologiques. Le Bulletin 
de 1895 publie une phonétique comparative du gaumais et du 
wallon, en même temps que paraît le premier lexique régional, le 
lexique du patois gaumet de M. Liégeois. La série de ces voca- 
bulaires dialectaux, plus utiles au point de vue de la phonétique 
et de la morphologie que les vocabulaires technologiques, se 
continuera plus tard par le Complément de M. Liégeois (1902), 
par le Vocabulaire du dialecte de Stavelot, de M. Haust (1904), 
par le Vocabulaire du dialecte de Perwez que MM. Dory et Haust 
ont annexé aux Poésies de l'abbé Courtois (1905). Nous avons 
même à signaler un travail de phonétique pure : la Carte linguis- 
tique de l'arrondissement de Namur par M. Alph. Maréchal 
(1900) (»). 

En même temps, de jeunes savants étrangers, influencés par la 
faveur dont jouissaient chez nous les études de linguistique 
wallonne, publient des notes et des monographies excellentes sur 
nos patois. Ainsi Zéliqzon étudia la phonétique de la Wallonie 
prussienne; Niederliinder profita de son alliance avec une famille 
namuroise pour étudier sur place, et très profondément, la phoné- 
tique du patois de Namur ( 2 ). 

Toutes ces études convergaient vers un but. La Société en effet, 
sous l'impulsion d'éléments nouveaux, et bien secondée par son 



!! faudrait signaler encore nue œuvre importante, qui n'a pas été 
imprimée, l'Etude comparée de la syntaxe wallonne et de la syntaxe française 
depuis le XVII e siècle, thèse présentée en 189:1. par M. A. Charlier, à la 
faculté «le philosophie et lettres de Liège en section romane, puis l'année 
suivante à la Société liégeoise de Littérature wallonne, qui la couronna. 

(*) ZÉLIQZON, Die franz. Mundart in der preuss. Wallonie, dans la Zeit- 
schrift fur ro/n. Pltil.. XVII. — .T. NlEDERLAENDER, Die Mundart uonXamur, 
ibid., XXIV. 



- 4i - 

président, M. \. Lequarré, méditait l'exécution d'un grand dic- 
tionnaire général dos patois romans de Belgique. Il fallait donc 
songer à créer un système d'orthographe assez pratique pour 
convenir aux écrivains wallons, assez scientifique pour ne pas 
jeter le wallon en dehors des traditions romanes. De là l'Essai 
d'orthographe wallonne (t. 4 1 - fasc I; 1901), de là les Règles 
d orthographe wallonne (t. 4 1 » tase - H, 1902; 2 e édition en 
août 1905) et plusieurs belles polémiques sur cette question. 
Aujourd'hui que la qnerelle parait définitivement vidée, la Société 
s'est attelée au Dictionnaire. En même temps qu'elle étendait et 
systématisait pour le dehors la série de ses concours annuels, 
qui embrassent maintenant toutes les manifestations littéraires et 
philologiques, elle réorganisait au dedans ses différents services, 
notamment celui des publications et celui de la bibliothèque, elle 
chargeait une commission de lui présenter un projet spécimen 
du Dictionnaire de la langue wallonne. Le Projet a paru (1904), 
il a reçu l'approbation de M. Wilmotte au Congrès de Mons 
(août 1904), de M. A. Thomas, professeur de philologie à la 
Sorbonne, dans Romania (janvier 1905), et de beaucoup d'autres 
autorités. La commission nommée définitivement continue ses 
enquêtes et ses travaux préparatoires. Composée de purs wallons 
en possession chacun de trois ou quatre dialectes, qui emploient 
leurs vacances à parcourir les villages du pays wallon, pour 
étudier sur place, pour recruter des adhérents et des correspon- 
dants, qui consacrent leurs loisirs depuis vingt-cinq ans à la lin- 
guistique et à la récolte de matériaux en vue de cette œuvre, 
elle est capable de mener l'ouvrage à bonne fin. 

Mais, pour la continuer largement et dignement, ils demandent 
l'appui de la Wallonie, l'appui de la Belgique et des pouvoirs 
publics. Nous avons quelque droit à l'affirmer : il existe une 
école de philologie wallonne qui mérite d'être encouragée dans 
ses travaux. Cette branche si importante de la philologie romane 
ne doit pas être abandonnée aux mains des savants étrangers. 
Il y va de l'honneur du pays, nous semble-t-il, de la faire fleurir 
dans la capitale même du monde wallon. 

Quant à la question de création d'une académie wallonne, n'est 
elle pas aux trois quarts résolue? Elle existe, cette académie; 
elle est même en possession du nom: il n'y manque vraiment que 
la reconnaissance officielle, et même la Société wallonne la 
posséderait aujourd'hui, n'avait été l'opposition d'un membre 
influent, frondeur par caractère, le regretté J. Delbœuf, qui 



-42 - 

pensait beaucoup de mal des académies. Plus pénétré des devoirs 
et des sujétions attachés à ce titre que de l'avantage moral que la 
Société en retirerait, Delbœuf combattit les propositions offi- 
cieuses faites par M. de Burlet. Aujourd'hui, nous pensons que 
l'opposition de .1. Delbœuf resterait sans écho. Non pas que le 
titre d'académicien nous éblouisse, mais, s'il peut contribuer à 
l'unité, à la grandeur, au triomphe du mouvement littéraire et 
scientifique wallon, il faut en user. 

VI. 
De l'utilité du « Dictionnaire wallon » (') 

Messieurs, 

M. Lequarré, notre dévoué président, vient de vous souhaiter 
la bienvenue au nom de la Société liégeoise de Littérature 
wallonne. A mon tour, je vous souhaite la bienvenue au nom des 
membres du comité spécial du Dictionnaire. Vous avez bien 
voulu venir à notre appel, quoique nous n'eussions pas imposé de 
grosses cotisations, ni promis un meeting monstre : c'est très 
méritoire et nous vous en remercions de tout cœur. Nous voulions 
une réunion intime, sans embarras, sans dépense, sans charla- 
tanisme, dans notre local, qui n'est pas grand, ni princier; 
mais puisse-t-il être toujours plein de vrais amis comme aujour- 
d'hui ! 

Puisque l'honneur m'est échu d'ouvrir le feu pour vous parler 
de notre cher Dictionnaire, afin de procéder avec ordre, je dois 
vous entretenir de l'utilité et de l'opportunité de cette œuvre. 

Peut-être pensez-vous intérieurement qu'il n'est guère besoin 
d'en démontrer l'utilité. Chacun sent vaguement qu'une pareille 
œuvre est utile. Et cependant, dans les campagnes, lorsque, 
commis-voyageurs sans marchandises, sans capital et sans 
revenus, nous annonçons pudiquement, à mots couverts afin de ne 
pas effaroucher, pourquoi nous faisons nos tournées, nous sommes 
accueillis soit par de beaux rires qui fendent les visages d'une 
oreille à l'autre, soit par quelque lueur discrète du regard aussitôt 
réprimée, mais qui signifie : « Toi, mon garçon, tu n'es guère 



(') Discours prononcé à la première réunion des correspondants du Dic- 
tionnaire wallon, le 9 septembre 1900, inséré au Hulletin du Dict. général de 
la langue wattonne, I, i5-2i. 



-43- 

sérieux. Nous ne te gobons pas. C'est quelque farceur de la ville 
qui vient pour se moquer de nous, pour débaucher nos filles. 
Ouvrons l'œil, et, en attendant, vendons-leur beaucoup de chopes, 
de cigares et d'almanachs ». Que répondrez-vous, chers amis et 
collaborateurs, lorsque, a votre tour, vous profiterez de vos 
courses et de vos rencontres pour poser des questions ? Il faut 
que vous puissiez répondre, et vous justifier, et faire, si possible, 
un peu de propagande autour de l'œuvre commune. Il faut que, 
vous aussi, vous releviez un peu le wallon aux yeux des campa- 
gnards. Or, par quels arguments leur montrerez-vous que c'est 
sérieux ? 

Il y a, il est vrai, l'argument d'autorité. Dire que des hommes 
d'étude, des gens en lunettes qui ont vieilli sur les livres, des 
professeurs d'Université comme MM. Aug. Doutrepont et Nicolas 
Lequarré, s'occupent des patois et y consacrent leurs veilles, 
c'est employer un argument d'autorité, et c'est souvent le seul 
possible. La difficulté est de persuader au campagnard que c'est 
bien vrai ? Aussi est-il bon d'avoir, dans sa serviette ou dans sa 
marmotte, quelques spécimens des derniers travaux exécutés. 

A cette annonce de dictionnaire, de plus instruits croiront 
avoir trouvé une utilité suffisante pour ne pas vous accueillir par 
des rires incrédules : « Un dictionnaire wallon? de tous les patois 
wallons? Ah! bien! Charmant! on y découvre de vieux spots de 
nos grand'mères qui tombent en désuétude et qui sont cocasses. 
Il y en a, Dieu me pardonne, de très décolletés. Et puis, on 
s'amusera de voir comment parlent les Wallons des autres pro- 
vinces! » On s'amusera, soit! Je ne recule pas devant ce résultat 
et je l'inscris en premier. 

Nous ne voulons pas nécessairement faire une œuvre funèbre. 
On s'amusera dans ce sens qu'on reprendra contact avec la naïveté 
savoureuse, avec la grasse et rouge matérialité des patois du 
terroir wallon. Mais s'il n'y avait que cette utilité, nos professeurs 
en lunettes passeraient la plume aux rédacteurs de fabliaux et de 
journaux wallons, qui s'acquitteraient bien mieux qu'eux de la 
plaisante besogne. Il y a donc d'autres raisons. 

Tous les auteurs wallons, tous les curieux de littérature wal- 
lonne reconnaîtront sans peine l'utilité d'un bon dictionnaire, 
plus méthodique et plus complet que ceux qui existent. Les litté- 
rateurs puisent plus qu'ils ne l'avouent dans les dictionnaires. 
Ils sentent que leur connaissance de la langue n'est jamais que 
fragmentaire et, amateurs de termes anciens frappés au bon coin, 



- 44- 

d'expressions pittoresques ou énergiques, ils étudient les recueils. 
'IV1 compose su palette de descriptif à l'aide des mots rares 
entendus dans les villages ou empruntés au dictionnaire. Celui-ci 
s'est fait une copieuse collection de rimes. Ce chansonnier possède 
vraiment toutes les ressources de la langue; c'est un vieux Wallon, 
un fin Wallon, un pur Wallon. Et l'on vous étonnerait beaucoup 
si on vous disait que ce pur se documente dans les lexiques. Il sait 
parler son wallon parce qu'il l'apprend. Dites-moi pourquoi les 
mots rares que vous admirez dans telle pièce commencent tous 
par la même lettre? C'est parce que l'auteur en est arrivé à cette 
lettre dans son étude systématique du dictionnaire. Et je ne 
songe pas à les en incriminer, je constate. Il me semble tout 
naturel qu'on apprenne sans cesse ce que l'on ne sait jamais 
qu'imparfaitement; et, à ce point de vue, nous veillerons à ce que 
notre dictionnaire soit beaucoup plus complet et plus méthodique, 
donc beaucoup plus instructif que tous les autres réunis. Nous 
voulons qu'il soit le trésor du wallonisant. 

Limité à ce seul but, le travail vaudrait déjà la peine d'être 
entrepris sur des bases scientifiques. Il est pourtant une utilité 
plus haute, plus lointaine, plus générale. Mais ici la démonstra- 
tion devient si complexe que je ne sais par où commencer. 

Le discrédit jeté partout sur les patois wallons provient de ce 
qu'on les considère comme du français corrompu. C'est le plus 
funeste des préjugés que vous ayez à extirper. Le wallon n'est ni 
un bâtard, ni un adultérin, ni un avorton, ni un enfant qui a mal 
tourné. C'est un fils très sain et très digne de la même mère que 
le français. Cette mère commune est la langue latine. Le wallon 
est resté dans ses terres en gentilhomme campagnard, tandis que 
le français est allé faire le beau à la cour. Là gît tout le secret de 
la différence. Le wallon est resté libre, fruste, solide; il n'a pas 
acquis les fines manières et les richesses de son frère le parvenu. 
Mais il est aussi noble que l'autre. Le latin que vous chantez à 
l'église et le patois que vous parlez au cabaret sont une seule et 
même langue. Un dictionnaire qui étudie non seulement le présent 
des mots, mais leur passé, le démontrera. 11 rendra au wallon 
sa dignité aux yeux de ceux qui le méprisent. 

11 n'y a point de langues méprisables. Toutes sont parentes, à 
des degrés divers. Toutes sont des produits de l'ingéniosité 
humaine et reflètent les idées, les sentiments, les croyances des 
hommes, dans tel siècle et à telle latitude. L'histoire d'un mot est 
bien plus importante que l'histoire d'un grand coup d'épée. Si vous 



-45- 

savez considérer l'histoire comme l'étude de tout le passé humain, 
de toutes les créations humaines, vous serez aussitôt pénétrés de 
ce sentiment que les langues sont des philosophies concrètes, que 
les mots sont des êtres psychiques, symboles de nos idées vraies 
ou fausses. D'où viennent-ils? quelles transformations de son et 
de sens ont-ils subies pendant leur longue carrière? quel état 
d'esprit, quel degré de civilisation suppose ce proverbe ancien, ce 
conte, cette croyance, ce dicton ? Les mots sont des témoins qui 
en disent bien plus long que les médailles, les poteries, les fibules, 
les lacrimatoires de nos musées. 

Mais un mot, une langue ne peut s'étudier isolément. C'est par 
la comparaison qu'on réussit à pénétrer le mystère des origines et 
des évolutions du langage. Le wallon, frère du français, l'est aussi 
de l'italien, de l'espagnol, du portugais, du provençal; il fait 
partie du groupe des langues romanes, c'est-à-dire romaines ou 
issues du latin. Or l'état ancien d'une langue ne nous est connu 
que par les œuvres littéraires, historiques, etc., qui nous restent 
de cette langue, et ces œuvres ont elles-mêmes besoin de longues 
et patientes explications. L'étude des œuvres, des langues, des 
esprits et des mœurs d'autrefois ne peut s'exécuter que par com- 
paraison. On complète par des langues voisines des séries de 
phénomènes qui manquent. Ainsi on demande à un patois d'ex- 
pliquer tel mot de la langue de Rabelais que le français n'a pas 
conserve. Un humble terme wallon peut éclairer les origines de 
vocables et partant d'usages ou d'idées de provenance obscure en 
terre française ou dans d'autres pays romans. Celui qui éclaircira 
les origines du mot houye, hoye (houille), fournira, en faisant de 
l'etymologie, les linéaments d'un chapitre d'histoire économique. 
Montrer que crompîre a une origine flamande, n'est-ce pas infir- 
mer la croyance traditionnelle que la parnientière serait venue de 
France dans nos provinces de l'Est? L'existence de Bazin et de 
Baligand dans nos dialectes ne témoigne-t-elle pas de la popularité 
de certaines chansons de gestes? Où peut-on trouver des preuves 
de l'occupation franque dans le Sud et doser en quelque sorte 
le bilinguisme des provinces wallonnes, sinon dans l'étude des 
villas et des cimetières francs d'une part, et, d'autre part et 
surtout, dans l'étude des noms de lieux qui nous restent de cette 
époque ? 

Faire de l'etymologie wallonne, c'est donc tour à tour faire de 
l'histoire politique, de la toponymie, de l'histoire économique, 
littéraire, artistique, de la philosophie; c'est travailler pour 



-46- 

autres langues, romanes et même germaniques ; c'est travailler 
pour la philologie classique, dont les phénomènes phonétiques se 
comprennent bien mieux à la lumière des phénomènes observés 
dans nos humbles patois C'est travailler pour le français, notre 
éminent frère. En voulez-vous un exemple saillant? Voici un mot, 
le mot orvet, que le savant dictionnaire de Hatzfeld-Darmesteter- 
Thomas présente « comme de même famille que le provençal 
aneduelh ». Les auteurs ont beau invoquer les variantes arguei 
et anioei, le berrichon aneuil ; ils ont beau insinuer ensuite que 
orvet semble une forme influencée par l'ancien français orb 
(aveugle) : la conviction ne se fait pas en moi. Or un jour l'étude 
du patois de Tintigny-Rossignol (sud du Luxembourg) me fournit 
lourvége = orvet. Notre correspondant de Prouvy, M. Roger, 
note dans son travail que le nom de l'orvet est lôrvér ou ôrvér. 
Ôrvér, c'est un peu plus proche de orvet que le provençal 
aneduelh ! Ne me faites pas dire que le mot français vient de 
Prouvy, je veux simplement montrer que c'est le même mot 
de part et d'autre. Un ver se dit vége à Tintigny et vér à Prouvy. 
La coexistence des formes vége-lourvége, vér-lôrvér me pousse 
à conclure que j'ai affaire à un mot composé dont la dernière 
partie signifie ver. Mais que signifie la première ? L'orvet n'ayant 
rien de lourd, bien au contraire, il fait conclure que la forme 
intégrale est ôrvér, que / est un article agglutiné par méprise au 
substantif. Il ne reste donc plus qu'à expliquer ôr-, qui s'expli- 
quera comme dans orpiment, orfèvre, par le génitif auri. L'orvet 
est donc, par étymologie comme dans la nature, un ver d'or. 
Les formes provençales citées semblent au contraire être des 
dérivés de anguis. Quant au français orvet, on saura quelque 
chose de précis sur son lieu de provenance quand on aura trouvé 
dans quelle province l'r du latin verme(m) s'amuït. Il suffirait de 
chercher dans la Faune populaire de Rolland. 

Mais c'est trop peu dire que d'affirmer l'utilité de l'étude du 
wallon au point de vue des langues romanes : la position du 
wallon à la frontière germanique, la longue trituration qu'il a 
subie par suite de la colonisation franque et dans sa phonétique 
et dans son lexique, font de lui un champ d'expériences indispen- 
sable au français et doublent son importance dans le concert des 
langues romanes 

Laisserons-nous les étrangers, Allemands et Français, intro- 
duire à l'envi dans leurs revues de philologie et dans leurs uni- 
versités l'étude de ce précieux dialecte, et ne ferons-nous rien 



-47- 

pour assurer dans la mémoire des hommes la permanence d'un 
idiome qui menace de s'éteindre? Il est grand temps de nous 
mettre à l'œuvre. Le commerce, les journaux, l'école primaire 
font aux patois une guerre inconsciente et d'autant plus sûre. 
Il faut se hâter de recueillir, loin des centres, dans les villages 
écartés, à l'abri des chemins de fer et des grand'routes, les restes 
d'un langage qui n'est plus destiné, vraisemblablement, à vivre 
des siècles. C'est pourquoi nous y travaillons, depuis nombre 
d'années déjà, et c'esl pourquoi nous vous convions à y travailler 
avec nous. 

VII. 
Instructions à nos correspondants du Dictionnaire wallon ('). 

« J'aime le wallon ; la saveur de nos dialectes me grise ; je seus 
combien le wallon est riche, et j'ai souvent songea en recueillir 
les dictons caractéristiques et les mots les plus curieux: mais à 
quoi bon? Ce que je recueillerais serait une goutte d'eau de la 
mer. 

— Donnez-nous-la quand même, votre goutte d'eau. Elle sera 
reçue avec recon naissance. Devenez donc correspondant du 
Dictionnaire wallon. » 

Protestations d'amour pour notre vieux langage, exhortations à 
nous aider dans l'œuvre (pie nous avons entreprise, tel est le schéma 
d'un dialogue que nous avons provoqué cent fois. « Mais à quoi 
s'engage-t-on ? », dit alors la personne interviewée, « et comment 
faut-il s'y prendre ? — Et quel est le traitement ? », ajoutent mali- 
gnement les sceptiques. C'est pour répondre à ces questions bien 
naturelles que nous reprenons la parole. 

La commission du Dictionnaire ne demande à ses correspon- 
dants ni connaissances spéciales, ni engagements à long terme, ni 
promesses formelles, ni devoirs ardus. Votre nom que nous 
inscrivons, signifie que vous vous intéressez à notre œuvre et que 
vous seriez disposé, le cas échéant, à nous aider de vos renseigne- 
ments. Il y aura, évidemment, plusieurs catégories de correspon- 



C 1 ) Préface composée pour le premier n° du Bulletin du Dictionnaire 
général de la langue wallonne paru en janvier 1906. Ce bulletin, rédigé 
par MM. Doutrepont. Feller et Haust, depuis 190G. a pour but de tenir 
les rédacteurs du Dictionnaire wallon en rapport constant avec leurs corres- 
pondants, de faire peu à peu l'éducation linguistique du public wallon, de 
procurer aux philologues étrangers des matériaux d'étude plus sûrs que 
ceux des dictionnaires wallons existants. 



- 48 - 

dants. Les nus ne comptent pas l'aire acte d'initiative, mais se 
déclarent prêts à nous fournir des renseignements quand nous 
leur en demanderons. D'autres, sans doute en grand nombre, ont 
assez de zèle, de goût et de loisir pour nous donner une collabo- 
ration spontanée, active et suivie. Entre ces deux espèces, tous les 
intermédiaires sont possibles. Donc vous êtes des nôtres du 
moment que vous avez le désir de coopérer à une oeuvre dont vous 
reconnaissez l'importance et pour laquelle nous affirmons (pie 
vous pouvez nous être utiles. 

Surtout qu'on ne laisse pas de se déclarer par crainte d'être 
insuffisant à la tâcbe. Qu'on ne s'imagine pas que nous tenons à 
la lettre moulée, au papier glacé, à une orthographe impeccable. 
Nous n'organisons ni un concours d'écriture, ni un concours de 
dictées. Nous ne demandons à personne de danser sur une corde 
tendue entre deux précipices. Nous cherchons simplement des 
hommes de bonne volonté. Nous insistons sur ces points parce 
que nous savons qu'il faut dissiper la défiance et secouer la torpeur 
des Wallons de nos campagnes. Pour eux, souvent, par suite de 
préjugés, écrire une lettre est une terrible affaire, que l'on ajourne 
volontiers aux calendes grecques. Par crainte de mal faire, ou de 
mal dire, ou de mal écrire, on diffère toujours. Nous avons 
connu des paysans qui faisaient six lieues à pied et dépensaient 
une journée pour une commission qui ne demandait qu'une 
carte-correspondance. Nous voudrions secouer cette inertie et 
inspirer une confiance telle que jamais il n'y eût ni répugnance 
ni hésitation à saisir une plume ou un crayon pour correspondre 
avec nous. 

Tel est instituteur. Il pourrait nous fournir une aide précieuse, 
car il a eu l'occasion de comparer le patois de son village natal 
avec celui du village où il exerce ses fonctions. Mais il n'ose 
prendre sur lui de nous adresser des renseignements. Il craint 
d'être critiqué ; il s'imagine que nous allons éplucher son ortho- 
graphe wallonne, incriminer ses définitions, ses explications. 
Donc il s'abstient. Et c'est pourquoi nous ne saurions trop insister 
auprès de lui. Erreur, erreur ! lui crions-nous. Nous ne songeons 
pas à chercher les puces dans la crinière du lion. Nous nous 
moquons de tous les excès de purisme. Nous avons l'habitude de 
correspondre avec des ouvriers plus habiles à manier la faux ou 
la pioche que la règle et la plume, et nous avons toujours re<:u 
avec le plus vif intérêt leurs communications. 



- 49- 
Siuons étions étrangers aux infinies variétés du dialecte wal- 
lon, nous serions forcés de pratiquer la prudence, Nos instructions 
seraient d'autant plus défiantes que nous nous défierions davan- 
tage de nos propres connaissances. Mais, par bonheur, nous 
n'avons pas besoin d'user de tant de précautions. Chacun de nous 
sait d'enfance plusieurs dialectes wallons. Par l'étude, par des 
voyages répétés, nous avons acquis l'expérience des autres dia- 
lectes. Nous ne savons pas tout, parce qu'on ne peut, en voyage, 
interroger sur quelque trente mille mots dans chaque commune, 
— et c'est justement pourquoi nous faisons appel au dévouement 
de collaborateurs ; — mais nous sommes assez familiers avec le 
monde wallon, nous en avons assez pétri la pâte pour avoir le 
droit de compter un peu sur nous et exiger d'autant moins de nos 
correspondants. Le contrôle des matériaux rassemblés s'exer- 
cera souvent par comparaison d'une façon presque mécanique, et, 
en cas de doute, nous écrirons à nos correspondants pour leur 
soumettre la difficulté, ou nous irons vérifier sur place. 

Nos collaborateurs amont, pour continuer nos enquêtes, des 
facilités que nous ne pouvons avoir. Pour opérer cette analyse 
du patois local avec l'ampleur désirable, ils ont devant eux les 
jours et les soirs, et les mois, et même les années, — car notre 
œuvre ne se fera pas en un an ! Ils sont sur les lieux, mêlés à la 
population, qui ne se gêne pas devant eux pour filer la conversa- 
tion au naturel, en reparties mordantes, en termes bien frappés, 
tout vifs et tout crus. Eux, ils inspirent confiance. On leur débi- 
tera des contes, des fantaisies, des rîmes, des spots qu'on nous 
cacherait soigneusement. Xous, messieurs de la ville, dont le 
peuple des campagnes se fait parfois une si fausse idée, nous ne 
pouvons guère atteindre le peuple à la soirée, au jeu, à la danse. 
On se contraint devant nous ; on veut être conforme, hélas ! à ce 
monde sans traditions et sans poésie que nous coudoyons. Pour 
entrer dans les bonnes grâces du campagnard, il nous faut des 
ruses, des patelinages qui demandent des préparations savante-. 
et du temps ! Nos correspondants sont débarrassés de tous ces 
ambages. On verra, eux, qu'ils ne se moquent pas. Une fois qu'ils 
auront expliqué le but, on ira au devant de leur désir. Nous 
savons des endroits où le wallon, jusque-là méprisé comme un 
infâme patois, est maintenant un sujet de conversations et de 
remarques incessantes, depuis qu'il y a là un homme du pays 
affilié à la puissante société de Liège et qui fait au vieux jargon 

4 



- 5o - 

l'honneur de le coucher par écrit dans son calepin po fé on live, 
po fé on dicsioncre ! 

Mais supposons le principe admis. Qui donc sera qualifié pour 
prendre cette initiative ? Et où, et quand sera-t-il le plus commode 
de faire ces enquêtes ? Comment s'y prendre ? Sous quelle forme 
en livrer les résultats ? Répondons à chacune de ces questions. 

D'abord notre appel s'adresse à quiconque est capable de 
prendre une note. Un artisan qui connaît bien les termes de son 
métier pourrait nous être un auxiliaire précieux rien qu'en nous 
signalant ces termes. Un agriculteur nous rendrait service en 
inscrivant, au hasard de ses idées et de ses loisirs, la langue de la 
vie agricole dans son canton. Que les instituteurs surtout ne 
croient pas que leur dignité ou leur apostolat les force à mépriser 
le langage de leur mère et de leur enfance. Plus que les autres, 
ils sont à même d'observer les phénomènes linguistiques ( 1 ). S'ils 
sont originaires d'une autre commune, ils ont eu l'occasion de 
remarquer des différences, qui nous seraient précieuses, dans 
l'emploi des termes, dans la signification, dans la prononciation. 
Enfin le culte, la magistrature, les fonctions municipales laissent 
certainement des loisirs qu'on pourrait employer plus mal ou 
d'une manière moins attrayante qu'à l'étude des moeurs, des cou- 
tumes, du langage. Nous ne voulons point, d'ailleurs, répétons-le, 
que l'acceptation des fonctions de correspondant du Dictionnaire 
wallon soit jamais pour quelqu'un une fatigue ou une obsession. 

Que faut-il recueillir de préférence? Quel choix faut-il faire 
dans la masse énorme des phénomènes d'un idiome local ? Nous 
prions nos correspondants de noter avant tout les mots rares, ces 
vieux mots qu'on ne recueille plus guère que sur les lèvres des 
vieillards, les termes de métiers, les proverbes et façons de parler 
caractéristiques. Les mots de la langue courante peuvent venir 
après, en rangs plus serrés, sans longue explication. Us se ren- 
contreront d'ailleurs enchâssés dans les exemples. Il va de soi que 
des notes de grammaire et de prononciation seront bien accueil- 
lies, en attendant que nous publions un questionnaire phoné- 
tique auquel il suffira de répondre mot par mot. Au reste, si 
quelque chose nous paraît obscur ou douteux dans les envois de 



(') Quelques-uns nous ont procuré des contributions de haute valeur. 
Ainsi M. A. Servais, instituteur à Salm-Château, a recueilli d'après nos 
conseils des listes de mots usités à Cherain et dans la région environnante. 
Il s'est servi pour ce travail du Vocabulaire de Slavelol de M. Haust. — M. 
Rfaury, de Chitiy, instituteur à l'Ecole moyenne de Verviers, se servant du 
Lexique gaumais de M. Liégeois, nous a fourni des milliers «le notes. 



— 5i — 

nos correspondants, il nous sera toujours loisible de leur deman- 
der un supplément d'explication. 

Le langage étant une marchandise que tout le monde a toujours 
sous la langue, tous les instants sont propices à l'observation. 
Au cabaret, en chemin de fer, au marché, à l'école, à la prome- 
nade, à la veillée pendant les longues soirées d'hiver, aux champs 
lors des grandes opérations de l'année agricole, le chasseur de 
mots trouve son gibier. Il suffit de la présence d'un meunier dans 
un café pour qu'on cause grains et farines, d'un tanneur pour 
qu'on discute cuirs et peaux. Là tous les métiers défilent, et tous 
les vocabulaires. Quelle moisson ferait, dans ce milieu propice, 
un observateur de bonne volonté, armé d'un calepin et d'un 
crayon. On le plaisanterait bien un peu, au début ; mais bientôt 
on s'habituerait à cette «manie» et on viendrait spontanément 
lui offrir des mots rares et des spots du vieux temps. Voici un 
autre cas possible : dans un moment d'enthousiasme on a fondé 
une société, sous prétexte de chant, d'excursions, de causeries, 
d'enseignement mutuel. Mais on se fatigue de la chanson, tou- 
jours la même, du baryton attitré. On a tôt fait de décocher au 
plus inoffensif les railleries coutumières. Dès lors, ne sachant 
comment s'amuser, la société ne bat que d'une aile. Les membres 
s'amènent tard ou pas du tout. Je lui propose pour ces moments 
d'accalmie un plaisir précieux. Qu'un des membres, affilié à notre 
œuvre, apporte un dictionnaire wallon, ou mieux, quelques 
feuilles de notre questionnaire. Aussitôt vous verrez les réponses 
s'entrecroiser, réponses diverses, multiples, contradictoires peut- 
être. Et que de souvenirs évoqués ! que de discussions intéres- 
santes ! Quelles richesses à recueillir pour un de nos correspon- 
dants décidé à extraire la quintessence des conversations qu'il 
entendrait ! (') 

Ce qui précède implique l'idée que nos collaborateurs ne se 
contenteront pas de noter les choses qu'ils savent, mais aussi des 
choses qu'ils entendront autour d'eux ou qu'ils demanderont à 
l'occasion. En ceci encore, tous les degrés sont possibles et admis- 
sibles. Nos affiliés apprendront bientôt à susciter les occasions, 
et, pour peu qu'ils persévèrent dans leurs recherches, ils devien- 



(!) C'est dans une réunion de société, à Hotton, que la version hoton- 
nienne de la Parabole de V Enfant prodigue a été rédigée par une bande de 
joyeux lurons ; et elle n'en est pas plus mauvaise, au contraire. 



— 52 - 

dront de vrais centres linguistiques : les amis, acceptant cette 
spécialité, leur réserveront des trouvailles. 

La méthode la plus naturelle d'interrogation est de procéder 
par association d'idées. On choisit un sujet, en raison de l'endroit 
et, de la qualité des auditeurs. Ceux qui connaissent le Diction- 
naire un illogique de Boissière comprendront à l'instant. Suivant 
les groupes, les âges, les métiers, les saisons, les préoccupations 
du moment, on parle amour et mariage, chasse et pèche, eaux 
et forêts, culture, essartage, sorcières, remèdes et botanique 
populaires. Tantôt on dirige la causerie, tantôt on la laisse flotter à 
la dérive. Nous annexons à ces remarques cinq ou six feuilles de 
questionnaires à titre de spécimen. Nous en rédigerons d'autres 
si celles-ci produisent de bons résultats. Nos correspondants vou- 
dront bien, espérons-le, nous dire leur avis sur ce point comme 
sur maint autre. 

Une fois en possession d'une récolte, le correspondant peut 
l'envoyer à l'un de nous telle qu'elle est, en cahier, en farde, 
notes isolées, notes réunies et enchevêtrées. Il ne faut pas qu'une 
question accessoire de mise en ordre ou de mise au net nous 
prive longtemps de notes précieuses, ou que l'ennui de recopier 
retarde un correspondant dont les loisirs sont comptés. Toute- 
fois, pour le cas où il tiendrait à faire la besogne aussi délicate- 
ment que possible et à nous livrer des notes immédiatement 
utilisables, nous lui dirons qu'il y a un système préférable à tout 
autre. Il est mieux d'écrire les renseignements relatifs à chaque 
mot du dictionnaire sur une feuille séparée. La grandeur de 
cette feuille est la moitié du format cahier d'écolier, ou mieux 
encore le format de la carte postale ( 1 ). On appelle ces paginettes 
des fiches. Sur chaque fiche donc, on peut coucher le mot en 
guise de titre, le nom du village où il est recueilli, un ou 
plusieurs sens de ce mot, une ou plusieurs phrases servant d'exem- 
ples, puis s'il y a lieu, des observations ou explications, voire 
aussi des questions de toute espèce. Le travail sur fiches ainsi 
fait pourra être immédiatement distribué par nous entre tous les 
mots du dictionnaire, chaque fiche allant se placer à côté de vingt 
ou trente autres consacrées au même sujet. 

Quant à l'orthographe des mots wallons, ceux qui voudront 
bien nous donner leur nom recevront une brochure explicative. 



(') Nous en enverrons aux correspondants qui eu désireraient et qui 
seraient à même de nous faire des communications d'une certaine impor- 
tance. 



— 53 - 

Pour toute recommandation actuelle, nous leur dirons qu'il suffit 
de bien distinguer dans la notation ch et tch, j et fy, les voyelles 
ouvertes ou fermées, in et an, wé, wè et wa, les graphies fran- 
çaises en et ni étant proscrites comme équivoques. 

Ce travail que nous demandons à nos collaborateurs, nous 
n'avons pas du tout l'intention de nous l'approprier. Quiconque 
nous enverra des notes sera inscrit, comme ayant participé à 
l'œuvre, dans le rapport annuel de la commission du Dictionnaire 
et l'on dira dans quelle mesure. De plus, chaque fascicule du 
Dictionnaire contiendra la liste de ceux qui auront apporté leur 
contribution. Au reste, nous nous empresserons de répondre à 
l'envoi de communications par l'envoi de brochures, qui serviront 
d'accusé de réception d'abord, qui auront en outre l'avantage de 
tenir nos membres éloignés en rapport avec le comité directeur. 
De la sorte, les correspondants qui ne jugeront pas à propos de 
devenir membres effectifs de la Société pour recevoir toutes les 
publications annuelles, auront néanmoins des attaches intellec- 
tuelles avec nous. Nous ne pouvons pas leur offrir de rémunéra- 
tion pécuniaire, le travail que nous entreprenons n'étant pas du 
tout une entreprise commerciale de librairie, mais une œuvre 
nationale, toute de dévouement et de science, sans aucun esprit 
de lucre. 

VI11. 

Rapport sur le Dictionnaire -wallon ( ] ). 

Le comité directeur du présent Congrès a pensé qu'il y avait 
lieu de s'occuper aussi, aux assises de Liège, de l'archéologie du 
langage, et il a désiré voir publier un rapport sur l'élaboration 
du Dictionnaire wallon annoncé depuis plusieurs années. Une 
explication serait assez opportune, en effet, car le public com- 
mence à accuser le comité chargé de publier ce dictionnaire. 
Parmi les personnes qui veulent bien s'intéresser à cette œuvre, 
il en est qui s'imaginent que la Société liégeoise de Littérature 
wallonne compose ce travail depuis cinquante ans. qu'elle le 
détient, tout fait, en portefeuille, et qu'il ne s'agit que de l'im- 
primer. D'autres ne comprennent pas qu'il faille tant de temps 



(') Présenté au Congrès de la Fédération archéol. et hist. de Belgique tenu 
à Liège en 1909. Inséré dans les Annales du XXL Congres de la Fédération, 
t. II, p. 176-199. 



-54- 

pour composer un ouvrage sur une matière dont nous avons tous 
les éléments en nous, les mots! Même il ne s'agit à leurs yeux 
que de compléter un dictionnaire existant. Ils nous demandent 
donc, avec une candeur qui nous effraie, à quelle lettre nous en 
sommes. Jugez du scandale lorsque nous répondons : « à la 
lettre A ! » 

— « Alors, c'est comme à l'Académie française ! » nous objecte 
aussitôt le questionneur. 

— (.( C'est bien pis ! » répliquons-nous avant d'entamer des 
explications sur notre « paresse ». Mieux au courant des diffi- 
cultés de l'affaire, philologues et historiens voudraient, eux aussi, 
savoir ce qu'on a produit jusqu'ici, ce qui reste à exécuter, et 
comment nous procédons, et comment s'opérera la publication. 
Le présent rapport a donc pour but de prévenir les désirs des 
uns et des autres en exposant l'histoire et la préparation du long- 
travail entrepris. 

Ou a dit maintes fois que la constitution d'un dictionnaire 
wallon fut un des objectifs de la Société liégeoise de Littérature 
wallonne à ses débuts. Cette affirmation peut s'interpréter de 
diverses manières. Le public l'a prise dans son extension la plus 
large, sans distinguer entre dictionnaire liégeois et dictionnaire 
wallon, entre recueillir des matériaux et mettre une oeuvre sur 
pied. Comme cette affirmation, aujourd'hui, commence à se re- 
tourner contre nous, il importe d'en mesurer l'envergure. 

La Société, prise en bloc, ne songeait au début qu'à la culture 
du liégeois. Dans son esprit, le nom de Dictionnaire wallon, 
qui peut recouvrir bien des programmes divers, n'avait guère 
alors l'étendue de sens actuelle. L'article V des statuts, de 1857 
à 1898, reste libellé comme ceci : « La Société réunit les maté- 
riaux du dictionnaire et de la grammaire du wallon liégeois ». 
Voilà ce que dit l'officiel, ce que l'on crut sagace d'acter, ce que 
la majorité vota, non pas, je suppose, sous l'impulsion des plus 
timides, mais à la voix de ses philologues réputés. 

Qu'un projet plus étendu existât dans les désirs de deux ou 
trois membres, il n'est guère permis d'en douter. C'est pourquoi, 
en regard du texte officiel, on voudrait savoir quelles étaient les 
visées de Charles Grandgagnage et de l'élite en ce même temps. 
On peut le conjecturer par les préfaces du Dictionnaire étymo- 
logique et par les rapports ou discours qu'il fit à la Société 
même. 



— 55 - 

La première partie du Dictionnaire étymologique, qui l'ut 
imprimée d'octobre 1845 à 1847, c'est-à-dire dix ans avant la 
naissance de la Société, ne contient pas de préface explicative; 
mais, dans l'avertissement de la seconde partie (i85o), l'auteur 
nous apprend que la première avait été précédée d'un prospectus 
dont il rappelle un passage important : « Nous ne voulions faire 
autre chose en commençant qu'un glossaire, c'est-à-dire un recueil 
des mots que nous jugions les plus remarquables, en nous bornant 
à peu près, quant à leur explication, à la recherche des corres- 
pondants; cela, par la double raison que nous avions un autre 
ouvrage sur le métier, et que, nos études n'ayant point été 
dirigées de ce côté, nous ne citions pas pouvoir entreprendre 
davantage ». C'est en préparant la rédaction définitive de sa 
première livraison que G-raudgagnage sentit « que, pour être 
vraiment utile, il fallait embrasser le cercle tout entier : chose 
longue et difficile ! Tout, en effet, était à créer : recueillir tous 
les mots des différents dialectes et des différents âges, s'assurer 
les formes, de la vraie signification (ce qui est bien plus malaisé 
qu'on ne le croirait), établir une orthographe conséquente sans 
qu'elle blessât ni l'étymologie, ni l'œil, comparer les mots d'abord 
entre eux, puis avec ceux des autres langues et idiomes romans, 
enfin rechercher l'étymologie dans plusieurs langues différentes 
éparses dans une quantité de livres. Le pis est que, le fond même 
étant pour ainsi dire inépuisable, les matériaux continuaient 
à arriver pendant que le travail d'élaboration s'opérait, de sorte 
que l'édifice croulait souvent avant d'être achevé ». On ne saurait 
mieux décrire à la fois le programme intégral de ce qu'il y avait à 
faire, et l'impossibilité de réaliser ce programme sans une longue 
et patiente et minutieuse enquête préalable. Ce passage nous 
éclaire pleinement sur le but que Grandgagnage assignait à ses 
efforts. Il l'a poursuivi à travers la maladie, les afflictions et 
l'indifférence presque totale de son entourage. 

A la Société même, quelques années plus tard (discours du 
i5 janvier i858), il semble que Grandgagnage ajoutait au but 
purement philologique affirmé jadis un second but plus pratique. 

11 parle de « constituer la langue wallonne » en faisant dans un 
dictionnaire l'inventaire de ses richesses ». Ici l'expression de 
langue wallonne reste indéterminée par rapport à son étendue ; 
mais cette idée de constituer une langue par un dictionnaire attri- 
bue au dictionnaire une action éducatrice et unifiante qui ne cadre 
guère avec le but scientifique d'une étude des patois. 



— 56 - 

Un autre sociétaire, Adolphe Picard, en 1859 (*), dans une 
séance rnérale devant le public liégeois rassemblé, développait 
un programme plus étendu que celui de l'article V. Toutefois il 
n'osait parler que de matériaux : « N'est-il pas intéressant de 
recueillir le vocabulaire de tous les mots qui ont eu cours parmi 
nous?.... Sans doute ce ne sont là que les matériaux d'un travail 
plus sérieux, mais ces matériaux ne sont-ils pas indispensables 
aux savants laborieux qui recherchent, dans l'origine et la forma- 
tion des langues, une des phases les plus intéressantes de 
l'histoire? Les linguistes les plus distingués de tous les pays 
n'ont eu garde de dédaigner ces ressources et les Burguy, les 
Diez, les Diefenbach, les Genin, les Chevallet, etc., ont consacré 
la meilleure partie peut-être de leurs travaux aux divers patois 
de la langue d'oïl. Ce sont des recherches de ce genre qui ont 
valu à notre honorable président [Grandgagnage] une légitime 
notoriété (p. 21). Le but de la Société est donc bien caractérisé : 
elle veut encourager les études sérieuses, elle veut contribuer 
pour une part, si faible qu'elle soit, aux travaux de la philologie 
française. » (p. 24). 

Non, le but n'était pas très bien caractérisé quant à l'étendue 
de pays qu'on allait explorer, mais il l'était par rapport à l'esprit 
qui animait les directeurs de la Société, et il dépassait visible- 
ment la conception d'un dictionnaire liégeois. Tel n'était pas 
l'idéal de tous les membres, sans doute ; cet idéal de l'élite 
restait lui-même assez flottant, un peu trop platonique. On compte 
sur les concours beaucoup plus que sur l'effort personnel pour 
le réaliser. Au reste, dans la conception même des philologues de 
la Société, il y avait de singuliers compromis ou de singulières 
lacunes. Ainsi le même discours d'Adolphe Picard (p. 26) annon- 
çait que la Société avait résolu de publier dans son Bulletin 
une série de glossaires technologiques. Pour justifier cette inno- 
vation, l'orateur explique que le but est d'apprendre aux ouvriers 
les termes français de leur métier et de leur faciliter la lecture 
des livres français qui leur dévoileront les secrets de leur art. 
Initier l'artisan à la lecture des Manuels Roret ! J'avoue que 
nous avons une idée fort différente de l'utilité des glossaires 
technologiques. Mais peut-être est-ce un argument de circon- 
stance, afin de populariser ces glossaires ? Nullement. Pour se 



1' 1 1 Discours prononcé à la séance de la distribution des prix aux lauréats 
du Concours, le 24 juin iS5<). Cf. Bulletin de la Soc. liégeoise de Litt. wall., 
3 e année (18G0J. pp. 21-2(5. 



- 5 7 - 

détromper, il suffit de se reporter à la parole d'un homme compé- 
tent, J.-L. Micheels. Dans un rapport adressé à la Société 
même ('), où il n'y avait aucun besoin de venir humaniser Pavai) 
tage de ces glossaires, Micheels insistait sur les mêmes raisons : 
« Sur la proposition de M. A. Leroy, vous avez décidé la rédac- 
tion de glossaires technologiques.... Ces travaux seront d'une 
grande utilité, tant au point de vue du propriétaire ou de l'in- 
dustriel qu'à celui des ouvriers; les uns et les autres y trouveront 
L'équivalent du terme wallon ou français qui portera dans 
l'ordre c'est-à-dire : dans les commmandes], la convention ou le 
bordereau, la clarté qui est indispensable dans les relations 
d'affaires >> (*). 

Ll serait puéril de louer ou de blâmer les sociétaires d'alors de 
limiter ainsi leur programme. La plupart furent franchement lié- 
geois, ils n'eurent point de lointaines visées; c'est tout ce qu'il faut 
noter. Ce n'est que progressivement qu'ils s'élevèrent à la concep- 
tion d'un but scientifique et qu'ils étendirent leur champ d'inves- 
tigation. Particularisme fâcheux, si on se place au point de vue 
de l'exploitation des dialectes wallons, parce qu'il y avait peut- 
être dans les parlers de 1860 des richesses qui ont disparu 
depuis; mais, en revanche, ni en surface, ni en profondeur, on 
n'aurait pu conduire alors une enquête systématique. On aurait 
exploité la surface comme les anciens propriétaires des mines du 
pays de Franchimont. L'analyse des phénomènes du langage a 
pris de nos jours une précision qui eût semblé minutie à nos 
devanciers. Fait alors, le dictionnaire aurait été, j'imagine, un 
Forir précédé ou plutôt suivi article par article d'un Grandga- 
gnage. La Société aurait pu patronner et fusionner ces deux 
oeuvres? Mais elles avaient été conçues avant son existence el 
en dehors d'elle. Et pourquoi, d'autre part, aurait-elle assumé 
une tâche identique, puisque deux de ses hommes, poursuivant 
leur ouvrage, composaient l'un la partie philologique, l'autre la 
partie pratique du « dictionnaire wallon », tel qu'on pouvait le 
concevoir? Pour oser entreprendre un plus ample travail, les 
esprits n'étaient pas mûrs, ni la science. C'est pourquoi, jus- 
qu'en 1898, l'article V des statuts ne prévoit qu'un dictionnaire 



C 1 ) Séance du i5 janvier i85 9 , Bulletin, t. IV. 1" livraison, p. 2;. 

(») Quelle illusion! Les patrons, toujours pratiques, prêtèrent s adresser 
a un wallonisant que de consulter nos glossaires. J'ai ete appelé ainsi a 
donner par correspondance maintes consultations, une lois par exemple 
sur le mot ahèsse. dont le sens était contesté dans un testament. 



- 58 — 

liégeois. Le sentiment de la nécessité philologique n'entrait pas 
en ligne de compte. On songeait plutôt pratiquement à constituer 
la langue, à faire du liégeois une v,owî ; que les autres cantons 
adopteraient peu à peu, à faire des auteurs liégeois les four- 
nisseurs de toute la Wallonie. On rêvait de ressusciter la fortune 
du dialecte attique et du dialecte de l'Ile de France, sans songer 
à la différence des temps. 

Quoi qu'il en soit de ces différences notables de conception, on 
doit ajouter que jamais la Société ne se montra exclusive. Elle 
accueillit et, probablement, elle provoqua les essais littéraires 
et philologiques dans tous les dialectes. Le travail d'analyse 
nécessaire à la création du dictionnaire général commença donc 
assez tôt à s'opérer. Notons-en les étapes principales. 

La première édition du Dictionnaire des Spots de J. Dejardin 
paraît au tome IV du Bulletin (t86i), avec un savant rapport de 
M. J. Stecher. (''est un essai de dictionnaire partiel, dont l'auteur 
ne se limitait pas du tout au liégeois. 

Le premier glossaire est celui des termes archaïques donné en 
annexe à l'histoire du Métier des tanneurs, par M. St. Bormans 
(t. V, 1862). 

En i863, paraissait chez Renard la Grammaire liégeoise de 
L. Mficheels], membre de la Société. 

Le premier glossaire technologique du wallon moderne est le 
Vocabulaire des houilleurs liégeois, le second est celui des 
drapiers, dus également à M. St. Bormans, (t. VI, i863, et IX, 
1867). 

Le premier travail de linguistique comparative est le recueil 
des Versions wallonnes de la Parabole de l'enfant prodigue 
(t. VII, 1870). 

Au tome VI (1864), Charles Grandgagnage continuait ses 
études dialectales par ses extraits annotés du dictionnaire mal- 
médien de Villers. Au tome VIII (1866), commence la série des 
vocabulaires d'Albin Body, esprit curieux et encyclopédique, qui 
exploita surtout les parîers de l'Ardenne liégeoise. 

En 1868, t. X, paraît le premier essai d'orthographe, par 
J. Delbœuf, appliqué à la transcription d'une pièce de théâtre, 
li Mâïe neur d'à Cola. Ce système ingénieux aux graphies trop 
archaïques ne fut d'ailleurs pas suivi. 

M. I. Dory étudie les wallonismes en 1878, t. XV. Il est 
également le premier qui compose des articles d'étymologie 
(1878, t. XI), suivi bientôt par M. G. Jorissenne (1879, *• XVII). 



- 5 9 - 

L'examen critique des dictionnaires wallons existants fut 
entrepris par le président J. Dejardin (1886, t. XXII). Cette 
œuvre touche de trop près à notre but pour ne pas nous arrêter 
un instant. Constater les parties faibles de ce qui existe est une 
préparation et un excitant à de meilleurs travaux : l'examen de 
Dejardin avait donc le droit d'être sévère, pourvu qu'il lût 
suggestif. Il ne fut ni sévère, ni suggestif, ni critique. L'essai de 
Dejardin ne donne guère autre chose que les titres des diction- 
naires, deux ou trois mots de biographie, des extraits de chaque 
préface pour montrer le but de l'auteur, puis une partie critique 
souvent très faible; enfin, à titre d'exemple, l'article herna de 
chaque ouvrage. Il ne dit pas ce qui a manqué à chaque lexico- 
graphe pour- faire autre chose qu'une œuvre d'amateur ou de 
fantaisie. [1 ne s'occupe qu'incidemment de l'orthographe de ces 
auteurs, chose pourtant de première importance, et même, à 
l'article Hubert, il dit n'avoir pas « mission » de s'occuper de 
l'orthographe! On voit, par les « conclusions » (p. 357), combien la 
pensée de Dejardin était loin de la philologie romane : les diction- 
naires y sont considérés par lui comme « devant servir aux 
Liégeois pour rendre exactement en français les mots wallons 
qu'ils emploient ». 

La première étude de morphologie est le Tableau de la conju- 
gaison dans le wallon liégeois, par M. Georges Doutrepont 
(t. XXXII, 1902), œuvre d'un romanisant couronnée au Concours. 

Une question de délimitation linguistique : « le gaum[ais] ( l ) 
est-il du wallon? » est examinée pour la première fois en 1896, 
dans un rapport du soussigné sur le Lexique du patois gaumais 
de M. Edouard Liégeois. L'esprit avait changé : à la demande 
de l'assemblée et surtout de son président, M. X. Lequarré, une 
partie de ce rapport fut développée en un mémoire qui exposait 
comparativement la phonétique du gaumais et celle du wallon 
et où l'on essayait de tracer la limite entre wallon et lorrain 
du côté du Sud (t. XXXVII, p. i85). C'était le commence- 
ment de l'analyse phonétique des dialectes en vue du dictionnaire, 
comme le travail de M. Liégeois était le premier lexique régional, 
abstraction faite des extraits de Villers. 



(') J'ai écrit jadis gaumet à l'imitation «le M. Liégeois, qui se basait sur 
le féminin gaumète. Mais aucun nom ethnique ne se termine par cl. 
L'ensemble des villages gaumais s'appelle gaumachie. Je croîs donc que 
gaumais doit suivre l'analogie de hamais-havnacher, marais-maraîcher, 
anglais, etc. 



— 6o 



Au reste, le dictionnaire, non plus partiel et liégeois, mais 
général désormais, entrait dans les préoccupations de l'assemblée. 
« 11 convient, dit le même rapport sur le lexique gaumais 
(t. XXXVII, p. 186), de laisser un sens assez élastique à ce mot 
de dialectes wallons pour n'exclure aucun des villages romans 
de la Belgique ». Celui qui dissertait alors sur le patois gaumais 
était bien décidé à faire triompher le projet d'un dictionnaire 
général contre ceux qui bornaient le but de la Société à rapetasser 
l'œuvre de Forir. D'ailleurs, il n'avait été nommé membre de la 
Société (mars 1895) que parce qu'il composait, de son côté, un 
dictionnaire wallon. Il sentait bien, grâce à ce qu'il savait des 
dialectes du Luxembourg, qu'il fallait asseoir les recherches 
étymologiques sur des bases plus larges que ne l'avait fait Grand- 
gagnage. Mais, pour composer un dictionnaire, il faut une ortho- 
graphe. Le nouveau venu agita dès les premiers mois cette grave 
question. L'appel demeura sans écho, et le manuscrit lu en 
séance resta pour compte à l'auteur. Tout ce qu'il obtint fut de 
faire ranger la question dans le programme des Concours. 

L'expérience était acquise que, pour faire fleurir la philologie 
à la Société autrement que par les Concours, il fallait d'abord 
renforcer le contingent des philologues. L'assemblée voulut bien 
se prêter à cette réforme : M. Aug. Doutrepont fut nommé en 
avril 1896, M. Haust en avril 1897, M. Parmentier en mars 1898. 
Les mots de « grammaire et dictionnaire du wallon liégeois » 
qui avaient figuré pour la dernière fois dans le Bulletin de 1894 
(t. XXXIV), perdent l'épithète restrictive dans la suivante réim- 
pression (1898). 

Désormais les années ingrates étaient franchies. Pour ramener 
l'attention de la Société et du public sur la question toujours 
pendante de l'orthographe, le soussigné soumit au concours 
et jeta ainsi dans la discussion un Essai d'orthographe wal- 
lonne ('), qui, vivement critiqué par un des membres, M. J. Delaite, 
eut la chance d'obtenir les suffrages du jury. La question était 
amorcée, l'assemblée nomma une commission chargée d'élaborer 
un projet d'orthographe définitive pour le dictionnaire futur et 
les publications de la Société, comme aussi pour les écrivains de 
la Wallonie qui consentiraient à sortir de l'anarchie et de l'igno- 
rance. Cette commission se composait de l'auteur du mémoire 
couronné et de MM. Delaite et Doutrepont. 



(!) T. XXII, fasc. I,(i 9 oi). 



- 6i - 

L'auteur du premier travail condensa les règles proposées en un 
petit traité provisoire (juin 1901) («). On s'aboucha avec les prin- 
cipales sociétés littéraires liégeoises. On fit des tentatives de 
discussions, — sans grand succès, la phonétique n'étant pas un 
article courant. — Le plus ardent adversaire du projet, et le 
plus éclairé, fut M. Delaite, qui, partant de principes opposes a 
ceux de ses collègues, devait rester irréductible. L'assemblée 
ratifia les propositions de la majorité. On peut voir, en com [ta- 
rant les solutions préconisées par VEssai et celles des Règles 
d'orthographe wallonne, que le projet de M. Feller était sorti 
indemne de l'aventure. 

C'est que, à vrai dire, on n'était pas ici en présence d'un 
système artificiel auquel on pût opposer d'autres systèmes artifi- 
ciels. Il se posait, au contraire, en face de tous les systèmes arti- 
ficiels comme la classification naturelle de Jussieu s'oppose, en 
botanique, aux systèmes antérieurs. Il était simple, il voulait 
être phonétique, analogique et étymologique exactement là où il 
fallait l'être et dans la mesure où il le fallait; il se promettait de 
respecter les lois bien constatées de la formation et de l'évolution 
des sons et des mots dans les langues romanes, dont le wallon fait 
partie, l'analogie n'étant qu'une façon abrégée de respecter 
l'histoire du développement linguistique; enfin, il laissait du jeu 
aux graphies, admettant certaines tolérances que l'avenir doit 
nécessairement restreindre. Une couple d'années se passa encore 
à favoriser la diffusion du système. L'auteur se mit à la dispo- 
sition des poètes, romanciers, dramaturges, qui voulaient se 
servir de la nouvelle orthographe pour la publication ou la réédi- 
tion de leurs œuvres. D'autre part, M. Haust, nommé secrétaire 
de la Société et, de ce chef chargé de veiller à la correction 
des épreuves de toutes nos publications, a contribué beaucoup, 
par la bonne tenue du Bulletin, à montrer les avantages du 
système. 

Ce grave problème résolu, on pouvait désormais se tourner 
vers le dictionnaire. Il fallait d'abord donner une idée précise, 
adéquate, de l'ouvrage qu'on voulait entreprendre. On peut 
affirmer qu'au sein même de la Société peu de personnes avaient 
conscience de la richesse inouïe de nos parlers romans et de la 



0) J. Feller, Règles d'orthographe wallonne, ^'tirage : juin 1901 ; 2 e tirage 
janvier 1902 ; 3 e tirage : mai 1902. Bulletin, t. XLI, lus.-. 2. Deuxième édition. 
1905. 



— 62 — 

complexité du travail ; le public à plus forte raison ne les soup- 
çonnait pas. Il fallait aussi montrer aux pouvoirs dirigeants, 
dont on devait solliciter l'appui, le genre de travail qu'on pro- 
jetait. Au lieu d'entamer de longues explications, la Société 
chargea l'ancienne Commission de l'orthographe, à laquelle avait 
été adjoint M. Haust, de rédiger un spécimen d'articles. De la 
est né le Projet de Dictionnaire général de la langue wallonne ( l ). 
Un mot du titre d'abord. C'étaient bien les patois de la Belgique 
romane dont on annonçait l'exploitation ; mais le mot roman 
n'aurait rien signifié aux yeux du public sur lequel on avait 
besoin de s'appuyer et dans l'esprit duquel nous devions d'abord 
populariser notre œuvre. De là, l'emploi du vieux terme histo- 
rique wallon, que les Hennuyers peuvent revendiquer au même 
titre que nous, que tout le nord de la France a porté et continue 
à porter. De là aussi le terme ambitieux de langue wallonne, 
emprunté à Grandgagnage, terme qu'on nous a reproché avec 
plus de raison que de finesse. Les romanistes étrangers ne s'y 
trompèrent pas d'ailleurs. On ne pouvait nous accuser d'ignorer 
des limites que nous avions contribué à déterminer. Les deux 
principaux auteurs du Projet, MM. Feller et Haust, ont essayé 
d'y traiter des exemples très divers, des cas difficiles : mots rares 
et de sens même controversable (vièrlète), mots à double forme et 
à double étymologie (bètsâle, bètôle), mots d'étymologie obscure 
(hô, chou, consîre, hèrlèye, rèmîdrer), mots à dialectologie 
curieuse (pan, arègne, ranteûye, p'tchï), mots remarquables par 
la variété de sens ou d'expressions proverbiales (pan, êwe, tchin), 
mots surannés rencontrés dans l'ancien wallon (èheù), mots 
choisis en dehors du langage liégeois (êwée, êwihas', troufe=troc, 
sorfa), mots empruntés à la toponymie (fay, fayit, hièrdâve), 
particules intéressantes au point de vue grammatical ou par leur 
archaïsme (a, mièr, ins, insè, le suffixe -a), verbes à conjugaison 
forte (sûre). Grâce à ce travail, on comprit enfin que le diction- 
naire valait la peine d'être entrepris, et la Société nomma une 
Commission définitive du Dictionnaire, composée de MM. A. Dou- 
trepont, J. Feller et J. Haust. 

Mais la rédaction du Projet n'avait été qu'un intermède, ou, si 
l'on aime mieux, une réclame, — une réclame qui avait coûté 
huit mois de travail à plusieurs collaborateurs. Depuis l'adoption 



(') Liège, Vaillant, 190^-1904. 



— 63 - 

des règles d'orthographe, on s'était mis résolument et systéma- 
tiquement à l'ouvrage. La première besogne devait être de 
concentrer à p : ed d'oeuvre, sons l'orme alphabétique, le contenu 
des nombreux lexiques épars dans les Bulletins de la Société! 
Pour ne pas perdre de temps à recopier ou à résumer chaque 
article, il fallait prendre deux exemplaires de chaque glossaire, 
un pour en utiliser le recto, l'autre pour le verso, puis découper 
chaque article et le coller sur une fiche. Ce travail de démem- 
brement fut conduit par les soins de M. Delaite. Au reste, les 
glossaires technologiques ne donnèrent pas tant de richesses 
qu'on en espérait. Les mêmes noms d'instruments usuels reviennent 
à satiété d'un vocabulaire à l'autre. Beaucoup d'articles ne l'ont 
souvent que répéter Remacle, Lobet et Forir. Il faut excepter de 
cette critique et mettre hors de pair les glossaires composés par 
MM. Albin Body, Jos. Defrecheux, Semertier, Martin Lejeune, 
dont les auteurs doivent être rangés, pour cette raison, parmi 
les plus méritants des premiers collaborateurs du Dictionnaire 
wallon. 

Les dictionnaires existants, à cause de leurs mauvaises gra- 
phies, doivent être traités de la même façon que les glossaires, 
ou bien il faut renseigner sur des fiches spéciales la page 
exacte où chaque mot est traité. Il fallait repérer de même 
L'o aivre de Grandgagnage, à cause de ses multiples additions et 
de sa façon de traiter plusieurs mots en un seul article. Une 
bonne partie de ce triple travail est maintenant achevée ( 1 ). 

Il y avait ensuite à dépouiller les œuvres littéraires wallonnes, 
et d'abord les chiquantes volumes du Bulletin, en notant tout ce 
qui, à la lecture, frappait l'esprit comme particulier, original, 
obscur et, pour suivre une règle pratique, tout ce qui, en général, 
ne se rencontrait pas dans le dictionnaire de Forir, Pour le 
Bulletin, les fiches, établies par M. Haust, passèrent à MM. Feller, 
Doutrepont, Henri Simon, qui y ajoutaient les éclaircissements 
et les comparaisons avec d'autres dialectes que leurs connais- 
sances respectives leur suggéraient. 11 ne fallait pas non plus 
négliger l'immense fouillis des autres publications wallonnes, 
théâtre, œuvres lyriques, romans, journaux, almanachs, en tous 
les dialectes. Est-il nécessaire de dire que, malgré d'incessantes 
lectures, malgré une concentration vigilante de tout ce qui paraît 



C 1 ) Depuis la date de ce rapport, le Grandgagnage a été mis sur fiches 
par M. Haust, Remacle et Forir par M. Heuri Simon, le manuscrit de 
Maus (dict. du patois gaumais) par M. Ed. Liégeois. 



-64 - 

en Belgique et même au-delà (Fumay, Maubeuge, Tourcoing), nous 
n'avons pas réussi à épuiser ce fonds réellement inépuisable? 

Par dessus tout, il fallait recourir aux sources orales, aller 
étudier les patois là où on les parle dans leur grâce et leur naïveté 
coutumières, noter les particularités de prononciation, de sens, 
les spots de chaque terroir, les formes grammaticales, les idio- 
tismes. Ce travail, MM. Feller et Haust s'y appliquaient avec 
ardeur depuis longtemps : le premier, depuis 1879, notait, à la 
lumière de Grandgagnage, Dasnoy,Lobet et autres lexicographes, 
ce qu'il avait appris dans son enfance des dialectes de la Semois, 
de l'Ourthe et de la Vesdre et ce qu'il entendait autour de lui ; 
l'un et l'autre, conjointement depuis 1888, consacraient une partie 
de leurs vacances à des excursions pour étudier la linguistique 
et le folklore wallons ( 1 ). 

Mais l'impossibilité de se transporter partout pour faire de 
longues et profondes enquêtes à la fois sur le phonétisme, la 
morphologie, la syntaxe, le vocabulaire de chaque dialecte; la 
difficulté de s'ancrer suffisamment dans un endroit pour inspirer 
confiance et délier les langues; la nécessité grandissante de 
consacrer le plus clair des vacances aux publications elles-mêmes, 
ces raisons ont amené les deux enquêteurs à perfectionner un 
organisme qui s'est créé tout naturellement par la force des 
choses. Ces visites dans les provinces wallonnes nous faisaient 
des amis, qu'on pouvait interroger au besoin par écrit et qui 
même, parfois trop rarement, prenaient l'initiative de nous ren- 
seigner sur des mots rares ou des particularités curieuses, ou 
même de nous questionner sur des points qui les intriguaient. 
Ainsi s'est formé peu à peu un noyau de correspondants qu'il n'y 
a eu qu'à augmenter pour créer un des organes les plus intéres- 
sants et les plus nécessaires de l'œuvre. Ce fut surtout afin 
d'entretenir des relations suivies avec ces collaborateurs éloignés 
que fut créé le Bulletin du Dictionnaire wallon, en novembre 1905. 
11 débute par des Instructions à nos correspondants dans lesquels 
M. Feller, bon connaisseur des mentalités ardeunaises, essayait 
de stimuler par persuasion les activités hésitantes, de dissiper 
les défiances naturelles des Wallons de nos campagnes. Il se 



(') 1891 sqq. : J. Feller, Flore populaire wallonne, dans Bull, de Folklore 
wallon. — 1892 : Geoi'ges Doutrepont et J. Haust, Les parlers du nord et 
du sud-est de la province de Liège, dans Mélanges wallons. — Voyez aussi 
dans le même recueil : Aug. Doutrepont, Formes variées de quelques mots 
wallons. 



— 65 — 

continue par des discours et des rapports de MM. Feller et 
Haust sur le but, l'opportunité, la nécessité de l'œuvre entre- 
prise et sur les travaux déjà exécutés. Puis il fournit des ques- 
tionnaires, les uns sur des sujets aimés, la fenaison, la moisson, 
les instruments agricoles, le rouet, le foyer, l'abeille, le jeu de 
quilles ; les autres sur des mots qui doivent venir au début 
du dictionnaire, sous aa-, ab-, ac-, ad-, ae-, a/-. Ce moyen d'en- 
quête s'est révélé le plus puissant et le plus pratique; son seul 
défaut est d'être très exigeant. Les correspondants reçoivent des 
exemplaires interfoliés des questionnaires. La plupart répondent 
sur des feuilles ad hoc avec beaucoup de bonne volonté et d'in- 
telligence. Et ce n'est pas un mince mérite, car les vocabulaires 
qui leur sont soumis sont très long, très serrés de texte, et. pour 
gagner de la place, fourmillent d'abréviations. 

On nous a objecté qu'il est dangereux de tabler sur des maté- 
riaux ne provenant pas de pbilologues ou non recueillis person- 
nellement. Lu principe, rien de plus vrai. Mais ce n'est vrai que 
pour les pbilologues étrangers, souvent réduits à étudier le 
wallon dans les Remacle et les Lobet, qui leur fournissent des 
matériaux moins suis, moins bien élaborés que ceux de nos 
correspondants. Quand nous n'aurions pas d'autres sources, 
l'avantage serait encore de notre côté. Mais bâtons-nous de dire 
que nous avons d'autres sources. Les directeurs de l'entreprise 
connaissent la pbonétique des dialectes sur lesquels ils inter- 
rogent. Leurs efforts tendent surtout à recueillir plus de termes 
rares et tecbniques, plus d'expressions pittoresques et prover- 
biales. La comparaisou des renseignements recueillis n'est pas 
non plus un critérium inopérant. Enfin, en cas de doute, le 
contrôle est facile et l'on ne craint pas d'en user; c'est l'enquête 
personnelle sur les lieux au premier jour de liberté, ou l'enquête 
par écrit, simultanée, auprès de divers correspondants. 

Les questionnaires sur la vie rurale ont été faits en général 
par M. Eeller. Les vocabulaires-questionnaires, œuvre beau- 
coup plus considérable, qui rassemblent une matière déjà beau- 
coup plus ricbe, plus sûre et plus scientifique surtout que tous les 
dictionnaires wallons réunis, ont été composés par un des trois 
rédacteurs à tour de rôle, et revus, corrigés, augmentés par ses 
deux collègues. 

Les dépouillements des réponses ont été faits jusqu'ici par M. 
Haust, à qui les cabiers sont renvoyés en sa qualité de secrétaire 
de la Société. Le classement des ficbes au siège de la Société est 



— 66 - 

surtout fait par M. Auguste Doutrepont. Ou aurait peine à se 
figurer la multitude et la variété de formes, de significations 
inédites et même de mots nouveaux que nous apportent ces 
enquêtes de tous les points importants de la Wallonie. Le classe- 
ment en est laborieux, mais la récolte vaut largement l'effort. 

Aux milliers de fiches ainsi constituées viennent s'ajouter 
celles qui proviennent de communications spontanées, soit de 
membres de la Société, soit de correspondants doublement actifs : 
s'ajouter les notes que nous prenons en dépouillant non seule- 
ment les œuvres littéraires, mais encore les documents les plus 
divers : vocabulaires anciens ou nouveaux, travaux envoyés aux 
concours, anciennes pièces de concours restées anonymes et iné- 
dites, textes d'archives. Ainsi s'explique le fait qu'en la seule 
année 1908, nos collections aient pu grossir de près de 3o.ooo 
fiches. 

A sa réception chaque fiche nouvelle, ramenée au format dési- 
rable, est soigneusement contrôlée. On inscrit en tête le mot-type 
auquel elle se rattache. Enfin gï'âce à un travail d'insertion sys- 
tématique et jamais interrompu, la fiche va prendre sa place 
dans l'un de nos 4°o cartons à coté d'autres consacrées au même 
mot. Chaque mot a donc son dossier, qui s'enrichit peu à peu. Un 
carton pourrait recevoir jusqu'à mille fiches, si certaines notes, 
découpées et collées n'augmentaient pas l'épaisseur des feuilles. 
Au reste, comme la même feuille reçoit aussi très souvent plusieurs 
renseignements, il y a compensation. 

Il existe encore d'autres provisions de fiches. La principale est 
celle qui a été recueillie par le signataire de ce rapport avant et 
depuis 1895, pour servir à ses études de philologie wallonne. La 
grande majorité d'entre elles, en vue du Dictionnaire, est classée 
par ordre alphabétique ; le reste, qui a trait à la phonétique 
et à la morphologie, est classée provisoirement d'après l'ordre 
usité dans le traité qui précède le Dictionnaire général de la 
langue française. Le tout comprend environ 5o.ooo fiches. 
Il est regrettable, au point de vue de l'unité, que cette col- 
lection ne puisse dès maintenant être versée à la masse au siège 
de la Société. Mais ce transfert à Liège paralyserait l'auteur, 
puisque celui-ci, résidant à Verviers, serait en ce cas privé d'un 
instrument de travail auquel il doit avoir recours à tout instant. 11 
y a là une dualité fâcheuse, à laquelle le détenteur remédie par 
des copies et des extraits au moment d'établir les vocabulaires- 
questionnaires. 



-6 7 - 

Au total, on peut évaluer à 3oo.ooo fiches le nombre de notes 
actuellement recueillies et classées ('). Nous indiquons ces chiffres 
uniquement pour la curiosité, car il est plus facile de se faire une 
idée exacte des richesses acquises en consultant les vocabulaires 
et les suppléments publiés dans notre petite revue. 

Ainsi la documentation se fait pour tout l'ouvrage en général, 
et en particulier pour les premières feuilles à imprimer. Mais le 
public se tromperait s'il croyait que le dictionnaire ne comporte 
que des enquêtes ou des opérations de classement et de compila- 
tion. Ce serait oublier que l'étude de chaque mot, de son origine, 
de l'évolution qu'il a subie, de la différenciation dialectale, de la 
filiation des sens, ne se fera pas mécaniquement, par simple juxta- 
position des documents recueillis. L'histoire des mots exige des 
connaissances philologiques très étendues. Elle ne peut se l'aire 
que par une comparaison incessante. Or, à la limite linguistique 
où nous sommes placés, ce ne sont pas seulement les revues, lexi- 
ques ou autres travaux de philologie romane ou de latin médiéval 
que nous devons manier chaque jour, mais aussi les œuvres de 
philologie germanique, notamment pour ce qui concerne les 
dialectes flamands, néerlandais et ceux de la Prusse rhénane. La 
connaissance de la technologie, des métiers, de la vie rurale, de 
la botanique, de la zoologie, ne serait pas chose superflue, ne fût-ce 
que pour empiéter avec intelligence, apprécier avec justesse les 
renseignements reçus et définir les termes avec précision. Pour 
mener à bien le Dictionnaire général de la langue frc.içaise, il 
n'a pas fallu moins qu'un logicien comme l'était Hatzfeld, un pho- 
néticien comme Arsène Darmesteter, un romaniste comme An- 
toine Thomas, un grammairien comme Léopold Sudré. Et combien 
plus facile, leur tâche ! 

Le dictionnaire à composer ne peut guère être comparé a celui 
d'une langue littéraire comme la langue française. La langue fran- 
çaise correspond à ce qu'on appellerait en botanique une « variété 
cultivée » : le wallon, (nous ne dirons pas ici la langue wallonne ! | 
nous représente toute une flore de dialectes eb de sous-dialectes. 
Entre une langue arrivée à l'hégémonie et une juxtaposition de 
dialectes, il y a, si vous aimez mieux, la différence que présente 
raient l'organisation d'une monarchie bien unifiée et celle d'une 
agglomération de petits états féodaux. Que de problèmes ardus 
cette féodalité va susciter ! Pouvons-nous créer au hasard de 



( l ) Ce nombre s'est encore accru considérablement depuis 1909. 



— 68 — 

l'ordre alphabétique un ouvrage qui sera une bigarrure de tous 
les dialectes ? Certes le romaniste ne s'en effrayerait pas plus que 
de celle qui existe dans Godefroy ou dans Du Cange ; mais il faut 
:mssi que le dictionnaire wallon puisse servir aux Wallons. Donc, 
au lieu de composer un article sur chaque forme d'un mot ou 
variante dialectale, il vaudra mieux grouper la matière relative à 
un mot dans un seul et même article. Quand le mot existe eu 
liégeois, la forme liégeoise servira de tête d'article, et les signifi- 
cations, les exemples seront rassemblés à cette place. Pour éviter 
des généralisations erronées, un sens particulier à une région 
sera indiqué comme appartenant à cette région. Les autres for- 
mes dialectales d'un même mot, celles qui seront sensiblement 
différentes, devront être inscrites à leur ordre alphabétique, mais 
avec simple renvoi à l'article principal. Les mots qui n'existent 
que dans un dialecte déterminé auront nécessairement leur article 
à la place où chacun doit être 1 inscrit. Ne sera-t-il pas opportun 
aussi de distinguer par quelque différence typographique les 
principales régions ? On a le choix entre une différence de carac- 
tères affectant tout le mot, un signe conventionnel précédant le 
mot, une indication dialectale à la suite. Cette dernière est 
en tout cas nécessaire, mais sera-t-elle suffisante ? Il serait 
bon que, dans les quatre colonnes qui formeront deux pages 
en regard, l'œil pût distinguer instantanément ce qui est du 
dialecte liégeois, ce qui est ardennais, ce qui est namurois, 
ce qui appartient aux dialectes extra- wallons, le gaumais et le 
rouchi. Ces cinq divisions pourraient suffire pour signaler le 
genre ; l'indication dialectale après le mot préciserait l'espèce. 
Le plan idéal d'un article consisterait à suivre d'un bout à 
l'autre l'évolution phonétique et l'évolution sémantique d'un mot. 
D'abord devrait venir la dialectologie. Car si le mot mis en tête 
de l'article n'est qu'un titre ou un constat d'existence, les variantes 
devraient l'accompagner pour la même raison. D'ailleurs les 
variantes dialectales forment souvent un faisceau d'arguments 
pour aider à retrouver l'origine du mot. La partie sémantique, de 
même, devrait présenter les sens dans leur ordre d'engendrement 
ou filiation, autant qu'il est possible de le découvrir, et non dans 
l'ordre de fréquence des sens ou dans un ordre arbitrairement 
imaginé en vertu de conceptions logiques subjectives. On pourrait 
considérer la partie historique et la partie sémantique comme 
étant sans liens entre elles, et adopter pour la seconde un ordre 
purement pratique, sans prétention à reproduire l'arbre généalo- 



-%- 

gique des sens. Ce procédé, qui est à peu près celui de Littré, 
serait un pis-aller. Il ne peut servir que dans les cas où l'étymo- 
logie, et par conséquent la filiation des sens, sont inconnues. 

Quel que soit d'ailleurs le caractère donné à cette seconde 
partie des articles, elle devra contenir des exemples significatifs, 
empruntés a divers dialectes. 11 sera plus difficile d'en restreindre 
le nombre que de L'augmenter. Elle fera bien de renvoyer le 
lecteur à d'autres mots synonymes ou quasi-synonymes, sans 
insister sur les nuances, puisque le rapprochement des définitions 
et des exemples doit suffire pour les indiquer. 

Si le dictionnaire était fait uniquement à l'usage des littéra- 
teurs, malgré toutes ces précautions pour assurer la clarté et 
l'ordre, je considérerais comme une monstruosité de rassembler 
dans un même ouvrage et de mêler dans la même page et jusque 
dans le même article «les formes et des phrases de physionomie 
très diverse. Mais ici la variété est partie constitutive de l'œuvre. 
Le dictionnaire des dialectes romans de Belgique s'adresse à 
la fois aux Littérateurs et aux linguistes. Aux premiers, il faut 
donner les moyens de distinguer soigneusement ce qui appartient 
à leur dialecte propre de ce qui revient aux dialectes circon- 
voisins. Sans cette précaution ils emprunteraient de toutes 
mains des formes disparates, car les poètes sont avides de mots 
nouveaux. Notre dictionnaire ne veut pas les empêcher d'em- 
prunter, de naturaliser un mot qui leur paraîtrait de bonne prise, 
mais il veut leur permettre d'emprunter en connaissance de 
cause. Aux linguistes, il faut offrir le recueil comparatif auquel 
ils ont droit, destiné à remplacer avec avantage, c'est-à-dire 
avec plus de richesse, de méthode, de science, ce qui traîne épars 
dans une vingtaine de publications, épars et fragmentaire, le 
plus souvent erroné et antiscientifique, ("est seulement par la 
substitution de grands recueils méthodiques au nombre infini de 
lexiques régionaux sans grammaire et sans critique, que les 
études comparatives de philologie romane pourront s'étendre 
avec sûreté sur des aires de plus en plus vastes. Acceptons donc 
de bon cœur ce voisinage des dialectes dans notre œuvre. 
Il est bien plus étendu dans le Thésaurus de Du Cange, où les 
mots prétendus latins, fabriques par quelque moine ou quelque 
tabellion, n'ont souvent de latin que leur terminaison : ce sont 
des vocables saxons, burgondes, picards ou wisigoths déguisés. 
Il est plus étendu aussi dans le Dictionnaire de l'ancien français 
de Godefroy, où l'on soupçonne à peine, par la qualité des 



— 70 - 

exemples cites, la vraie patrie d'un mot. C'est très décevant pour 
qui savent are dans ces ouvrages sans fil conducteur. Heureuse- 
ment, ces recueils sont de vastes nécropoles de termes morts, où 
le publie ne pénètre guère. Nous essayerons de donner toujours 
a chaque mot, à chaque forme dialectale, son état-civil exact, 
afin d'éviter, à force de clarté et d'analyse, ce que la complexité 
.lu sujet pourrait présenter de déroutant pour le public. 

Une œuvre semblable doit être publiée non en une fois, mais par 
fascicules de 64 à 80 pages. Attendre qu'elle soit rédigée en entier 
pour en entamer la publication ne ferait ni l'affaire du public ni 
celle des auteurs. Ceux qui ne verraient rien venir accuseraient 
ou soupçonneraient les auteurs de ne pas travailler. X'est-ce pas 
ce (pie le public pense déjà maintenant ? Que serait-ce si nous 
tardions vingt ans à donner le premier fruit de nos recherches? 
Nous essayerons donc dès l'année prochaine de livrer le premier 
fascicule de l'œuvre ( l ). Le relevé systématique des richesses de 
nos idiomes doit être complété par une grammaire comparative 
des dialectes romans de notre pays. Les Mélanges wallons dédiés 
par des élèves et amis à M. Wilmotte, la Revue des patois gallo- 
romans, les Bulletins de la Société contiennent déjà des travaux- 
partiels sur la phonétique et la morphologie. Il ne peut être 
question de composer une œuvre grammaticale d'ensemble avant 
de recevoir, du moins en partie, l'expérience que doit donner la 
composition du Dictionnaire. 

In atlas phonétique est le complément naturel de la partie 
phonétique de cette grammaire. 

Mais l'histoire des mots ne peut se limiter à des lois en quelque 
sorte mathématiques et soustraites aux temps : le vocabulaire 
de l'ancien wallon, dont Grandgagnage a donne un noyau en 
cent pages à la fin de son dictionnaire étymologique, doit être 
exploité, recueilli, venir en témoignage dans la partie historique 
de notre oeuvre. Que d'autres travaux importants ou nécessaires 
se rattachent encore à celui du Dictionnaire, attendant chacun 
son ouvrier! Il y aurait lieu d'étudier la langue de chaque auteur 
wallon ancien, ou assigné au domaine wallon, comme M. Georges 
Dont repont l'a fait pour Hemricourt, de les étudier à tous les 
points de vue, vocabulaire, idiotismes, grammaire, orthographe 



( l ) Cette promesse n'a pu être tenue, faute de ressources. Une pétition, 
datée 'I" iti janvier 191 1. vient d'être adressée au gouvernement belge. 



- 7i - 

et phonétisme, en des monographies ou en des éditions plus 
critiques que les anciennes. 

Nous voici, je pense, a la fin de notre explication. Le diction- 
naire est donc fait ou il n'est pas fait, suivant ce que l'on exige de 
nous. Plus exigeants que nos propres amis, nous ne pouvons 
nous résoudre à produire une compilation comme il en existe 
tant, entreprises par des gens qui centralisent des notes, mais 
(pii, incapables d'en faire la critique, impriment tout pêle-mêle. 
Ces gens ne donnent l'illusion qu'ils sont des auteurs (au sens 
réel du latin auctures. parent de auctoritas et de augere) qu'aux 
lecteurs incompétents et crédules; les autres reconnaissent à 
l'ensemble et a mille détails le résultat de compilations mal 
faites, où rien n'est à sa place, ni interprété sainement, où même 
souvent le compilateur n'a pas su tenir compte avec intelligence 
des notes de ses correspondants. Nous espérons que pareil 
reproche ne s'adressera pas à notre œuvre. Si nous voulions faire 
une rhapsodie de ce genre, elle est laite et bien au-delà : il ne 
reste plus qu'à numéroter 4.00.000 fiches et imprimer ! Si nous 
voulons créer une u livre, (die est a composer tout entière, avec 
une sage activité, et il ne faudra pas moins de l'esprit critique, 
des connaissances diverses et des talents particuliers de ses trois 
rédacteurs, aidés de leurs collègues de la Société de Littérature 
wallonne et d'une armée de deux à trois cents correspondants, 
pour la mener à bonne fin. 11 y aurait un moyen pratique de 
presser le travail et de terminer trois fois plus tôt. Ce serait que 
chacun composât le tiers de l'ouvrage. Mais nous n'entendons 
pas ainsi la collaboration. Que l'un ou l'autre des trois ait pris 
l'initiative de charpenter un article, il faut que son travail suit 
examiné, complété, raccourci, remanié par ses collègues. Mais 
tout heureusement ne comporte pas discussion et controverse. 

M'arrèterai-je ici sans parler des circonstances vitales de 
personnes, d'impression, de dépenses? Ce serait volontairement 
rester incomplet. Pour réaliser le Dictionnaire, il faut plus 
qu'un beau plan et un beau programme. Il faut une somme que je 
n'oserais pas évaluer sans faire jeter les hauts cris, une demi- 
fortune. D'abord l'œuvre exige un matériel d'impression tout à 
fait particulier, 'qu'un éditeur ne se procure pas sans des garanties 
sérieuses. Xous devons compléter notre bibliothèque romane et 
germanique. Jusqu'ici les auteurs y ont pourvu, grâce au budget 
ordinaire de la Société et surtout de leurs propres deniers. Sous 
le rapport des dépenses, il n'y a pas à craindre d'être laissé 



— 72 - 

découverl i 1 ). L'État, les Provinces, les Villes, déjà sur la simple 
appréciation des travaux commencés, le Projet et le Bulletin 
<lu Dictionnaire, rivalisent pour nous envoyer leur cotisation 
annuelle. Des particuliers tiennent à honneur d'être inscrits 
parmi les protecteurs de cette œuvre. Quant aux hommes, il y a à 
craindre l'âge, la maladie, les découragements, les dissenti- 
ments, l'absence de loisirs. .le passe très vite à dessein sur ces 
causes de retard, dont, quelques unes existent réellement et 
devront être vaincues. En dépit des obstacles, le Dictionnaire 
se fera, certes; mais il importe aussi qu'il se fasse vite, qu'il se 
l'aise bien, couvé par la chaleur de ceux qui l'ont conçu, et, pour 
y arriver, il ne faut escompter rien moins qu'une synergie par- 
faite de toutes les forces, de toutes les aptitudes et de tous les 
dévouements. 

IX. 

Principes d'orthographe wallone ( 8 ) 

La Wallonie souffre de ce «pie l'écriture, telle qu'elle est prati- 
quée par la majorité des auteurs wallons, ne reproduit fidèlement 
ni les sons, ni les formes, ni les rapports syntaxiques. On ne lit 
pas les œuvres wallonnes, on les devine plutôt. Le but que nous 



(') Cette prévision volontairement optimiste ne s'est pas réalisée en entier. 
Les publications actuelles, Bulletin général, Bulletin du Dictionnaire, 
Annuaire, Bibliothèque de philologie wallonne, les récompenses affectées 
aux vingt-cinq Concours annuels absorbent toutes nos ressources et nous 
laissent en déficit. Ce n'est pas que la Province et les Villes nous aient 
marchandé leur appui, mais la subvention efficace doit venir de l'État. [A 
cette date du S mai 1911, l'intervention de l'État n'est pas venue sous la 
tonne que nous espérions, malgré les efforts persévérants de notre ami et 
collaborateur Â.ug. Doutrepont. L'État ne manque pas de lionne volonté 
envers notre œuvre, mais il entre difficilement dans nos vues et n'a pas le 
sentiment des nécessités qui nous entravent : et peut-être craint-il aussi 
pour sa générosité des remontrances flamingantes... Pour mettre l'œuvre 
en train et couvrir les frais d'impression du premier fascicule, nous axions 
besoin d'une dizaine de mille francs, que la Société endettée par sa propre 
activité ne pouvait fournir : M. le Ministre nous propose un subside de 
t,5oo francs par fascicule à charge d'envoyer 4°- exemplaires de l'ouvrage 
au ministère. 11 n'a point calculé que ces 401: exemplaires nous conteront 
1,200 francs et que l'État ne fait ainsi qu'une souscription. Or chaque 
fascicule nous contera i.ooo francs de papier el d'impression, et nous 
aurions, si l'État maintenait ses conditions, a fournir douze cents exem- 
plaires au public (800 6X. promis aux sociétaires. 400 au ministère) avant 
d'en mettre un exemplaire en vente! Et puis nous restons toujours dans 
l'impossibilité «le démarrer]. 

Chapitre détaché des Règles d'Orth. wall.. 2' édition, tgo5, pp. 14-16. 



• 73- 

nous sommes fixé, en élabornnt ce système d'orthographe, peut se 
résumer de la façon suivante : 

r. Représenter plus exactement les sons de la langue parlée : 
notre orthographe sera donc, autant que la pratique le permettra, 
phonétique. 

2. Respecter la parenté qui unit les dialectes wallons au fran- 
çais : notre orthographe sera, autant que la phonétique le per- 
mettra sans danger, analogique. 

3. Respecter les différences dialectales et les analogies dialec- 
tales, aussi exactement que la pratique le permettra. On y arrive 
d'ailleurs en se conformant aux principes d'analogie et de phoné- 
tisme énoncés plus haut. Notre système ne sera donc ni liégeois, 
ni verviétois, ni namurois; il doit servir pour tous les dialectes 
wallons; il doit permettre à un poète liégeois d'être lu fidèlement 
par un Ardennais, un Malmédien, un Brabançon, voire par un 
étranger qui connaît les habitudes graphiques du français. Tout 
artiste wallon comprendra l'avantage d'une orthographe qui ne 
trompe pas le lecteur. Unifier l'orthographe, c'est faire des 
règles telles que les mêmes sons, dans les mêmes mots, soient 
écrits par tous de la même façon ; que des sons différents soient 
écrits différemment. A différence phonétique (assez sensible pour 
être exprimée par l'écriture), il faut une différence graphique. 
Certains auteurs, mus par un sentiment patriotique excessif, 
préféreraient un système purement liégeois, ne prévoyant que les 
prononciations liégeoises, étouffant les autres prononciations 
dialectales. Cette politique, soyez-en sûrs, ne pourrait donner au 
liégeois qu'une catholicité artificielle. C'est par l'excellence des 
œuvres, non par des équivoques de prononciation, qu'il faut 
assurer à un dialecte la supériorité sur les autres. 

4. Respecter les lois bien constatées de la formation et de l'évo- 
lution des sons et des mots dans les langues romanes, dont le 
wallon fait partie. Méconnaître ces lois par des graphies fantai- 
sistes, c'est rejeter le wallon en dehors du cycle des langues 
romanes. Quand nous refusons d'écrire bai pour bé, c'est parce 
qu'il ne nous est pas du tout prouvé que l'on ait jamais prononcé 
en wallon ba-i, bay. Bai s'éloignerait donc du phonétisme sans 
raison analogique ni historique. 

L'analogie ou imitation des graphies françaises n'est qu'une 
façon abrégée de respecter l'histoire du développement linguis- 
tique du wallon. Un homme qui n'a pas le temps ou les moyens 
d'apprendre le pourquoi et le comment d'un acte, se tire d'affaire 



- :4- 

on imitant le voisin qui est mieux au courant; de même, nous 
autres Wallons, tante de connaître par une suite continue de 
documents la transformation du latin en wallon, nous allons 
demander au français les résultats d'une transformation parallèle. 

Os considérations sur la valeur de l'orthographe analogique, 
qous permettront de nous affranchir au besoin de l'analogie. Le 
français a des graphies mauvaises, inutilement compliquées, dues 
an pédant isme on à l'ignorance. Il faut savoir en secouer la 
tyrannie, en wallon, pour se rapprocher de ce qu'exigent la pho- 
nci ique et l'histoire. 

5. Quand on doit obéir a plusieurs néeessités à la t'ois, il faut 
établir une subordination entre elles. Qui l'emportera de la 
phonétique, ou de l'analogie brutale, ou de l'analogie corrigée et 
simplifiée par l'histoire? \ notre avis, la phonétique doit primer 
tout. On pourra donc aller, dans les concessions analogico-histo- 
riques, aussi loin seulement que le permettra cette nécessité de 
représenter exactement les sons de façon à ne pas tromper le 
lecteur. 

Beaucoup de ceux qui demandent à un système orthographique 
<l'etre facile, sans plus, confondent l'orthographe et la grammaire 
Tout système présuppose la connaissance de la grammaire, c'est- 
à-dire une certaine habileté dans l'analyse du langage. L'espèce 
de facilite qu'on demande surtout a un système orthographique, 
celui-ci ne peut la donner. On voudrait qu'il dispensât de savoir 
diviser le discours en mots, de savoir distinguer un sujet, un 
verbe, une négation, un subjonctif, un homonyme, un rapport 
syntaxique. Aucun système ne peut en dispenser. Qu'on ne mette 
donc pas au compte du système orthographique les difficultés de 
la grammaire générale et de la logique II faut appeler simple et 
facile tout système permettant a qui connaît la grammaire de 
transcrire sa pensée, sans avoir à trembler pour chaque mot 
devant les exceptions et les caprices de l'usage. 

X. 

L'orthographe du dialecte de Frameries (1). 

M. Louis Dufrank a eu l'heureuse idée de faire paraître, en 
annexe aux œuvres de Joseph Dufrane, un Vocabulaire conte- 
nant lu plupart des mots framerisons (— de Frameries) prv- 



I m ra n du Jjull. du DicL de lu langue wall., 4 e année, 1909, pp. 37-49. 



- 75 - 

sentant une particularité. Ce vocabulaire a 87 pages et contient 
plus de 1100 articles. C'est une bonne contribution à la lexico- 
graphie du Hainaut. Nous n'examinerons pas le lexique en lui- 
même ; nous en tenons les renseignements pour excellents, car ils 
émanent d'un connaisseur amoureux de sou dialecte. C'est sur un 
autre point que nous voudrions attirer l'attention. 

Le Vocabulaire est précédé d'une note sur l'orthographe, qui 
appelle la discussion. En voici le premier paragraphe : 

« L'orthographe adoptée par .lus. Dufrane dans ses dernières œuvres se 
rapproche, mitant qu'il est possible, des régies fixées par la Société 
liégeoise de Littérature wallonne. Nous avons, dans la présente édition, 
accentué encore le rapprochement, mais en respectant scrupuleusement 
L'étymologie dont Les Liégeois s'écartaient trop, au sens de Bosquktia ('). 
Toutefois, nous n'avons pu suivre aveuglément toutes les règles imposées; 
il y en a qui auraient rendu notre dialecte illisible en lui donnant l'aspect 
d'une langue artificielle. <>n pourra on juger, car nous avons placé entre 
parenthèses, à la suite de chaque mot, l'orthographe telle que l'exigerait la 
Société liégeoise. » 

Ce préambule nous plaît. Nous avons affaire ici à gens de bonne 
foi. Or nous sommes de bonne foi nous-même; nous ne deman- 
dons pas mieux que d'apprendre les étymologies dont nous nous 
éloignons, bien à notre insu, et nous ne prétendons pas qu'on 
suive aveuglément nos régies. Nous sommes donc dans de bonnes 
conditions pour nous entendre, d'autant plus que, paraissant 
d'accord sur les principes, nous n'avons qu'à examiner les points 
particuliers sur lesquels l'honorable éditeur de Bosquètia fait des 
réserves. 

1. « Une quantité de mots se prononcent de deux façons : 
faudra-t-il deux orthographes pour ces mots?» - L'ancien fran- 
çais n'hésitait pas à écrire une gent, des gens: un enfant, des 
enfans; une clef ', des clés; un buef, des bues (bœufs), parce que 
la consonne finale du singulier ne se prononçait pas devant Vs au 
pluriel ou se combinait avec elle. Aujourd'hui encore, on écrit 
cheval et chevaux différemment parce qu'ils se prononcent diffé- 
remment, et personne ne réclame l'uniformité graphique sous 
prétexte d'unité ou de simplicité. Donc, logiquement et en théorie, 
à prononciations diverses doivent répondre des graphies diverses. 
Dans la pratique (car, dans un système d'orthographe populaire, 
nous distinguons toujours la pratique de la théorie, et nous 
cherchons des tempéraments pour concilier la logique avec la 



C 1 ) Pseudonyme de Joseph Dufrane. 



- 76 - 

tradition, les aises on la faiblesse des lecteurs), il y a lieu de peser 
les avantages des deux procédés. 

Vous propose/ d'uniformiser «huis l'écriture des formes d'un 
même mol différentes par la prononciation. Comme il n'est pas 
vrai que jusqu'ici nous ayons exigé une orthographe strictement 
phonétique, nous comprenons très bien le désir de Bosquètia 
d'écrire Armand ou Annan dans tous les cas. Cela ne gène pas 
les Framerisons. Ils prononceront, dans les cas divers d'euphonie 
syntaxique, selon les liabitudes acquises, et ils n'ont pas besoin 
d'être avertis par récriture pour bien prononcer. Mais la question 
est de savoir si M. Dufrane se contente d'être lu par ses voisins. 
N'écrit -il pas aussi pour nous, qui ne sommes point de Fra- 
meries ? S'il veut (pie les oeuvres de Bosquètia soient lues par 
nous et savourées par nous dans leur vraie prononciation, — 
je ne dis pas seulement comprises, car comprendre est un mi- 
nimum, je dis savourées avec leur plein goût de terroir, — il 
doit nous aider à les bien prononcer. La solution dépend donc du 
but ; ce n'est pas nous qui vous l'imposons, c'est votre but. 

Supposons donc <pie les écrivains wallons de Frameries ne 
dédaignent pas d'être goûtés par ceux de Liège. En ce cas, ils 
ont le devoir de nous faciliter, par des graphies fidèles, la pronon- 
ciation exacte du dialecte qu'ils aiment, et dont ils sont fiers à 
bon droit, et qu'ils ont consacré par quelques jolis chefs-d'œuvre. 
Tirons les conséquences. 

Vous dites, — permettez-moi seulement de traduire un peu, — 
que maison se prononce avec la voyelle nasale pure on devant 
consonne, tandis que, devant voyelle ou à la fin d'un membre 
de phrase, maison se prononce avec voyelle orale o suivie d'une 
consonne nasale gutturale. Vous voulez l'écrire de la même façon 
dans les deux cas. Cela ne vous est pas défendu, même par notre 
système, mais vous y gagnerez (pie tous vos lecteurs étrangers 
ignoreront cette particularité dialectale et prononceront maison. 
Le verviétois, qui présente une différence analogue, n'hésite 
pas a écrire tché, né, vét, ré (chien, pas, vient, rien) et tchin, nin, 
vint, rin : !fu n'n ré vèyou (je n'ai rien vu), mais r/ii n'vou rin 
(je ne veux rien). A la vérité, cette dernière graphie est mau- 
vaise et ne correspond pas a la réalité, car on prononce ce rm 
précisément connue a Frameries, mais nous voulons acter ici que 
le principe des deux graphies est observé a Verviers sans que 
nous soyons intervenu. De même, je n'hésiterais pas, si j'avais à 
écrire le langage de Frameries, à adopter le principe des deux 



- 77 — 

graphies, représentant les mots tantôt avec des an, on, in purs, 
tantôt avec le signe de la nasale gutturale. Est-ce à dire que nous 
imposons cette nasale gutturale? Pas plus à Frameries qu'à 
Verviers. Nous avons jusqu'ici toléré rin pour rè» et tchin pour 
tchéw a Verviers, ce qui n'est pas le signe d'une grande tyrannie, 
ce qui démontre que nous ne sommes pas les théoriciens intran- 
sigeants et irréductibles que croit M. 1).; mais enfin nous avons 
bien le droit d'exprimer une préférence et de dire comment nous 
écririons, en ce qui nous concerne. 

M. D. dessert notre orthographe sans le savoir en nous prêtant 
des graphies barbares. 11 s'imagine (pie nous écririons marchanng, 
Armanng, maisonng: C'est nous écraser sous le coup du ridicule. 
Jamais nous ne voudrions, a aucun prix, de ces graphies horribles, 
et nous prions M. I). de ne pas nous les endosser dans son 
Vocabulaire- 
Quel sera le signe adopté ? 

A petite différence phonétique doit répondre une petite diffé- 
rence graphique, assez Légère même pour que les lecteurs peu 
délicats ou distraits ne l'aperçoivent pas, — ne l'apercevant pas, 
ils n'en seront pas gênés, — mais suffisante pour que le lecteur 
délicat soit averti de la différence. Je représenterais donc Yn 
guttural, non par nng, mais par une n légèrement modifiée, soit ». 
Les lecteurs vulgaires prendront la boucle inférieure pour une 
fioriture ; la fantaisie des imprimeurs de prospectus et la mode 
leur présentent des déformations de caractères bien plus grandes, 
qui ne les déroutent guère. D'autre part, les lecteurs étrangers, 
qui veulent lire le framerison en framerison et non en français, 
sauront gré à l'auteur d'avoir si élégamment résolu un petit 
problème d'orthographe. Nous écririons donc fil maison, tju 
m'in von. 

On autre avantage de cet n, c'est qu'il permet d'écrire les 
consonnes finales et de respecter scrupuleusement l'étymologie, 
que nous prétendons respecter plus exactement que Bosquètia. 
Xous n'écririons donc pas marchan et marchanng-, mais marchand 
et marchand ; non pas inuchan et muchanng, mais muchant, 
muchant (méchant). Cela nous permettra de conserver Vs du 
pluriel : vous hésiterez à écrire maisonngs, nous n'hésiterons pas 
à écrire discrètement maisons. Cela nous permettra encore de 
conserver les désinences personnelles des verbes : il in vont a 
Paris et non pas i7 in vonng a Paris. 

Vous ne voulez pas de mou n sous prétexte que je n'ai pas 



- 7 8*- 

hésité à inventer un signe spécial. De grâce nous ne nous dispu- 
terons pas pour cela. Tournez la boucle à droite et n'en parlons 
plus ! Mais avoue/ que notre » ne rendra pas trop pénible la 
Lecture des mots framerisons et verviétois, qu'il ne tire pas l'œil, 
qu'il a des qualités. 

•2. On prononce à Frameries Icù (loup) devant consonne, leuy 
devant voyelle. Nous avouons le désir de voir employer les denx 
graphies. Que M. D. ne nous prête pas l'idée d'écrire en ce 
dernier cas leuïe, car nous ne mettons pas l'e final à tort et à tra- 
vers. Leiïie serait doublement fautif, et par sa terminaison fémi- 
nine et par l'emploi de ï en fonction de y. 

3. Dans les terminaisons -et, -é, -ais, -ez, la voyelle se prononce à 
Frameries comme l'e des mots français le, nie, te, se, de. On peut 
représenter ce trait intéressant de prononciation par eu, par œ, 
par un e pointé ou simplement par un e en caractère différent du 
reste du mot. Il suffira donc d'imprimer muguet, maquet, 
assoume, café, astez, pied, ou muguet, maquet. assoume, cale, 
astez, pied. Le masculin restera ainsi aussi conforme que possible 
au féminin, et aussi aux graphies françaises dont on désire ne 
pas s'écarter. 

4- Si parti, banni se prononcent parte, banè, il faut écrire parte, 
banè, sous peine de mal faire prononcer les mots. 

5. On prononce à l'infinitif fumé devant consonne, fumèy dans 
les autres cas. Nous écrivons fumer, fumèy. A vrai dire, l'r de 
fumer nous a été arrachée par un désir de rester le plus possible 
d'accord avec le français. Nous regrettons bien cette concession 
à l'analogie, parce qu'on ne prononce pas fumer partout, et 
que l'alternance des formes dialectales fumé, fumé, fumèy, est 
plus logique. Mais, fumer ou fumé, la différence ne touche pas ici 
à la prononciation, et l'on peut tolérer les deux. Ce qu'on ne 
peut accorder, c'est qu'on adopte entre fumé et fumèy un moyen 
terme, une graphie; fumei qui est mauvaise dans tous les cas, 
puisqu'elle se prononcera fumé. Les questions de phonétique ne 
se résolvent pas comme les questions de vente et d'achat, en « cou- 
pant la différence en deux ». 

6. L'e aigu nasal est très fréquent en framerison. Ce son est 
absolument inconnu en français. L'auteur conclut... qu'il ne faut 
pas le figurer dans l'écriture ; que, si on le figurait, le plus 
patoisant des Framerisons ne pourrait plus lire couramment deux 
lignes. Ainsi, chose bizarre, quand les auteurs écriront malén, 
don vén, magazén, gobén, les lecteurs dépaysés ne parviendront 



- 79 - 

plus cà lire ! Il faut absolument que les auteurs écrivent malin on 
malin pour que les lecteurs prononcent malén ! Bref, nous nous 
butons toujours au même procédé : écrire les choses en français, 
le lecteur les devinera et les prononcera en wallon. Nous 
affirmons, au contraire, que, au bout de cinq lignes, sans aver- 
tissement préalable, le lecteur comprendra la valeur et le bien- 
fondé des graphies en on. 

La graphie malén n'est pas disgracieuse. Elle n'est pas irrépro- 
chable, puisqu'on peut l'interpréter mal et lire malé-n: mais c'est 
un défaut qui lui est commun avec les autres signes des voyelles 
nasales. Elle est certes plus exacte que malin, et elle est moins 
sujette à erreur, car -in n'existe pas non plus en français et, par 
conséquent, on sera tente de le prononcer î-n. Une fois le prin- 
cipe admis que le signe compose en représente une voyelle nasale, 
la prononciation s'ensuit : en est la voyelle nasale de é. Mais, une 
fois le principe admis que le signe in est une voyelle nasale, la 
prononciation qui en résulte est simplement in, c'est-à-dire la 
voyelle nasale de è et non celle de é. 

7. Suivant en cela une habitude du Hainaut qui est déplo- 
rable, l'auteur change les in en ein et en ain. Les écrivains 
hennuyers s'imaginent rester plus fidèles à l'étymologie quand ils 
écrivent bonlaintyie à cause de l'a de boulanger, teimpète à cause 
de l'e de tempête, deint à cause de l'e de dent. C'est sans doute 
en cela qu'ils estiment que nous nous écartons de l'étymologie. 
Hélas, ils ne savent pas que les graphies ain, ein ont une histoire 
particulière et qu'il n'y a pas de rapport entre ain et an, entre 
ein et in. Si l'on écrit aujourd'hui main, j>ain, plein en français, 
c'est parce que l'on a prononcé jadis mayn, payn, pleyn : corré- 
lativement, M. D. est-il sûr que l'on a prononcé jadis en frame- 
rison bonlayntjie, teympète, deynt ? Nous sommes certain du 
contraire, et, par conséquent, ce qui respecte l'étymologie, c'est 
d'écrire boulinfyiy, timpète, dint. On doit être intransigeant sur ce 
point. Cette habitude des ain et des ein est empruntée à quel- 
ques vieux auteurs sans connaissances grammaticales. Le plus 
grand service qu'un écrivain hennuyer pourrait rendre à sa région 
serait l'échenillage de ces a et de ces e parasites. 

8. Il paraît que nous proscrivons d'une façon absolue les 
consonnes parasites, mais sans fournir aucune règle. Si l'auteur 
avait lu, dans VEssai d'orthographe wallonne ou dans les Règles, 
les passages relatifs à cet objet, il saurait qu'il s'agit ici non des 
consonnes finales qu'exigent la déclinaison et la conjugaison, si 



— bo — 

du veut rester dans le cercle des langues romanes, mais de 
consonnes ridiculement introduites par les grammairiens do \ V e 
et du XVI e siècle, au mépris des lois du langage, qu'ils igno- 
raient. .1 ai cité jadis vingt ai doigt comme étant les plus carac- 
téristiques de ces bévues. Le latin viginti, qui contient un g- en 
effet, est devenu à peu près viyinti, vinti, vint; digitum 
est devenu a peu près deyt', puis doyt' (de-if, do-if). 
Les grammairiens français de la fin du moyen âge, en écrivant 
vingt et doigt, ont introduit un g qui était mort ou transformé 
en y depuis dix siècles et plus ! Et, pour comble, ils l'ont intro- 
duit à une mauvaise place, après n de vingt, c'est-à-dire après le 
n de viginti ! Ces Messieurs les grammairiens, beureuse incon- 
séquence ! — n'ont pas pensé à introduire ce même g dans froid, 
de t'rigidum, dans roide de rigidam. Il est étonnant qu'ils 
n'écrivent pas roig à cause de regem et loig à cause de legem. 
Mais ils nous ont doté de scier à cause du c de secare, qui s'était 
aussi changé en y quelques siècles auparavant, et de sçavoir à 
cause de scire, bien que savoir vienne de sapere et non de 
scire. Partant nous devons nous féliciter de ce que les gallo- 
pbiles ue nous ont pas encore réclamé sçoyî au lieu de soyî et 
sçaveùr au lieu de saveur. 

Notre système à nous est de suivre l'analogie du français 
partout où c'est plausible, de ne pas la suivre dans ses verrues et 
ses polypes. Au moment où nous nous occupions d'agencer une 
réforme cohérente, la réforme de l'orthographe française était 
dans l'air. Nous espérions que les romanistes français réussi- 
raient à balayer certaines consonnes ridiculement introduites : 
ils ont échoué contre la routine et l'incompréhension des acadé- 
miciens. Us ont échoué; mais nous, qui sommes libres, pourquoi 
irions-nous jusqu'à imiter les verrues d' autrui? Nous nous 
sommes permis d'écrire vint et doit, et. chose plus grave, nous 
avons supprimé Vs que le français a introduite à la première 
personne du singulier dans toute la conjugaison, écrivant^/ von 
à cause de volo, tyi so à cause de su m, fyi vin (venio), fyi prind 
( prendo), fyi voleû (volebam), dfèsteù (stabam). 

9. La graphie wa n'a pas eu l'heur de plaire à M. D. Pour- 
quoi? Est-ce parce que la voyelle a précédée d'un w s'exprime 
mieux par oi? Non, mais Frameries prononçant wa comme 
le français, on n'y sent pas la nécessité de changer oi français. 
Le raisonnement est excusable, mais ce n'est pas se soucier 
beaucoup de ce qui correspond à oi français dans les autres 



il — 



dialectes wallons. Ceux qui prononçaient wè, wé, prétendaient 
aussi conserver oi ('). De sorte que, dans tout ce qui s'est écrit 
en wallon eu dehors de notre orthographe, il n'y a pas moyen 
de savoir ce que l'auteur prononce quand il écrit oi 1 II n'y a 
qu'un seul remède à cet abus de la graphie oi : c'est de faire 
écrire wé, wè, ma, ivâ, wo suivant la prononciation locale. 

io. L'abus des signes w et k donnerait, dit-on, aux dialectes 
wallons un aspeci germanique. — C'est répéter ce que nous 
avons dit nous même; nous sommes donc d'accord sur le principe. 
Mais où est l'abus? M. I). a-t-il jamais vu écrit du picard ancien? 
Sans doute. Il sait «loue que les dialectes romans du Nord 
ne répugnaient pas a remploi de w et de k. Le texte picard 
d'Aucassin et Nicolete écrit ki à côté de qui, kaitif à côté de 
caitif, manke et non manque, waucrer, waumoner. Philippe 
Mouskès écrit enkor, ki. arceveskes, rike (riche), clokète, triuwe 
(trêve), lieiiwe (lieue), waiter guetter), wès (us). Les exemples 
foisonnent dans les écrits namurois et liégeois. L'emploi de w 
et A" se justifie doue par la tradition. Au reste, nous n'abusons pas 
de ces deux lettres, puisque, partout où le français emploie c et 
(]ii, nous en usons de même. Il n'y a qu'une exception à cette 
règle de bonne analogie : c'esl lorsque le c dur se trouverait en 
wallon devant c, /". Si commencer se dit comincher en Hainaut, 
cumincî en verviétois, il est kiminct à Liège et nous ne pouvons 
pas écrire ciminci, ni quiminci, ni cuimincî. Xos graphies nous 
sont dictées par des circonstances plus fortes que nous, tandis 
que nos contradicteurs s'imaginent toujours que nous les choisis- 
sons par caprice, pour taquiner les habitudes reeues et barba- 
riser les textes. En conséquence, il faut employer le k ailleurs 
encore que dans les mots d'origine étrangère, dans uake, kèryi 
(charrier), kèrki (charger), keude (coudre), kèyére (chaise), keuy 
(chu), qui ne présentent qn ni en français ni en latin. Pour le w, 
nous n'approuvons pas plus scouatei que ouallon : c'est sewatèy, 
walon, wé, watyûre ( 2 ) qui s'imposent. 

il. M. D. loue notre emploi de la demi-consonne y. Cependant 
il ne se fait pas une idée tout-à-fait adéquate de son emploi ( s ). 
Sans quoi décrirait leny, fuinèy, aiwéye (aiguille), ab"yi (habillé). 



(*) Un correspondant hennuyer nous écrivait un jour que, dans sa loca- 
lité. « connaître » se disait counoite. Invité à préciser quel était Le son qui 
se dissimulait sous cette graphie équivoque, il transcrivit counwote ! 

( 2 ) M. D. écrit par inadvertance wadgnre avec 1111 g. 

( 5 ) Jamais notre y n'équivaut à ii. 



(i 



— 82 — 

Il ne proposerai pas de conserver /// pour y, juste au moment où 
en France le signe de / mouille vient, de perdre le son de / mouillé. 
Le signe y esl si commode, si simple que les Français devraient 
l'adopter; le signe /'// est si incommode, si compliqué, si équi- 
voque enfin que les Français devraient le rejeter. Cet ///.disions- 
nous, • a toujours été une cause d'embarras; il ne correspond 
plus a la réalite ». M. D. nous l'ait l'honneur de nous citer, puis 
il conclul a la conservation de /'//. Nos arguments ont donc, 
glissé sur lui. 

Les Borains n'ont aucune raison d'adopter ly, dit-il, puisque, 
dans aucun de leurs mots, il n'existe d'ill mouillé « proprement 
dit ». M. I). a l'air de comprendre (pie nous lui conseillons 
d'écrire papilyon quand il prononce papiyon. Eh bien! pas du 
tout. Si vous prononcez milyon, écrivez milyon; si vous pro- 
noncez papiyon, écrive/, papiyon. Ce que l'on déconseille, c'est 
d'écrire papillon, parce que personne ne sait si vous prononcez 
cela comme les Français d'aujourd'hui ou comme les Fiançais 
d'hier; parce que les provinces n'ont pas encore adopté la mode 
parisienne et que ill, en conséquence, est équivoque. Vous aurez 
beau me citer le gl italien et le // espagnol; cet argument ne me 
touche guère, puisque vous ne proposez pas d'écrire papiglon. 
Ce qui est plus grave, vous citez la « tradition » boraine; c'est 
la prononciation boraine qui a « prévalu »; c'est une « abdi- 
cation » de supprimer le signe ill « puisqu'aujourd'hui tous les 
peuples latins le prononcent comme les Wallons l'ont toujours 
prononcé ». M. D. voudra bien nous accorder que #7 et // ne sont 
pourtant pas ill, en sorte que le français seul se sert de ill, et non 
tous les peuples latins. Le patriotisme fait faire à l'auteur une 
confusion entre les signes et les sons. Si d'autre part le borain 
prononce y aujourd'hui un groupe qui a été (' / ou gl. puis yl, 
pour devenir ly (/ mouillé), il a subi la même évolution que les 
autres peuples; il n'a imposé sa prononciation à personne; et, 
quant à la façon de figurer cette prononciation, si l'italien en est 
resté au stade gl et le français à il, ill qui représente la pronon- 
ciation yl d'il y a dix ou douze siècles, ce n'est pas une raison 
pour adopter ce gl ou cet ill; au contraire. Ce serait affubler un 
jeune homme d'une défroque de vieillard Ce serait abdiquer sa 
jeunesse et le droit de renouveler le vieux costume graphique 
des mots. De quel côté serait l'abdication? 

12. De même, c'est parce (pie le français a tort d'écrire nous 
portions et des portions que je désire supprimer cette équivoque 



— 83 — 

en wallon. Puisque l'espagnol et l'italien touchent M. I)., qu'il 
regarde comment le -tion français s'écrit dans ces deux langues 
(il. venerazione, propagazione, ambizione; esp. narracion, cor- 
rupcion, émotion), il sera moins fasciné par la graphie française; 
il ne craindra ni constitution, ni portion, ni action ou acsion. 

i3. Pour liyon, M. D., emboîte l'argument contraire. Tantôt 
il voulait conserver -ill- et -tion parce que la prononciation 
boraine est conforme au français. Ici il prétend conserver la 
graphie française, bien que la prononciation soit différente, 
C'est parce que, en fait, M. D. se guide d'après des répugnances 
et des sentiments. Son siège est fait, son parti pris avant qu'il 
n'argumente. Répétons donc pour le cas de lion ce que nous 
avons déjà dit : si vous l'écrivez comme en français, je le pro- 
noncerai comme en français, en une syllabe, soit lyon. Si vous 
l'écrivez liyon, vous m'apprendrez qu'il y a une syllabe li et une 
syllabe on, liées par un y qui se prononce plus ou moins suivant 
les régions et suivant les individus. Vous êtes libre d'écrire 
comme vous voulez et de me tromper par vos graphies, mais je 
veux avoir le droit de prononcer ce que je vois écrit. 

Les exemples fournis par M. D. ne prouvent donc pas que nous 
ayons préconisé des règles incompatibles avec le génie de son 
dialecte. Aucun d'eux ne démontre que les créateurs de l'ortho- 
graphe wallonne n'ont pas une connaissance suffisante des 
dialectes hennuyers. Pour adapter une graphie à un son, il n'est 
pas nécessaire de savoir tous les mots d'un dialecte. Celui qui 
sait moins de mots et plus de phonétique est beaucoup mieux 
préparé pour déterminer l'orthographe d'un dialecte que celui qui 
sait plus de mots et moins de phonétique. 

Au fond, n'y a-t-il pas quelque malentendu entre M. D, et 
nous? Pour M. D. notre orthographe se confond avec l'ortho- 
graphe phonétique. De là certaines erreurs de son Vocabulaire. 
Certes nous tendons au phonétisme, mais avec bien des atté- 
nuations. Ainsi nous écrivons, tout aussi bien que M. D., clicotia, 
blaria, èscoiwion au lieu de -ya, -yon. Nous conservons les 
lettres finales muettes qui attestent l'étymologie du mot; au lieu 
des graphies blouk, bideu, catwar, crabo, gado, corau, qu'il 
nous attribue, nous écrivons blouke (fr. boucle), bidet, catwâre, 
cras-bos, gadot, corô ou corde (fr. courroie) (')• En revanche 



- (') Le liégeois prononce et écrit corûye. haye; le framerison prononce 
et peut écrire corô, «. mais il peut aussi conserver I'e muet du français 
courroie, haie. 



-84- 



nous repoussons pusse pour pus' (puits), colibète pour quolibet'. 
Nous conservons la douce finale dans dalâge, pwalâge, iêve 
(lièvre), cachîve, ga.de, m'atind-je, mâgue, (maigre), parée qu'elle 
est étymologique et qu'elle se prononce douce dans certains cas, 
par exemple devant une voyelle initiale. Nous écrivons, tout 
comme M. I)., (fiiiue, dèsconcanèy, et non kine, dèskonkanèy, 
mais aussi broke (fr. broche), et non broquc. Nous notons soi- 
gneusement la voyelle longue et fermée dans skeùie (secouer), 
cèmintiêre (cimetière), etc. 

Voici d'autres mots où l'orthographe de l'éditeur et la nôtre, 
bien enseignée cette fois, sont en présence. Nous ne craignons 
pas d'en offrir la comparaison à tout lecteur non prévenu. 



Orth. Dukrane 

aroïie 

arrousette, barrette 

artoile 

assayie 

bauffe (petite cave) 

bauillie 

bèrdouille 

billettes 

bi'n-aise 

brain 

busïe 

causse 

cerque 

couaille 

coueillie 

doûgt (doigt) 

dueil, sueil 

eindamei 

t'ourbillïe 

gaillie 

habeille 

mouiat 

pouail 

saillette 

waillin 



Orth. de la Soc. Wall. 

aroyî 

arousète, barète 
artwal (fr. orteil) 
assayî 

bôfe 

bôyi 

bèrdouye 
biyètes 
binaise 

brin (fr. bren, embrener) 

busyî ( = bus'yîj 

eau s' (chaux) 

cèrke (cercle) 

cwaye (caille) 

cwèyî (cueillir) 

dont 

dwèy (deuil), swèj 7 

indamèy (intaminare) 

fourbiyî 

gayî 

abèye 

mouya (liég. mouwè 

pway (poil) 

sayète 



wayen 

Notre orthographe n'a certes pas la prétention d'être impec- 
cable, puisqu'elle n'est pas exclusivement phonétique et qu'elle 



comporte une certaine somme de transactions. Encore convient- 
il de ne pas lui attribuer par erreur des vices qu'elle a pris soin 
d'éviter. Le système que nous préconisons est le fruit d'une étude 
approfondie; une pratique de plusieurs années en a l'ait ressortir 
les avantages. Nous reconnaissons toutefois qu'il est susceptible 
de s'améliorer et de se compléter. C'est ainsi que M. D. nous 
révèle l'existence à Frameries d'un œ fermé nasal qu'il transcrit 
par un : pûn (pomme;, inrùn (discorde), d'rûnbèy (dérober . 
Cette graphie est parfaitement acceptable. 

Nous serions heureux si les explications qui précèdent pou- 
vaient dissiper chez M. D. ses dernières préventions contre 
l'orthographe dite « liégeoise » et lui faire voir que nous sommes 
bien près de nous entendre. 

XI 

La zone picarde-wallonne (') 

étudiée par le R. P. Grignard. 

L'œuvre couronnée du P. Grignard sur les patois de l'Ouest- 
wallon n'a pas eu la chance d'être corrigée et remaniée amou- 
reusement par lui pour la publication dans nos Bulletins. Sa 
vocation l'a conduit aux Indes, où il évangélise les Faharias ou 
les Lepchas à la mission de Kurséong, au pied de l'Himalaya, au 
lieu de peser des syllabes picardes ou wallonnes à Charleroi. Peu 
avant son départ, il avait bien commencé une refonte de son 
premier manuscrit, dont les grandes pages pleines de surcharges, 
d'additions aux marges, de notes intercalées en des temps divers, 
n'étaient pas déchiffrables pour un imprimeur. Mais il n'a pas 
eu le loisir de pousser très loin ce travail. Il s'est arrêté au début 
de la lettre o, et encore renvoie-t-il souvent du second manuscrit 
au premier, compliquant ainsi la publication au lieu de la faciliter. 
Quant aux trois autres quarts, il a dû se contenter de biffer 
au crayon des mots, des exemples, des membres de phrase incri- 
mines par le jury et d'ajouter des numéros aux paragraphes. Or, 
on a vu par le rapport de M. A. Doutrepont que le jury aurait 
désiré une mise en valeur beaucoup plus intime et plus labo- 
rieuse des précieux matériaux accumulés. La mission m'est échue 
d'opérer ce travail. Je dois donc dire en quoi j'ai respecté l'œuvre 



(') Préface de la Phonétique et Morphologie des dialectes île l'Ouest-wallon. 
par Adelin Grignard, S. J.. éditée par J. Feller, dans Bull, de la Soc lié»-. 
de Littér. wall., t. 5o, 2 e partie, 1909. 



86 — 



première, en quoi j'ai cru devoir la transformer, à mes risques et 

aux risquer de l'auteur — absent et consentant. 

L'œuvre de M. Grignard a l'avantage, ou la disgrâce, suivant 
le point de vue, qu'elle n'expose pas l'étude d'un dialecte wallon 
naturellement délimité, offrant, à tous les endroits, sur tous les 
points importants de son vocalisme, le même traitement presque 
invariable, n'ayant que des variations légères de détail, comme 
de tchantnut a tchantneiit ou demwart à mwtrt. La région étudiée 
ici n'a pas d'unité. C'est une zone de transition où se croisent et 
s'entrecroisent deux dialectes. Les esprits purement spéculatifs 
objecteront que toutes les régions sont intermédiaires, que dans 
toutes se présentent des limites phonétiques, en deçà et au delà 
desquelles les mêmes mots ne sonnent plus du même son. Nous 
leur répondrons qu'il y a différences et différences : il ne faut pas 
seulement les compter, mais les peser. Les unes sont presque 
négligeables, les autres sont radieales, et, accumulées, impriment 
la sensation bien nette du passage d'un idiome à un autre. Telle 
est la région explorée ici. Deux espèces appartenant à des genres 
différents, le rouchi, du domaine picard, et le namurois, du 
domaine wallon, s'y rencontrent et s'y entrepénètrent. Ce n'est 
pas un centre d'où les eaux gonflées s'avancent rythmiquément 
en ondulations successives, c'est un détroit où s'entrelieurtent 
les derniers flots de deux mers opposées. 

Voilà ce qui rend si compliquée la description phonétique de 
ce soi-disant dialecte de l'Ouest-wallon. Cette description, l'auteur 
l'avait commencée sans avoir une vue bien nette des oppositions 
qu'il aurait à mettre en relief. Il a cru qu'il lui suffirait d'em- 
prunter le moule d'un travail analogue fait sur le dialecte de 
Namur et d'introduire les variantes dialectales. Mais le dialecte 
de Namur est homogène : il n'y a, pas d'homogénéité dans la 
région qui s'étend de Waterloo à Chimay et de Walcourt à Thuin. 
A mesure qu'il avançait dans sa description, l'auteur s'en est 
aperçu. A la fin, il en avait acquis la claire intuition et c'est 
alors qu'il a rédigé cette introduction S3 r nthétique à laquelle nous 
nous sommes gardé de toucher. Il en résulte que l'exposé des 
traits dialectaux est resté assez lent et confus. L'auteur y mettait 
un peu toutes les questions au même plan. Il faisait la chasse 
aux exemples rares et d'étymologie douteuse, tandis que pareille 
démonstration réclame des exemples communs et non contrô- 
ler sables. Puis il arrivait que certains mots choisis à cause de 
leur singularité avaient besoin d'exhiber tout un état-civil de 



- 8 7 - 

variantes et de dérivés. Tous ces détails, sollicitant l'attention en 
même temps, empâtaient le sujet principal. D'autre part, trop 
peu étonné des résultats de son enquête, l'auteur enregistrait les 
variations profondes et les superficielles avec la même sérénité, 
sans une phrase qui mît le lecteur en arrêt et l'avertît de l'impor- 
tance du phénomène. Mon premier rôle a donc été, dans ce 
travail de mise au point, de supprimer des causes d'encombre- 
ment et de confusion, de sacrifier certains exemples, de délester 
l'œuvre des remarques de syntaxe et de lexicologie inopportunes, 
de clarifier et de raccourcir les délimitations géographiques des 
sons, de donner çà et là, par quelque phrase ou quelque mot 
précis, la sensation qu'on avait affaire à une zone de transition et 
à un caractère différentiel important. 

Forcé de respecter autant que possible la conception d'autrui, 
je n'ai pu m'en affranchir aussi complètement que j'aurais voulu. 
Il est souvent plus difficile de remanier une œuvre que d'en com- 
poser une nouvelle. Ainsi, quoi que nous ayons fait pour rendre 
plus saillants les traits spéciaux et réduire la place des caractères 
génériques et communs, nous avons conscience de n'avoir réussi 
que très imparfaitement Nous avions contre nous à la fois le 
sujet, trop composite pour se prêter à une rapide analyse, et 
la crainte de trahir notre auteur, trop éloigné pour nous donner 
sur chaque innovation son opinion définitive. Puissent mes deux 
collègues du jury, qui ont étudié attentivement l'original, estimer 
que six mois d'un travail intensif n'ont pas nui à l'œuvre con- 
sciencieuse du P. Grignard. 

Les changements opérés portent tantôt sur la forme et tantôt 
sur le fond. J'ai déjà parlé du travail d'élagage dans les exemples : 
il en reste souvent trop, mais le lecteur peut s'arrêter en cela au 
bout de deux ou trois exemples probants, et négliger les excep- 
tions et explications qui remplissent le reste du paragraphe. J'ai 
séparé dans la mesure du possible les phénomènes généraux des 
variations particulières. Les indications des limites ont été sou- 
vent mises à part, afin que le lecteur puisse les sauter ou les 
consulter attentivement, suivant son objet. L'auteur n'a pas 
craint la copieuse énumération des communes formant la limite 
de chaque phénomène. Il faut lui en savoir gré, et l'on peut être 
sur qu'il a déterminé ces limites avec soin et presque toujours 
sur place. Quand ces listes faisaient double emploi avec une 
carte, je les ai abrégées; celles qui, au contraire, remplaçaient 
une carte, ou qui contenaient des considérations théoriques, une 



— 88 — 

façon particulière de présenter les faits, je les ai conservées. 

Parfois l'auteur ne donnait que des titres et des exemples : 
j'ai dû alors interpréter les résultats et les classer. Parfois je n'ai 
pris que les exemples et j'ai refait tout le cadre de l'exposé 
théorique. Il en est arrivé ainsi, notamment, dans la partie relative 
aux consonnes. Le jury aurait voulu une disposition à peu {très 
semblable à celle de la grammaire de Meyer-Lûbke : je n'ai pas 
osé opérer une reconstruction aussi complète; mais, conservant 
chaque famille de consonnes, j'ai refait à peu près chaque chapitre. 
L'auteur commençait par des accidents phonétiques sans impor- 
tance, mélangeait les cas des consonnes simples et des consonnes 
doubles, des groupes d'origine latine et des groupes d'origine 
romane, ce qui ajoutait une anarchie; nouvelle à l'anarchie natu- 
relle 1 du langage composite de cette région. Il faisait venir au 
même plan et dans la môme liste des phénomènes très distincts 
comme la dénasalisation de c dans tchèrpètî (charpentier) et la 
disparition de n dans ministerium. J'ai tâché de présenter un 
tableau complet des destinées de chaque consonne, les prenant 
d'abord entre voyelles ou simples, comme initiales, médiales pro- 
toniques et posttoniques, finales; ensuite doublées ; puis en groupe 
avec d'autres consonnes, groupe latin, groupe roman, consonnes 
précédant et suivant, groupe initial, médial, final. C'est dans 
cette partie, où je croyais d'abord n'avoir rien à changer, que j'ai 
dû innover le plus. 

Partout j'ai essayé d'accentuer les différences entre l'Est et 
l'Ouest du pays exploré, entre la région wallonne proprement dite 
et le domaine du rouchi. Rarement l'auteur mettait en opposition 
les deux usages. Certes nous savons ce qu'il y a d'artificiel 
dans cette action d'individualiser par un nom un idiome local, 
mais nous savons aussi combien c'est plus clair et plus com- 
mode pour le lecteur. Ici d'ailleurs on peut parler de dialectes 
différents sans courir le risque d'errer et de prendre des varia- 
tions insignifiantes pour des caractères différeneiels tranchés. 
Sur ce point il n'est pas possible que je sois en contradiction 
avec l'auteur. Il a lui-même synthétisé son opinion dans le cha- 
pitre d'introduction : je n'ai fait que la répartir en détail dans les 
divers paragraphes. C'est un soulignement, tout au plus. 

l 'iiil'ois cependant j'ai dû me mettre en opposition avec des 
idées de l'auteur et je n'ai pas toujours indiqué en note ces 
divergences, pour ne pas me poser en critique de l'œuvre savante 
que j'avais à publier. Ainsi j'avertis ici que l'auteur, dans une 



longue note ajoutée au § 82 (L + consonne) et que j'ai fondue 
dans ce paragraphe, croit, avec son guide Xiederlànder, que / 
est tombée après e dans bellum : bia, sans se vocaliser en u. 
Je lui ai endossé dans mon texte l'opinion contraire : « dans le ia 
namurois, qui est pour iau, u s'est résorbé » (§ 82). Je dois donc 
assumer la responsabilité de divers changements de rédaction 
qui impliquent une autre façon d'interpréter les faits. Peut-être 
aurais je dû avertir, comme je l'ai fait dans une note à la fin du 
§ 36 pour a représentant in et in de. Mais la théorie en tout 
ceci n'est-elle pas une chose accessoire? Ce que le linguiste recher- 
chera dans ce travail, ce n'est pas une explication conjecturale, 
ee sont des faits, des faits nombreux et classés avec ordre. 

J'ai ajouté une couple de cartes, une pour où : wè (frou, f'rwè, 
frigidum), une pour doûr : dwam (dorm(i)o), qui montrent 
la distribution géographique de deux traits d'une importance 
capitale. J'ai essayé de rendre plus parlantes certaines autres 
cartes, par exemple celle de l'imparfait, celle de la seconde per- 
sonne du pluriel en -èz, -éz, -iz, -ôz, -ouz, celle de la troisième 
personne en -tè, -et, -mit, -liât, -net. 

Le mot mis entre parenthèse après un exemple wallon a sim- 
plement pour but de faire reconnaître facilement par un étranger 
l'identité du mot wallon, et non de fournir au linguiste, qui n'en 
a pas besoin, l'étymologie du mot. Pour y arriver, nous choisis- 
sons tantôt la forme latine, pleine ou syncopée suivant l'oppor- 
tunité, tantôt la forme française collatérale. Quand il n'y a pas 
d'erreur possible, nous omettons toute traduction. Pour alléger 
le texte propre, nous avons rejeté souvent dans cette même 
parenthèse des variantes dialectales, que le lecteur pourra délais- 
ser s'il est plus désireux de trouver une suite de formes concor- 
dantes que curieux de divergences et d'exceptions. 

L'auteur n'a pas choisi pour ses exemples une orthographe 
purement phonétique. Il a cru, et personnellement nous aurions 
mauvaise grâce à lui en faire un reproche, il a cru devoir adopter 
celle de la Société de Littérature wallonne, en se rapprochant 
toutefois du phonétisme et en laissant les tolérances analogiques 
permises. Ainsi son travail sera plus accessible à toute une caté- 
gorie de lecteurs. Quant aux philologues, il n'y a pas pour eux 
d'erreur possible de lecture dans ce système, s'ils veulent bien 
retenir que l'e non marqué d'accent représente Ve muet du fran- 
çais, que les consonnes finales non suivies de la minute (') sont 
muettes, que la consonne douce et sonore finale est forte et 



— 9° — 

sourde dans la moitié dos cas, que les voyelles nasales sont écrites 
comme en français. On a d'ailleurs averti de la prononciation 
dans le texte, quand on prévoyait une confusion possible. 

Il nous restera, au cours de l'impression, à dresser un index 
des mots wallons cités. 

Une dernière réflexion, au sujet du titre. Cette région étudiée, 
l'auteur l'appelle Ouest-wallon : je la nommerais volontiers zone 
picardo-wallonne. La raison de cette différence gît dans la façon 
d'interpréter les faits. L'auteur choisit une limite séparative 
(c -f- a, voir l'Introd.) en décidant qu'elle est la plus importante 
et que le wallon commence à cette limite. A notre avis, on tombera 
dans l'arbitraire chaque fois qu'on voudra, en fait de délimitation 
dialectale, choisir pour frontière une ligne et non une zone. 
Il ne faut pas adopter de ligne-limite. Les partisans des solutions 
simplistes y trouvent leur compte, non la vérité. L'expérience 
nous montre que les dialectes se compénètrent à leurs confins 
comme les ondulations de l'eau parties de deux centres voisins. 
Une lutte pour la vie se produit là entre les phonèmes syno- 
nymes, et le résultat, c'est la bigarrure dont nous tenons ici un 
superbe exemple. Le faisceau des limites importantes, depuis 
la plus occidentale jusqu'à la plus orientale, enserre une bande 
de terre qui est la vraie limite, la marche commune entre les 
deux dialectes. 

L'auteur avait commencé, en attendant l'opinion du jury sur 
le présent travail, une Phonétique et Morphologie des dialectes de 
la Haine. Il n'en a fait que la phonétique, et pour la morphologie, 
des tableaux de conjugaison. Il nous a livré son manuscrit, 
précieux bien qu'inachevé. Peut-être aurons-nous quelque jour le 
loisir de le compléter et de le publier. 

XII. 
Pour la Typonymie wallonne. 
Comment faut-il faire la toponymie d'une commune ? ( l ) 
C'est surtout en toponymie que les concurrents nous donnent 



(') l'aies détachées d'un rapport lu à la séance <le mai 1907. sur deux 
travaux de toponymie, et inséré dans le Bulletin du Dictionnaire, 2 e année. 
1907, p. 1-10. L'assemblée avait décidé de publier incessamment cette partie 
générale, qui pouvait être utile dès cette année aux participants du 
10 e concours. —On sait que la Société liégeoise de Littérature wallonne 
inscrit au programme de ses concours, depuis plusieurs années, une « Étude 
sur la toponymie d'une commune wallonne ». 



— 9i — 

— très savamment parfois — ce dont nous n'avons que faire, 
quittes à ne pas nous fournir ce (pie nous demandons. Comme 
d'autres auteurs sont déjà tombés dans ce défaut ( 2 ), il sera 
peut-être d'un intérêt assez général de préciser le but du con- 
cours, de tracer dans ses grandes ligues le programme des 
recherches à faire, de délimiter une bonne fois pour les concur- 
rents futurs ce qui est indispensable, ce qui est suffisant, ce qui 
est facultatif. 

Lorsque la Société a inscrit la toponymie parmi ses questions 
de concours, elle a été mue par les considérations suivantes. 

En soi, par son contenu, la toponymie relève plus de la linguis- 
tique que de l'histoire proprement dite. Elle prête à l'historien 
des matériaux dont il peut tirer des conséquences historiques, 
mais c'est le philologue qui doit étudier les noms de lieux. Ou 
plutôt, comme ces qualités de philologue et d'historien sont des 
abstractions et peuvent se rencontrer réunies, à des degrés divers, 
chez les savants, disons que c'est faire œuvre de philologue que 
de recueillir, définir et expliquer les noms, œuvre d'historien 
d'en tirer des arguments et des conséquences. Une société qui a 
inscrit la philologie à son programme ne peut se désintéresser de 
la masse énorme de termes qui ont servi dans notre région à 
dénommer, depuis vingt-cinq ou trente siècles, les eaux et les 
bois, les monts et les vaux, les lieux habités, les lieux cultivés, 
tous les accidents de terrain, tous les phénomènes de colonisation 
et d'appropriation du sol. Ces termes font partie du langage; ils 
évoluent dans leur phonétique et leur signification au même titre 
que les autres. Ce qui les différencie, c'est qu'ils sont plus diffi- 
ciles à observer et à recueillir. Parfois même ils n'existent que par 
unité. Or ces termes ne sont explicables et significatifs qu'à deux 
conditions. D'abord il faut bien connaître la nature de l'objet 
dénommé, dans le présent; et, cet objet étant immeuble, on doit 
aller à lui pour le connaître ou bien avoir recours aux lumières 
des indigènes. Ensuite il faut pouvoir remonter dans le passé des 
lieux et de leurs habitants. 

Une société comme la Société liégeoise de Littérature wallonne, 
un philologue, un historien ne peuvent se transporter partout, 
pour étudier à loisir les lieux et les dénominations. Us ne peuvent 
que s'évertuer sur les matériaux fournis par les travailleurs 



( 2 ) Les auteurs des toponymie* de Francorehamps. de Spa, de .Tupille. de 
Jamoigne. 



— Ç)2 — 

locaux. Ils demandent donc ces matériaux aux gens instruits et 
de bonne volonté qui connaissent à fond la topographie de leur 
commune. Que faut-il doue savoir et quel travail faut-il exécuter 
pour être à même de fournir à la Société wallonne une contribu- 
tion utile? Nous allons essayer de le dire, de point en point, en 
suivant un ordre presque chronologique des opérations. 

§ i. 

La première condition est de connaître la région à décrire par 
le menu. On ne doit pas se contenter de puiser dans sa mémoire 
ou dans quelque liste cadastrale : il faut aller visiter les lieux, 
pour se rendre compte de visu de la nature et des qualités de 
l'endroit. Quelles sont les dimensions approximatives, l'altitude, 
les limites, les lieux avoisinants, la nature du sol? Cette visite 
doit aboutir à une description topographique précise, courte, de 
l'objet; elle pourrait se réduire à deux ou trois lignes de texte, 
souvent a moins quand il s'agit de prés, de labours, de propriétés, 
à condition qu'on ait soin de tracer de bonnes cartes. 

Les cartes sont indispensables. Celui qui entreprend de décrire 
sa commune doit s'en faire une carte étendue et complète. D'ordi- 
naire l'hôtel de ville de la commune en possède une de grande 
dimension. Mais c'est un plan cadastral se préoccupant beau- 
coup plus des limites des propriétés que des noms originaux. 
11 ne contient qu'une minime partie des noms à relever. En 
outre, il ne dit rien du relief du sol qui joue un si grand rôle 
dans les dénominations. Le relief du sol sera donné par la Carte 
de l'Institut cartographique militaire au vingt millième. A l'aide 
de ces deux cartes, le concurrent devrait fabriquer une carte 
toponymique assez grande pour être bien lisible, qui indique à la 
fois le relief du sol avec les lignes hypsométriques de cinq en cinq 
mètres, et qui retienne de la division cadastrale des terres ce qu'il 
juge utile comme argument, sans exagération de détail. La numé- 
rotation cadastrale des propriétés n'aura que rarement de l'impor- 
tance. Ce travail préparatoire achevé, l'auteur inscrira les noms 
fidèlement, soigneusement et, si j'ose dire, calligraphiquement, 
avec la pensée que sa carte devra être gravée et reproduite par 
l'impression. Qu'il soit bien pénétré de cette idée que la recherche 
des noms est sa besogne fondamentale, et que l'inscription précise 
de «es noms en bonne place sur la carte équivaut à un procès- 
verbal d'identité entre le nom et le lieu. Tout le reste est commen- 
taire, éclaircissement, démonstration. 



-93 - 

Jusqu'ici, le travail n'est guère une œuvre dé philologue ou 
d'historien; c'est plutôt une œuvre de géographe, avec cette 
différence capitale toutefois que le géographe ne donne le nom 
que comme un moyeu facile de reconnaître le lieu, tandis que le 
toponymiste donne les indications topographiques pour définir et 
expliquer le nom. 

Tous les renseignements ainsi rassemblés contiendront déjà la 
solution de maintes questions de linguistique et d'histoire. Il est 
cependant des termes, et ce sont les plus anciens et les plus inté- 
ressants, qui ne se laisseront expliquer qu'en remontant dans le 
passé. Ici le procédé d'exploration est tout autre, et moins à la 
portée de tous les concurrents. Il consiste à chercher dans les 
archives manuscrites des traces de l'ancienne toponymie commu- 
nale, à consulter les anciens plans terriers, les vieilles listes 
cadastrales, les registres aux tailles, aux contributions foncières, 
les recueils aux œuvres et procès relatifs à la propriété, les procès- 
verbaux de uisitation et cirquemanage, à noter (avec la date de 
l'acte et les indications de registres pour rendre toute vérification 
facile) les faits intéressants relatifs aux lieux et surtout les 
anciennes formes de ces noms curieux dont il s'agit de déchiffrer 
l'origine et de suivre l'évolution. 

Cette partie historique ne peut se résumer par une carte. C'est 
pourquoi tout nom qui ne s'explique pas de soi-même en raison 
de sa modernité doit avoir son article, plus ou moins touffu 
suivant la qualité du nom lui-même, suivant l'abondance ou la 
pénurie des documents. On ne demande pas aux auteurs de 
bourrer leurs articles de conjectures sans preuves et d'exercices 
de haute voltige étymologique : on leur demande plutôt des faits, 
et on les laisse libres d'abandonner aux philologues de profession 
le soin de tirer de ces faits des conjectures et des conclusions 
scientifiques. 

Dans cette recherche à travers le passé toponymique d'une 
région, il se présentera bien des noms tombés en désuétude, 
qui ne pourront trouver leur place sur la carte, et faute d'iden- 
tification précise, et parce qu'il n'est pas bon, sur une carte, de 
confondre le passé avec le présent : ces noms devront aussi avoir 
leur article, qui sera d'autant plus intéressant et plus précieux. 
La toponymie d'une commune ne doit pas se limiter volontaire- 
ment à retracer l'état présent; elle doit essayer d'atteindre le 
passé. Ainsi la reproduction des cartes anciennes, d'anciens plans 
serait une bonneaubaine, qui enrichirait singulièrementun travail. 



- 94- 

Si un concurrent se trouve avoir les connaissances nécessaires 
pour faire la description topographique de sa commune, sans 
avoir le goût ou les aptitudes nécessaires pour consulter les cartu- 
laires ei les archives, rien ne l'empêche de s'associer à un colla- 
borateur à qui le travail oppose serait plus accessible. Il y a dans 
nos dépôts d'archives assez de jeunes savants formés aux bonnes 
méthodes, qui savent à quelles conditions un travail local peut 
contribuer a un ensemble; il y a dans nos écoles des maîtres 
d'histoire «pie la lecture de poudreux manuscrits ne rebuterait 
pas : les uns et les autres ne demanderaient pas mieux (pie de 
contribuer pour leur part à un travail de ce genre. Je souhaiterais 
(pie toute œuvre de toponymie communale fût le produit de la 
coopération d'un habitant de la commune, instituteur, secrétaire 
communal, desservant, arpenteur, garde-forestier, etc , et d'un 
spécialiste archiviste. (') 

Être aussi complet et aussi précis que possible dans les rensei- 
gnements, consulter tour a tour le sol et les vieux écrits, c'es-1 
tout ce qu'il faut pour produire un travail utile à la science. Que 
les concurrents cessent de s'imaginer que nous leur demandons, 
à la place ou à côté de ces renseignements, des tours de force 
étymologiques. Ils font fausse route s'ils considèrent ce sport 
dangereux comme le tout ou le principal de leur œuvre. S'ils ne 
savent rien du celtique, qu'ils laissent dormir le celtique, qui n'est 
pas d'ailleurs du ressort de la toponymie locale. 11 y avait dans 
l'ancien libellé du concours une clause qui recommandait la 
comparaison des noms découverts avec les noms présumés iden- 
tiques d'autres endroits : cette clause a été rapportée; elle ne 
figure plus depuis plusieurs années dans le libellé. Non pas (pie 
la méthode comparative soit prohibée, mais elle exige plus que de 
la bonne volonté. L'un va chercher ses analogies dans l'Hérault 
ou le Tarn au lieu de regarder autour de lui; l'autre étale du 
celtique parce que, au premier nom de cours d'eau, il peut copier 



f 1 ) Tout archiviste ou employé d'archives, désireux de servir la science. 
devrait d'ailleurs prendre la bonne habitude de noter au passage, dans ses 
lectures de documents, les noms de lieux qu'il rencontre. Ces indications 
rapidement jetées sur fiches et centralisées peu à peu formeraient des 
répertoires inestimables. On objectera (pie les documents sont utiles à bien 
des points de vue. et que, si on devait s'astreindre, au cours d'une recherche. 
a noter tout ce qui se rencontre d'intéressant, l'accessoire étoufferait 
souvent le principal. Je le sais, et pourtant j'insiste. Toute notation, 
même générale, signalant simplement la richesse toponymïque de tel 
registre, sera une indication utile aux chercheurs futurs. 



- 95 - 

d'Arbois de Jubain ville on, plus simplement, la partie parue de la 
Toponymie namuroîse de Roland : niais, arrivé a la partie romane, 
il divague si follement qu'on s'aperçoit bien alors que toute cette 
science celtique était du plaquage, de l'emprunt plus on moins 
adroit, et que les principes les plus élémentaires de la phonétique 
lui font défaut. Laissant donc aux linguistes et aux historiens de 
profession l'examen de ces problèmes, nous ne demandons réel- 
ment au toponymiste local que la précision, l'exactitude, l'abon- 
dance des matériaux. Xous le laissons libre de faire de l'étymo- 
logie, mais nous ne lui en faisons pas une obligation ni ne lui en 
donnons même le conseil: et que. au lieu de faire graviter tout le 
monde celtique ou roman autour de son village, il veuille bien 
se rappeler qu'on lui demande un deux-mille-six-cent-vingtième 
du dictionnaire toponymique de la Belgique. 

Qu'importe, pourrait-on dire, tout ce fatras étymologique, si 
on vous le donne par surcroît, si le reste est bon? D'abord, celui 
qui use son temps a fournir ce superflu fournit rarement le 
nécessaire; nous le savons par expérience. Ensuite le mauvais 
jette le discrédit sur le bon. Autant une conjecture discrète, une 
explication ressortant de la topographie bien observée de l'en- 
droit sont légitimes, autant les suppositions en l'air, les vagues 
analogies sans base sérieuse encombrent et enlaidissent de leurs 
verrues énormes un travail consciencieux. 

Il reste à dire aussi un mot relativement a la quantité des 
indications requises ou demandées. 

La toponymie d'une commune ne se compose pas seulement 
des noms que contiennent les cartes ou les dictionnaires géogra- 
phiques. A côté des noms de lieux habités, utiles au service des 
postes, il y a des centaines de noms de ebamps, prés, bois, haies, 
sources, fontaines, arbres, rochers, ravins, qu'il importe de nous 
indiquer. Un grand nombre de ces désignations ne contiendront 
peut-être qu'un banal nom de personne : c'est possible; mais 
alors, cités sans commentaire, ils ne tiendront pas dans le travail 
plus de place qu'ils ne méritent. La toponymie locale doit souvent 
se résigner à donner trop pour donner assez. Philologues et 
historiens chercheront leur butin dans cette mine copieuse, mais 
il serait dangereux, pensons-nous, de laisser au toponymiste local 
le soin de faire lui-même l'élimination des non-valeurs. 

§ 2. 
Sur le plan général de l'ouvrage et la constitution de chaque 
article, il y a aussi des recommandations à faire. 



96 

La disposition alphabétique ne paraît désirable qu'en sous- 
ordre, 1" dans le détail, pour classer des désignations de même 
valeur, 2° pour récapituler, en un index nécessaire, le contenu du 
travail. Dans le corps de l'œuvre, il faut établir une classification 
logique basée sur la qualité des lieux. Cet ordre n'a rien d'im- 
muable encore. Cependant on est à peu prés d'accord pour 
observer le principe de classification suivant : traiter des objets 
et accidents naturels, cours d'eaux, collines, forêts, ete., avant 
de traiter des objets et accidents qui proviennent de l'industrie 
humaine, hameaux, chemins, Termes, châteaux, moulins, prés et 
terres. L'index alphabétique corrigera du reste ce qu'il pourrait 
y avoir de différence sous ce rapport entre un auteur et un autre 
auteur. 11 faut éviter en tout cas de placer dans le même chapitre 
des choses disparates. Un chapitre Lieu.x dits, bois et chemins 
est absolument factice : lieux dits est un terme générique; il n'y 
a pas de rapport entre bois et chemins. Le chapitre consacré à 
l'hydronymie doit contenir tout ce qui est cours d'eau, étangs, 
fontaines, viviers, mais non tel nom de village sous prétexte que 
son étymologie rappelle le nom de la rivière. Le caractère hybride 
do certains lieux peut seul faire hésiter : faut-il classer les fagnes 
parmi les prés ou parmi les bois ou à part? C'est à celui qui étudie 
les terrains à prendre parti. 

Chaque article devrait être construit de façon invariable. Ce 
que nous avons dit plus haut des recherches à faire nous per- 
mettra ici d'être bref. Un article de toponymie doit fournir : 

i" le nom indigène et le nom officiel. Lequel devra servir de 
tête d'article, de l'orthographe officielle ou de la prononciation 
locale ? Pour les neuf dixièmes des cas, la solution est tout 
indiquée : il n'y a pas de forme officielle, parce que le nom n'est 
connu que des habitants de la commune. Pour les autres, il est 
préférable de partir encore de la forme wallonne, qui est la seule 
vraie et authentique; la l'orme francisée figurera d'ailleurs dans 
l'index alphabétique avec renvoi à l'article. Quant aux noms 
anciens sans équivalents modernes, il est évident qu'ils ne peuvent 
figurer que sous la forme ancienne. S'il y a plusieurs variantes 
anciennes, il faudra choisir comme tète d'article, non la première 
en date, mais la graphie la plus rationnelle. 

2° les indications relatives à l'emplacement; les autres notions 
topographiques, s'il y a lieu d'en donner. 

3° les formes découvertes dans les chartes, et la date de cha- 
cune ; des formules abrégées, aussi peu encombrantes que possible, 



— 97 - 

pour désigner les volumes et registres «l'archives où on les a 
trouvées. Ici encore le choix est nécessaire. Accumuler des pages 
de variantes trop peu distinctes ne ferait pas avancer le problème 
philologique. 

4° s'il y a lien, la discussion des formes recueillies, la mention 
d'autres formes analogues à titre de comparaison, le tout présenté 
en vue d'éclairer la signification du nom. D'autres arguments de 
nature historique pourront aussi être invoques, cela va sans dire; 
des citations et des renvois précis aux travaux toponymiques les 
plus récents seront parfois désirables ou nécessaires, mais il 
importe (pic l'auteur voie bien que, dans un pareil travail, tout 
converge vers l'explication intégrale du mot. Quand même il ue 
conclurait pas lui-même et ne ferait qu'exposer les pièces du 
procès, la même disposition s'impose. 

Ajoutons enfin qu'il ne faut pas se battre les flancs pour créer 
de longs articles sur des désignations toutes modernes que tout 
le inonde comprend. Souvent même une simple mention suffira. 

§ 3. 

Les considérations et le programme qui précèdent ont pour 
but de guider les futurs concurrents et d'endiguer en quelque 
sorte un zèle trop susceptible de s'égarer. Nos recommandations 
relatives à l'étymologie, nous en avons bien conscience, sont plus 
prudentes que généreuses. Qu'on nous pardonne ces défiances en 
raison du résultat d'ensemble qu'il s'agit d'obtenir. Le Diction- 
naire de lu Langue wallonne ne peut laisser de côté les noms 
communs toponymiques, et même nous caressons le projet de 
publier plus tard un Glossaire toponymique général de la 
Wallonie. Un de nous, M. Baust, en a même fait dernièrement 
à la Société la proposition formelle. C'est donc le sentiment 
profond du but à atteindre qui nous donne la hardiesse de tracer 
des règles, afin d'éviter autant que possible les déperditions de 
forces. 

Les recherches étymologiques exercent une puissante attrac- 
tion. Parmi nos correspondants, plusieurs ne se croiront payés de 
leurs peines que s'ils ont découvert eux-mêmes le sens des noms 
de lieux qu'ils enregistrent. A ceux-là, nous conseillons de ne 
point se livrer au jeu séduisant des conjectures sans avoir médité : 
i° pour leur éducation phonétique, le Traité de la formation de la 
langue française qui accompagne le Dictionnaire général de 
Hatzfeld-Darmesteter-Thomas; 2° pour leur orientation en science 



- 98 - 

toponymique, la Frontière linguistique de M. Kurtli ( l ). Ces 
livres leur procureront pour plusieurs années ample matière 
à méditation. Le dernier leur fournira une bibliographie excel- 
lente, qui les guidera dans leurs investigations ultérieures, qui les 
mettra en garde par quelques jugements sommaires contre les 
ouvrages surannés. 11 sérail injuste de ne pas citer ici la Topo- 
nymie namuroise de M. le chanoine Roland, mais le premier 
volume, le seul qui a paru jusqu'ici, traitant uniquement des 
noms les plus anciens, sera moins utile que les volumes suivants 
pour l'étude des lieux dits : il peut servir au même titre que la 
Frontière linguistique à l'éducation générale des concurrents 
en toponymie. Les quelques travaux de toponymie communale 
exécutés avant ceux (pie nous publions dans nos Bulletins, 
sont également notés dans l'ouvrage de M. Kurtli. Nous pourrions 
compléter ces indications par quelques exemples d'articles, mais 
nous pensons que la Toponymie de Jupille (-'), éditée par 
M. llaust, fournira un nombre suffisant de modèles variés. 

XIII. 

L'État des Études toponymiques en Belgique ( 3 ). 

1. — A diverses reprises, dans les introductions de leurs tra- 
vaux; de toponymie, nos auteurs ont jugé bon de démontrer 
l'utilité de cette science encore neuve et d'en rappeler les antécé- 
dents. En coordonnant ces notes fragmentaires, il serait facile de 
composer une histoire de la toponymie en Belgique. Mais, bien 
que courte, elle dépasserait le cadre de ce rapport. Xous nous 
contenterons d'indiquer ici les passages où les curieux pourront 
se documenter. 

i° L;i Frontière linguistique de M. Kurth (t. I, p. 6) rappelle 
la grosse question posée par l'Académie royale en 1822, sur 
l'origine de la différence de langue en Belgique, le mémoire de 
Uaoux, la réplique de Meyer. En somme, cette question de 1822, 
prématurément posée, aboutit au livre de M. Kurth, qui en est 



(') KORTH, La Frontière linguistique en Belgique et dans le .Von/ de lu 
France, dans les Mémoires couronnés de V Académie Royale de Belgique. 
collection in-8°, (omeXLVIII; vol. 1. i8<p; vol. II, iS<,s. 

( 2 ) Elle .1 paru dans le tome 49 du Bulletin. 

( 6 ) Rapport présenté au Congrès de la Fédération areh. et hist. de Belgique 
tenu à Liège en 1909. Inséré dans les Annales du XXI e Congrès de la Fédé 
ration, t. II, pp. S.'{ 1 853. 



— 99 - 

une réponse éloignée de soixante-quinze ans. Preuve qu'il n'est 
pas toujours mauvais d'attirer l'attention sur des questions pré- 
maturées. 

■2" A. -G. Chotin, dans les Prolégomènes à ses Études sur les 
noms de villes, bourgs, villages, hameaux, rivières et ruisseaux 
du Brabant, publiées en 1859, remémore les appels faits par le 
ministre de l'Intérieur aux Commissions provinciales de statis- 
tique en 1843, les mémoires de Willems, de J.-J. de Smet en i85o, 
puis le concours ouvert par la Société provinciale des sciences, arts 
et lettres du Ilainaut pour obtenir une toponymie du Ilainaut. On 
ne visait alors que les noms géographiques et on ne songeait pas 
encore à une exploration toponymique minutieuse. Chotin eut le 
prix. Son mémoire, imprimé en 1857, est refait en 1868, après 
une seconde étude, celle du Brabant, qui est de 1859. 

3° Dans l'intervalle, avaient paru les deux travaux de Grand- 
gagnagne, le Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique 
orientale, 1854, et le Vocabulaire des mêmes noms, 1859. Signa- 
lons ici, dans le même ordre d'idées, le remarquable travail de 
Piot sur les pagi de la Belgique, 1876. 

4° La même introduction de M. Kurth (p. 11) signale une 
proposition faite en 1877 par le curé Sulbout à l'Institut archéolo- 
gique du Luxembourg, tendant a faire recueillir en détail la 
toponymie de cette province. Le dixième volume des Annales 
de rinstitut archéologique du Luxembourg (1878, pp. vm-ix), 
retrace cet épisode et la fin de non-recevoir opposée à Sulbout. 

5° Les appels réitérés de M. Kurth depuis i885, en vue d'obtenir 
des sociétés d'archéologie du pays des glossaires toponymiques 
de communes, sont présents à la mémoire de tous. Ils ont été 
rappelés dans la même introduction de La Frontière linguistique, 
dans celle du Glossaire toponymique de Tongres, par Ulrix et 
Paquay (1908), laquelle ne mentionne même que les efforts de 
M. Kurth son Glossaire toponymique de la Commune de Saint- 
Léger et son intervention dans ce sens à la Société d'Art et 
d'Histoire du Diocèse de Liège 

6° Enfin la propagande entreprise par la Société liégeoise de 
Littérature wallonne a été récemment mise en lumière par 
M. Emile Dony dans son article intitulé : Pour la toponymie 
{Revue des Humanités, mars 1908) et par la bibliographie que 
fournit sur la question le Liber memorialis de la même société 
{Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XLVI1 ; 
1908, pp. 58-59). 



IOO — 



En réunissant ces divers écrits, le lecteur qui le désire aura 
mu' idée des aspects variés sous lesquels on a envisagé la ques- 
tion «les recherches toponymiques en Belgique et des faits qui 

jalonnent cette histoire. L'étude des noms de lieux peut, en 
effet, se faire de diverses manières et à divers points de vue. 
Elle peut être entreprise en vue d'une démonstration d'ordre 
historique, comme celle des pagi ou de la Frontière linguistique. 
Elle peut se proposer une fin linguistique, l'explication des noms 
eux-mêmes, dont l'historien et l'archéologue pourront ensuite 
tirer parti, à leur tour, pour étayer leurs thèses, telle la Topo- 
nymie nnmuroise de Roland. Elle peut se proposer simplement 
de dresser le catalogue systématique des noms de lieux d'une 
commune, d'une province, d'un pays. Ce qui a été reconnu le 
plus immédiatement nécessaire, c'est ce dernier genre de travaux. 
Un des meilleurs conseils qu'on puisse donner à des chercheurs 
en quête de sujets est celui-ci : « Faites-nous le glossaire topony- 
mique de votre commune ». C'est ce qu'a prêché longtemps 
M. Kurth et, après lui, la Société wallonne. 

11. — C'est un lieu commun, aujourd'hui, de démontrer l'utilité 
de ces glossaires aux historiens et aux linguistes; ce n'en est pas 
un du tout de la démontrer aux autres, à ceux précisément qui 
auraient les loisirs, les connaissances requises pour composer ces 
recueils. Et c'est depuis peu même que les sociétés archéolo- 
giques, en général, sont converties à l'utilité et à la possibilité de 
l'entreprise. Ecoutez-en l'exemple instructif : il expliquera pour- 
quoi les meilleures idées doivent subir un si long stage avant de 
produire des fruits. 

Sulbout avait donc proposé, en 1877, que l'Institut archéolo- 
gique du Luxembourg s'adressât aux instituteurs afin d'obtenir 
la désignation des lieux-dits et des petits cours d'eau sous leur 
prononciation locale. Le secrétaire, M. Dupont, dans son rapport 
d'octobre 1877, publié quelques mois après la mort de Sulbout, 
reflète l'opinion du comité permanent de la façon suivante : 

« Messieurs, nous vous ferons observer d'abord qu'il y a 

une quantité innombrable de lieux-dits, et, dans notre province, 
montueuse par excellence, un nombre considérable de cours d'eau. 

» Réunir tous les noms de ces ruisseaux et de ces endroits 
exigerait un travail énorme; et quel serait le fruit d'un tel labeur? 
Nul n'ignore* Messieurs, que la plupart des lieux-dits doivent leur 
nom a des circonstances fortuites, à des accidents ou à des événe- 
ments le plus souvent sans importance; qu'endroits et ruisseaux 



IOT — 



tirent leur dénomination presque toujours de leur aspect, de leur 
situation, de la nature du sol ou de celle de l'eau : en un mot ils 
l'empruntent généralement à des faits qui n'offrent guère d'in- 
térêt ni de caractère historique, et il serait téméraire de tirer de 
ces appellations des inductions a l'aide desquelles on prétendrait 
éclairer le passé ! 

>: Il faudrait, en outre, compulser des montagnes d'archives et 
faire des recherches infinies à travers les anciens registres de 
l'enregistrement et des hypothèques; car ces dénominations 
changent fréquemment de génération en génération, preuve mani- 
feste qu'il ne s'y attache le plus souvent que peu de valeur histo- 
rique; enfin beaucoup de ces noms se sont altérés dans la bouche 
du peuple, au point qu'il est impossible de les reconstituer dans 
leur état primitif. 

» J'ajoute, pour terminer ce point, que les noms des lieux-dits, 
dont la dénomination aurait quelque importance par le fait qu'elle 
se conserve à travers les âges, sont consignés pour la plupart 
dans les atlas cadastraux et dans ceux des chemins vicinaux, où 
il est facile de les trouver. 

» Ainsi, Messieurs, le Comité permanent ne méconnaît pas 
l'utilité que pourrait offrir le recensement général réclamé par 
notre regretté confrère; mais il est d'avis qu'il est impraticable 
à cause de l'infinité de ces noms, de leurs variations continuelles 
et de la difficulté qu'il y aurait à contrôler les indications four- 
nies par les instituteurs. Il serait plus pratique de se borner à 
demander des indications sur les noms locaux paraissant avoir 
un sens véritablement historique : c'est une question à examiner 
ultérieurement. » 

Bien que la toponymie eût fait son entrée dans le monde avant 
1877, ne soyons pas trop sévères pour cette fin de non-recevoir 
opposée à l'intelligente initiative de Sulbout Trente ans se sont 
écoulés depuis : trouverait-on, aujourd'hui, un beaucoup plus 
grand nombre de lettrés qui comprissent l'importance et le rôle 
de la toponymie ? Le rejet de la proposition ne nous scandalise 
pas; ce qui nous a semblé hautement intéressant, ce sont les 
considérations du refus, qui sont toujours d'actualité. Remercions 
donc les honorables archéologues qui se sont dévoués pour 
donner une formule — excellente, ma foi, — à des objections 
topiques, qui n'ont pas encore cessé de refleurir fidèlement; puis 
examinons-les. Nous échapperons ainsi à l'ennui de parler dans le 
vide et de paraître tisser des lieux communs sur l'utilité et sur la 



— 102 — 

possibilité dos recueils toponymiques. Le premier ordre d'argu- 
ments se rapporte à la difficulté du travail « Quantité innom- 
brable ouvrage énorme.. .., compulser des montagnes d'ar- 
chives , recherches infinies », tel est le premier cri. Mais 

pourquoi les savants se réunissent-ils en sociétés, sinon pour oser 
des travaux (pie redouteraient la faiblesse individuelle et la 
brièveté d'une seule vie? A moins qu'on ne fasse alliance pour 
supporter à quarante le travail d'un seul et n'encourir que le 
quarantième de responsabilité! 

« Difficulté de contrôler les indications fournies par les institu- 
teurs ». Ainsi ce sont les instituteurs qui travailleront, et la 
société scientifique, n'ayant dans cette hypothèse que la charge 
de contrôler leur travail, la jugerait encore trop lourde! Cette 
besogne ne sera pas trop lourde : elle sera facile ou impossible; 
facile, si le contrôleur sait son métier de philologue; impossible, 
s'il ne le sait pas. 

Pourquoi demande-t-on aux instituteurs (j'ajouterai aux prêtres, 
aux secrétaires communaux, aux gardes forestiers, aux géomètres 
du cadastre, aux notaires ou agents des notaires) de dresser des 
listes toponymiques? Ce n'est point dans l'intention de faire faire 
par les étrangers l'œuvre de la Société. Cette œuvre se divise en 
trois parties. La première, qui est la collecte sur place, est impos- 
sible à la Société sans correspondants dévoués : celle-ci ne peut 
sérieusement songer à se transporter dans les 2.620 communes 
belges, à étudier longuement le territoire et à interroger cent 
mille personnes. Au contraire, ce travail, réduit à une commune, 
est un jeu pour celui qui vit dans sa commune et la connaît 
depuis quarante ans. Il n'a qu'à parler de ce qu'il sait, il n'a 
qu'une commune à décrire. Demander les matériaux bruts à celui 
qui détient les matériaux, c'est croyons-nous, une démarche et 
une dépendance nécessaires, honorables pour celui qui fournit ces 
renseignements, nullement honteuses pour celui qui les reçoit. 
Ce n'est pas un édifice tout construit qu'une société demande à 
eel homme expert, mais seulement de quoi le bâtir. Et même, 
comme ces matériaux sont de deux sortes, modernes et anciens, 
il conviendra de partager la besogne, de demander les noms 
modernes aux topographes, les anciens aux archivistes. Qu'un 
archiviste s'abouche avec un ami qui est sur les lieux, ou que le 
connaisseur des lieux s'abouche avec un archiviste, ou qu'un 
homme soit assez compétent pour assumer les deux ouvrages, ou 
• pic la Société suggère le travail à deux personnes qu'elle associe, 



- io3 — 

ou enfin qu'elle consente à recevoir deux ouvrages partiels poul- 
ies coordonner elle-même, ce sont des arrangements accessoires 
qui peuvent se plier à diverses variations. 

La seconde opération peut s'appeler le contrôle des matériaux. 
La troisième est le travail de mise en œuvre. L'une et l'autre sont 
du ressort d'une société archéologique. Le contrôle exige un 
concours de connaissances diverses, topographie, paléographie, 
philologie avant tout. Il y faudra de la psychologie aussi : disons 
plus simplement l'expérience des fautes que les correspondants 
peuvent commettre, car il faut leur reconnaître le droit de se 
tromper. 

On parait douter ensuite de l'utilité de l'entreprise ou du moins 
on affirme que le résultat ne serait point en proportion du labeur. 
On insinue (pie ce qui a seul quelque valeur est connu par les 
atlas du cadastre et des chemins vicinaux, que le reste est fugitif, 
fantaisiste, sans portée, et d'ailleurs corrompu. Que d'erreurs en 
peu de mots! Les atlas précités sont utiles, mais, faits souvent 
par des étrangers, ils estropient les noms d'une façon si naïve 
qu'elle déride les fronts les plus moroses. Chez eux, ans scotons 
devient Hausse coton (Vonèche) et petit-tiêr devient Petit-Hier 
(le/- Vielsalm). Ce sont des documents bons à consulter, rien de 
plus; ils ont d'ailleurs été composés pour enseigner les voies et 
las biens, nullement pour enseigner les noms. 

Que les noms changent, est-ce une raison pour ne pas les 
recueillir? Si on veut dire par là qu'ils subissent des variations 
phonétiques, c'est un malheur qui leur est commun avec tout être 
existant, animal, plante, idée, vocable. Si on veut dire par la 
qu'ils ont une vie très éphémère et que la toponymie d'une com- 
mune se transforme complètement à chaque génération, c'est 
prendre l'exception pour la règle : la vérité est que la plupart des 
désignations sont stables. Et pourquoi d'ailleurs l'éphémère ne 
contiendrait-il pas en soi un enseignement? 

Enfin il faut relever cette idée que les noms historiques seuls 
contiennent un enseignement historique. Je crains de découvrir 
en cela quelque immense illusion. Les grands noms ne recèlent 
rien de plus poétique ni de plus mystérieux que les petits; les 
anciens, rien de plus que les modernes. Rhône et Rhin signi- 
fient cours d'eau; Latium, Campanie, Champagne et Flandre 
signifient plaine ; Gand, Coudé, Coblenz, Gemûnd signifient 
confluent; Bruxelles doit son nom à quelque bois marécageux; 
un gué, un pont, un bouquet d'arbres, une colline, une source 



— k>4 — 

ont suffi, autrefois comme aujourd'hui, à dénommer les lieux. 
Bref, ce ne sont pas les résidus étymologiques que peuvent laisser 
les analyses «les noms qui ont le plus d'importance pour l'histo- 
rien, ce sont les circonstances qui entourent le t'ait même de la 
dénomination; ce sont les renseignements qui résultent de groupes 
de noms identiques. Ce ne sont donc pas nécessairement les noms 
obscurs et anciens qui ont seuls quelque chose à nous apprendre. 
D'humbles matériaux sans importance pour le linguiste peuvent 
donner à l'histoire d'utiles indications sur le régime de la pro- 
priété, sur les époques de défrichement et de colonisation, sur 
l'industrie, sur l'aspect ancien du pays aujourd'hui asséché, 
essarté et fertilisé, sur la nationalité des occupants d'une région. 
Il y a deux ans, au Congrès de Gand, un habile archéologue, 
M. Louis Stroobant, a montré victorieusement comment des noms 
encore parfaitement intelligibles pour les Campinois peuvent 
être révélateurs d'anciens bois sacrés ou de nécropoles histo- 
riques. Combien de fois le nom de lieu n'a-t-il pas inspiré ou 
guidé l'archéologue dans ses fouilles ? Les tombeux, les hostert, 
les paradis ou hemel, les wérixhas, les -sart, les -hem, les -lo, les 
-lé, les -ville nous instruisent à la façon des médailles et des 
urnes. Un groupe de noms insignifiants aura sa signification 
ethnologique ou économique à des yeux avisés. 

Nous sommes donc peu touchés de cet argument que beaucoup 
de noms de ruisseaux, de champs, de prés, de bois seront d'une 
grande banalité. D'abord, ils ne prendront pas dans un recueil plus 
de place qu'ils ne valent. Il en est qu'il suffira de citer. Ensuite 
il n'importe pas que les glossaires toponymiques des 2.620 com- 
munes de la Belgique soient publiés à part et forment une littéra- 
ture immense : il importe que, pour un travail d'ensemble, une 
société, la Société wallonne ou toute autre, possède en manuscrit 
le relevé des désignations toponymiques des communes belges. 

III. — S'il s'agit maintenant de dénombrer ce qui a été fait 
jusqu'aujourd'hui dans ce sens, je ne puis compter comme glos- 
saires de communes les travaux trop partiels de de Smct, de 
Chotin, de Tarlier et Wauters, de Tandel; ni les listes qu'on 
trouve dans divers dictionnaires topographiques, tels ceux de 
Delvaux de Fouron, dedeHyckel, de Vandermaelen, de Jourdain 
et Van Stalle : il ne s'agit ici que de glossaires de communes. 
Nous avons donc, a ma connaissance du moins, Le Rœulx ('), 



(i) .1. MONOYER, Les noms de lieux du canton du Rœulx, Mous, 1879. 



— io5 — 

Saint-Léger ('), Saint-André lez-Bruges (*), Braine-le-Comte ( 3 ), 
Bilsen ( 4 ), Francorchamps ( 5 ), Jupille ( fi ), Spa ( 7 ), Tongres ( 8 ), 
Gouy lez-Piéton i"), Forges lez-Chimay ("'), Beaufays ( ll ), Aye- 
neux ( l2 ). Les histoires des communes contiennent souvent un 
chapitre plus ou moins copieux consacré aux noms de lieux. 
Pour ne pas remonter jusqu'aux travaux de Tarlier et Wauters 
sur les communes du Brabant, et de Tandel sur les communes 
luxembourgeoises, citons, par exemple, le glossaire toponymique 
annexé à V Histoire de la bonne ville de Waremme, par M. A. 
de Ryckel ( l8 ); la table des lieux dits et la carte que M. Louis 
Darras a insérées dans sa Xotiee sur Vogenée lez-Walcourt ; le 
chapitre consacré aux lieux dits dans Y Histoire de la ville de 
Limbourg, par M. J. Thisquen ( u ). Dans les Communes namu- 
roises, excellentes monographies historiques publiées depuis 1905 
sous la direction de MM. C.-G. Roland et L. Lahaye, un chapitre 
de topographie fournit un certain nombre de noms pour Auvelais, 
Arsimont, Hemptinne. Nous souhaitons que les auteurs ne 
craignent pas de donner une extension plus grande à leurs listes 
pour les monographies ultérieures. 

D'autres glossaires sont en formation. MM. Ulrix et Paquay 
annoncent dans leur Toponymie de Tongres, p. 36, un glossaire 
de Berg, et, p. 65, un glossaire de s'Heeren Elderen. Le titre 



(') G. KuRTH. Glossaire toponymique de la commune de Saint-Léger, 
Namur, 1887. 

( 2 ) Aug. VAN SPEYBROUCK, dans Annales de la Société d'Émulation. Bruges, 

1889. 

f :) ) C. Du JARDIN et J. CROQUET, Toponymie de Braine-le-Comte, i8y3. 

(*) C. HUYSMANS et J. CUVELIER, Toponymische studie over Bilsen, iS<j-. 
Publié par l' Académie flamande. 

( s ) A. COUNSON. Glossaire toponymique de Francorchamps, dans Bull, de la 
Soc. liég. de Littérature wallonne, t. XLVI, i<)°^- 

( 6 ) Edm. Jacquemotte et Jean Lejeune. Glossaire toponymique de la com- 
mune de Jupille. même collection, t. XLIX, 1907. 

( 7 ) A. Bonv, Toponymie de Spa, même Société, inédit. 1904. 

( 8 ) E. Ulrix et .1. PAQUAY, Glossaire toponymique de la ville de Tongres. 
Tongres. 1908. 

( 9 ) L.-J. JAQUET, dans la Semaine religieuse de Gouy, 1908. 

( ,0 ) Em. DOXY. Toponymie de Forges-lez-Chimay. dans Bulletin de la 
Société liégeoise de Littérature wallonne, t. LI, 1909. 

(") Jean Lejeune, Edm. Jacquemotte et Ed. Monseur, Glossaire to[,o- 
nymique de la communne de Beaufays, dans Bull, de la Société de Littérature 
wallonne, t. LU, 2 e partie, 1910. 

C 2 ) Jean Lejeune. inédit, Paraîtra dans le Bull, de la Soc de Littérature 
wallonne en 191 1 . 

( 13 ) Dans Bull, de la Soc. d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. \ . 
p.i66-i85. Sur ce glossaire, cf. Kurth. Front, ling.. t. I, p. 137. 

(") Dans Bull, de la Soc. verviéloise d'arch. etd'hist.. t. X, 1908. p. 247-278. 



— io6 — 

d'ailleurs promel encore davantage et le plan imprimé du travail 
d'ensemble comportait, outre Tongres, la toponymie de dix com- 
munes. M. Jean Lejeune, de Jupille, continue ses excursions à 
travers les communes voisines de son lieu natal et le dépôt des 
Archives de Liège. M. l'abbé J. Bastin compte nous donner pro- 
chainement la toponymie de Malmedy. Deux autres auteurs ont 
entrepris le glossaire de la commune de Polleur. Nous comptons 
refaire celui de Jalhay, ébauché jadis par l'eu J.-S. Renier ('). 
11 est donc permis d'espérer que l'impulsion donnée ne s'arrêtera 
plus. 

Le travail d'ailleurs deviendra d'autant plus facile crue les 
auteurs auront plus de modèles entre les mains. La Société lié- 
geoise de. Littérature wallonne ne ménage ni les récompenses ni 
ses peines. Les rapports critiques qu'elle publie depuis 1895 
abondent en conseils à l'adresse des auteurs éventuels. 

lies glossaires toponymiques les plus difficiles à composer sont 
ceux des communes dont remplacement est occupé par quelque 
grande ville, ancienne et pleine de souvenirs, comme Liège et 
Tongres. Là, en effet, l'histoire locale, dans ce qu'elle a de plus 
minutieux, peut seule rendre raison des dénominations multiples 
que les rues, les places, les monuments, les maisons importantes 
ont reçues dans la suite des temps. C'est avec les archives surtout 
que ces glossaires doivent être composés, et ils ne peuvent être 
de simples glossaires. D'autant plus faut-il savoir gré de leur 
œuvre aux deux auteurs de la Toponymie de Tongres, et, à 
M. T. (iobert, de son énorme et savant travail sur Les Rues de 
Liège. 

IV. — Mais, pour être fécond, le travail doit être bien organisé. 
Qu'a-t-on fait pour guider dans leur œuvre les chercheurs de 
bonne volonté? Dans cette question de méthode, il y a trois choses 
a examiner : 1" quels matériaux recueillir?; 2 comment procéder 
pour les recueillir?; 3° comment les exposer en un ouvrage? On 
paraît beaucoup mieux d'accord sur les deux premiers points que 
sur h; troisième. 

I er point. — 11 s'agit donc de composer une œuvre surtout ou 
exclusivement documentaire. Il y a à recueillir les noms actuels, 
les formes anciennes des noms actuels, les noms anciens qui sont 



(') Voyez le rapport sur ce travail inséré dans le Bull, de la Soc. liég. de 
Littérature wallonne, t. .'58. p. 1 j)-i>C>. Le mémoire, rendu à l'auteur, n'a 
jamais été remanié ni imprimé. Quand la Soc. wall. est rentrée en posses- 
sion de ce travail, à la mort de l'auteur, le ms. était à moitié carbonisé. 



— 107 — 

tombés dans l'oubli, sous leurs diverses formes; à identifier le 
nom et l'objet; à expliquer la convenance du nom à l'objet. Ce 
dernier article a seul besoin d'éclaircissement. 

Si les recherches sur le nom avaient pour but de mieux faire 
connaître le lieu, le travail serait d'ordre topographique, ou géo- 
graphique, ou cadastral. Mais, en ce cas, il est visible que le nom 
ne serait qu'une des caractéristiques du lieu, une des moins 
importantes peut-être. Ici, au contraire, les renseignements rela- 
tifs au lieu n'ont d'autre but que d'éclairer le nom ; ils sont subor- 
donnés au nom; le travail est d'ordre linguistique. Sans doute 
le nom seul, sans la connaissance de l'objet, nous intéresserait 
moins, il serait moins clair. Le nom a besoin, comme on dit, 
d'être identifié avec l'objet. Le toponj^miste doit donc nous mon- 
trer l'objet juste assez pour nous intéresser au nom, et par les 
attributs qu'il juge à même d'éclaircir la désignation. 

2 e point. —Les noms, on les recueille à des sources diverses: à la 
tradition orale, pour l'usage actuel ; à la tradition écrite pour le 
passé. Les sources de la tradition orale sont : les connaissances 
propres de l'auteur en première ligne ; l'enquête auprès des gens 
experts, des vieux habitants du pays, de ceux qui, par métier, 
doivent mieux le connaître, par exemple les secrétaires commu- 
naux, les gardes-forestiers et les gardes-champètres. Les sources 
écrites sont les chartes, les documents d'archives, les cartes, les 
livres concernant la région. 

L'identification se fait, pour les noms modernes, sur le terrain. 
en s'aidant des connaissances des gens experts cités plus haut, en 
s'aidant des cartes existantes, en faisant pour mémoire des cro- 
quis sur place. La vue du terrain suggérera nombre d'explications 
topographiques et autres qui trouveront place dans l'articule! 
consacré à chaque nom. 

Pour les noms anciens périmés, l'identification ne peut se faire 
que pour autant que les documents fournissent des points de 
repère. Il ne suffit pas de parcourir rapidement les archives pour 
ne recueillir que les formes ; il faut souvent prendre note du con- 
texte qui mentionne les lieux voisins, le propriétaire, l'étendue, la 
nature du sol, ou d'autres particularités utiles. 

L'objet étant dénommé en raison de ses attributs, non de tous, 
mais de l'un ou de l'autre, qui peut être fort accessoire ou fort 
extrinsèque, ce serait maigre de se contenter d'inscrire un nom à 
une certaine place sur une carte : il faut expliquer, si on le peut, 
le rapport entre le nom et l'objet. 



— 108 — 

.')'' point. — Il s'agit maintenant d'exposer les renseignements 
recueillis. Nous n'irons pas jusqu'à (lire qu'un glossaire topony- 
mique est formé d'un certain nombre d'articles, tous sur le même 
type. Avant de nous introduire dans le détail des noms de lieux, 
il convient que l'auteur crée des chapitres d'ensemble qui nous 
orientent, en nous montrant la commune par ses traits essentiels 
ri à vol d'oiseau, en nous faisant connaître l'état actuel du pays et 
même un peu, s'il est possible, son passé. Nous avons besoin de 
ces chapitres généraux pour nous intéresserai! sujet. 

Dans le corps de l'ouvrage, quel type d'article et quel ordre 
adopter? On peut réduire à deux les types d'article que nous 
offrent les travaux imprimés. L'un est celui des toponymies de 
Saint-Léger, de Francorchamps et de Forges ; l'autre est celui de 
la toponymie de Jupille. Chacun a ses avantages particuliers ; le 
premier mode condense moins la matière et se laisse lire plus faci- 
lement. Le second mode, imaginé par M. Haust pour l'édition qu'il 
a donnée de la toponymie de Jupille, a le mérite de mieux préparer 
les matériaux en vue d'un classement général. L'écueil à éviter 
dans le premier cas, c'est la diffusion ; dans le second cas, c'est la 
sécheresse. Peut-être y aurait-il moyen de combiner la forme 
méthodique du second mode avec l'allure plus humainement nar- 
rative et descriptive du premier. Quelque système qu'un auteur 
adopte, il doit vous donner des articles significatifs et qui se prê- 
tent à la lecture. Ce serait un leurre de composer maintenant un 
travail illisible avec l'espoir que, dans cinquante ans, on s'en ser- 
vira plus facilement pour une œuvre d'ensemble. Il faut que les 
auteurs se donnent la peine de rédiger, d'exposer clairement, sans 
verbiage et sans concentration trop savante, des renseignements 
qui seront très variés d'ailleurs, et d'autant plus intéressants que 
souvent ils auront été recueillis sur place et non empruntés à des 
livres. 

Voici le minimum de ce que doit contenir un article : 

En tète, le nom moderne, dans la langue du terroir, accom- 
pagné du nom officiel francisé, s'il y en a un. Si l'on croit néces- 
saire de donner la priorité au nom officiel, comme étant un nom 
universellement connu (ex. : Charleroi), nous n'y voyons pas d'in- 
convénient. L'ordre des articles seul en sera peut-être parfois 
légèrement modifié. Mais si le nom n'a de traduction que les 
traductions souvent maladroites ou fantaisistes des tabellions et 
des géomètres, il faut adopter la forme patoise, qui a le mérite, 
elle, d'être vivante. Enfin, quand les formes anciennes seules 



— 109 — 

existent, faut-il choisir la plus ancienne? Elle est respectable, 
certes, mais elle peut être singulièrement altérée, soit par igno- 
rance du scribe, soit par quelque autre accident. Il vaut mieux, 
à notre avis, choisir la plus fidèle, qui ne sera pas très difficile 
à déterminer, pour peu qu'on ait des variantes. L'arbitraire, 
qui risque de fausser parfois le choix, nous paraît moins dan- 
gereux que la nécessité de suivre une graphie qui peut être 
absurde, qui d'ailleurs, étant la plus ancienne aujourd'hui, 
pourrait être détrônée par quelque autre forme antérieure demain. 
En second lieu vient le tableau des variantes du nom recueillies 
dans les anciens textes imprimés et manuscrits. Ce tableau n'a 
d'autre but que de fournir une idée approximative de l'ancienneté 
du nom, chose dont l'historien peut se servir, et de donner les 
éléments comparatifs pour la restitution exacte et l'explication 
d'un nom obscur. Il faut en tout cas s'assurer de l'accord entre 
les noms modernes et la tradition, car des noms modernes qui 
apparaissent a priori très clairs et très simples sont parfois dus à 
des déformations par étymologie populaire (exemples : Pont-de- 
loup, issu du Funderlo de 840; Saint- Vincent, issu de Saivinsart). 
Celui qui entreprend ces recherches à travers les archives 
n'a pas besoin qu'on lui dise dans quelles pièces et dans quelles 
collections il a chance de rencontrer de nombreuses formes et 
indications toponymiques. S'il n'est archiviste lui-même, il sera 
renseigné à souhait par les archivistes de nos grands dépôts. 
Peut-être sera-t-il bon ici de mettre les néophytes en garde contre 
les excès de zèle, les lectures fastidieuses sans utilité réelle. S'il 
est intelligent, par exemple, de noter que telle forme est isolée, 
accidentelle, et que telle autre est la forme ordinaire, ce ne serait 
guère comprendre le but de ces recherches que de compter com- 
bien de centaines de fois une forme se rencontre dans les quatre- 
vingts volumes des registres aux œuvres d'une commune. Dans le 
travail définitif, ces indications se donnent par la date et par la 
mention de la collection, du registre et de la page en abréviations 
convenues, assez claires pour renseigner celui qui désire vérifier, 
pas assez étendues pour arrêter le profane qui cherche dans pareil 
ouvrage des connaissances plus simples. De même que la synony- 
mie, le reste de l'article a pour but d'éclairer le terme en appor- 
tant ce que la topographie et l'histoire locale peuvent fournir. 
Quelle est la nature de l'objet? Où est-il situé exactement? N'a-t-il 
pas subi des changements d'attribution ou de forme ? Quelles sont 
les particularités intéressantes qui le concernent? Celui qui vise 



— 110 — 

à fournir Lui-même une explication du nom et qui est capable d'éty- 
mologie saura facilement quels traits il doit choisir. Au contraire, 
celui qui veut se borner a la mission plus modeste de recueillir 
des notes el des arguments utilisables, prévoit plus difficilement 
ce qui peut servir dans les cas les plus obscurs, qui sont aussi les 
plus intéressants. 11 faut alors (pie ce dernier, en attendant que 
l'expérience lui vienne, ne craigne pas d'en dire trop pour en dire 
assez. 

Quelques auteurs demandent en outre des noms comparatifs, 
des analogies de toute sorte, qui sont du ressort de la philologie. 
11 nous parait (pie ces rapprochements ne seront faits avec succès 
par les auteurs de glossaires que dans les cas tout à t'ait faciles, 
c'est à-dire quand ils seront inutiles. Dès lors, à quoi bon embar- 
rasser de ces comparaisons élémentaires les glossaires topony- 
miques demandés? 

Les articles constitués, dans quel ordre devront-ils être rangés? 
Disons d'abord que l'auteur fera bien de laisser ces articles en 
pages séparées, pour laisser à lui et aux autres la faculté d'amé- 
liorer l'ordre choisi Jusqu'ici, sur la façon de coordonner et de 
présenter la toponymie d'une commune, les avis sont assez diver- 
gents. Certes, il n'est nullement nécessaire que tous les travaux 
de ce genre soient coulés dans le même moule. Il n'y a pas grand 
mal à ce que les monographies présentent quelque variété par la 
rédaction, la disposition, voire par les préoccupations favorites 
de l'auteur. Indiquons les divers types proposés et examinonsdes. 

L'un voudrait que l'on étudiât d'abord le nom de la commune, 
puis ceux des hameaux, des rues, des chemins. La première partie 
serait ainsi consacrée aux ouvrages de l'homme. Dans une seconde 
partie viendraient les cours d'eau, les accidents de terrain, les 
cultures, bois, bruyères, marécages. 

Cependant, les cultures, les prairies sont aussi des œuvres de 
L'homme. Puis n'est-il pas plus juste de commencer par ce qui ne 
dépend pas de l'homme et est antérieur à son installation : le sol, 
L'hydrographie et l'orographie; de continuer par les bois, naturels 
plus souvent qu'artificiels; puis par les lieux qui dépendent du 
travail de l'homme, chemins, prés, terres arables; enfin par les 
constructions humaines : fermes, églises, rues, monuments, ponts, 
viaducs, chemins de fer? C'est suivre, autant qu'il est possible, 
un ordre chronologique des choses et des noms. 

A ces deux types s'en oppose un troisième, l'ordre alphabétique 
pur et simple. Nous en avons dit un mot tantôt, en tant que le 



— III — 



plan de l'ouvrage influe sur la rédaction des articles. Ce système 
a deux qualités. Il fait venir sous le même titre tout ce qui con- 
tient le même nom, quelles que soient les différences de destination 
des objets. Ainsi corti Zabê, pré Zabê et fontaine Zabê seront pla- 
cés kZabê. Tout se dispose ainsi mécaniquement en vue d'un grand 
recueil de toponymie ou belge ou wallonne. L'inconvénient prin- 
cipal de cette méthode, c'est qu'elle sacrifie l'avantage immédiat a 
un avantage ultérieur. On lira toujours plus facilement et avec 
plus de plaisir un ouvrage qui essaye de retracer la physionomie 
de la commune et qui n'éparpille point l'intérêt topographique et 
historique au hasard de l'ordre alphabétique. Nul doute, cepen- 
dant, que cet ordre ne soit de mise dans chaque chapitre, pour 
classer des étangs, «les fontaines, des prés dont, logiquement, la 
place est indifférente; nul doute qu'un index final ne doive 
rassembler ce que l'expose systématique a dû séparer; il y a du 
moins accord sur ce point. Les amateurs d'une disposition réaliste 
pourraient aussi se rapprocher de la disposition alphabétique en 
multipliant moins les subdivisions. Inutile de mettre à part, en 
effet, les haies et les heids, dénominations souvent confondues. 
C'est faire du zèle de distinguer en chapitres séparés des prés, 
des prairies, des assises. Cn chapitre cultures pourrait envelop- 
per tout ce qui est prés et terres, d'autant que l'un se transforme 
en l'autre assez facilement. Voilà des concessions possibles en vue 
de l'utilisation ultérieure du glossaire. Je ferai remarquer aussi, 
relativement à l'ordrealphabétique.que rien en réalité ne s'y prête 
moins que les dénominations toponymiques. Ainsi Zabê, qui con- 
centre diverses expressions, n'est pas un nom de lieu, c'est un 
prénom de femme. C'est donc bien à corti que doit se trouver 
corti Zabê, à supposer que ce nom demande autre chose qu'une 
simple mention. A Zabê, qui sera dans l'index final, il ne doit 
y avoir qu'un rappel ou un renvoi. Sinon, tous les noms de per- 
sonnes viendront se ranger par ordre alphabétique dans un 
dictionnaire toponymique. Il y a des cas où le classement alpha- 
bétique devient presque impossible; c'est lorsque l'expression 
contient une préposition, un adjectif faisant partie intégrante du 
nom. Disos V tiêr, a pi de tiér, est un autre lieu que le tièr. Si 
on fait un sort à la préposition dans le classement de Derricre- 
Coronmeuse (Vottem, Herstal), Dessous-les Bois (Erezée), Devant- 
le-Pont (Visé), à l'adjectif dans Diêrin-patàr (Hollogne-aux- 
Pierres, Baisy-Thy. Vogenée), que fera-t-on des innombrables 
locutions commençant par a, al, è, so ou soit Elles ne se caseront 



— 112 — 



pas sans classement arbitraire el sans beaucoup de renvois. 
Tels sont les avantages et inconvénients de chaque système. Nous 
conseillons aux interesses de les étudier en détail dans les 
œuvres publiées avant de choisir une disposition, mais nous ne 
prétendons exclure aucune des dispositions proposées. 

Tout glossaire toponymique doit être accompagné d'une carte 
de la commune, sans exclusion d'autres cartes partielles. Les 
auteurs devraient toujours adopter pour base de leur travail les 
cartes de l'Institut cartographique militaire au vingt-millième, 
qui donnent exactement le relief du sol et tous les accidents de 
terrain ; quittes à en amplifier le format, s'ils le jugent nécessaire. 
( "est dans ce cadre fidèle et lisible qu'ils devraient inscrire les 
noms de lieux, avec tout le soin qu'on donne à un travail qui doit 
être gravé ou reproduit par la photogravure. Qu'on ne cesse de 
prêcher aux futurs auteurs : « Faites-nous de bonnes cartes ». Une 
bonne carte dispense de tant d'explications ! Si on possédait déjà, 
sans texte explicatif, les 4^7 planchettes de la (Jarte de I>elgi<jiic 
soigneusement élaborées au point de vue des noms de lieux, la 
question du répertoire toponymique de notre pays serait bien près 
d'aboutir ! 

V. — La culture de la toponymie dans notre pays n'a pas seule- 
ment produit des recueils de noms : elle a eu quelquefois l'ambition 
de fournir des théories, des explications, des démonstrations. Sans 
s'aventurer aussi profondément dans le passé que H. d'Arbois 
de Jubainville, elle a souvent appliqué à la Belgique ou critiqué 
avec bonheur les hypothèses heureuses ou hasardées de la science 
française et germanique. M. Knrth a étudié en détail par la topo- 
nymie les fluctuations de la limite linguistique en Belgique, et, 
débordant beaucoup de sou cadre, il a fait de sou livre, par l'appa- 
reil de démonstration et les listes de noms, une vraie bible du 
toponymiste belge. Dans le premier volume de sa Toponymie 
namuroise, le chanoine C. G. Roland a savamment étudié les plus 
anciennes couches de noms géographiques de sa province. Avant 
eux, dans la Wallonie prussienne, M. Quirin Esser avait donné de 
nombreux articles de toponymie celtique qui intéressent aussi 
notre région ('). On peut signaler ensuite des monographies rela- 



Les articles antérieurs à [885 sont réunis dans une brochure : Beitràge 
sur gallo-keltischen Namenkun.de, Malmeuy, 1SS4 : d'autres ont paru dans 
le Kreisblatt fur <U-n Kreis Malmedy, imprimé à Saint- Vith, dans VAachener 
allgemeine Zeitung (Lousberg, Salvador, etc.). 



— n3 — 

tives à des suffixes, à des préfixes, à des termes fréquents ou 
curieux : le travail de M. Paul Errera sur les Waréchaix ( l ) ; une 
Etude critique sur le nom de Mons ( 2 ), par É. Dony et I. Fonsny ; 
les notes de Vanderkindere sur Meer et Belle, et, plus récemment, 
sur Dieweg et Diestelle ( 3 ) ; un travail du rapporteur soussigné sur 
les noms en -ster (*), l'article de l'abbé J. Bastin sur le préfixe 
Chin- ( s ) ; des articles de M. G. Ceyssens dans Leodium ( 6 ) ; des 
études de toponymie flamande dans la petite revue flamande 
Biekorf (1908) ; le vif débat qui eut lieu entre MM. Kurth et Gobert 
à propos de Merchoul et Legia ('■) ; l'article du chanoine Roland 
sur Astanetum ( 8 ) ; celui de M. A. Vincent sur Willerieken et su 
légende (') ; celui de M. Lucieu Roger sur la toponymie du pays 
Gaumet et spécialement de Jamoigne ( 10 ) ; telles sont les traces les 
plus récentes des préoccupations linguistiques appliquées aux 
noms de lieux. Il faudrait étendre de beaucoup cette liste si l'on 
voulait citer les travaux historiques à base toponymique comme 
les Origines de la ville de Liège, de M. Kurth ( n ), contre lesquelles 
M. J. Schrciber vient récemment de rompre sa lance ( 12 ) ; les études 
de D. Jonckheere sur YOrigine du nom de Flandre ( 13 ), et de 
Vanderkindere sur les Origines de la population flamande ( u ). le 
Majeroux de M. Kurth ( 15 ), des articles de M. Victor Tourneur 
sur la mythologie ou l'archéologie gauloise dont la toponymie n'est 
pas exclue ( l6 ). 



( l ) Dans Annales de la Soc. d'arch. de Bruxelles, 1894, t. VIII, 2' liv. 

(-) Daus Annales du Cercle arch. de Mons, t. XXIX, 1899. 

( 3 ) Dans Annuaire-Bulletin pour le progrès des études philologiques et histo- 
riques, 1899 et 1904. 

(') Dans Bull, de la Soc. verviétoise d'arch. et d'hist., t. Y, 1904 ; reproduit 
ci-après dans ce volume. 

( 5 ) Dans Leodium, 1907. 

( 6 ) Leodium, 1908, 1909- 

( 7 ) GOBERT, sur Merchoul dans Bull, de l'Institut archéologique liégeois, 
t. XXXV, 189k. — Kurth, La Legia, avec appendice relatif à Merchoul, même 
Bulletin, t. XXXVII. — GOBERT, Merchoul et Matricula. 1907. 

( 8 ) Dans Mélanges Kurth, t. II, 289-293. 

( 9 ) Dans Revue de l'Université de Bruxelles, juin-juillet 1910. 

( 10 ) Dans Annales de l'Institut arch. du Luxembourg, t. XLV, 1910. 

(») Dans Bull, de la Soc. d'art et d'histoire du Diocèse de Liège, t. II, [882. 

( 12 ) Dans le Bull, de la Soc. scient, et lilt. du Limbourg, t. XXVI. 1908. 
pp. 19-67. 

( 13 ) Dans Revue catholique, 1 882-83. 

( u ) Dans Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, i885. 

( 15 ) Daus Annales de l'Institut arch. du Luxembourg, t. XVII. 

( 16 j Dans le Musée belge. 



- II/5 - 



\vec de la patience ël de la concordance dans les efforts, on 
peut arriver à recueillir les désignations de tout genre des 
cadastres aiïcien et actuel. Mais, pour faire le triage et tenter 
l'explication de ce qui mérite l'attention du linguiste dans cette 
masse énorme el superfétatoire, il faut autre chose que de la 
patience. En eeci, le toponymiste belge ne saurait faire oeuvre 
scientifique sans se tenir au courant des meilleures publications 
étrangères qui présentent un intérêt général. Les conclusions 
trop radicales d'Arnold dans l'application de la toponymie à 
l'ethnographie sont battues en brèche depuis 1890. Arnold a 
ouvert le champ à l'appréciation scientifique des noms de lieux, 
mais dans le détail ses théories sont à reviser. Elans YYitte ('), 
Adolf Schieber ( 2 ), Georg Heeger ( 3 ), Franz Cramer (*) ont 
repiis l'une ou l'autre question et, par des comparaisons méticu- 
leuses, ont réduit les affirmations aventureuses, mais fécondes, 
d'Arnold. 

Nous aurions pu allonger cette liste, mais la liste des ouvrages 
ne donne pas la manière de s'en servir. On ne saurait trop répéter 
que la toponymie est une partie de la linguistique, la plus difficile 
à exploiter, la plus ingrate et la plus décevante. On pourrait dire 
encore à ceux qui désirent s'y aventurer que, dans l'état actuel, 
où tant de grandes hypothèses ont été lancées, la science a sur- 
tout besoin de travaux critiques partiels, de démonstrations 
patientes, qui aient pour résultat de ruiner définitivement celles 
des grandes synthèses prématurées qui encombrent et illu- 
sionnent. Prenons un exemple relatif à notre pays. Vous savez 
quelle importance M. d'Arbois de Jubainville donne aux Ligures, 
dont il fait les prédécesseurs des Gaulois dans une grande partie 
de la Gaule. On attribue aux Ligures les noms de suffixe -asco, 
-osco, -usco, le thème aliso. Or, on prétend signaler leur habitation 
en Belgique par un Stabelasco de 69,3 (Stavelot), par un Geningha 
Thriusca (Drieseh sous Waereghem, Flandre occ), par le nom du 



(') D'abord dans Jahrbuch der Gesellschaft fur lothringische Geschichte, 
iS|)o. p. 278; puis dans Cher Deutsche niul Keltoromanen in Lothringen, 
Strasburg, Trubner, itt<ji (-îngen, -weiler). 

( 2 ) Dans la même revue lorraine, t. XII, 1900 (-îngen, -heim)\ t. XIV. 
i!>"'-^ 1»- U9- 

( 3 ) Die germanische Besiedlung der Vorderpfalz an der //.nid der Ortsna- 
iiii-n. Programme du gymnase de Landau, [900. 

Die Ortsnamen auf-weiler im Aachener Bezirk. dans Zeitachrift des 
Aachener Geschichtsoereins, t. XXIX. 190-. 



- n5 — 

Condroz : Condruscus pagus ( l ). Ces formes isolées sont-elles de 
mauvaises lectures ou non? Les mots de terminaison -sco sont-ils 
nécessairement assignables aux Ligures? Des études critiques de 
ce genre, sur des points bien délimités, peuvent rendre les plus 
grands services. Signalons comme des modèles à suivre, en ce 
sens, les études d'Antoine Thomas sur la formation du nom du 
pays de Comenge, sur les noms de rivières en -ain, sur le « plomb n 
du Cantal, sur la formation du nom de la ville (F Arles, sur aise et 
aisance (*), les Notes critiques .sur la toponymie gauloise et gallo- 
romaine ( 3 ). Le Manuel de Vantiquité celtique de G. Dottin ( 4 ) 
est aussi un livre de science prudente qui n'égarera pas les 
travailleurs. 

Mais aux toponymistes il ne faut pas seulement des livres de 
linguistique: il faut des recueils comme ceux de Forstemann, de 
Holder, et surtout des cartulaires bien faits, comme ceux de 
Saint-Hubert (Kurtli), de Stauelot-Malmedy (Roland et Halkin), 
comme le Cantatorium de Saint-Hubert (Hanquet), pour ne citer 
que des textes relatifs à notre région, où les auteurs ont dépensé 
des trésors de sagacité et d'érudition pour identifier et expliquer 
les noms propres de leurs textes. Peut être serait-il désirable 
qu'un recueil critique général d'onomastique et de toponymie 
belge fournît à pied d'œuvre aux historiens et aux linguistes les 
matériaux de cette nature disséminés dans une foule de publica- 
tions, au moins depuis les auteurs anciens jusqu'à l'époque où 
commencent nos archives. 

XIV. 

Les origines et la signification des noms propres de personnes, 
spécialement en pays wallon ( 5 ). 

On étonne beaucoup les gens simples quand on leur dit (pie les 
noms propres, noms de lieux et de personnes, ont à l'origine un 
sens, tout comme les noms communs et les noms qualificatifs. 



(') ZANÀRDELLI, Toponymie fluviale, cité dans Raoul de FÉLICE, Les noms 
de nos rivières. Paris, H. Champion, i!)07, p. ôa. 

( 2 ) Recueillies dans les Essais de philologie française, Paris, Bouillon, 1898. 

( 3 ) Dans Nouveaux essais de philologie française, Paris, Bouillon, i<)o~>, 
pp. 34-62. 

(*) Paris, H. Champion, 1906. 

{*) Conférence faite à la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire, et 
insérée dans la Chronique de cette société, u" 5 (juin-juillet 1906), p. 77"9 3 - 



— n6 — 

Actuellement, en effet, ils servent à distinguer, comme une 
étiquette, un endroit d'un autre, un individu d'un autre, sans 
indiquer de qualification particulière. Parmi les noms de per 
sonnes, ceux mêmes qui ont conservé un sens visible ne désignent 
pas l'objet en raison de la qualité indiquée. Leblond peut être le 
nom d'une femme, comme d'un homme, et ne désigne pas néces- 
sairement un blond. De même il y a des noires qu'on appelle 
Blanche, des évaporées qu'on appelle Sophie, des gens détestables 
([u'on appelle Désiré. 

Il faut distinguer dans un nom : i° l'objet qu'il désigne ou 
signifie; 2° la qualité à l'aide de laquelle ce nom est signe de 
l'objet, signifie cet objet. Stuart-Mill (Cf. Logique t. I) dirait, à 
l'imitation des anciens logiciens, que le nom dénote un objet et 
connole une qualité. C'est par la connotation (pie la dénotation 
est rendue possible. Par exemple le mot bluct signifie ou dénote 
telle fleur, telle plante dont la flore énumère tous les attributs; ce 
mot ne désigne cependant cette plante qu'en énonçant ou conno 
tant une seule qualité de la fleur, sa couleur. De même sanglier a 
été adjectif, il signifie solitaire, et le wallon dit encore on pourcê 
single. C'est cette habitude de vivre isolé qui a servi à l'origine à 
dénommer le porc des bois. C'est uniquement la couleur de la 
fleur qui a servi à l'origine à dénommer le bluet. Nous disons à 
l'origine, car bien des gens se servent aujourd'hui du mot sans 
penser à la couleur bleue. Il en est ainsi de la plupart des noms 
communs, et l'oubli du sens est si bien la régie chez un peuple que 
l'étude de la langue est en partie l'étude des qualifications oubliées 
cpie renferment les noms. Apprendre le sens de âme, esprit, frag- 
ment, trait, fait, livre, ville, c'est apprendre beaucoup d'histoire et 
même de philosophie, mais c'est avant tout apprendre la valeur 
exacte des mots. 

Les philosophes qui ont le génie mathématique ou qui raisonnent 
sur les abstractions, comme Auguste Comte, se réjouissent de 
cette perte du sens connotatif, en raison de ce qu'ils y trouvent 
de fugitif et de fortuit. Ils craignent de voir le sens attributif 
ancien projeter son ombre sur la signification objective moderne. 
C'est que ces messieurs ne font pas l'histoire des idées, sans quoi 
ils sauraient que l'histoire des idées est inscrite dans les mots. 

Au reste, l'oblitération du sens attributif des noms peut avoir 
ses avantages comme elle a ses désavantages : ce n'est pas ici 
le lieu de traiter cette question. Nous voulons nous borner à 
constater qu'il y a deux choses que l'on confond d'ordinaire sous 



I I 



lion ou sens d'un nom, qu'une seule i 
bien «rivante l'ap >n à an objel | que 

l'autre disparaît pen à ; 

PI ifi nom commun, le nom propre se vide - - conno- 

tatif initial. ■ - l'une autre - 

Qom de pers pase l'autre; la qualité que le 

nom était de* chez le nouveau pos 

-.•m- du nom. A - tout Muet reste bleu, - scendants 

Lelongg pew - sRousseaux tourner au noir. 

La. quai ste, il se transmet indéfiniment, 

simpl _ spourvo 

Il est pourtant in1 îhercher l'orighn 

propres. Leur immense variété vous intrigue. Puis on se doute 
bien qu'il y a un grand ensehj ut à tirer de l'étude des cir- 

constances multiples entourai 

D'abord <] ■ - L'un nom propre, individuel? Le 

prennent-ils eux-mêmes ou le leur in. - - Qui aurait qualité 

pour se donn< voir, imposer un nom? Pourquoi, ou. quand, 

a quelle occasion se fail éation de noi 

Pois vient l'étude «lu nom propre en lui-même. Quelles qualités 
exprime-t-il les ? La linguistique peut- 

elle arriver à retrouver l'id sentiment qui a présidé à la 

g nation ? 

Enfin, limitant le problème au domaine roman et particuli 
lut-ut wallon, il y a lieu aguer divei ses es de noms 

propres, de -uivant leurs origin< 

fournir chemin faisant de nombreux exemph 

I. — L - communs sonl . - 5pécifiqn< 

- les individus d'une - - pas d'un nom indivi- 

duel, leur appartenant en propre. Tel chêne vénéré a rer;u un nom 
ju'on lui prêtait, tous 1 •■- S n'ont point 

reçu un culte et un nom. Les petites lonnent des noms 

- laboureurs 3 boeufs, les chasseurs a leurs 

chiens, les cochers à leur.-. situation particu- 

le rapport- plus intimes avec l'homme qui ont prov< 
ippellations individuelles. A plus raison les lieux, les 

tribus et les hommes ont-ils • de bonne heure des noms 

distinctifs. Ces non.- >nt chez les peuplades sauvages. A la 

vérité, ils ne peuvenl nporaii- 

tations du langage. Les interjections nomatopi mots 

si mal dénommé- pronom-, c'est-à-dire le démonstratifs et 



— nS 

adverbes pronominaux, bon nombre de noms tour à tour qualifi- 
catifs el verbes ont dû exister avant les noms propres, puisque 
ceux-ei sont à l'origine des noms qualificatifs. Néanmoins l'in- 
vention du nom individuel remonte bien au delà des temps histo- 
riques. 

Un individu prend rarement lui-même un nom. Ce nom lui vient 
d'autrùi, étant (oui d'abord un pur moyen pratique de distinguer 
dans le discours une personne d'une autre personne. L'usage de 
donner un nom officiel à l'entant, à sa naissance, est une systéma- 
tisation (pie la raison nous dit bien postérieure, pour laquelle il 
faut une sorte de baptême, une cérémonie de la naissance, une 
inscription obligatoire. Les autres noms sont des sobriquets 
donnés par les parents, les voisins, amis ou ennemis. Le même 
individu peut évidemment en recevoir plusieurs. Il les reçoit en 
fait, sans les accepter, sans leur donner valeur officielle. Lui- 
même se dénomme d'un de ces noms ou d'un nom qu'il se fabrique, 
mais ce dernier cas doit être rare. Comment vous nommez-vous'! 
et comment vous appelle-t-oni sont donc deux questions fort 
différentes. 

Aujourd'hui, à l'état-civil, chaque personne a un nom de famille, 
un nom individuel souvent composé d'une kyrielle de prénoms. 
L'identité, la distinction de tout autre individu est assurée par 
l'adjonction de qualifications de lieu d'origine, de date d'origine, 
de profession. 

Dans la vie courante sociale, chacun est désigné au moins par 
deux noms; dans la vie de famille, le cercle étant plus restreint 
et les confusions moins possibles, un seul nom suffit, celui qui 
différencie un membre de l'autre, le prénom. De môme autrefois, 
chez, les Grecs, le nom individuel était suivi du nom du père et 
du nom du dème ou bourg d'où l'on était originaire. Mais dans 
la vie ordinaire le nom individuel suffisait. Il n'y avait point 
de nom de famille transmissible de génération en génération. 
Chez les Romains, au contraire, les gentes patriciennes avaient 
un nom, dont elles étaient fières, nous en reparlerons tantôt, — 
de sorte (pie le nom gentilice, précédé du praenomen, souvent 
suivi du cognonem indiquant telle branche de la famille, formait 
lf nom officiel d'un Romain de race. Dans l'intimité seulement, 
If terrible citoyen répondant en public aux noms de Titus Annius 
Milo, se contentait d'être Annius ou Milo ou Titus tout court. 

Les personnages gaulois cités par César n'ont qu'un seul nom. 
On ne voit pas qu'il en soit des Germains autrement que des 



- rig - 

Celtes. Cependant pareille indétermination me semble impro- 
bable. Officiellement le nom individuel devait être renforcé par- 
tout du nom du père et du nom de la tribu. Attila est de la famille 
des Baltes, Hamilcar de la famille Barca. 

En effet, donner des noms, c'est l'aire de la classification. Les 
noms n'étant pas en nombre infini, une fois que les générations se 
sont multiplie..-, il y a plus d'individus que de noms différents. Il y 
a nécessairement des personnes qui portent le même nom. Pour- 
tant, dans les relations réciproques, il faut éviter des confusions 
possibles. Je ne vois pas d'autre moyen que le moyen usité en 
zoologie ou en botanique. La juxtaposition de deux ou trois 
noms enlève seule toute équivoque. On peut ne considérer comme 
nom propre que le nom individuel, mais les autres cependant, 
noms patronymiques ou gentilices, noms de tribus et de terres, 
noms de qualité, de profession, de résidence, tendent au même 
but, qui est de classer, de différencier sans cesse. 

II. — Il est temps d'étudier le nom propre en lui-même pour 
savoir ce qu'il signifie et quelles sont les liabitudes diverses des 
nations à ce sujet. 

Chez les Hindous, les Grecs, les Celtes, les Germains, les noms 
sont en général poétiques, longs, harmonieux. Les poèmes de 
l'Inde nous offrent des noms comme Brahmadatta (donné par 
Brahma), correspondant des Diodotos et des Théodotos du grec ; 
comme Yadjnadattn (donné au sacrifice), correspondant du grec 
hagiodotos ; comme Sâvitrî (la créatrice). Les Grecs portent 
volontiers des noms tirés du nom d'un dieu, ou exprimant quelque 
chose de noble et d'élevé, parlant des aspirations de la jeunesse, 
de vaillance, d'habileté à manier les armes et les chevaux, d'in- 
fluence politique. On connaît assez, par l'histoire ou la littérature, 
les noms de Diodôros (don de Zens), Diogenês (né de Zeus), Apol- 
lodôros (don d'Apollon), Athênadôros don d'Athêna, la Minerve 
grecque), Apollônios (fils d'Apollon), Dêmêtrios (fils de Dèmêter, 
Cérès), Themistoclês (gloire de la justice), Héraclès (gloire de 
Hèra, Junon). Ou bien on s'appelle Timothée (qui honore Dieu), 
Philothée (qui aime Dieu), ou, moins religieusement, Alciphrôn 
(cœur de cerf), Damnippe (dompte-chevaux), Arisie (excellent), 
Aristobule (bon conseiller). Les femmes s'appellent Iphigénie, 
Eugénie (bien née), Iphianasse (fortement reine), Aspasie (bien- 
venue), Mélanie (la noire), Thérèse (la tendre), Arsène (la mâle), 
Glycère (la douce). 

Les Grecs concevaient leurs dieux comme bienfaisants et pro- 



— 120 — 

tecteurs ; peuple gai, optimiste, heureux de vivre, aimant la 
nature et la divinisant. Les Romains, eux, craignent leurs dieux, 
qu'ils imaginenl colères et méchants. Ils ne pouvaient doue songer 
à donner a leurs enfants les noms de ces dieux redoutés, qui 
seraient des noms de sujétion, de défiance, de crainte. Nous 
n'appelons pas nos enfants Satan, ni Démon, ni don du diable, ni 
tison d'enfer : nous réservons ces termes pour l'exécration de nos 
ennemis. Les noms de personnes chez les Romains ont donc un 
autre caractère. L'esprit pratique et prosaïque du Romain de 
vieille roche, avant l'influence grecque, s'y reflète étonnamment. 

D'abord le père de famille romain a plaisir à désigne]- mathé- 
matiquement par des noms ordinaux : Quintus (mon numéro 
cinq !), Sextu.s (sixième), Septimus (septième), Oelavus (huitième), 
Decimus (dixième), Secundus (le puîné). Et ces mêmes noms indi- 
viduels sont devenus noms de familles (noms de gens ou genti- 
lices) par le suffixe -ius : Sextius, Septimius, Octauius, Nonius, 
Decius. 

En second lieu, le Romain, en cela comparable au wallon, aime 
à remarquer les défauts physiques ou les imperfections morales, à 
traduire en sobriquets son observation des tics, des attitudes, de 
la démarche, de la couleur des cheveux, de la forme de certains 
organes. De là, les noms de Albus (blanc), Ru fus (roux», Rufw 
(gros roux), Plancus (pieds larges), Plot us et Pedo (pieds plats), 
Varus, Varo et Valgius (cagneux), Claudius (boiteux), Flaccus 
(qui vacille), Sulla (petits mollets, de sur'la diminutif de sura, 
mollet), Capito (grosse tête), Fronto (grand front), Mento (gros 
menton), Naso (gros nez), Stilo (goutte au nez, morveux), Labeo 
(grosse lèvre), Rucco (grosse bouche), Rarbo (grande barbe), 
Dentio (dents longues) Ralbus (bègue), Turpio (laid), Lurco (glou 
ton), Strabo (louche), P>œtus (qui cligne des yeux), Cal vus 
(chauve), Glabrio (glabre, chauve), Crispus (crépu), Crassus (gros), 
Dorso (gros dos, bossu), Tubero (bossu), .S7o/o (grosse bête), 
Naevius (qui a des naevi, taches de naissance ou grains de beauté). 
De ces noms individuels naissaient ensuite des noms de familles : 
les Albii, les Rnfii. les Rutilii, les Livii, les Caesii, les Fulvii, les 
Nigidii, les Claudii. 

Voici une troisième espèce de noms, pour laquelle deux expli- 
cations sont possibles. D'après les philologues classiques (') ils 



(') C'est l'explication de F. <>. Weise, Les caractères de la langue lutine, 
trad. de l'allemand par F. Antoine ; Paris, Klincksieck, 1896. 



— 121 — 

reflètent l'amour des Romains pour la vie rustique, l'agriculture 
et l'élevage. Fabius serait l'homme qui cultive spécialement les 
fèves (faba), Lentiilus serait l'homme aux lentilles (lens), Piso 
l'homme aux pois, (licero l'homme aux pois chiches, Caepio 
l'homme aux oignons. Il y a des Taurus, des Asellio, des Bubul- 
cus. Le temporiseur Quintus Fabius Maximus fut surnommé Ooi- 
cula (petite brebis), sans doute à cause de sa douceur. L'élevage de 
tel ou tel animal en quantité ou de préférence à d'autres espèces 
aurait donné naissance aux familles des Porcii, des Asinii, des 
Vitellii (oituliis, vitellus, veau), des Ovidii (puis, brebis), des Canii 
et Canidii (canis, chien,), des Caprarii (capra, chèvre). 

À cette explication, des folkloristes et mythologues modernes (') 
substituent celle-ci : les Fabii, les Porcii, les Asinii, etc. sont de 
vieux clans romains qui avaient pour totem la fève, le pore, l'âne, 
etc., et qui ont pris, comme il est de règle, le nom de leur totem. 
Le tabou ou sanctification de la fève est en effet bien antérieur 
aux doctrines pythagoriciennes. On le retrouve chez les Orphiques, 
en Egypte, en Italie. A Rome même, le flamen dialis ne devait ni 
manger ni même nommer une fève. Cette explication, plausible 
pour les noms de clans (gentes), n'est pas d'ailleurs applicable à 
des surnoms individuels comme Ovicala (brebis), Lentiilus 
(lentille), Caepio (oignon), Anser (oie), Gallus (coq), qu'il est plus 
prudent d'interpréter comme des sobriquets moqueurs. 

Chez les Celtes, les noms sont d'ordinaire composés de deux 
ternies. Le déterminant précède le déterminé, comme en grec et 
en germain. Les noms expriment soit une filiation divine, soit un 
rapport totémique, soit quelque particularité physique ou morale, 
notamment la valeur guerrière. A la première catégorie appartien- 
nent, par exemple, Esugenos, fils du dieu Esus, Camulogenos, fils 
de Camulus, Divogenos, fils de Dieu ; Divogena, fille de Dieu ; 
Esunertos, force d'Esus. L'affiliation totémique se laisse devi- 
ner ( 2 ) dans Artigenos et Malugenos, fils de l'ours : Urogenos, 
fils de l'unis ; *Brannogenos, fils du corbeau ; Boduognatos, fils 
de la corneille ; * Vidage nos, fils de l'arbre ; *Vernogenos, fils de 
l'aune. On trouve des qualités, mais sans intention satirique, dans 
Nertomaros, grand par la force ; Dagodubnos, profond par la 
bonté ; Dubnotalos, front profond ; Dubnorix ou Dumnorix, roi 



(') Sai.omox Reixacii. Cultes, mythes et religions. I, 4 ( J-4~- 
( 2 ) Quant au totémisme des anciens Celtes, cf. SALOMON ReïNACH, Cultes. 
mythes et religions, I, 3o-"8. 



— 122 — 

ilu profond (du monde) ; dans les noms guerriers Catugnatos, né 
pour le combat ; Catnmaros, grand dans le combat ; Caturix, 
roi du combat ; Albiorix, roi du inonde ; Çingetorix, roi des 
guerriers ; Vercingetorix, roi des grands guerriers ; Orgetorix, 

roi des tueurs ; Eporedorix, roi des cavaliers (sur ehar)('). 

Chez les Germains aussi, les noms de personnes ont quelque 
chose d'héroïque el de fort. La guerre y tient la première place. 
Au lieu d'ailleurs d'en parler d'une façon théorique, il vaudra 
mieux de vous montrer des échantillons de ces racines adjeetives 
qui entrent dans la composition des noms germaniques et d'ana- 
l\ ser quelques-uns de ces noms. Adal qu'on retrouve dans Adalbert, 
signifie noble ; bald, qu'on retrouve dans Baudouin, signifie 
hardi : berht de Bertrand = brillant ; daghe de Dagobert = épée ; 
et de même citons rapidement eghe, subtil ; frid, paix ; gund, 
combat ; hard, brave ; helm, bouclier: her, guerrier ; hilpe, secou- 
ruble ; hlode, brillant ; hramn, vigoureux ; hrode, parleur ou 
conseiller ; hug, prévoyant ; karl, robuste ; mund, chel ou protec- 
teur ; rad, prompt ; rand, bouclier ; rik, /br< ; swind, agile; wite, 
sage. 

Voulez-vous voir ces racines en composition ? Il me suffira de 
vous citer quelques noms pris au hasard dans la masse énorme de 
noms mérovingiens et carolingiens que l'histoire nous a trans- 
mis, et dont un grand nombre vivent encore aujourd'hui, trans- 
formes, il est vrai, et souvent méconnaissables. Clovis s'appelait 
Hlodo-vech, et un chroniqueur ancien, Ermold le Noir, nous 
expliquera lui-même ce nom : « nempe sonat hluto praecla- 
rum, wigch quoque mars est ». Mars brillant, c'est-à-dire 
guerrier brillant, voilà ce que signifiait il y a quinze siècles 
le nom qui est devenu Louis en français, Ludwig en allemand. 
Daghebert, Dagobert signifiait brillant par iépée, dague existe 
encore en français au sens de épée. Swindebald, Zwentibold est 
formé de deux racines qui signifient agile et hardi. Merevig, 
Mérovée = éminent guerrier; Carlemann = homme robuste; 
Adalbert = brillant ]>ar la noblesse; mais Witekind est un sage 
enfant et Godefroid est la paix de Dieu. Le fameux pharamund 
qu'on a longtemps considéré comme le premier roi des Francs esl 
un nom commun signifiant chef de clan. Le moderne Bertrand 



I <J. DOTTIN, Manuel j>our servir;) l'étude de V Antiquité celtique. Paris, 

II. Champion, i;)o<>, pp. 83-g6. 



— 123 - 

peut provenir f 1 ) de Berht-rand : brillant bouclier, ou de Berht- 
hraban : brillant corbeau: le corbeau (allemand moderne : Rabe) 
était l'oiseau sacré de Wodan ou Odin, et le nom d'animal ici 
invoqué ne procède nullement du môme esprit satirique qui a fait 
créer le latin Cornus ou Corvinus. 

ITT. — Mais il est temps d'examiner plus en détail les origines 
du régime des noms propres existant encore chez nous. Il date 
évidemment du moj-en âge. La question se présente assez com- 
pliquée : i° en raison de la variété des populations qui s'implan- 
tèrent sur le territoire de la Gaule; 2" en raison des diverses 
classes de la population que la hiérarchie féodale délimita plus 
strictement que jamais. 

Avant les invasions régnait l'usage romain des deux noms chez 
les Gallo-romains habiles à copier la coutume des vainqueurs; 
mais les Germains, soit Visigoths, soit Saliens, soit Ripuaires, 
soit Alamans, soit Normands, apportèrent avec eux une énorme 
quantité de noms, qui furent bientôt à la mode parmi les descen- 
dants des vaincus. Tl faut dire que les vainqueurs adoptèrent 
aussi des noms gallo-romains, en sorte que le nom n'est pas du 
tout un sur indicateur de la race. Cet état dura jusqu'au moment 
où le régime féodal de la possession territoriale fut bien établi. 

Au xi e siècle, les propriétaires de fiefs se mirent à bâtir des 
forteresses, à joindre à leur nom personnel un surnom tiré de 
leur terre. Chez les Romains, le possesseur imposait son nom à la 
terre; dans le système féodal, c'est la terre qui impose son nom 
au seigneur. 

Donc, avant cette époque le nom était personnelle nom de 
famille ou n'existait pas ou se formait peu à peu par la transmis- 
sion du nom personnel aux descendants. Au xn e siècle le seigneur 
a un nom, le nom de son baptême, plus un surnom qui est le nom 
de son fief. A mesure que le nom du fief deviendra plus stable, il 
passera de l'état de surnom à celui de nom de famille, et, corré- 
lativement, le nom individuel ou de baptême passera au rang de 
prénom. Maintenant encore, en wallon, le nom de famille s'appelle 
sorno, témoin de l'ancienne coutume. 

Mais avant que le nom de terre pût acquérir assez de stabilité 
pour être le nom distinctif de la famille, le régime féodal devait 



(•) Remarque faite par M. Schweisthal, Une loi phonétique de lu langue 
des Francs Saliens, p. 120. — Dans le t. XLIII des Mémoires COURONNÉS ET 
autres mémoires p. p. l'Académie roy. de Belgique; Collection in-8°, 1889. 



— 124 — 

évoluer. D'abord le nom de terre ne peut être porté que par l'en- 
fant qui hérite : les autres enfants n'ont point droit à ce nom et il 
n'y a point d'unité de nom qui soit le signe de l'identité familiale. 
Ensuite, une terre étant perdue, le nom en était perdu pour la 
famille de celui qui l'avait possédée. Enfin quand un seigneur 
était investi d'un fief plus important, il prenait le nom de ce fief 
nouveau. Dans cette première période le nom implique une rela- 
tion, il est réel, il procède de la chose possédée {res); il passe, 
avec la terre, d'un propriétaire à l'autre, (''est, i°, la stabilité 
dans la transmission des biens de père en fils et, 2°, l'habitude de 
désigner une famille par le même nom durant plusieurs généra- 
tions qui rendirent les noms de terres personnels, de réels qu'ils 
étaient d'abord. 

Ce que nous venons de dire ne concerne que les nobles. Mais les 
autres, les bourgeois, les vilains, les serfs, d'où tirèrent-ils leurs 
noms? Du nom de leur père ou de leur mère; ou de la fonction 
qu'ils remplissaient, du métier manuel qu'ils exerçaient; de la 
ferme qu'ils exploitaient; de la province, ville, quartier ou localité 
d'où ils étaient originaires; -de l'enseigne de leur boutique; enfin 
de quelque particularité, soit morale, soit surtout physique, soit 
qualité, soit surtout défaut. Il me reste à vous fournir des 
exemples nombreux pour ces diverses catégories de l'onomastique, 
en les puisant de préférence dans les noms usités en pays wallon, 
et à donner, chemin faisant, les explications désirables sur leur 
sens ('). Nous ne nous arrêterons pas à ceux qui existent encore 
comme noms communs, à moins que leur origine ne soit due à 
quelque particularité difficile à deviner. Nous irons de préférence 
aux noms obscurs, soit qu'ils aient disparu du langage courant, 
soit qu'ils proviennent d'autres régions et ne soient pas connus 
ici dans leur vraie signification. 

Noms provenant de fonctions officielles ou de dignités. — Bailly, 
Doyen, (doyen de corporation ou de métier), Schepen (flam. de 
scabinus, échevin), Drossart, Lemaire, Commun et ses variantes 
(chef de la Keure ou commune flamande), Coster, Coister, Le- 
costre, Lecuistre (sacristain), Lesuisse, Lemoine, Dam seau, Capi- 
taine, Gouverneur, Prévôt, Probst. 



(') Les lecteurs qui désireraient plus de détails et des listes plus copieuses, 
pourront se servir du livre suivant de M. Albin Body, où nous avons beau- 
coup puisé : Étude sur les noms de familles, dans le Bulletin de la Société 
liégeoise de Littérature wallonne, t. 17 (ou 2 e série t. IV). 1879. 



— 125 — 

Noms provenant de fonctions ou de dignités passagères. — Les 
jeux dramatiques, les jeux de l'oie, de l'arc, de l'arquebuse, de 
l'arbalète, très en honneur chez nos ancêtres, ont été une source 
de surnoms : Leroy (celui qui a remporté le prix du tir), Lempe- 
reur, De KLeyser, De Koning, Bischoff, Riscop. 

Noms provenant de professions.— Chandelon (fabricant de chan- 
delles); Corbisier (cordonnier, en wallon cwèb'hî); Fabri, Lefèvre, 
Lefebvre, Lefeburc (où Vu n'est autre qu'un u à l'ancienne mode); 
Feron, Ferron, Fairon ; Lecoq, Lekeu, Lequeu, etc. (cuisinier ; on 
dit encore maître-queux sur les navires; du latin coquus); Lecre- 
nier (wallon scrinî); Parmentier (wallon parmètî, tailleur); Cha- 
puis (charpentier); Cambier (brasseur); Manderlier (vannier); 
Lemonnier (wallon li mounî, meunier); Blavier (marchand de 
blé ; Foulon (et le flamand de Volder); Pasteger; Tordeur et 
Stordeur; De Cuyper (flamand, tonnelier) ; Textor (nom retraduit 
en latin, comme Fabri de plus haut, tisserand); Métivier (mois- 
sonneur), Weissgerber(allem., tanneur en blanc), Serwy (serrurier). 

Noms provenant de lieux autres <jue le fief seigneurial. — a) Ce 
lieu est le pays ou la province d'origine : Dallemagne, Defrance, 
Deflandre, Degueldre, Dardenne, Dartois. 

b) Ce même nom de lieu peut être sous la forme adjective : 
Lallemand, Cambresier, Baiwir (bavarois), Catalan, Langlois ou 
Langlais, Westphal, Lardinois. 

c) Ne pas confondre avec ces derniers ceux qui indiquent que 
le sujet a fait un pèlerinage à Rome ou en Espagne : Romain, 
Lespagnard, Paignard. 

d) Ce lieu est une ville ou localité qui n'a jamais été fief : Davi- 
gnon, Déliasse (de Hasselt, en liégeois Has), Deherve, Degand, 
Detheux, et, sans la préposition de : Namur, Pepinster, Laroche, 
Thimister, Vervier, Durbu (de Durbuy); ou sous la forme adjec- 
tive : Malmendier (de Malmedy), Saint- Viteux (de Saint-Vith), 
Liégeois. 

e) Ce lieu est un quartier, une rue, un endroit particulier de la 
commune : Dethier, Détienne (tièr, tienne, tienne = tertre), 
Deruisseau, Deru, Dery, Duruy, Durieu, Derouau, Depré, Dubois, 
Dumoulin, Delvenne, Detry et Detrixhe, Delrue, Dufour, Del- 
waide, Delheid, Duvivier, Delestang, Dussart, Dethiou et Dutil- 
leul, Defawe, Defresne, Dechesne, Delbrouck , Delbruyère , 
Delmotte, Dumonceau, Dewez, Delbovier, Dedoyard; et, sans la 
préposition de : Falise, Noirfalise, Lamotte 



— 126 — 

/*) Noms provenant d'enseignes : Deloye (de l'oie), Deposson, 
Dosoleil, Delaigle, Delelocke, Leeoffre, Deléstoile, Létoile, De- 
lancre, Delcroix, Delange. 

Il résulte de la classification qui précède que le de n'est ni un 
signe ni une présomption de noblesse. Cette erreur moderne sur 
la particule est un bruit que les particules font courir. Bien 
des familles de vieille noblesse n'ont pas et n'ont jamais eu le 
fameux de. Énumérons donc les diverses valeurs de cette particule 
de {del, du, des, de) : 

i) de indique un rapport primitif de possession, le mot suivant 
désignant le fief possédé jadis : Godefroid de Bouillon. 

2) de indique le lieu d'origine, de naissance ou de domicile, la 
paroisse, le quartier, la rue, voire l'enseigne de la maison. C'est 
le cas le plus ordinaire, soit dit sans affliger ceux dont le nom 
commence par la lettre D. Delbrouck se traduit en latin par a 
palude. 

3) de est patronymique : il introduit le nom du père : Charles 
de Bernard signifie Charles fils de Bernard ; De Béranger 
signifie fils de Béranger. Les registres paroissiaux étant rédigés 
en latin, la filiation était souvent indiquée en mettant le nom du 
père au génitif : c'est l'origine des noms en i, y, is : Nicolaï, 
Frédérici, Bernardy, Huberty, Laurenty et Laurency, Lamberty 
Roberti, Simonis. Dans notre pays se rencontrent aussi pour 
marquer la filiation les noms d'origine germanique en son, sen, 
kin, ken, les noms en s qui sont des génitifs germaniques. Il 
serait difficile de dire si Simons est une abrévation de la forme 
latine Simonis ou un génitif germanique, mais Lorentz, Lamberts, 
n'ont rien de latin. Disons enfin, pour être complet, que Vs pourrait 
encore parfois être Vs de l'ancien nominatif roman : Eudes, 
Hughes. 

4) de, dans notre pays, peut être tout simplement l'article 
flamand : de .long, de Cock, de Volder, ce qui donne parfois lieu 
à de singulières méprises en France. C'est par fausse étymologie 
aussi que le wallon prononce dèdjon le nom flamand de Jong : il 
n'y a point de jonc dans l'affaire. 

Noms provenant de sobriquets : i) un adjectif est accolé au nom 
individuel : Petitjean, Grandjeàn, Grosjean, Bonjean, Petitsimon, 
Grospierre, Grandcolas, Langclaes. 

2) le nom est formé d'un adjectif, précédé ou non de l'article : 
Legrand, Legay, Léveillé, Lefrane, Legentil, Lelong, Lepetit, 



— 127 — 

Leroux, Lenoir, Lequarré, Lebeau, Lebon, Ledoux, Lelarge, 
Hardy, Moray, Neuray, Doucet, Rousseau. 

3) le nom est formé d'un nom d'animal au autre, impliquant une 
qualification : Leporc, Leoeau, Ledaim, Lebœuf, Leloup, Verken, 
Mouton, Lagneau, Lognay. 

Soins de familles dérivés des anciens noms individuels latins et 
germaniques. - Les anciens noms, dans l'état actuel, sont passés 
à l'état de prénoms. Mais on comprend que souvent ils soient 
restés comme noms de famille. Ils ont pu être conservés sans 
autres modifications que les modifications phonétiques subies par 
tous les mots au cours des siècles : souvent aussi ils ont subi 
d'autres transformation- dont il faut brièvement indiquer les 
causes et les effets. 

La nécessité de distinguer plusieurs personnes jouissant du 
même nom, et d'abord de distinguer le fils du père ; le désir d'in- 
diquer des nuances augmentatives, diminutives, péjoratives, ad- 
miratives ; le sentiment maternel, qui se manifeste encore aujour- 
d'hui dans l'amenuisement, l'amignotement des noms de baptême, 
ont agi depuis dix ou douze siècles, avec leur force inconsciente, 
au point qu'ils ont multiplié d'une façon presque incalculable la 
masse déjà nombreuse des anciens noms latins et germaniques. 
La liste en serait immense et toujours incomplète. Les fantaisies 
graphiques, pour ne pas dire orthographiques, des scribes de tout 
acabit ont contribue ;i cette différenciation à l'infini. 

La transformation s'est faite par adjonction de suffixe, par 
réunion de deux noms, par addition d'un suffixe patronymique, 
par aphérèse ou retranchement de syllabe initiale, par apocope ou 
retranchement de syllabe finale, par redoublement, par l'emploi 
simultané de plusieurs de ces moyens. 

i) Quels sont les suffixes les plus usités dans notre pays? Il y a 
d'abord les anciens composants germaniques, comme -harcl, -bald, 
-mund, -inger, -wolf, -frid, dont l'un ou l'autre, par exemple -harcl 
sous la forme -ard, -wald sous la forme -aud, sont restés vivants. 
11 y a les anciennes terminaisons diminutives du latin, -anus, 
-inus, qui avaient donné Antonin, Paulin, Augustin, Justin, et 
qui ont servi à former d'autres noms sur le même modèle. Il y a 
les suffixes bien connus du français, quelle que soit leur origine : 
-et, -ot, -on, -el, -eau, -at. 11 y a les suffixes déjà signalés de source 
flamande ou allemande : -kin, ken, -quen, -son, -sen. Plusieurs 
de ces suffixes peuvent se rencontrer à la fin d'un mot, non pas 
qu'ils aient été ajoutés en même temps, mais on peut toujours 



— 128 — 

opérer sur un mot dérivé comme on a opéi'é sur un mot primitif. 

Nous aurons donc des finales -el-in, -el-ot, -el-at, -in-el, -in-et, -in- 
ot, in-on, -in-at, kin-et, kin-on, ard-ot, etc. Exemples : 

Aubertin, Joséphin, Jacquemin, Thomassin, Michelin, Simonin, 
Philippin, Guillemin, Jeannin, Bernardin, Conradin. 

Deniset, Michelet, Paulet, Simonet, Philippet, Willemet, Guillau- 
met, Stievenet, Bertholet. 

Michelot, Willemot, Jeannot, Pierrot, Gillot, Jacquemot, Amelot. 

Amelart, Houard (Hue = Hughe), Stievenart, Willemart. 

Frankin, Fraikin, Gilkin, Pierkin, Andrissen, Antœnissen, 
Franssen. 

Gilkinet, Franquinet, Julsonnet, Franssinet. 

N ieolardot, Jacqueminot. 

Les féminins en -otte s'expliquent par ce fait que, dans mainte 
région, la femme est désignée par le nom du mari féminisé. Si 
la mère devient veuve ou si elle a une influence prépondérante, la 
forme en otte peut l'emporter. De là Counotte, Francotte, Jaque- 
motte, Marcotte, Pierotte, Pirotte, Phlipotte, Wérotte, Wilmottc. 

2) Nous nous sommes abstenu, dans les listes qui précèdent, 
d'introduire des noms déformés par aphérèse ou apocope ; mais 
à mesure qu'un nom s'accroît par la fin, il a tendance à être dimi- 
nué par le commencement; et d'autre part pour ajouter les 
suffixes terminaux, il faut parfois faire disparaître du primitif des 
phonèmes gênants. Ainsi par aphérèse, Alexandre devient Santé, 
Zunde ; Augustin devient Gustin ; Thomassin devient Massin, 
Deniset devient Nizet ; Eustache ou Istasse se change en Stas, 
Stasse. Par apocope, on obtient Lambin, Hubin, Collin. Supposez 
maintenant ces causes de transformation agissant successivement 
sur le môme primitif et vous devinerez à quels résultats étonnants 
on peut aboutir. En voici quelques-uns à titre de curiosité. Nous 
ne pouvons les laisser de côté : ce sont les plus intéressants, 
ce sont ceux dont l'explication, si elle apparaît satisfaisante, 
récompense le mieux le linguiste, — et aussi l'auditeur, — des 
lenteurs inévitables de ces méthodes de comparaison, de dissection 
et d'analyse. 

Drèze, Dresse, Dries, Drissen sont des formes flamandes qui 
viennent de André, Andries. 

De Mathieu, ou plutôt de Mattheus viennent le flamand Mathijs, 
d'où Thijs, Theis, This, Thissen, Thiskin, Tisken, Thisquen. 

Thomas a donné Massin, Massart, Masset, Massillon, Masscau, 
Massât, Massenet, Massinet, Sinet. 



— 129 — 

A.lexandrea donné Saut.', Sandrart, Santkin, Zanneqiiin, Zander. 

Amel a donne Amelot, Mélot, Mélotte, Amélart, Mélart. 

Eustache, Estasse a donné Stasquin, Tasquin, Stassart, Stassin. 

Tonnart vient de Antoine; Parotte de Gaspar ; Monet de 
Simon ; Kinet de Franquinet ou de Gilkinet ou de quelque autre 
nom an double snffixe-.fr/ne/ : Linon de quelque nom en -lin comme 
Paulin, Michelin, Adelin. augmenté d'abord du suffixe -on ; Binet 
de Robin, Bubin, Aubin on Lambin; Xisard de Denis; Lardot 
de Nicolas. 

IV. — Ll y a des noms réputés beaux et d'autres laids. Quelque- 
fois, cela peui tenir à une simple rencontre de syllabes, mais négli- 
geons ce cas d'euphonie. Le plus souvent, l'impression qu'un nom 
esl beau ou laid tient d'une raison plus profonde. Les noms 
propres, — il s'agit suri ont ici de ceux qui servent actuellement 
de prénoms et qui peuvent être objet de choix, — perdent conti- 
nuellement leur signification étymologique, mais ils en revêtent 
sans cesse de nouvelles. Un nom prend une couleur et un sens 
aux yeux de celui qui connaît un être porteur de ce nom. Hugo, 
Lamartine, Voltaire sont .les noms qui éveillent en vous des idées, 
celles des qualités que possédaient les illustres porteurs de ces 
noms, pour autant que vous les connaissiez. Les saints évêques 
Lambert et Hubert ont protégé le nom qu'ils portaient. Au con- 
traire, tout imbécile, tout mauvais gueux t'ait du tort à son nom 
dans un certain cercle autour de lui. Tel proposait de baptiser son 
fils du nom île Bruno : sa femme lui répondit que c'était un nom 
de chien. Elle connaissait par malheur un chien de ce nom, et 
ignorait d'autre part le célèbre fondateur de l'ordre des Chartreux. 
Les noms choisis par les romanciers et les auteurs dramatiques 
influent beaucoup sur la mode. Il n'y a plus, par le fait des auteurs 
comiques, de NIcaise, de Xicodème, de Péronelle, de Catin. 
d'Agnes. En wallon, il n'y plus de Waltrou (Waltrude), de Marôye, 
de Magrite, de Zabê, de Djile, de Matî. On laisse tomber les noms 
souillés par leurs porteurs dans la région où ceux-ci ont sévi. 
On rajeunit ceux qui ont passé par des bouches trop vulgaires. 
Aujourd'hui il est très visible que le wallon aime à substituer des 
prononciations françaises ou mi-françaises aux vieilles prononcia- 
tions wallonnes des prénoms. On ne dit plus nosse Matî mais 
nosse Mathieu; on a remplacé Houbièt par Honbèrt ou Hubert, 
Djuhan par Jan, Magrite par Marguerite, Lorint par Lorant, 
Linâ par Lèyonard, et Djètrou par Gèrtrûde. Cette francisation 

rend du lustre aux noms vulgaires. 

9 



— i3o — 

Le nom perd donc son sens primitif; il en prend un nouveau, 
l'ait des qualités de celui qui le porto, soit dans le monde, soit 
dans la vie artificielle du roman ou du théâtre. Ainsi celui qui 
désire que son nom soil respecte Fera bien d'y insuffler les qua- 
lités d'une vie honnête. Le nom le plus roturier, le plus maussade, 
le pins hétéroclite deviendra peu à peu familier, doux, avenant, 
sacre, c'est-à-dire pins noble, si celui qui le porte est un homme 
d'honneur, de probité,de cœur, d'esprit, de générosité et de sacri- 
fice. Chacun pétrit son nom comme il pétrit son âme. 

XV. 

Inscription de la Vierge de Walcourt. 

In des rares monuments de l'orfèvrerie du xiv e siècle est la 
Vierge en argent repoussé et ciselé conservée dans l'église de 
Walcourt. Elle porte une courte inscription, que M. Jos. Destrée 
reproduit en note dans son article sur l'orfèvrerie (') au Cata- 
logue de l'exposition de F Art ancien au Pays de Liège. (Liège, 
A. Bénard, 1905). M. Destrée lisait ainsi : Likvaus • me-fist • don ■ 
liaivt, et ajoutait : « les deux derniers mots n'ont pas, que je 
sache, été interprétés jusqu'à présent ». Sur ces données, je tentai 
une explication de la fin de l'inscription dans la Chronique de la 
Soc. veru. d'Arch. et d'Hist., 1905-1906, p. 3o. A la suite de cet 
article, M. Destrée eut la gracieuseté de m'envoyer une photo- 
graphie de la base sur laquelle repose la statue et dont la bande 
supérieure porte l'inscription. Cette communication précieuse, 
dont je remercie le savant archéologue, me permet d'améliorer la 
lecture et la traduction de ces quelques mots, auxquels s'intéresse 
l'histoire de l'orfèvrerie au pays de Liège. 

L'inscription est en capitales gothiques, avec l'A coiffé en haut 
d'une longue barre, l'Ai aux premier et dernier jambages bien 
contournés, le T arrondi en O incomplètement fermé et surmonté 
d'une barre en forme d'accent circonflexe. L'E est arrondi et 
totalement fermé à droite, de même que le ('; il a de plus que le C 
la barre médiane, qui est grosse et se prolonge jusqu'au filet de 
droite L'examen des lettres nous force à lire comme snit : 

LICVARS • ML • F1ST • DOV • LIAIVT 



') Article intitule L'Orfèvrerie sur les bords de ht Meuse. ]>. XI. 



- i3i - 

Donc il faut rectifier la leçon précédente en deux points : le 
premier mot serait Licvars au lieu de Lievars, le quatrième dou 
au lieu de don. 

Le premier mot révèle le nom de l'auteur, ("est la statue elle- 
même qui est censée parler : Licvars me fist. La forme Licvars 
sourira peut-être moins que celle de Lievars, qu'on avait cru lire 
jusqu'ici. A la vérité, ni l'une ni l'autre ne nous révèlent une forme 
connue de nom de personne. Us finale est celle du nominatif 
roman; elle a l'ait disparaître, comme d'ordinaire (clerc, nominatif 
clers), la consonne terminale du nom : cette restitution de con- 
sonne donnerait Licvart ou Licvard, par analogie avec Edouard 
et d'autres noms à suffixe -ward, -wart (gardien). Si le u compte 
pour un //, il faudra lire Licuart ou Licuard. Est-ce un nom d'ori- 
gine germanique, Lic-ward, garde de corps? Est-ce un sobriquet 
d'origine picarde ou normande, Li-coart ou Li-cuart, le couard 
(cuart est la forme du Roland 3335)? La question est difficile à 
t rancher. 

La suite de l'inscription n'est pas aussi claire que ce Licuart 
me fit. M. Destrée n'en connaissait en 1905 aucun essai d'inter- 
prétation. 11 y en avait un cependant, proposé en 1846, au 
tome III des Annales de la Soc. arch. de Namur. On y traduit 
I><) Y • LIAIVT par Dov me dessinai Sans doute on flairait 
quelque ancêtre de Gérard Dow dans le premier mot et on voyait 
dans liaivt un delineavit ! Combien M. Destrée avait raison de ne 
pas connaître cette interprétation facétieuse ! 

Une première remarque, aussi nécessaire que simple, est que 
l'a vaut-dernière lettre doit se lire u. Un mot français ne peut pas 
se terminer par vt. 

La finale -ut nous donne une syllabe de plus, qui nous permet 
de reconnaître une symétrie dans l'inscription. Elle est rythmée, il 
faut la scander 4 -f 4 : Lic-vars-me-fist, - dou-li-a-iut. Cette 
lecture permet à un romanisant de retrouver sans grande diffi- 
culté dans liaiut deux mots : i° U = fr. lui; 2 aiut = latin 
adjutet, fr. aide, le subjonctif aide. Ajoutons un brin de démons- 
tration à l'adresse des archéologues. 

Le verbe aider, anciennement aidier, vient du latin ajutare 
pour adjutare. Un substantif ajutam (une aide) se trouve dans les 
Serments de Strasbourg sous la forme aiudha, dans le poème 
d'Alexis sous la forme aiude (lisez a-iu-de). L'indicatif adjutai 
doit donner les mêmes résultats à la même époque; plus tard 
aiude doit devenir aine. « Ren qu'il face ne li aiue », est-il dit dans 



— l32 — 

Tristan, littéralement: «rien qu'il fasse ne /«/aide». Mais au sub- 
jonctif, la forme latine adjutet, ne contenant pas <!';< dans sa 
dernière syllabe, ne donnera point aiude, mais ai ml ou ni ut. 
On trouve aiud dans le Suint -Léger : 

Il nos a/'«d ol> ciel senior (tju'il nous aide) 

por cui sustinc tels passions. 

On trouve aiut dans la Chanson de Roland, vers 781 : 

Si li truvez ki très bien li aiut. 
On trouve ajut dans la Chronique de Normandie, v. ion3 : 

Qu'il li ajut vers ceus de France. 
Enfin, au xni e sièele, Rutebeuf écrit (Édit. Jubinal, II, 120): 

Or est mestiers Diex les aïut. 

Ajoutons que cet aiut a une forme simplifiée, ait, qu'on emploie 
longtemps dans l'expression si m'ait Dieus (ainsi m'aide Dieu). 

Reste le mot don. La version sur laquelle j'ai travaillé jadis 
présentait don, qui m'a forcé à des conjectures. En l'interprétant 
par le relatif dont, j'étais arrivé au sens que donne précisément 
don. C'est pourquoi je n'ai pas cru nécessaire d'entretenir le 
« monde épigraphique » de cette variante qui ne changeait rien au 
sens. Aujourd'hui que l'occasion se présente de rectifier, disons 
que DOV = dou, c'est-à-dire d'où, employé à la mode latine au 
sens de de quoi, dont. L'interprétation est donc : Licuart me fit, 
d'où lui soit aide. 

C'est un naïf souhait d'artiste ajouté à la signature. Il désire 
que son œuvre religieuse contribue à son bonheur et surtout à son 
salut. Cette interprétation ne nous dit rien sur Licuart, et d'au- 
cuns sans doute eussent préféré pins d'histoire et moins de piété. 
11 faut se résigner, car le sens de liniut n'est pas contestable. 

Encore une remarque cependant, relativement à cette date du 
xiv siècle assignée à la Vierge d'argent de YValcourt. La trans- 
formation de l'ancien français chant (latin canto, cantem, caniei) 
en chante se manifeste déjà au xn e siècle pour l'indicatif, et 
s'effectue pour le subjonctif dans la seconde partie du xui e siècle. 
La vieille forme aiut se présente-telle encore au xiv' siècle, date 
assignée à la statue? Ou la formule de souhait dou li aiut a-t-elle 
persisté plus longtemps? En tout cas, au point de vue linguistique, 
rien n'empêche de faire remonter l'œuvre à la fin du xnr siècle. 
C'est l'examen artistique qui doit trancher la question. 



— i33 - 

X V I . 

Le Bethléem verviétois. 
Une survivance d'ancien théâtre religieux de marionnettes 

Il serait difficile de trouver, dans le pays de Vervi ers, un second 
spectacle au — , populaire que ce petit théâtre appelé le Bethléem. 
Chaque année, à Noël, ou, pour être plus précis, de la mi- 
décembre à la mi-janvier, il l'ait les délices des petits et la joie 
Inavouée des grands. Mais il esl à craindre que le courant impi- 
toyable 'le la mode ue l'entraîne à bref délai. S'il subsiste, il ten- 
dra de plu:- en plus ;i se moderniser. Ces raisons auraient suffi 
pour non- engager à fixer dans ces pages la physionomie du Beth- 
léem; pourtant il en est une plus puissante : c'est que nous avons 
affaire ici a autre chose qu'un jeu fortuit et isolé, un banal et 
puéril objel de curiosité. Le Bethléem est une survivance d'art 
populaire. 11 nous apparaît comme un spécimen d'un genre disparu 
et certainement peu connu. Si mince donc (pie puisse être en soi 
la valeur artistique de ce petit drame, il a une valeur relative ou 
de comparaison qui ne nous semble pas à dédaigner. Voilà ce qui 
nous a décidé à donner une idée exacte de cette survivance, que 
qous devons ranger dans l'art dramatique populaire, au rayon 
modeste du théâtre des marionnettes. 

('«•s mots profanes» étonneront peut-être les pieux visiteurs du 
Bethléem. Eabitués à considérer ce spectacle par son coté pure- 
ment religieux et édifiant, ils n'y voient, en somme, qu'une crèche, 
comme on eu dispose encore dans certaines églises, à Noël. En 
écoutant, en regardant, ils ne songent ni a un théâtre, ni à des 
marionnettes. La comparaison s'impose pourtant, et elle ne doit 
scandaliser personne. L'art dramatique, en France et ailleurs, 
n'a-t-il pas commencé par être exclusivement religieux? La pre- 
mière scène au moyen âge n'a t-elle pas été l'église elle-même? 
Les pièces représentées n'ont-elles pas été empruntées à l'Ancien 
Testament, aux Évangiles, aux légendes des Saints? Ce qui est 
avéré des représentations par personnages vivants pourrait être 
vrai aussi des représentations par figurines articulées. On a insi- 
nue que le nom de marionnette lui-même avait une origine reli- 



f 1 ) A paru dans le Bull, de la Soc. verv. d'Arch. et d'Hist., t. II f 1900). Ici 
nous avons pu mettre l'appendice à sa place dans le texte, et nous avons 
supprimé des détails d'intérêt trop exclusivement local. 



— i34 - 

gieuse ('). Si ce dernier point étail prouvé, il ne resterait rien de 
profane dans les termes en apparence irrévérencieux dont nous 
usons pour définir le Bethléem. 

Il importe; doue, pour remettre ce petit théâtre en valeur et ne 
pas le présenter comme un amusement d'enfants purement local, 
de remonter un peu haut dans le passé. Nous essayerons d'abord 
de fixer les rapports du Bethléem avec le théâtre mécanique des 
marionnettes en général: nous chercherons ensuite si le sujet lui- 
même, la Nativité, n'a pas eu des analogues dans le passé; enfin 
nous aborderons le Bethléem verviétois pour l'analyser en ses 
divers cléments, en étudier le caractère, en publier le modeste 
scénario, en faire revivre autant que possible les scènes princi- 
pales. 

I. — Marionnettes et jeux de marionnettes sont une chose très 
ancienne (pue le moyen âge n'avait pas eu besoin d'inventer. Les 
petits acteurs mécaniques étaient un legs de l'antiquité. Ces infini- 
ment petits de science et d'art populaires se transmettent plus 
sûrement que tout le reste, en dépit des révolutions. Ils existaient 
longtemps auparavant chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les 
Romains et sans doute ailleurs ( 2 ). Nodier a dit avec esprit que la 
première poupée est contemporaine de la première petite fille : il 
n'en est pas nécessairement ainsi de la poupée dure et articulée ; 
mais on a retrouvé dans les tombeaux égyptiens, grecs et romains, 
assez de poupées d'ivoire, de métal, de terre cuite ou de bois, à 
membres et à tète mobiles, pour qu'on puisse affirmer la haute 
antiquité des figurines articulées. Les historiens et les mytho- 



(') Charles Magnin, Histoire des Marionnettes en Europe, depuis l'antiquité 
jusqu'à nos jours : 12 e édition, Paris, M. Lévy, 1862. — Cfr. pp. 108 et 8. — Il 
y aurait beaucoup à dire sur ce mot de Marionnette. Magnin a tenté de 
prouver qu'il a servi à désigner des statuettes de La Vierge avant de prendre 
[e sens actuel de figurines articulées. Mais il n'esquisse qu'un semblant de 
démonstration. Il est certain, comme il le dit, que Mariole était le terme 
ordinaire (v. Du Cange, v° Afariola); mais il a tort d'étendre cette acception 
à tous les diminutifs du nom de Marie : marietie, mariole. marote. mariole 
et marionnette. Ni le dictionnaire de Trévoux (qui s'est contenté en ce point 
de copier Du Cange), ni dom François, ni Lacurne, ni enfin Godefroy ne 
donnent à marionnette le sens de statue de la Vierge. Des textes romans nous 
offrent le nom de Marionnette comme diminutif affectueux du nom officiel 
de Marie. Ce diminutif a pu être donné par des fervents à la Vierge Marie : 
la tendresse religieuse a do ces effusions; mais, quand ce point serait acquis, 
il se s'ensuivrait pas encore que les madones aient porté ce nom, encore 
moins i|iie les bateleurs aient tiré de ce sens religieux le nom si populaire 
<le leurs figurines. 

( 2 ) Les preuves ont été réunies par Un. Magnin, ouvr. cité. Il suffit, pour 
ce qui concerne les Grecs, de lire l'article neorospastos du Thésaurus de 
Henri Estienne. 



— i35 — 

graphes parlenl souvent de statuettes et de statues qui meuvent 
les bras, tournent la tête, roulent les yeux, pour frapper davan- 
tage l'imagination populaire dans les cérémonies du culte. 

El l'antiquité ne connut pas seulement les marionnettes sous 
forme de jouets isoles, de pointées et d'idoles. Il y avait à Athènes, 
aux temps d'Enripide et .le Ménandre, des jeux de marionnettes. 
les uns plus aristocratiques, les autres plus populaires ('). A 
l'Epoque macédonienne, les acteurs de bois d'un bateleur nommé 
Potliin donnèrent des représentations a Athènes dans le théâtre 
même de Dionysos, on avait tant de fois retenti la voix de Promé- 
tliée, d'Œdipe et d'Agamemnon. Euripide en fut obscurci ( 2 ). A 
Rome, il n'en esl pas tout a fait de même. La gra v itas roman a n'a 
point favorise le développement des spectacles de marionnettes 
dans les banquets el les fêtes de la vie aristocratique; mais il y 
eut, en revanche, «les marionnettes populaires, que les sévères 
Marc-Aurèle regardaient du haut, de leur philosophie ( 3 ). Xous 
n'entrerons pas Ici dans les détails de costumes, de caractères, de 
scénario, notre but étant simplement de faire constater l'existence 
de figurines articulées dans l'antiquité et le groupement de ces 
figurines pour représenter des scènes diverses. 

La popularité des marionnettes ne fit que grandir à mesure que 
disparaissaient la tragédie et la comédie classiques. La panto- 
mime avait usurpé la place des chefs-d'œuvre de Sophocle et de 
Ménandre, de Plante et de Térence. La pantomime, avec un simple 
canticum explicatif, débité par l'enunciator, convenait aussi bien, 
ou même mieux, à des acteurs de bois qu'à d'autres acteurs. S'il 
n'est pas démontré que les pantomimes furent adaptées aux pou- 
pées articulées, tout au moins sait-on que le théâtre des marion- 
nette continuait à gesticuler. Ainsi Synesius, évoque de Ptolémaïs 
au v e siècle, Jean Philoponos le grammairien au vii e , Eustache. 
archevêque de Thessalonique au xn e , décrivent par occasion, avec 
complaisance, le jeu des marionnettes. Pour l'Occident les textes 
manquent, ou bien l'on n'a peut-être pas examiné à ce point de 
vue la vaste littérature épico-narrative du moyen âge. Mais 
Magnin cite une miniature du Hortus deliciarum, manuscrit de la 
fin du xii e siècle, où les marionnettes ont servi de symbole pour 
montrer la vanité des prétentions humaines. Comment les marion- 



C 1 ) Xénophon. Symposia IV. 55. 

f 2 ) Athénée. Deipnosophistes, I. XVI. 19, E. 

( 3 ) Horace, sat. II. 7, 82. Aulu-Gelle XIV. 1. g 2.3. Marc-Aurèle VII, 3. 



- i36 - 

nettes eussent-elles servi de symbole, si elles n'avaient pas t'ail 
partie «les amusements populaires à cette époque? 

( 'es jeux innocents de la névrospastie, comme disaient les Grecs, 
ont pu se t rausinet t re. sans interruption, du inonde païen au monde 
chrétien. Les dogmes de la pureté des mœurs n'étaient pas inté- 
ressés à leur suppression. Les Pères de l'Eglise sont pleins d'in- 
dulgence à leur égard ( 1 ). Clément d'Alexandrie, Tertullien, Syné- 
sius lancent bien l'anathème contre la corruption du théâtre de 
leur temps; mais les marionnettes, plus sans doute par leur pueri 
lité que par leur innocence — et un peu à la façon de Manneken- 
pis — échappent aux invectives et aux condamnations. Quand les 
écrivains chrétiens parlent d'elles, c'est uniquement pour établir 
des comparaisons, se ménager des réflexions morales, sans un mot 
de réprobation. Pourtant il s'agit toujours bien alors des marion- 
nettes des représentations païennes. Les sujets chrétiens, comme 
notre Bethléem, ne pouvaient venir que plus tard et d'ailleurs par 
une autre voie. 

L'invention d'un théâtre chrétien de marionnettes peut s'expli- 
quer de diverses façons. On peut supposer que ce théâtre naît très 
tard, à une époque où des forains auraient pu, sans scrupule, faire 
servir leurs marionnettes profanes à des scènes religieuses de leur 
invention. Empruntant les sujets au grand théâtre des mystères, 
ils les auraient adaptés et réduits aux proportions de leurs acteurs 
de bois. Mais l'histoire dément ce système. Ce sont des religieux 
et non des bateleurs que nous voyons d'abord en possession d'un 
Bethléem, et, si l'on doit admettre qu'ils aient utilisé l'invention 
de la névrospastie pour étendre et perfectionner le spectacle, on 
ne comprend guère qu'ils eussent créé d'emblée une cérémonie 
d'édification, rien qu'avec des éléments profanes et disqualifiés. 
Puis cette évolution serait en tout opposée à l'évolution du théâtre 
par personnages vivants, lequel, entièrement religieux d'abord, 
se laïcise seulement peu à peu. Il faut donc se rabattre nécessaire- 
ment sur une seconde hypothèse : quelque chose de préexistant 
dans l'église a donné l'idée de ce petit théâtre minuscule; le théâtre 
religieux des marionnettes a une origine religieuse que nous vou- 
drions pénétrer malgré l'absence de documents. 

Quels sont donc les cléments préalables que postule l'apparition 
d'un petit spectacle d'édification du genre du Bethléem? Il faut 



(*) Références dans Magnin, ouvrage cité, p. 4"J- 



13' 



d'abord qu'il y ait eu des marionnettes au moyen âge, et nous 
venons d'en démontrer l'ancienneté. En second lieu, il faut que les 
chrétiens n'aient pas repoussé l'idée de transposer en représenta- 
tions les narrations des livres saints. Or ee second point se trouve 
résolu dans les moindres traités de littérature française ou alle- 
mande. On fait remarquer, au contraire, que le moyen âge conçoit 
tout, même l'histoire, sous une forme dramatique et que les céré- 
monies liturgiques sont toutes en processions, en dialogues, en 
drames symboliques ou réalistes. Mais il faut une troisième condi- 
tion; c'est que des chrétiens aient eu l'habitude de représenter 
les personnages sacrés des livres saints dans des cérémonies du 
culte par des statues, statuettes ou figurines. Sans l'existence de 
cette habitude, l'invention des marionnettes-madones aurait paru 
une profanât ion. Xi des clercs, ni même des bateleurs n'auraient 
use se la permettre. A quelle époque donc les statues deviennent 
elles populaires? et, en particulier, quelles figures, quel groupe a 
pu donner l'idée du Bethléem? 

Cette question est intimement liée à l'histoire de la sculpture 
chrétienne. Pour qu'il existât îles statuettes religieuses, il fallait 
d'abord que les arts plastiques eussent la permission de sortir d\\ 
symbolisme primitif et de matérialiser enfin par l'image sculptée 
les ! raits 'le Jésus, de la Vierge et des saints. Or cette orientation 
nouvelle de l'art ne se produisit que relativement tard, lorsque le 
christianisme désormais sans rival sérieux, put s'humaniser et 
n'eut plus besoin de dérober ses sentiments sous des symboles. 
Il fallait en outre que la sculpture eût osé se détacher des surfaces 
auxquelles elle se contentait de donner le relief, pour traiter la 
statue ou statuette isolée. Ce fut la une étape plus tardive encore. 
La période latine i\ -vu siècle) nous donne bien des sculptures 
de sarcophages, décorations Me chapiteaux, des ivoires d'évangé- 
liaires, des diptyques, des reliquaires, des crucifix, des pièces d'or- 
fèvrerie et d'émaillerie, mais pas de statues proprement dites. Il 
faut attendre l'époque romane (vnr-xiC siècle) pour trouver des 
statues de la Vierge, et même la fin de cette période ( l ). C'est à 
partir du xm e siècle seulement que la statuaire, sortant enfin 
d'une longue torpeur, orne les cathédrales d'une profusion de 
statues réellement artistiques. .Mais ici, ee n'est pas le côté artis- 
tique qui nous intéresse : il n'est pas besoin qu'une statue de la 



(') Cf. Reusens, Éléments d'archéologie religieuse, 2 e édition, I, pp. 80. Si , 
u5, 124, 555 ; II, 5o8, 599. 



— i38 — 

Vierge ou de Joseph soit une œuvre d'art pour attirer les fidèles 
el exciter leur ferveur : les naïves statues de bois de La période 
romane suffisaient à la piété. 

Dès qu'il y eut des statues dans les églises, elles n'y restèrent 
pas inertes. La même ferveur qui les avait créées les voulut unis- 
santes et leur donna un rôle dans les cérémonies. Parmi toute 
l'Europe, il y a eu des statues, et même des statues mécaniques, 
soit dans les églises, soit aux processions strictement religieuses, 
soit à ces cortèges mi-pieux, mi-profanes que nos ancêtres ont 
tant affectionnés. Il serait oiseux et hors de notre sujet de les 
énumérer ici. Qu'il nous suffise de renvoyer les curieux aux 
histoires particulières des villes un peu anciennes, ou, pour la 
Belgique, au Calendrier de Reinsberg-Duringsfeld ('), ou enfin 
tout simplement au livre de Ch. Magnin déjà cité. 

Cette habitude de traiter la statue comme un personnage vivant 
n'est (prune face de la grande dramatisation des cérémonies chré- 
tiennes au moyen âge. On sait comment les récits des livres saints 
se sont peu à peu transformés en scènes dans la liturgie du ix e au 
xi' siècle, et comment les siècles suivants ont développé en 
immenses mystères ces primitifs et embryonnaires essais. Donc 
l'idée était dans l'air, comme on dit, de créer aussi dans les églises 
des tableaux dramatiques en rapprochant des statuettes séparées. 
Ce qu'on appelle vulgairement la crèche est un de ces tableaux, 
et nous verrons que la crèche est le noyau du Bethléem. 

II. -- Toute l'histoire de Jésus se cristallisait, dans le travail 
de simplification populaire, autour de deux points : la Nativité et 
la Passion. Nous n'insisterons pas sur le sombre drame de la 
Passion, qui est en dehors de notre sujet. Quant à la Nativité, les 
scènes des Evangiles qui s'y rattachent, scènes si propres à exciter 
les émotions, si propres aussi à se modifier suivant les naïves 
conceptions du peuple, n'ont pas manqué d'être figurées dans les 
églises. Mais si les Mystères qui nous restent montrent que la 
Nativité a été jouée dans presque toutes les villes par des person- 
nages vivants, il s'agit de savoir si elle a été représentée aussi 
par des figurines. Cela nous paraît hors de doute. On ne conçoit 
pas un drame liturgique de la Nativité représenté dans une église 
sans la présence d'une crèche, c'est-à-dire de figures groupées de 
façon à représenter la naissance de Jésus. Certains personnages à 



Publié ensuite sous le titre de Traditions cl légendes de lu Belgique. 
Bruxelles, Claassen, 1870. 2 vol. in-8°. 



— i3 9 - 

coup sûr ne sont pas des «'-très vivants. Il y a un Jésus en bois 
couché dans un berceau ou dans une mangeoire sur de la vraie 
paille. Joseph cl Marie prient a chaque côté, êtres vivants ou figu- 
rines. On n'oublie point l'âne, ni le bœuf, de si populaire mémoire. 
Cette représentation muette me paraît être le centre et le noyau 
non seulement du drame vivant, mais aussi du drame minuscule 
que ligure notre Bethléem. En raison de sa naïveté même, de la 
facilite a la concevoir età l'exécuter, de son importance exception- 
nelle dans le corps des croyances chrétiennes, il faut lui assigner 
une existence antérieure à celle des jeux ou mystères de la 
Nativité. Ceux qui savent que les premiers essais dramatiques 
remontent au \i siècle, admettront sans peine l'existence à cette 
époque de ce minimum de figuration qui est la crèche. Ceux qui 
se défient des raisonnements seront satisfaits sans doute d'en 
retrouver la trace des l'année 1223, et disposés à lui assigner une 
origine antérieure m cette date. Voici le fait. 

Le frère Valentin Marée, vicaire du couvent de Bolland, a publié 
en i656 un Truite tics conformités du disciple avec son maistre, 
c'est-à-dire de Suint François avec Jésus-Christ. Il raconte, d'après 
Saint Bonaventure, que le pieux François d'Assise rêvait de renou- 
veler chaque année le bonheur de la nuit de la Nativité, au point 
qu'il aurait voulu toutes [es campagnes parsemées cette nuit-là de 
bon froment pour la nourriture des bêtes sauvages, double portion 
pour les animaux domestiques sans les obligera aucun travail, 
que tous les hommes eussent la table bien fournie de viande, et 
non seulement les nommes, mais voire même les murailles et les 
parois, si elles avaient été capables d'en manger. Il prenait un 
plaisir singulier, dit-il, à rappeler ainsi la mémoire de la pauvre 
naissance de Jésus « dans des petits estables que luy-mesme 
et de ses propres mains souloit bastir à cest éffect ». Trois ans 
avant sa mort, la nuit de Noël de l'an 1223, voulant célébrer cette 
fête avec une solennité inusitée, il se transporta au château de 
Grecio. dressa son étable en une galerie ancienne, se fit apporter 
une crèche qu'il remplit de foin, puis amener un vrai bœuf et un 
vrai âne, personnages vivants, sans doute destinés à remplacer 
les animaux de bois et d'étoupe des autres années. On complète la 
scène par des statues. Les gens des alentours arrivent avec des 
flûtes, des cornemuses et autres instruments. Au milieu de la 
musique et des flambeaux allumés, le saint « estoit incessamment 
portant les deux prunelles de ses yeux fichées sur trois belles 
figures, ou trois dévotes Images de bois, qui luy représentoient la 



— i4<> — 

Vierge Marie, s. Joseph e1 le petit Sauveur; devant lesquelles 
on avait pareillement allumé grande quantité de flambeaux, qui 
estoient disposés à dessein, el d'un tel artifice, que le spectacle 
donnoit de la dévotion à tous les assistants. La minuict enfin 
venue, il ne restoit plus que de commencer le Saint-Sacrifice de 
la Messe. . >> La messe est célébrée sur une table, avec la pierre, 
rehaussée au dessus de la crèche. François d'Assise se revêtit en 
diacre, chanta l'évangile, puis prêcha au peuple assemblé, avec 
une suave tendresse de 003111", le petit enfant de Bethléem ('). 

Tout ce dispositif , la crèche, les statues, les animaux, les instru- 
ments de musique, les flambeaux, la messe, ne sont pas sortis en 
une nuit du cœur embrasé de François d'Assise. Quiconque se rend 
compte de la lenteur des créations populaires, n'hésitera pas a 
conclure que cette estable, «pie Saint François souloit bastir a la 
fin du xii' siècle, a une origine bien antérieure. 

Viennent maintenant des esprits inventifs, dont les regards et 
la piété ne se contentent plus d'un groupe immobile, qui entre- 
prennent de représenter, outre la scène de l'étable, les événements 
qui ont précédé et qui ont suivi, de dramatiser ces tableaux par 
la parole, par le chant, par quelque mouvement des figures, vous 
aurez là tout notre Bethléem. La scène de la Nativité en est le 
centre, comme le nom lui-même l'indique. Le jeu s'est développé 
par addition de scènes connexes autour de ce noyau central. Ft la 
naïveté. l'indigence même oserai-je dire, du spectacle, me semblent 
être le meilleur garant de son ancienneté. 

III. — Ainsi, peu a peu, dans les églises, dans les couvents, la 
statuaire mécanique avait été utilisée aux diverses fêtes de l'année 
pour figurer les actions du Sauveur, de la Vierge, les vies des 
Saints et des Martyrs. Cet usage s'est perpétué à peu près jusqu'à 
la fin du xvi e siècle, malgré les prescriptions canoniques du concile 
de Trente et du Synode d'Orihucla (1600). Quand ils furent enfin 
exiles des églises, ces sortes de spectacles continuèrent au dehors. 
La légende dorée, les histoires bibliques et par dessus tout, dit 
Charles Magnin (ii3-ii5), la pastorale de Bethléem et la tragédie 
du Calvaire ne cessèrent d'être présentées aux yeux par des figu- 
rines de bois ou de carton, principalement dans les campagnes ou 
dans les villes de moindre importance, qui n'avaient pas, comme 
: andes cites, de vraies représentations par personnages. Files 



(*) Marée. 'Uniformité. . . pp. 3l-34. L'auteur renvoie lui-même à S 1 Roua 
veuture, c. 10. Wading, ii>-:<. n° 20. 



- 141 - 

subsistèrent même à côté de celles-ci dans les grandes métropoles, 
à Rouen, à Lyon, à Paris, devant la porte des riches monastères 
et dans le parvis des cathédrales. Pour ne parler que du Bethléem, 
les religieux théatins, installes à Paris par Mazarin, se servaient 
de petites figures à ressorts pour attirer le peuple au pied de la 
Crèche, qu'ils représentaient à la porte de leur couvent. Ces reli- 
gieux théatins montraient doue un Bethléem ('). Les représenta- 
tions pieuses de ce genre passèrent souvent aux mains des laïques, 
mais ne cessèrent pas d'édifier et d'amuser le peuple dans les 
environs des églises. A Paris même, en plein xvnr siècle, des 
figures de cire mou vaut. -s attiraient et retenaient la foule devant 
les scènes «h- la Passion et de la Crèche sur le pont de l'Hôtel- 
Dieu. Et les affiches du temps ( 2 ), après avoir vanté la dignité du 
spectaele, terminent leur réclame ainsi : « C'est toujours sur le 
pont de l'Hôtel-Dieu, rue de la Bûcherie, où de tout temps s'est 
représentée la Crèche ». Remarquez en passant que le sujet s'ap- 
pelle la Crèche, le tableau de la crèche apparaît donc encore ici 
comme le noyau central du petit drame si bien dénommé par 
Magnin la pastorale de Bethléem. 

En dehors de France, le même jeu dramatique se retrouve en 
Allemagne, en Pologne, en Russie, en Hollande, en Italie. 

(( En Pologne, en temps de Noël, on donnait au peuple dans 
beaucoup d'églises, surtout dans celles des monastères, entre la 
inesse et les vêpres, le spectacle en action de la szopka, c'est-à- 
dire do l'étable. Dans ces espèces de drames, les lalki, poupées 
de bois ou de carton, représentaient Marie, .Joseph, Jésus, les 
anges, les bergers, les trois rois mages avec leurs offrandes, sans 
oublier le bœuf et l'âne et le mouton de Saint-Jean-Baptiste ( 3 ). 
Venait ensuite le massacre des Innocents, au milieu duquel le fils 
d'Hérode périssait par méprise ( 4 ). Le méchant prince, dans son 
désespoir, appelait la mort, et la mort se présentait aussitôt sous 
la forme d'un squelette qui lui tranchait la tète avec sa taux. Puis 



(') Cette troupe de religieux, comme l'indique' une mazarinade citée par 
Magnin, p. 114. aurait bientôt émigré en Flandre, on ne dit pas dans quelle 
ville, et sans doute y transporta également son Bethléem. 

( 2 ) Magnin en cite une de 1741;. page n5. — Il s'agit ici d'une affiche 
pour le spectacle de la Passion. Si on prend la peine d'y rappeler celui de 
la crèche, c'est une preuve «le plus de la popularité du Bethléem. 

( 3 ) Nous n'avons dans le Bethléem verviétois ni le mouton, ni saint Jean- 
Baptiste. 

( 4 ) Nous n'avons pas non plus ce trait excellent. — et combie.i moral ! - 
de la mort de l'enfant d'Hérode, enveloppé dans le massacre des Innocents. 
ni celui de la mort d'Hérode lui-même. 



— 142 — 

survenait un diable noir à la langue ronge, ayant des cornes poin- 
tues et une longue queue, qui ramassait le corps du roi et l'em- 
portait en enfer au bout de sa fourche ( l ). — Des représentations 
du même genre, exécutées par des personnes vivantes ou par des 
marionnettes, a'étaient pas moins fréquentes dans les églises du 
rite grec. » (2) La szopka n'a cessé de l'aire partie des offices qu'en 
1739, à cause de certaines additions d'allure trop profane pour le 
lieu saint. Le résultat de cotte interdiction fut que des jongleurs 
ambulants s'emparèrent du petit drame et le colportèrent dans les 
hameaux de la Pologne, de l'Ukraine et de la Lithuanie ( 3 ). 

Les crèches provençales et napolitaines présentent aussi des 
groupes divers venus pour fêter l'enfant Jésus. En 1903, M. Gau- 
dois a exposé à Paris une crèche napolitaine. « Deux cents paysans 
en poupées, dit un chroniqueur du Gaulois ( 4 ), escortaient à tra- 
vers les rocailles et les villages les trois rois mages en route vers 
l'étable où dort le nouveau-né ». La description est certainement 
très écourtée ; tous les personnages ne gravitent pas autour des 
mages ; néanmoins nous reconnaissons à travers ces quelques 
mots nos personnages traditionnels. Le chroniqueur ajoute un trait 
différentiel : « dans les crèches italiennes, les personnages sont 
des pécheurs, des lazzaroni; dans les crèches flamandes, ce sont 
des menuisiers, des dentellières, des laboureurs; tout s'y localise 
et s'y spécialise ». L'auteur a peut-être voulu dire wallonnes au 
lieu de flamandes : quoi qu'il en soit, le fond de son observation 
est vrai. 

Un article de M. Charles Beauquier sur les Mois en Franche- 
Comté ( s ) nous fournit un curieux chapitre attestant l'existence 
d'un Bethléem à Besançon, et donnant de cette survivance, que 
l'auteur appelle, lui aussi, un « écho des mystères » du moyen âge, 
une description assez minutieuse. La voici tout entière à titre de 
comparaison : 

A Besançon, la vieille capitale de la Comté, s'est conservé, à l'occasion 



('; Ce trait nous rappelle le spectacle forain de la Chaudière, sorte de 
pièce à tiroirs. On t'ait comparoir tour à tour des êtres généraux représen- 
tant des vices divers, des personnages célèbres, des hommes politiques 
contemporains; l'énonciateur leur fait leur procès sommaire, et invaria- 
blement les condamne au l'eu. Viennent alors des diablotins qui emportent 
le condamné a la Chaudière. Les spectateurs voient flamber le coupable. 

( 2 ) Magnin, ouvrage cité, p. 286. 

Magnin, ouvrage cité, pp. 280-290. 

(*j X" du Gaulois, 14 juin igo3. 

(■') Renne des traditions populaires, déc. i8<jy. 



— i43 — 

(le Noël, comme an écho dos mystères du moyeu âge; c'est la Crèche dont 
les représentations commencent en décembre et se poursuivent jusqu'à la 
fin de janvier. Des marionnettes, des mounins de bois figurent la naissance 
de Jésus-Christ dans l'étable de Bethléem et l'adoration des bergers et des 
rois Mages. Ce naïf spectacle que les vignerons de Battant et d'Arènes 
avaient autrefois le privilège d'organiser est encore suivi chaque année par 
un nombreux auditoire d'enfants et même de grandes personnes. Il y a 
quelquefois plusieurs de ces petits théâtres qui, sous des noms divers la 
Crèche bisontine. VÉtable de Bethléem, la Crèche orientale, rivalisent entre 
eux d'attractions. Généralement ils s'installent dans un hangar, au fond 
d'une cour ou dans un magasin inoccupe. 

Il n'\ a pas encore ires longtemps, c'était presque un devoir pieux d'as- 
sister a la Crèche; les représentations en étaient affichées aux portés des 
églises et promettaient • tout ce «pii peut amuser et édifier les fidèles. » 

Le texte de la pièce, mélange de prose, de vers et de chants, écrit pour 
une grande partie en patois, es( l'œuvre, dit-on, de quelque abbé du 
XVIII e siècle : on prétend qu'un imprimeur, nommé Gauthier, qui vivait à la 
même époque, y aurait collaboré. 

Les principaux personnages de ce petit drame liturgique sont le vigneron 
■ Barbizier » portant le chapeau à cornes, l'habit de camelot à la française. 
la culotte courte et les bas rayés; sa femme, la « Naitoure », constamment 
rabrouée par son mari, el le compagnon Verly qui essaie toujours de 
remettre la paix dans le ménage. 

Le rideau se lève sur un décor champêtre; la toile du fond représente la 
citadelle; on entend le (ïloriu in excelsis et l'on voit passer au-dessus de la 
scène, au milieu des nuages, des anges qui annoncent en chantant la nais 
sauce de l'Enfant-Jésus. Barbizier. le bousbot raisonneur, ne peut en croire 
ses oreilles : il exprime ainsi sa surprise : 

1 ne peut mettre en mai çarvelle 
Qu'y set bin vrà ce qu'on mai dit. 
Qllin roi passant soit ne de ne pucelle. 
Que l'haibitant dans in pouere taudis. 

Mais il faut bien qu'il se rende a l'évidence : une brillante étoile, qu'il 
n'avait jamais vue. apparaît a ses yeux. Pour enlever complètement ses 
doutes, il va consulter l'Ermite, qui est un savant astrologue. Convaincu par 
lui de la vérité de la surprenante nouvelle, de sceptique il devient un propa- 
gandiste des plus chauds : et c'est lui qui, jouant le rôle du compère île nos 
revues de fin d'année, conduit à la Crèche différents visiteurs en les cinglant 
de sa verve mordante. 

Ces personnages sont des types empruntés à peu près à toutes les classes 
de la société vers la fin du siècle dernier : ce sont l'avocat, le magistrat, la 
vieille dévote, le juge, le négociant, la coquette, le magnin (chaudronnier), 
le ramoneur, etc. 

Les acteurs depuis quelques années ne craignent pas d'introduire dans la 
pièce des individus connus de toute la ville et parfois même les représen- 



- *44 - 

tants de l'autorité. La critique malicieuse «lu Pasquino bisontin s'attaque 
parfois aussi assez volontiers aux incidents de la vie municipale. 

Barbizier incarne l'esprit frondeur et gouailleur des Franc-Comtois : de là 
sa grande et persistante popularité, ("est un vigneron, comme son compère 
Verly, un dévot de la dive bouteille au moins autant que du divin offant 
| entant i ; et <|iii. aussi bien à jeun que dans les vignes du Seigneur, a son franc 
parler sur les hommes et les choses. Sa femme, la Naitoure, est particulière- 
ment l'objet de sa critique acerbe. Voici comment il la traite devant l 'Enfant- 
Jésus, à qui elle a eu l'audace de demander que son mari boive moins et soit 
d'humeur plus douce avec elle. 

L'écoutâs vous.' cot ne tète de mule; 
l 'écoutas vous? elle baibille prou; 
elle ot olla ait l'écoulé as Oursoules : 
elle n'ait ran aippris, 

mon Due, mon Due, elle n'ait point d'esprit. 

On a fini par intercaler dans le spectacle de la Crèche toutes sortes de 
liors-d'œuvre, des dioramas, des chromatropes, des marionnettes ingénieu- 
sement articulées. L'attrait tout moderne de la mise en scène etde la figura- 
tion n'y est même pas négligé. Ainsi on représente aux yeux ravis du public 
enfantin le grand et brillant défilé de la Procession générale de toutes les 
églises de la ville passant sur le pont de Battant ; et ces splendeurs sont 
applaudies avec autant de conviction que s'il s'agissait des apothéoses du 
Grand Opéra. Aussi la Crèche n'a jamais cessé d'être au premier rang îles 
récompenses alléchantes promises aux bambins des deux sexes qui ont été 
bien sages. 

Des Noéls au sens satirique du mot, qui se chantent en patois dans ces 
représentations, sont en extrême faveur auprès île la population tout entière. 
Il y a quelques années encore les vieilles daines de la bourgeoisie les 
savaient par cœur et les chantaient sans passer un mot ni une note. Aussi 
lorsque chaque année ramène le spectacle île la Crèche, on y voit affluer non 
seulement les enfants mais bon nombre de grandes personnes qui s'amusent 
de la joie des petits et viennent là rajeunir leurs souvenirs, tout en riant 
pour leur propre compte des facéties traditionnelles et parfois nouvelles 
île Barbizier. 

On le voit, notre Bethléem verviétois n'est pas un amusement 
isolé, une puérilité dont l'invention soit due au hasard : il remonte 
a une respectable antiquité soit par lui-même, soit par ses élé- 
ments constitutifs: il a eu, et il a encore (') des analogues dans 



(') Il n'y a pas longtemps, un couvent-école de Henri-Chapelle a fait 
construire pour son usage un Bethléem semblable au Bethléem verviétois 
de Ville. - M. François Mullendorff. lieutenant- colonel en retraite a 
Verviers, se rappelle que dans son enfance, il y avait un Bethléem à Luxem- 
bourg. A Liège, il y a de nombreux théâtres de marionnettes, dans les 
quartiers populaires, surtout consacrés à faire revivre les héros des romans 
du moyen âge. Mais on y joue aussi la naissance a Noël et la passion à 



— 145 — 

divers pays de l'Europe. C'est donc fournir une contribution — 
modeste, mais non inutile, à l'histoire de l'art dramatique popu- 
laire, que de fixer la physionomie de ce petit drame, tel qu'il a 
survécu chez nous. 

IV. — A Verviers même, le Bethléem est certainement très 
ancien. Consulté par moi, le R. P. Halin conjecture qu'il a été 
introduit à Verviers par les religieux Récollets, ces enfants de 
saint François, grand constructeur de crèches, comme nous l'avons 
vu tantôt. Or les Récollets se sont installés à Verviers en 1627. 
Par les -documents, il est impossible de remonter au-delà de notre 
siècle. La question n'a plus d'ailleurs qu'un intérêt local du 
moment que l'existence de ce genre de théâtre vient d'être cons- 
tatée en France, en Italie, eu Allemagne et jusqu'en Pologne et 
en Russie. Nous nous contenterons donc de feuilleter les souvenirs 
des anciens qui vivent encore ('). 

Ceux-ci rappellent l'existence, au commencement du xix e siècle, 
du Bethléem Wisslet, détruit par le feu d'une lampe qui se commu- 
niqua aux ramilles de la scène; le Bethléem Lange, vers i83o, qui 
était proclamé « plus beau » que les autres, parce qu'on en regar- 
dait les figurines à travers des lentilles grossissantes; le Bethléem 
que notre historien Xautet a montré dans sa jeunesse, composé 
d'images et non de figurines, et dont le tableau central était l'ado- 
ration des mages; le Bethléem Bourguignon, installé déjà vers 
1820, « moins beau », c'est-à-dire plus archaïque que celui de Lange ; 
enfin le Bethléem de Ville, ouvert en décembre 1862, reconstitué 
en 1898 par M. Rodolphe Closset pour attirer la foule à une fête 



Pâques. Lisez sur ces marionnettes liégeoises un article de M. Demblon, 
dans la revue Wallonia, t. III (1895), p. 1 17-124; la pièce de M. Tilkin, lue 
Sise âx Marionnettes. Liège, AYathelet, 1897; et enfin l'Histoire du célèbre 
théâtre liégeois de Marionnettes, par Rodolphe de Warsage, Bruxelles, Van 
Oest, igo5. Le Bètchèin(= Bethléem) montois, malgré son titre, ne joue plus 
que des piécettes profanes : La consigne est de ronfler, les deux voleurs, etc. 
Tournai a aussi son vieux théâtre de marionnettes. 

\Y. Ilone, ancient mysteries, « attribue à un théâtre de marionnettes une 
pièce fort grossière sur la naissance de Jésus-Christ qui fil quelque bruit sur 
le port de Dieppe en 1822. Cette rhapsodie était jouée par des acteurs 
vivants. 11 aurait été facile â l'habile critique de citer d'autres exemples. 
En i85i,le grand théâtre mécanique de Montpellier a lait représenter /«■< 
Naissance de Xotre-Seigneur et l'Adoration des Bergers, pièce pour les marion- 
nettes. Elle est imprimée et porte le nom de M. A. Bartro. » (Magnin, p. 1 i(i, 
note). 

(!) Nous supprimons ici des indications relatives aux divers Bethléem 
verviétois du xix e siècle, comme étant seulement d'intérêt local. On pourra 
toujours, si on le désire, se reporter â l'édition du Bulletin de la Société ver- 
viétoise d'Archéologie et d'Histoire, t. II (1900), pp. 1G-20. 

10 



— i46 — 

de bienfaisance. A force de patience, d'ingéniosité, de recherches, 
de démarches el de dépenses, M. Clossel réussit à restaurer le 
petit théâtre en entier, à rétablir le scénario de L'exhibition, et 
la fête eut un plein succès. Après la saison, le matériel passa au 
patronage de Saint- Joseph, qui le montre chaque année, de Noël 
a l'Epiphanie Mais un antre Bethléem, celui de la Jeunesse de 
Saint-Antoine, rajeuni, modernisé, lui l'ait la concurrence. Je m'en 
suis tenu au plus archaïque des deux; je l'ai visité plusieurs 
années consécutives en l'olkloriste : c'est lui qui m'a fourni les 
cléments de la présente description. 

V. — Qu'on se figure d'abord un entablement courant autour 
des quatre murs d'une salle. Les scènes diverses sont figurées par 
autant de groupes disposés a la suite l'un de l'autre sur cette 
estrade, le long des quatre murs. L'imprésario conduit son monde 
<l'une scène à l'autre en débitant quelques paroles de boniment 
pour annoncer le sujet. Fendant que l'une ou l'autre poupée ma- 
nœuvre et que les spectateurs regardent, des gamins dissimulés 
derrière la scène entonnent des couplets de vieux noëls. Tels sont 
en général, pour donner d'abord une idée d'ensemble, les premiers 
cléments du minuscule théâtre que nous nous proposons d'étudier 
maintenant en détail. 

Cet hiver (1898-99), l'installation est faite dans la grande salle 
de tètes et de conférences de la Société Le Foyer. L'entablement 
a été fabriqué d'une façon très ingénieuse. On ne savait où remiser 
les longs bancs a dossier qui garnissent d'ordinaire cette salle. 
En alignant ces bancs deux à deux, face à face, on obtint, sans dé- 
ménagement du mobilier, sans encombre et sans frais (ce qui n'est 
pas à dédaigner), une assise solide sur laquelle on établit le plan- 
cher du Bethléem, plancher spécial dans lequel certaines rainures 
sont ménagées pour le maniement de diverses figurines. 

La scène élevée ainsi à hauteur de la main, pas trop haute pour 
des regards d'enfants, a environ un mètre de profondeur. Le fond 
actuel est formé de toiles qui ont été brossées en 1893, avec la 
naïveté et l'inachevé absolument nécessaires, par le peintre ver- 
\ iétois Félix Ymart, pour la fête de charité dont nous avons parlé. 
hateaux arabes aux murs blancs sur des montagnes plus ou 
moins iduméennes, des minarets, des mosquées, des arcades et des 
tours de style égyptien, les hauteurs de Jérusalem et la montagne 
de Sion, tout cela prolongeant la perspective de la petite scène 
forme un charmant décor qui complète l'illusion sans forcer l'atten- 
tion du spectateur. Nos gravures en donneront d'ailleurs une 



— *47 — 

idée plus exacte que nous ne pourrions la donner par une descrip- 
tion (*). 

L'éclairage se l'ait au pétrole. Il y a un quinquet minuscule dans 
chaque maisonnette. D'antres sont disposés ça et là sur la petite 
scène pour éclairer les groupes. 

Sur le plancher, de la sciure de bois. Par endroits, du varech 
entoure les groupes, simulant la verdure. Aux angles et a diverses 
places, il y a des arbustes, soit du houx fraîchement coupé avec 
ses baies rouges, arbuste de Noël, soit un sapin, véritable arbre 
de Noël, «pii est illuminé et orné dans la nuit du 24 décembre pour 
une représentation extraordinaire. Ce sapin est un intrus d'ori- 
gine germanique, qui n'a d'ailleurs qu'une valeur ornementale. 

Le lecteur étranger a ce spectacle aura déjà deviné, a certains 
traits qui précèdent, le mode de disposition du matériel. Au lieu 
d'imaginer, pour la vingtaine de tableaux à reproduire, vingt chan- 
gements de décors et de ligures a effectuer sur place devant une 
assemblée assise; et immobile, les tableaux sont juxtaposés tout le 
long des quatre murs et c'est le spectateur qui se déplace, en évo- 
luant de gauche à droite, suivant l'usage ordinaire en une foule de 
cas analogues. Le même phénomène se produit pour les stations 
du Chemin de la Croix dans les églises, et pour celles de ces autres 
chemins de la croix installés en plein vent, au penchant des col- 
lines, et qu'on appelle des calvaires. Le spectateur ne regarde point 
passer, il passe les marionnettes, si on peut risquer ce wallonisme. 
Les tableaux, au lieu d'être successifs, sont donc simultanés ; c'est 
au spectateur à se mobiliser pour les rendre successifs. Les grands 
théâtres religieux du moyen âge n'ignoraient d'ailleurs pas cette 
naïve mais commode disposition. Moue et Froning, dans leurs 
ouvrages sur les mystères, donnent le plan de la scène à Donaues- 
chingen. Les spectateurs, massés à droite et à gauche de l'im- 
mense rectangle de la scène, avancent à mesure que l'action se 
déplace ( 2 ). 

Bien que casé seulement à quelques centimètres de ses voisins, 
chaque tableau a donc son individualité propre. Le lieu de l'action 
est réduit à la taille des petits acteurs et d'une architecture sui 



(!) M. F. Ymart est le même qui a écrit et illustré cet intéressant Carnet 
d'un flâneur, notes et croquis du vieux Verviers (Vinche, 1894, 81 p. in-S). 
Il n*a pas manqué d'y consacrer deux ou trois pages humoristiques au 
Bethléem. Pour les gravures annoncées, voir la première édition. 

( 2 ) F.-.I. Moue, Schauspiele des Mitteliriters, 2 vol., 2 e édition, Mannheini. 
i852. Cf. II, p. i56. — U r R. Froning, dus Drama des Mittelalters, 1891, 
Stuttgart. Cf. p. 27G. 



— i48 - 

o-eneris. Les veux naïfs peuvent admirer sans la moindre hésita- 
tion l'église où Joseph a épousé Marie, le palais d'Hérode, la 
maison de la nativité a Bethléem, une auberge, un moulin, un 
atelier «le charpentier, le temple même où Jésus va prêcher au 
milieu des docteurs. Aucun souci d'ailleurs de reconstitution 
archéologique. Les temples juifs sont figurés par des églises de 
village. L'oratoire de la Vierge es1 une sorte de berceau de ver- 
dure, — moins la verdure, — coiffé d'une pyramide fort drôle. La 
maison de Joseph et de Marie a Nazareth reproduira un intérieur 
de famille wallonne : rideaux, meubles, berceau de l'enfant, poêle, 

cruche au lait, tout est le diminutif exact, et coquet cette fois, de 
la vie journalière dans nos villages. Lien n'y manque, pas même le 
rouet, un amour de rouet, tout mignon a la quenouille chargée 
de chanvre. Dernièrement un amateur en a offert quinze francs. 
H mi a été pour ses offres : le rouet de la Vierge n'est pas a 
vendre. Le palais d'Hérode a des colonnes, des draperies, des 
laquais galonnés. L'atelier de Joseph présentera un ban de menui- 
sier, des outils divers: Joseph aura la scie en main et sciera une 
planche. Bref, tout h' spectacle est conçu dans une note très réa- 
liste, mais la réalité que les auteurs ont représentée est celle de 
leur temps. Il en résulte «pie les pièces, les costumes, les figures 
du petit théâtre se modernisent sans effort à mesure qu'il faut les 
renouveler. Cette année même, j'ai été témoin de l'addition d'un 
temple, nommé église de la messe de minuit, une pièce en grès 
toute ajourée dans laquelle une petite lampe simule a la perfection 
les illuminations féeriques de matines ('). 

Des figurines anciennes, il reste peu de spécimens dans le théâtre 
actuel. Le Bethléem est un peu comme le couteau de Jeannot, 
toujours sensiblement le même, bien que toujours renouvelé Par 
malheur, ce sont les plus intéressantes pièces, les mobiles, les 
articulées qui se disloquent le plus vite. La mâle Magrite, de si 
populaire mémoire, a sans doute reçu sur sa pauvre maquette de 
trop libérales volées de coups de bâton : on a dû rattacher sa 
vieille tète en morceaux par un cercle de fil de fer. Nous pouvons 
citer encore, parmi les anciennes figures: le mari de Magrite, digne 
pendant de sa noble épouse, avec sa face plate sculptée à la serpe 



1 1 A la suite île cette constatation — émise par nous dans une contérenec 

préalable sur le Bethléem - les auteurs de l'addition annoncent l'intention 
île supprimer ce numéro, comme contraire à lu tradition. Ce scrupule les 
honore, niais il leur est tout loisible d'innover. 



— x 49 — 

et les trois goitres hideux qui lui servent de cou; le Saint-Joseph 
de la fuite en Egypte, le Saint-Pierre en train de pécher. Ces 
vieilles tètes sont plus grossières, plus fortes, décolores, presque 
noires, et pourtant ne manquent pas d'expression. Parmi les figu- 
rines plus récentes, il y a aussi d'ailleurs des tètes originales : 
deux ou trois de la Vierge, en cire, très fines; celle du meunier, 
celle du suisse au premier tableau, deux petites tètes de vieillards 
toutes en nez et en menton : eelles encore des pharisiens qui 
écoutent prêcher Jésus : le sculpteur leur a fait un air inintelligent 
et ahuri qui réjouit tous les spectateurs. 

Le mécanisme est aussi fort simple, ce qui est encore, à notre 
avis, une preuve intrinsèque d'ancienneté. Le plus grand nombre 
des figurines sont des poupées immobiles, habillées et coloriées, 
destinées à formel- des groupes. Celles qui se meuvent reçoivent 
le mouvement de gamins dissimulés sous la scène. Il faut distin- 
guer les mouvements suivants. 

D'abord certains groupes tournent, d'une manière très simple : 
ils sont rangés en rond sur une bande circulaire de fer-blanc, et 
c'est la platine qui se meut, entraînant les personnages de bois 
qui sont en réalité immobiles. Ainsi sont disposés les soldats du 
roi Hérode. Au moment marqué par le scénario, les soldats doivent 
sortir du palais : demi-tour de la platine qui fait arriver de l'inté- 
rieur devant la porte la petite armée en colonnes. On interroge le 
laboureur, et, en suite de sa réponse trompeuse, l'armée reçoit 
l'ordre de rentrer au palais : second demi-tour qui fait rentrer les 
soldats par une seconde porte. La même disposition a été adoptée 
pour figurer les rondes des bergers et bergères qui dansent pour 
se réjouir de la naissance du Messie : ce sont tout simplement des 
poupées se donnant la main et disposées en rond sur une platine 
tournante. Magnin dit, p. 79, que ce système a été inventé par un 
mécanicien italien, Bartholomeo Xeri. C'est possible, mais n'est- 
ce point là une de ces inventions qui peuvent, en raison de leur 
simplicité, s'être produites plusieurs fois séparément? 

Il y a des personnages qui doivent marcher. Ceux-ci s'avancent 
dans une rainure du plancher de la scène et le petit machiniste 
caché derrière ou dessous n'a qu'à faire avancer ou reculer la pièce 
par un prolongement de fil de fer visible pour lui seul. C'est par 
ce procédé que la mâle Magrite sort de son hôtellerie pour chasser 
les deux saints voyageurs, Joseph et Marie; c'est ainsi que son 
mari, occupé à l'angle de l'auberge, vient à la rencontre de sa 
femme pour la raclée traditionnelle. De la même façon, le meunier 



— I ;>o 



monte an moulin, la Vierge grimpe à la maison d'Elisabeth. Les 
bergers qui descendent de la montagne pour se, mêler à la ronde 
n'ont pas «l'antre moyen de locomotion : ils sont à la file, et il est 
aussi facile d'en faire descendre dix qu'un seul. La sciure de bois, 
le varech, des garde-fous et de faux escaliers dissimulent tant bien 
((ne mal le, mécanisme, ("est encore par le même procédé, un peu 
modifié, qu'on t'ait marcher côte à côte deux personnages. Quand 
Marie et Joseph vont à l'hôtellerie ou quand, partis à la recherche 
de Jésus, ils arrivent devant le temple où disserte leur jeune fils, 
les deux personnages sont placés de front sur une rondelle de 
bois, et h; centre de la rondelle s'engrène dans la rainure. Si la 
main qui ment cette rondelle est soigneuse, elle peut non seule 
ment faire avancer les deux personnages, mais aussi les faire 
tourner légèrement aux détours de la route pour qu'ils restent de 
front, leur ménager une façon naturelle de rebrousser chemin. 
Mais comme il y a. en ce cas, dans le maniement de la rondelle une 
combinaison de deux mouvements, le petit compère oublieux laisse 
souvent repartir Joseph et Marie à reculons. Déjà, dans le cas 
précédent, quand la ficelle ou le bout de fil d'archal qui sert à faire 
monter un personnage cesse d'être maintenu, la figurine redescend 
a reculons au point de départ. Mais les spectateurs sont alors 
occupés a regarder le tableau suivant. Il n'y a que les attardés qui 
s'en aperçoivent et ils sont pleins d'indulgence pour excuser les 
procédés primitifs de la mise en scène et les insuffisances de 
l'illusion. 

11 y a peu de jambes et de bras articulés. Le puri biùrfyi (berger 
paresseux) qui, restant couché, doit « montrer le chemin avec son 
pied », a la jambe droite articulée : un simple fil de fer la lève et 
l'abaisse. Le prêtre qui donne la bénédiction nuptiale fait le geste 
facile de bénir. Le vieux « saint Pierre qui pèche » n'est pas plus 
compliqué, il n'a qu'à baisser et lever un bras; Joseph, à son établi, 
fait marcher nue scie; mais la figurine, au lieu de vraies jambes, 
a seulement une gaine recouverte d'un tablier de menuisier ; c'est 
à l'intérieur de cette gaine que passe la ficelle destinée au mouve- 
ment des liras. 

L'armée du roi Hérode, à cheval, poursuivant les fugitifs, a reçu 
le mouvement par un autre stratagème. Quelques chevaux ont les 
jambes postérieures montées sur ressort; celles de devant sont 
levées. La moindre secousse, au besoin donnée par la baguette de 
l'imprésario, imprime au cheval un mouvement d'inclinaison en 
avant qui simule assez bien la progression du cheval. 



- i5i — 

Le chameau et l'éléphant qui accompagnent les Rois mages ont 
la tète mobile, mais il faut que l'imprésario les touche lui-même 
de sa baguette pour leur imprimer un balancement d'arrière en 
avant. 

Le coloris des figurines est celui que reçoivent d'ordinaire les 
poupées communes en bois. Les quelques vieilles pièces signalées 
plus haut ont depuis longtemps perdu toute couleur et on se garde 
bien de les rajeunir. Conformément a la tradition, l'un des Rois 
mages a un visage de nègre. 

Quant au costume, on a quelquefois visé — et c'est dans les 
pièces les plus nouvelles, — à reproduire les vêtements étrangers. 
Les prêtres des tableaux i et n ont des tiares et des dalmatiques 
orientales. Le nouveau groupe des rois mages (car il y en a deux 
pour le moment) parait suffisamment arabe. Il va de soi (pie les 
>old;its sont costumés en soldats; les exécuteurs du massacre des 
Innocents vous portent des casques de pompier et des uniformes 
soignes. Les mariés ont aussi notre costume usuel, noir pour le 
fiancé, blanc, complète d'un voile fin, pour la fiancée. Tout le reste, 
bergers et bergères ont des costumes de fantaisie où l'on n'a eu en 
vue (pie la variété des couleurs et des formes. 

L'interprète esl du cote des spectateurs et les guide. C'est une 
bonne vieille femme, année d'une baguette, qui conduit le public 
de scène en scène, montre les détails des tableaux, prononce les 
paroles. Ces paroles sont d'un caractère très simple. Il n'y a pas 
ici des diverbia ou dialogues entre plusieurs figures par le même 
interprète, donc aucun déguisement de la voix pour simuler les 
tons de personnages différents. Le scénario est une simple expo- 
sition narrative, en quelques mots, du sujet de chaque tableau. 
Le ton, légèrement chantant, rappelle le par-cœur des élèves à 
l'école ou des enfants de chœur à l'église. Le langage au reste n'a 
rien de lyrique; c'est au contraire le plus humble sermo pedes- 
tris. On y trouve ce mélange singulier de wallon et de français 
qui existe aussi dans nos vieux noëls et dans maintes chansons à 
deux personnages. Mais, dans les noëls, le mélange paraît moins 
bizarre, français et wallon vivent côte à côte dans des couplets 
différents. Les anges, la Vierge, Joseph s'expriment en français 
parce qu'il a semblé aux naïfs auteurs de noëls que les saints per- 
sonnages devaient avoir un langage plus noble que leur patois de 
tous les jours. Dans le Bethléem, la phrase semble vraiment maca- 
ronique ou farcie. En réalité le fond est wallon, et le wallon se 
transforme en français, à certains moments de la phrase, pour 



— l52 — 

citer plus respectueusement les noms des saints personnages, ou 
pour énoncer quelque texte de l'évangile, ou encore quelque débris 
lyrique antérieur. 

Il faut pourtanl citer d'autres interprètes. Les petits, dissimulés 

derrière et sous la scène pour faire mouvoir les figures, ne se 
contentent pas de jouer ce rôle de machiniste. A certains moments, 
ils chantent aussi des fragments de vieux noëls, ils représentent le 
chœur des bergers et sont ainsi mêlés à l'action. 

On a souvent constaté la naïveté des noëls wallons. Au premier 
plan viennent toujours les préoccupations gastronomiques. Certes 
la piété éclate bien dans cette ardeur (pie mettent les bergers et 
bergères, les paysans et paysannes à s'élancer vers l'humble chau- 
mière où reniant divin vient de naître. Mais une fois en régie de 
ce côté, on ne reste pas confit en dévotion; le caractère divin 
disparaît, on ne songe plus qu'à une accouchée et à un enfant à 
qui il faut des vivres, des couvertures, du bois pour une flambée 
joyeuse; on s'entraîne, on s'excite à aller voir le marné poupâ 
(bien-aimé poupon). L'esprit du peuple, jamais très fort en archéo- 
logie, unit dans sa chanson de Noël, le choeur et les visites des 
bergers à Bethléem avec la visite qu'il fait réellement au Beth- 
léem de son église; la joie des anges et des bergers se confond 
avec ses réjouissances aux bouquetés (crêpes de sarrazin) et aux 
tripes (boudins). Le drame que nous analysons ici a la même 
naïveté réaliste. Rien de tragique, pas même le massacre des Inno- 
cents. Tout le sombre est laissé au drame de la Passion. L'esprit 
wallon n'a pas non plus exploité les faits poétiques qu'il aurait pu 
trouver dans les légendes ou dans les évangiles de l'Enfance. 
Aucun souvenir, par exemple, des oiseaux de terre glaise qu'un 
souffle de Jésus enfant anima. Il s'est complu, au contraire, à 
créer des traits et des types dont les livres saints ne lui ont pas 
donne l'idée, la mille Magrite, lu pùri bièrtji, cuzé Djilèt, (cousin 
Gillet) qui joue de la flûte sur un sifflet, la cruche au lait fermée 
a l'aide d'un navet, .lesus se reposant des travaux de menuiserie 
en jouant avec la robète (lapin). Noms wallons, mœurs wallonnes, 
types wallons, dont on voudrait connaître les origines. Et quels 
savoureux anachronismes ! Les temples juifs sont des églises, le 
prêtre es1 à l'autel, il unit Joseph et Marie suivant le rite chrétien; 
la Vierge chez elle a un livre de prière; on s'étonne de ne pas voir 
sur son armoire une madone et un crucifix. Je ne voudrais pas 
jurer qu'ils n'ont pas figuré jadis dans l'ameublement. 

L'élément comique du Bethléem s'est développé peu à peu, inté- 



— i53 _ 

rieurement, par la destination quasi enfantine de ce drame de 
marionnettes. Là où la tyrannie de la tradition évangélique ne 
pouvait s'exercer, l'esprit wallon s'est chargé de broder quelques 
inventions profanes. C'est ce qui est arrivé aussi au drame reli- 
gieux par personnages vivants, en Allemagne et en France, même 
des l'époque liturgique du théâtre ( 1 ). 

Le spectacle débute par le mariage de Joseph et de Marie et se 
clôt par le premier prêche de Jésus au temple et l'exhibition de 
saint Pierre en train de pêcher. Il embrasse donc tout ce qui est 
antérieur à l'apostolat de Jésus. Enfermé dans ce cercle, il a une 
unité évidente qui prédispose bien en sa faveur, et qui, nous 
semble-t-il, n'est pas le fait d'un vulgaire montreur de marion- 
nettes. Ce plan doit avoir été emprunté à quelque mystère. Dire 
lequel nous serait impossible. Et ce n'est pas que nous n'ayons pas 
cherché : nous avons parcouru les recueils de Michel et Monmer- 
qué, deMone, de Froning sans rien découvrir qui ait avec ce specta- 
cle-ci d'autres affinités que cellesqui proviennent des textes sacrés 
et l'habitude de corser la représentation de traits et d'épisodes 
comiques. La comparaison de ces inventions extra-religieuses est 
pourtant le meilleur procédé pour déterminer la filiation. Voici 
encore un caractère qui pourra servir à cette recherche. Il y a un 
moment où le scénario sort de sa sécheresse désespérante et cite 
des vers! des vers qui apparaissent bien là comme un emprunt à 
quelque œuvre antérieure restée dans la mémoire. Hérode inter- 
roge un moissonneur sur la fuite de Joseph et de Marie : 

Laboureur, dis, dessur ton àme. 

N "as-tu pas vu passer une blanche daine? 

— Si fait, Hérode, dessur mon âme. 

J'ai vu passer une blanche dame. 

Elle a passé que je semais mon blé, 

Et à présent je vais le couper. 

Hérode, qui ne comprend pas que le blé a mûri en une heure par 
miracle, croit les fugitifs hors d'atteinte. Il se retourne vers ses 
soldats : 

Faisons, faisons la ritournée, 

Disait Hérode à son armée ; 

Si j'attrape Marie et son fi 

Dune cruelle mort je le ferai mouri. 



( l ) M. Wilmotte. Les Passions allemandes du Rhin, p. 10. 



- i54 — 

D'où sont tirées ces naïvetés? Non pas d'un dialogue réel; car, 
que signifierait cotte formule de narrateur « disait Hérodè à son 
armée »? formule qui est bien dn vieux texte, la rime en témoigne 
assez. Tout ce que nous avons trouve de plus approchant est un 
passage des Benediktbeurer ('), ainsi conçu : « deinde Herodes 
iratus dieat ad milites suos : 

Ite, ite pariter 
Manu juncta gladio. 
Etas adhuc tenera 
Nulli parcat filio. » 

("est. comme on voit, le même mouvement : ite, ite... — faisons, 
faisons.., mais là s'arrête la ressemblance, puisque dans le texte 
latin, Hérode commande le massacre des Innocents. 

L'épisode de la fuite en Egypte présente encore quelques vêts 
de la même provenance et du môme temps, avec une partie nar- 
rât ive : 

Marie en entrant dans le bois 

Entendit nu si beau ramage! 

« Chantez, chantez, oiseau joli, 

Pour réjouir mon petit fi. 

Chantez, chantez, oiseau des bois. 

Pour réjouir le roi des rois. » 

Peut-être tout le Bethléem a-t-il été jadis en vers de huit syllabes 
el le scénario moderne n'en a-t-il retenu que ces deux échantillons. 
Peut-être aussi ces vers ne sont-ils qu'un souvenir d'ancien mys- 
tère relatif à Hérode et à la fuite en Egypte, intercalé ici comme 
les vers de la sibylle dans le drame liturgique des Prophètes du 
Christ. 

Les chœurs (car il y a des chœurs qui sont des fragments de 
vieux noëls), suscitent des questions du même genre. Ces noëls 
ont-ils été composés pour la pièce, ou sont-ils un emprunt habile- 
ment fait à la lyrique populaire pour égayer de musique ce petit 
drame? Il semble bien ici «pie cette seconde alternative soit la 
vraie. Les noëls chantés au Bethléem existent toujours dans la 
mémoire du peuple sous une forme plus complète. Dans le draine, 
ils apparaissent écourtés, blocs étrangers réduits aux dimensions 
du petit édifice. Mais L'introduction de ces couplets étrangers dans 



Froning, das Drama des Mittelalters, Stuttgart, 189 1. — Cf. eh. IV : 
Weinachts- uiid Dreikônigsspiele. Les vers cités plus haut sont extraits de 
la page 8y5. 



— i55 — 

le spectacle est-elle contemporaine de la composition première, ou 
sont-ils une agrémentation ajoutée longtemps après coup? Il est 
probable qu'on a dû sentir très tôt la nécessité d'égayer la pièce 
par des chants. L'introduction de ces couplets n'est pas une amé- 
lioration de la dernière heure. Dans les mystères les plus anciens, 
il y a des chants, les propres chants de la liturgie latine, alléluia, 
te ileiim ou de profundis, suivant les situations et les sentiments 
des personnages. Si cette identité de composition n'est point for- 
tuite, elle est ancienne et non moderne. On a pu ajouter ou retran- 
cher à ces chants, les masser en trois ou quatre places ou les 
diviser davantage, car la constitution du Bethléem n'a jamais été 
si définitivement fixe qu'on n'ait pu introduire des variantes soit 
dans les chœurs, soit dans les paroles, ou même dans le nombre 
et la succession des tableaux. Les représentations mêmes de cet 
liiver (1898-99) le prouvent, puisqu'on a intercalé une église de 
minuit où l'on chante, à pleine voix, le noël français d'Adam : 
« Minuit, chrétiens, c'est l'heure; solennelle... » On a aussi ajouté 
cette année, pour régler les chants et soutenir les voix, un harmo- 
nium, afin de rendre la petite représentation aussi artistique que 
possible. 

Les couplets chantes sont les plus connus, les plus populaires 
des noëls wallons ; et l'on ne saurait dire si le peuple verviétois 
se rappelle mieux ces couplets parce que le Bethléem leur donne 
un regain de vie, ou si, à l'inverse, le Bethléem se contente de 
servir au peuple ce qui est resté le plus populaire. L'un d'ailleurs 
n'exclut pas l'autre. 

Il est impossible de noter au complet, à la volée, le texte de 
cette explication narrative des tableaux du Bethléem. Nous avons 
essayé plusieurs fois sans succès. On regarde, on écoute, on sourit, 
et l'on oublie de noter. Heureusement nous avons pu obtenir ce 
texte d'un des enfants qui, pour quelques sous, se tiennent en 
permanence derrière la toile du fond ou sous la scène afin de 
tourner quelque mécanique au moment opportun et de chanter les 
fragments de vieux noëls. Nous tenons de la môme source le texte 
des chants. De la sorte il ne nous restait plus qu'à vérifier. Une 
seconde version très ancienne nous a été transmise par le R. P. 
Tlahn, qui la tenait de la famille Bourguignon dont nous avons 
parlé. Seulement elle est en français et j'ai peine à croire que ce 
ne soit pas une traduction que les vieux Bourguignon se sont 
évertués à faire en considération du lettré qui les avait inter- 
viewés. Un plan précieux qui l'accompagne donne la disposition 



— i56 — 

et Le schéma de chaque tableau. Pne troisième version, recueillie 
jadis par M. Poetgens, existe sous doux formes : i" en petits 

dessins en couleurs, exécutés l'an i856, sous chacun desquels se 
trouve le texte; 2" en une copie des mêmes textes, ("est celle-là 
qui a servi avec d'autres, en 1893, quand M. Rodolphe Closset en- 
treprit île reconstituer le boniment. 

Nous distinguerons de .M. Closset, un cahier, oeuvre de recons- 
titution préparatoire, et une copie laite pour fixer le boniment 
de [893. 

Notre texte est celui qui a été prononcé en 1K97-98 et dans les 
années antérieures. Mais quand nous avons voulu, en janvier 1899, 
contrôler une dernière fois ce scénario de l'année précédente, 
l'imprésario avait été changé, le boniment n'était plus le même. 
Interrogée par nous sur les variantes qu'elle introduisait dans l'ex- 
plication, l'interprète a déclaré être une fille du sieur Ville qui 
avait longtemps exhibé un Bethléem au thier du Spintay. Elle 
disait donc comme elle avait appris à dire dans sa jeunesse. Mais 
elle s'en tenait aux textes bibliques presque exclusivement et avait 
expulsé les éléments facétieux du drame. Nous donnerons ci-après 
les diverses versions que nous avons pu recueillir. Elle sont des- 
tinées à se compléter l'une l'autre, à s'éclairer mutuellement : il y 
a des traits de la version moderne qui n'offrent de sens que par 
l'ancienne. Puis le lecteur pourra juger par lui-même de l'ampli- 
tude des variations qui ont pu se produire dans les représentations 
du petit théâtre en l'espace de trois générations. Ces textes mon- 
treront aussi comment, et jusqu'à quel point, dans une même ville, 
un scénario dramatique très simple peut varier. Cette constatation 
ne sera peut-être pas dénuée d'intérêt pour ceux qui se préoc- 
cupent des problèmes de filiation d'œuvres littéraires anciennes, 
dont les éléments échappent à l'observation directe. 

Textes et commentaires 

TABLEAU I 

Le texte Bourguignon (1820?) porte simplement : L'église du 
mariage de In suinte Vierge. 

La version Poetgens, i856, n'a pas ce tableau. 

La version Closset, i8g3, porte : Voci l'église du saint Simèon, 
wice quu Djôsèfèt Marie ont r'çu Vbènèdiceion. 



— 157 — 

Texte de 1897 : Voci l'église Saint-Simèon, ivice quu la sainte 
Vierge et suint Djôsef qu'a r'çu la bènèdicion ('). 

Siméon est le grand-prêtre. On le canonise naïvement, et même, 
dans la dernière version, on a l'air d'en faire le patron de l'église. 
Le temple juif est devenu une église chrétienne. 

II 

Bourguignon : Oratoire de la Sainte Vierge. — Voici l'ange du 
Seigneur (jui annonce à Marie qu'elle sera la mère du Sauveur. 

Poetgens : Voci l'adôratoire : c'est la quu la su-inte Vierge fève 
ses priyircs qwand l'andje vét li anoncer qu'èle sèrc lu mère de 
Christ. Ele Ii dit : je suis lu servante du Seigneur, qu'il nie soit 
fait selon votre parole. — Çou-voci vu mosteûre, mes èfants, quu 
vos d'véz je vos priyircs tos lès d'joûs et bè hoùter vos père et mère, 
comme l'a fait la suinte Vierge. 

Christ n'est guère du langage populaire : c'est la seule fois que 
ce mot apparaît dans ces divers textes. 

Remarquez le mot adoratoire. La seconde phrase ne sert qu'à 
traduire ce mot inconnu au peuple. 

Closset (cahier) : Voici l'oratoire de lu suinte Vierge. — (L'ange 
descend) : Voici l'ange du Seigneur (jui vient unnôcer à Marie 
qu'elle sera la mère du Sauveur. La suinte Vierge rèspond : qu'il 
me soit fait selon votre parole. — (Le Saint Esprit descend.) Elle 
a côçu par l'opération du Suint Esprit. 

Closset (texte de i8o,3) : Voci l'adôratoire du la sainte Vierge. 
C'est la qu'île fève ses priyircs. Voci l'ange du Seigneur qui vint 
annôcer à Marèie qu'èle sèrè la mère du Sauveur. Lu suinte Vierge 
rèspond : qu'il me soit fait selon votre parole. Et elle a côcu pur 
l'opération du Saint Esprit, et le Verbe s'est fait chair et il n-t-hô- 
bité pur mi nous. 

Texte de 1897 : Voci l oratoire de la Sainte Vierge : C'est la qu'ile 
fève ses priy ires. L'ange du Seigneur vint (= vient) annoncer à 
Marie qu'elle sera la mère du Sauveur. — Et voci l'Saint Esprit. 

Le Saint-Esprit est en 1897 une colombe descendant obliquement 
le long d'un fil jusqu'à la fenêtre de l'oratoire. Il y a une colombe 
et un ange dans la photographie de 1893. 



(•) Nous avertissons que ees textes ne doivent pas être pris en qualité de 
textes wallons. Ils passent sans transition du wallon au français et du fran- 
çais au wallon. Ajoutez-y un troisième langage : le français prononce à la 
verviétoise (anôcer pour annoncer, côçu pour conçu). Nos graphies essaient 
autant que possible de se modeler sur ces variations. 



— i58 



m 



Bourguignon : Moulin ù vent. — Voici le meunier qui moud son 
grain. Le domestique conduit auecson une lu farine ù domicile. 

Ce tableau ne paraît nullement, ainsi annoncé, se rattacher à la 
vie «le Jésus. Les versions suivantes sont plus explicites. 

Poetgens : Vola lu molin n vint. \'os vèyez la lu moûnî qui va 
monde de grain po pwèrter h Bethléem po fé dès bolêyesà Vèfani 
Jésus. 

Closset (cahier) : Vola Vmolin a vint (jui moud de grain po-z-alez 
;i Bethléem. Vola l'moûnî <jiii monte so s'gurnî avou dès sètehs. 

Déjà, avant qu'il ne naisse, on se préoccupe de lui faire <le la 
bouillie! Naïf anachronisme qui suppose connu tout ce qui sera. 
Cela l'ait songer à la chanson moderne où Napoléon tout puissant 
dit avec mélancolie : «Sans avoir décoré Talma j'irai mourir à 
Sainte-Hélène». 

La copie Closset pour 1893 porte : Voci Vmolin a vint. Vos 
vèyéz Vmoûnî — qui monte so s'gurni — po-z-aler monde de grain 
— po fé dèl f arène — po pwèrter a Bethléem — po fé dèl holèye à 
Vèfant Jésus. On a visiblement corsé le texte en vue de la repré- 
sentation au Globe. 

Mon texte de 1897 porte simplement : Le moulin au vint. - 
Voci Vmoûni — qui môte so s'gurni — po fé dèl bolèye — a Vèfant 
Jésus. 

(Bourg. 4) 

Bourguignon compte ensuite comme tableau séparé une ber- 
gerie adjacente au moulin, avec l'annonce : Voici la bergerie du 
meunier. Ce tableau formait un petit groupe destiné à l'amuse- 
ment des enfants. Comme il était sans utilité, et n'avait pas pour 
se soutenir le pittoresque du langage, il a disparu. 

IV (Bourg. 5) 

Bourguignon : Voici la montagne de Zaeharie. Au dessus se 
trouve la maison de sainte Elisabeth. — El voici la Vierge, accom- 
pagnée de saint Joseph, qui vont lui rendre visite. 

Poetgens : Vola la sainte Vierge et saint Djôsef qui vôt rède 
(vont rendre) visite a leû cusène sainte Elisabeth. 

Closset : ]'oci Vmôtagne d'Isaï wice quu Notru-Dame va rinde 
visite a s'eusène Elisabeth. (La sainte Vierge s'arrête ù une petite 
distancede lu porte) : Mettez co <>'})auc, suinte Vierge! 

Notre texte de 1897 est conforme au précédent, sauf un mol : la 



- 159 - 

Vierge va visiter sa sœur Elisabeth. De part et d'autre la mon- 
tagne est appelée montagne d'Isaïe. ("est une corruption évidente 
provenant de ce que, si Elisabeth est populaire, Zacharie ne l'est 
nullement. Son nom, oublié, est devenu par assonance Isaïe. 

Il y a un escalier à gravir pour pénétrer dans la demeure. Marie, 
aussi visiblement lourde que dans certain tableau de Rubens, 
s'arrête an milieu de l'escalier. Et la vieille interprète, s'improvi- 
sant actrice dans le drame, l'encourage d'un mot familier, non 
sans y mettre une pointe de malice : mutez èco ô pane, Sainte 
Vierge! Alors la Vierge lait un effort et gravit les dernières 
marches. Ce trait ne manque jamais son effet sur l'assistance. 

Cette montagne de Zacharie est actuellement constituée par une 
maison ouverte qui laisse voir Elisabeth assise au milieu. Cette 
maison repose sur un amas de rochers où l'on a rassemblé une 
foule d'animaux assez disparates, des chèvres, des vaches, des 
lions, des serpents, toute la faune du paradis terrestre et de l'arche 
de Noé. 

Y (Bourg. <i 

Bourguignon : Voici F hôtellerie de la méchante Magrite. La 
sainte Vierge vient a passer, demande à logis, et (elle) lui refuse 
en lui donnant des coups de balai. Son mari indigné vient par la 
fenêtre, frappe sa femme avec un bâton. 

La scène doit être à Bethléem lors du recensement. C'est chose 
étrange comme les tableaux sont mal liés et combien peu de peine 
l'on s'est donnée pour indiquer au spectateur les circonstances de 
temps et de lieu. Pareille négligence ne se comprendrait pas si le 
public ne connaissait pas d'ailleurs les détails omis. C'est ce qui 
corrobore notre hypothèse (pie le spectacle du Bethléem procède 
de quelque mystère de la nativité. Les autres versions ne sont pas 
plus explicites. 

Poetgens : Yoci lu maie Magrite avou s'ramon. C'est qwand 
saint Djôsef et la sainte Vierge li vôt d'mander a lodjis, qu'île lès 
tchèsse èvôye. Mais s' bouname qu'est pu charitàve quu lève, èl 
vét corèdji. 

Closset, copie pour i8o,3 : Voci Vmanhon dèle mâle Magrite. 
(Le cahier ajoute des indications scéniques : Saint Joseph et la 
sainte Vierge savancent sur le seuil.) — Saint Djôsef et la Vierge 
vunèt dniander a lodjî, mais l'male Magrite lès heûve èvôye avou 
s'ramon. (Cahier : Magrite sort et balaie.) — Voici s' bouname, 
qu'est co pus charitàve quu lève : i vint V corèdji avou s'bordon. 



— 160 — 

Textede 1897 : Voci l'mâhon dèle mâle Magrite. Saint Djôsèf et la 
suinte Vierge vinèt iV miauler l'hospitalité; mais T maie Magrite lès 
tchèsse èvôye avou s'ramon, Su bouname, pu charitâve, ki vét 
Vcorèdji avou s'bordon. 

Mâle Magrite est un sobriquet bien populaire. On sait que les 
prénoms employés dans tin sens péjoratif sont communs et que 
les femmes de mauvaise conduite ou de méchant caractère ont 
souvent uni aux prénoms qu'elles portaient. Voyez au Voc. des 
poissardes d'Albin Body (') les mots Magrite. Marôye, Djètrou, 
Muïon, Agnès, Daditte, Djâquelène, Djihène, Madelinne, Zabai. 
A Liège, Tchantchè (= François) signifie factotum. Mathî est un 
sot. Le français dit un Alphonse, une Agnès. 

L'origine de cette légende nous reste inconnue. 

A-t-on remarqué cette variante de mise en scène, que, dans le 
plus ancien texte, le mari vient par la fenêtre'! Qu'on ne croie pas 
qu'il se contente de passer le bras par la fenêtre. Nous avons des 
dessins accompagnant la version Bourguignon et la version Poet- 
gens. Dans cette dernière, en effet, le mari se contente d'appa- 
raître à la fenêtre armé d'un très longbâton. Mais dans le Betliléem 
Bourguignon, le dessin montre l'homme s'élançant par la fenêtre, 
le bâton levé, une jambe déjà en debors. Comme ce mouvement 
devait être difficile à exécuter, on le supprima. Actuellement le 
mari est dehors, sur un des côtés de l'auberge; il s'avance au 
moment propice par une rainure. 

VI (B. 7, P. G, C. 6) 

Bourguignon (t. 7) : Voici le berger paresseux couché par terre. 
— Grand-Pére vient à passer, lui demande le chemin pour aller à 
Bethléem. Trop paresseux pour se lever, (il le) lui montre avec- 
son pied. 

Poetgens, (t. 6) : Vola li pùri bèrdji. C'est qwand quécôq (quel- 
qu'un) li vét demander V vôye po-z-aler a Bethléem, quu V pùri 
bèrdji li mosteùre avou s'pi. « C'èst-là! » dist-i. 

Closset (cahier) : Tableau VI, représente le upûri bièrdji » couche 
mi boni d'une route. Explication : Voici des j>aysans qui vont à 
Bethléem. I d'mandèt Vvôye à pùri bièrdji i/u'èst si piiri qu'èlzi 
acsègne avou s'j)i. La copie du scénario de i8g3 omet l'indication 
scénique du début et dit à la fin : ... a pùri bièrdji qu'èlzi acsègne 
avou s'pi... C'èst-là! dist-i. 



( l ) Bulletin de lu Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XI. 1868. 



- i6i - 

Le texte de 1897 est identique à celui de 189,3. 

Le pûri bièrdji qu'acsègne lu vôye avou s'pi est resté proverbial 
dans le canton de Verviers pour qualifier une paresse excessive. 
Cette fois, il est facile de voir que ce n'est pas le drame qui a 
emprunté au peuple le type tout créé. Il est peu probable que le 
peuple eût choisi justement un berger comme type de la paresse. 
("est le drame qui avait besoin ici d'un berger : c'est lui qui a créé 
et popularisé \r type. (V proverbe ne se trouve pas dans le Dic- 
tionnaire des spots de Dejardin. 

Vil H. s. p. : . c. -, 

Avec l'apparition des bergers commencent les chœurs. Ici il y 
a des variantes plus nombreuses, des omission- et des transposi- 
tions d'un texte a l'autre. 

Bourguignon ne parle pas de chants. On ne lui avait sans doute 
demandé que les paroles. Son texte porte (t. 8) : Voici la montagne 
de frère Ernout. Les bergers font la ronde pour se réjouir de la 
venue du Messie. 

Poetgens, sous le dessin colorié qui représente une ronde au 
premier plan dans une prairie, et, en haut, un ermite devant la 
porte, de son ermitage, inscril sans explication préalable un couplet 
de Noël : 

Djans. corans-î tôt dansant, 

Veye lu mirôke du eist-èfant 

<,>ui est né d'one pucèle. 

Duhôbe-tu, mère, ay, nosse Djuhan, 

Duhôbe-tu <l<">. bôcèle. 

Puis il ajoute : La a d'zeûr c'est frère Non. Lisez fré Renou, et 
ne soyez pas étonne de voir un frère, c'est-à-dire un religieux, un 
moine avant le christianisme. Fré Renou est un peu parent de 
saint Siméon. 

Closset (cahier) introduit le chœur par quelques mots : tableau?, 
représente des bergers dansant en rond sur la montagne; une 
bande de bergers qui doit descendre pins tard. Toc/ ïdanse, 
corans-î tôt dansant. Quand la danse commence, on chante les 
couplets suivants. Suivent en effet les quatorze couplets d'un noël 
wallon commençant par le vers : Choufl chouf '! Marèie, ki fait-i 
freu! Ce chœur est copié du recueil liégeois de noëls imprimé chez 
L. Grandmont-Donders, qui se vendait a Verviers avec la men- 
tion : Verviers, chez A. Remacle, imprimeur libraire, remplaçant 
la mention de l'imprimeur liégeois. Ce cahier contient également 

11 



— ï6'2 — 

la copie fidèle de la musique « 1 * ' celle ('dit ion, ligne pour ligne. Ces 
transcriptions ne prouvent pas que tout le noël était alors chanté 
an Bethléem. M Closset, qui s'est servi de ce cahier pour sa copie 
définitive de 1893, ne conserve qu'un seul des quatorze couplets, 
le huitième, celui que nous avons transcrit plus haut. Enfin, en 
[897, <oi chaule a cet endroit les couplets un, trois et six (édition 
Grandmonl ou Remacle, 11. 5, 7, 4 de l'édition Dontrepont). 11 
semble, a première vue, (pie ces variations du chant témoignent 
d'une extension du chœur à mesure qu'on se rapproche de l'état 
actuel. Xous n'en croyons rien cependant. Il y a dans les versions 
Bourguignon et Poetgens des personnages dont la présence ne 
s'explique que par les couplets de- ce même noël. Quest-ce «pie 
Grand-Pére dans la première version? Qu'est-ce que Fré lie non 
ou Frère l'.rnon (Arnould) dans la seconde? Le premier est un 
personnage cité dans le sixième couplet; le second apparaît au 
septième : 

<; 

Grand-pére, vos pwèteréz bin l'fisik (fusil!) 

So vosse nez mètez des bèrikes (besicles) 

Et s'ioukiz èl potale, 

Tôt â coron di nosse botique : 

Vos trouverez des brocales (allumettes). 

7 
Cuzèue Marôye, vinez avou ; 
Nos passerans po mon (m*) fré Èrnou, 
Qui nos mône al valêye : 
I fait si spès qui dj'a paon 
Qui nos n'sèyansse d'robèyes. 

Donc, ou il faut admettre que tous ces personnages étaient 
archi connus du peuple soit par légende, soit par des représenta- 
tions de mystères, ou il faut admettre, ce qui est en tout cas 
beaucoup plus simple, que le noël en question était anciennement 
chanté au Bethléem ou en totalité ou en grande partie. Les scéna- 
rios qui ne donnent plus qu'un seul couplet ont réduit le chœur a 
une portion bien exiguë. Celui que nous avons note en 1897 a 
conservé au moins trois couplets en cet endroit et en a réservé 
d'autres pour un tableau suhséquent. Les voici : 



('j ("est le second noël liégeois du recueil publié dans la Revue des patois 
gallo-romans par A. Doutrepont. Mais l'ordre des couplets adopté par Don- 
trepont n'est pas le même. 



i63 



Tchouf, tchouf, Marèye, qui fait-i freûd ! 
Lès dints m'eakèt, rlj'a ma d'ines deûts. 
I rc du I)iu. queue djalèye : 
Cist-èfant sèrè inwèrt <lu freûd : 
Pwèrtans li po 'ne blamèye. 

l'or mi. dju li pvvèterè m'cotrè 
Po le des fahes è( «les lignerès, 
l'.t a l'mére des tchâssètes. 
Vos lezi keûseréz bîn, s'i v' plait, 
Dj'a de li è m'taliète. 

G 

Grand-père, \<> pwèterez i»i h lïisik, etc. 
(voir ci-dessus, 

VIII (B. ii, P. s. C. 7 [suite] ). 

La suite naturelle de ce même tableau contient dans les deux 
plus anciennes versions des traits que les suivantes ont laissé se 
perdre. 

Bourguignon (t. 9) : Voici les bergers qui apportent leurs pré- 
sents, l'un des pommes de terre, l'autre des fagots, l'autre pour 
faire des langes. Berger Jacob, qui ne possède qu'une brebis, 
l'apporte à l'enfant Jésus. 

' Poetgens (t. 8) : \'oci les djins (jui vont à Bethléem : vos vèyez 
Marèye qui pwète des fahes et des lignerès: one aute pwète one 
dj usse sutopêye avou ô navè. Vos vèyez so lu d'vanl lu pauve 
bèrdji avou s'mouton : c'est lu qu'èst-arrivé lu prumi a Bethléem. 

Le trait de la cruche de lait bouchée à l'aide d'un navet se 
retrouve dans les versions postérieures au tableau suivant. Mais 
on a tout à l'ait oublié le pauvre berger ou berger Jacob qui offre 
à Jésus son unique brebis. 

D'autre part on a signalé plus tôt l'apparition de l'étoile, ce qui 
est assez conforme aux données bibliques. Voici donc la lin de ce 
tableau dans les plus récentes versions : 

Closset (cahier) : Vola lu steùle a caive qui mosteûre (Copie 
qiïaesègnc) a bièrdjis V vôye po-z aler a Bethléem. Vos lès vèyez 
la turtos quid'hiendèt Vmôtagne. (Les bergers descendent). 

Version de 1897 : Vos vèyez one assimblèye du bièrdjis qui d'hen- 
dèt Vmôtagne. Quant à la comète, on la présente sans cérémonie 
du bout de la baguette, et mon transcripteur de 1897 l'a oubliée. 



— i64 - 

Mais je vois qu'un prospectus de la même année en fait un huitième 
tableau nue l'on compte à part. Comme tableau séparé, c'est évi- 
demment un peu maigre. 

IX (B. ro et n, P. 9, C. 8.) 

Bourguignon (tabl. 10) : Voici la crèche de l'enfant Jésus. Au 
dessus se trouve lange, tenant dans ses mains le Gloria in excelsis 
Deo. De côté se trouve rétoile à queue, guide des bergers pour 
leur montrer l'étable où l'enfant Jésus est né. (Tableau 11) : \oici 
la maison du cousin Gillet qui joue si bien sur son sifflet. Puis 
l'auteur écrit naïvement dans un carré : Ici se trouve une table 
ronde, avec un verre au milieu. Cousin (iillet avec son compagnon 
sont aux deux côtés. Comprenez qu'ils sont installés dans une 
guinguette adossée à la maison de la nativité et qu'ils boivent la 
goutte en l'honneur de l'enfant Jésus. Suivant l'ancien usage, il 
n'y a qu'un verre pour tous. 

Poetgens (tabl. 9) : Voci l'enfant Jésus <jui vint au mode. Vos 
vèyéz quu l'bon Diu estent bé pauve, ca i vint à mode duvin ô p'tit 
stave. I n'a qu'ô pô du strin po s'coûki. bon et on-àgne èl 
rèsichâfèt. Vos vèyéz la Vierge et saint Djôsef a costé. C'èst-alôrs 
quu l' and je vét dire as bièrdjis : Gloria in excelsis Deo. 

Closset (cahier) : tableau 8, représente une étable, la crèche. 
Voci lu stave wice quu l'bô Diu a v'nou a mode, inte l'âgne et l'boù, 
qui rèstchâfèt l'èfant avou leù-z alêne. — Vos vèyéz Notre-Dame 
(copie : la sainte Vierge) la so V costé, et saint Djôsef èst-èl cwène. 
— Voci Vcuzé Djilet qui djowe lu flûte avou ô huflèt ; è l'aute costé 
vo vèyéz one djusse du lèssè stopêye avou ô navê. 

Remarquez les rimes Gillet : hufflet et lessai : navai qui sont 
peut-être des traces d'ancienne versification dont nous aurions 
déjà pu signaler plus haut des exemples : bierdji : pi : dis-ti, et 
mounî : gurni. 

Version de 1897, tabl. 9 : Voci lu p'tit Jésus vinou a mode. Vos 
vèyéz Vsainte Vierge so l 'costé, saint Djôsef èl cwène, (en montrant 
de la baguette) : lu cuzé Djilet qui djowe lu flûte avou ô huflèt, et 
one djusse du lessè stopêye avou ô navê. 

Le chœur des bergers entonne ensuite des actions de grâces. 
Poetgens, dans ses dessins, représente ici des gens attablés, en 
train de l'aire le réveillon. Ce tableau, le dixième pour lui, est 
accompagné du couplet suivant, (qui est sauf l'omission des vers 3 
et 4. le sixième couplet du n" 1 de Doutrepont, le deuxième du 
n" 24 de Grandmont et de Remacle) : 



- i65 - 

Qwand n's âraus stu a deùs treùs messes. 
Nos vêrans chai magni dès cwèsses (du chou), 
Si magn'rans-ne ine aune di tripe. 
Vest-i nin vrèy, cusène Magrile? 

Qwand n's âraus bu deùs ou treus bôs côps : 
Gloria in e.xcelsis Deu. 

Le cahier Closset ne porte aucune mention de ce chant, mais la 
copie répare cet oubli en inscrivant le même couplet que ci-dessus, 
introduit par la mention : vola one assimblêye du bièrdjis. La 
représentation de 185)7 t'ait ici la part plus large au chœur. Après 
l'annonce : voci one assimblêye du bièrdjis, on chante les couplets 
suivante : 

/" Couplet. 

(Ed. Graudmont et Reinacle, u u 20, couplet 8. Doutrepont II, 2.) 

Djans, corans-î tôt dansant 

Vèye lu inirâke du cist-èfant 

Qui est né d'one pucèle. 

Duhombe-tu, Dj'hène, duhombe-tu. Dj'han. 

Duhombe-tu don. bôcèle. 

//. (G. R. i3: D. II. i3.) 

Moussans d'vins, su nos adjunans: 

Nos ira ns adorer l'étant 

Kt li offri nosse eoùr-e. 

C'est çou qu'i vont, l'divin étant 

Qu'est la couki so l'foûr-e. 

///. (G. R. 12: D. II. 14.) 

Diè-wàde, dègne mère et li e'pagnèye : 
Les andjes nos ont dit des mèrvèyes. 
Nos ont fait si binàhes. 
Du cist-èfant quu nos v'nans vèye. 
Vu plait-i bin qu' djèl bâhe ? 

IV. (G. R. i3; D. II. i5.) 
(La Vierge.) 
— Oh oui ! bergère, en l'adorant. 
Baisez les pieds de cet enfant 
Qui est né entre les bètes. 
Il est le fils du Tout-Puissant : 
Honorez bien sa fête. 



— i66 — 

V. (G. R. 14. />■ //• 16. I 

Houle/ donc, mère, qu'ile parole bin! 
Loukis cissc boke, ei bê maintien .' 

Nu diri/ \ e nin on aixlje ? 

Neimi, ciele. mère, 11'enn' alans nin. 

Vssians-nos so eisse plautche. 

X (B. ii.I'. 1 1. ('. 9.) 

Apres la crèche vient le tableau des rois mages. Le texte Bour- 
guignon, qui en est au tableau iu, se contente de l'annoncer en 
trois mots : Voci l'adoration des mages : les trois rois mages 
arrivent avec leurs présents. 

Le texte Poetgens (tabl. 11) entre davantage dans le détail : 
Voci lès treùs rwès : Gaspar, Menchale et Balthazar. I sot v'nou 
tos les treùs po-z adorer Vbô Diè. I s'sôt rèscôirés tos lès treûs po 
n'ini n Bethléem, et vola lu steûle h caive oui lès i a aminés. I 
pwèrtint tos les trais <lès présints, du Vôr, du Vencens, et d'ia 
myrrhe. L'eu- c'est po mostrer qu'il est rwè, l'encens c'est po mos- 
Irer qu'il est dieu, et la myrrhe po mostrer qu'il èst-homme. — Lu 
rwè Hérode lèsi n dit d'èl vini r'vèye tôt r'passant. Mais comme i 
savèi qu'i voreût tourner Vbô Diè, i-ènnè r'vonl p'one aute vôye. 

Olosset cahier, tabl. 9 : Voci les treùs saints rwès Gaspar, Mel- 
chior et Balthazar, apwèrtant turtos leûs présints, Vôr, Vencens et 
In myrrhe. Y-a Vchameau et Vdômesti<iue la-podrî. 

La copie de 189.3 intercale comme ci-dessus la signification des 
trois présents ; a la fin, (die ajoute la recommandation d'Hérode 
et la décision contraire des mages dans les mêmes termes que 
plus haut. 

Enfin notre texte de 1897, plus laconique, se contente d'énumé- 
rer les noms des rois et leurs présents : Voci le treùs saints rwès 
qui n'nèl adorer Vèfant Jésus, Melchior, Gaspar et Balthazar, 
qui-ofrèt à Vèfant Vôr, l'ècins et la mère (myrrhe). 

Pendant ce temps, le choeur se hâte de liquider le reste des 
couplets qu'il tient en réserve, relativement à la naissance de 
Jésus, car les tableaux qui suivent n'ont plus rien de gai et ne 
permettenl guère la joie et les chants. Les autres versions ne 
parlent plus de noëls, sauf le cahier Closset qui lui consacre le 
tableau 10. Celui-ci -..représente des bergers assis. On dit le couplet 
suivant : Qwand n's ârans stu u deus treùs messes... Gloria in 
excelsis I eo 1 voyez, plus haut). Notre copie des chœurs, qui contient 
eu tout quatorze couplets, dont les derniers sont réservés pour la 



- i6 7 - 

fin du spectacle, a donc encore quatre couplets en réserve pour 
cette circonstance. Ce sont, d'abord le même que dans le cahier 
Closset, Qtvand n's ârans stu... Gloria in excclsis Z)eo, puis les trois 
suivants (Grandmont et Remacle, n° 22; U. 1, 3, 7 ; Doutrepont II] 

Vous-se vini. cuzène Marèye, 
A Bethléem avou mi ? 
Nos i veùrans dès mèrvèyes, 
si c'est veûr ç.ou # qu'ô m'a dit. 
— Po qwèfé? ]to wiee aller? 
Qu'i-ny-a-t-i qu'èst-arrivé? 

L'ange Gabriel amèy-nute 
Aux tchamps l'zi a-t-anonci, 
È< le- antljes avou leùs flûtes 
Djowit del musique à l'mi. 
Grand Dieu, dj'ènnè saveù rin, 
Djans. eorans 1 tôt vitemint. 

Bondjoù, binamé gros mâye 
El binamé gros godon. 
Sèrè-t-i vos qui frè nosse paye. 
Qui nos obtinrè l'pardon? 

Mei-e di Diu. èl voléve bin. 
Qui djèl bàhansse ô momint. 

Ces fragments de noëls wallons montrent assez qu'il n'y a pas 
tin lien indissoluble dans le Bethléem entre les chants et les 
paroles : on pouvait ajouter facilement à ces couplets ou en retran- 
cher. L'essentiel était d'égayer le spectacle avec un certain a 
propos. 

XI (B. i3, P. i3, C. 11.) 

Ce tableau, dit le prospectus, représente le « temple de la cir- 
concision »; mais, la circoncision, étant une cérémonie dont le 
peuple n'a nulle idée, disparait, et ce tableau est tout simplement, 
dans l'esprit populaire, « lu ramèssèdje » (les relevailles) de la 
sainte Vierge. 

Bourguignon (t. i3) : Voici la grande église de la Purification. 
Saint Siméon tient l'enfant Jésus dans ses bras et dit : Maintenant, 
Seigneur, vous pouvez laisser mourir votre serviteur en paix. Le 
plan du Bethléem Bourguignon contient en outre cette description : 
« L'autel est tout garni. S'y trouve une couple de jeunes tourte- 
relles. Saint Siméon tient l'enfant Jésus sur ses bras. La Vierge 



— i68 — 

et saint .Joseph sont là qui attendent. Il y a aussi un enfant de 
chœur »., 

Poetgens t. 12) : Voci la sainte Vierge <jui r'va a messe. Cèst- 
alôrs quil l'saint vieillard Simèon dit tôt Vnant l'èfant Jésus : (Test 
maintenant... paix. Vos vèyez so l'âté deùs tourturèles : c'èsteùt 
I' présint <}u<> fève du ci-timps-la qwand ô-z alléve rumèrei l'bô 
Diu. 

Closset (cahier 1. 11): Représente le temple de la circoncision. — 
Voci l'église de /' purification. Sainte Marie met' si èfantso l'âté. — 
\'<>s vèyez les deux p'titès tourtèrèles a eosie. 

Closset (copie pour 1893) : Voci l'église du saint Siméon,wicequu 
la sainte Vierge va rnmèssi. Ile met' si èfant so l'âté. C'èsUalôrs 
quu saint Simèon dit : ... paix. Vos vèyéz so Vâté ... bô Diu. 
1 Y. plus haut, version Poetgens.) 

La version de 1897 se contente de «lire : Voci Saint-Simèon, 
wice quu V sainte Vierge a s'tu ramèssi. La bonne vieille qui 
dépêche le boniment dit Saint-Siméon comme nous disons Sainte- 
(indule ou Saint-Remacle. Cela devient un nom d'église. 

(B. 14) 

Ici l'ancien Bethléem Bourguignon introduisait encore un petit 
intermède de mœurs wallonnes : Ici se trouvent cousine Garite et 
son mari, assis à une table. Il y a un j>lat de boudin, une bouteille 
et deux verres. Il est à peine besoin d'ajouter que cette cuzène 
Garite est un personnage connu par les noëls wallons, et sans 
doute autrefois le choeur chantait encore en cet endroit quelques 
couplets. 

XII (B. i5, P. i3, C. 12.) 

Bourguignon, i5 : Voici la maison de la sainte Vierge. Vous 
noyez ici qu'elle coud, file sur son moulin à cariot, lit dans son 
livre de prières en berçant l'enfant Jésus. 

Poetgens, i3 : Voci lu manèdje du la Vierge. Voz vèyéz corne i fait 
net ! C'èst-one leçon j)os vos autes, mes èfants, quu, qwand vos 
serez grands, vos d'véz avou tére tot-a-fait bé prôpe. 

Closset, cahier, 12 : représente la maison de la sainte Vierge. — 
l'or/ V manèdje du la sainte Vierge. Vos vèyéz qu'i n'i manque rin. 
)' a minme lu pot d'tchambe duzo Vlétf (Trait effacé au crayon 
comme étant de mauvais goût, mais bien authentique.) Mes enfants 
c'est pour vous moirer à travailler. Voyez la sainte Vierge qui file 
su lin et bosse l'èfant Jésus avec sô pied. 









— t6o - 

Closset (copie i : Voci l'manèdje.du la suinte Vierge. Vos vèyéz 
corne i fait net ! La suinte Vierge file sô lin et hosse Vèfant Jésus 
noce sô pied. C'èst-one leçon po vos unies, mes èfants, qwand vos 
serez grands. C'est p<> v's aprinde à travailler et à tére tot-a-fait bé 
prôpe. 

1897 : Voci l' million de Vsainte Vierge. Vos vèyez comme i fait 
prôpe. Lu sainte Vierge fait l'cylin et hosse Vèfant Jésus avec son 
pied. — Lu seule cupagnèye de i sainte Vierge èst-on tchèt s'one 
passète (un chat sur un escabeau). Outre ce dernier trait réaliste, 
mon transcripteur en a introduit un autre par contre-sens. NC 
connaissant ni le lin ni le filage du lin, au lieu de fêle su lin, ee 
brave fils de repasseuse et de couturière a compris fait l'cylin, 
fait la calandre, repasse du linge à la machine à ealandrer! J'ai 
conservé son interprétation pour montrer comment des choses 
très simples peuvent se dénaturer dans l'esprit populaire, dès que 
les mœurs ne servent plus de commentaire vivant et impérieux à 
une expression. 

XIII-XVI. 

Nous réunirons les quatre tableaux suivants, d'abord parce 
qu'ils constituent un épisode particulier, celui d'Hérode et de la 
fuite en Egypte, mais surtout parce qu'il se présente ici d'un texte 
a l'autre des interversions gênantes pour notre exposé. 

Bourguignon, 16 : \'oici le massacre des Innocents : les soldats 
coupent la tête à tous les enfants au-dessous de douze ans (sic.) 
17 : Voici le château du roi Ilérode : Hérode, voyant que ses 
soldats n'avaient pas tué l'enfant Jésus, arrive avec son armée, 
voit le laboureur dans son champ, et lui dit : 

Laboureur, dis. dessin* ton âme. 

N'as-tu pas vu passer une blanche dame?( l ) 

Si fait, Hérode. dessur mon àme, 

J'ai vu passer une blanche dame. 

Elle a passé que je semais mon blé, 

Et à présent je vais le couper. 



(•) Dans un article intitule Noëls wallons (Patriote et National du 
25 décembre 1898) et signé A do har (Adolphe Hardy), on ajoute après ce 
second vers : 

Avec un vieillard (?) sur son àne. 
Et après mon quatrième vers : 

Avec un enfant sur son àne. 
Quoique je n'aie jamais entendu ce vers, je le note ici parce qu'il peut 
avoir existé dans quelque version antérieure. 



— 170 — 

Hérode, croyant que lu suinte Vierge avait passé, dit : 

Faisons, faisons la retournée, 

Dit Hérode à son armée, 

Si j'attrape Marie et son fils 

D'une cruelle mort .je le terni mourir. 

Le plan Bourguignon contient en outre cette description : A 
l'intérieur (<lu palais) se trouve le roi Hérode et son armée. L'ar- 
mée se compose de six couples de soldats. Au moyen d'une mani- 
velle, on les fait venir par une porte et rentrer par l'autre. — Il y 
a ensuit*; un tableau sur le plan pour le laboureur. Ce tableau 
n'est pas compté dans le texte, parce qu'il n'était pas accompagné 
de paroles. 

Le tableau de la fuite ne vient qu'en dernier lieu ; 18 : Voici la 
fuite en Egypte. Suint Joseph avec son une est accompagné de la 
sainte Vierge et Venfant Jésus. S'ont caché derrière la haie pour 
laisser passer Hérode, qui ne les voit pas. La sainte Vierge est sur 
Vàne et saint Joseph les conduit en Egypte. 

Poetgens, 14 : Voci lu massake des Innocents. C'est qwand lu rwè 
Hérode vèya quu lès treùs rwès l'avit trôpé qui fit massacrer tos 
les p'tits èfants qui n'avit né co deùs ans. — i5 : Voci F palais de 
rwè Hérode. C'est qwand Hérînle vét dire a bèrdjî : dis donc, berger, 
n'as-tu pas vu passer une blanche dame'/ — Si fait, Hérode, je l'ai 
vu passer quand je semais mon blé, à présent je vas le couper. I 
n'vèyit né quu c'èsteut miràke et Hérode en colère dit : 

Faisons, faisons la retournèye, 

A dit Hérode à son armèye. 

Si nous trouvons Marie et son fils, 

D'une cruelle mort nous les ferons mourir. 

1 èyéz-ve la lu soyeù qui sôye (le faucheur qui fauche) ? 

Le tableau 16. de la fuite en Egypte, manque. 

On reconnaîtra facilement la supériorité de la première version. 
La seconde défigure les vers; elle ne sait plus que c'est au fau- 
cheur lui-même que s'adresse Hérode, et pourtant elle conserve le 
faucheur. 

L'ordre des tableaux n'est plus le même dans Closset ni dans 
!<■ spectacle actuel. Le tableau de la fuite en Egypte précède, puis 
vient le massacre des Innocents, puis la poursuite d'Hérode et le 
laboureur. Cet ordre est moins rationnel : la fuite, étant une 
conséquence du massacre, le massacre devrait précéder, comme 
<lans les deux premières versions. De même la poursuite, étant la 



— 171 



conséquence de la fuite, devrait venir après dans les deux pre- 
mières versions. Ce qui a été cause des interversions de tableaux, 
le voici a notre avis : quant au premier point, ce qui doit précéder 
la fuite n'est pus tout à fait le massacre, mais l'ordre de massacrer 
donné par Hérode. Quand le massacre se produit, la sainte Famille 
a disparu. Mais cette disposition un peu compliquée : ordre de 
massacrer, fuite, massacre, est devenue soit massacre, fuite, soit 
fuite, massacre. Quant au second point, il faut remarquer que la 
fuite est une action de longue durée simultanée à la poursuite 
<1' Hérode. Cette action a commencé avant la poursuite : raison de 
la mettre avant ; mais elle a continué après la poursuite : raison 
suffisante pour la classer après. Cette hésitation se manifeste très 
bien dans le cahier Closset : l'ordre était primitivement celui de 
Bourguignon; les scrupules de la réflexion l'ont fait biffer pour en 
adopter un autre. 

Outre cette différence de classement, il y a dans la version 
Closset quelques vers précieux inconnus à Bourguignon. 

Closset (cahier), i3 : Voci l'fuite en Egypte. S' Joseph mène 
Vàgne (jui pwète Marie avou s' fi. Le groupe s'éloigne). Quand il 
est disparu, l'explication dit : 

Mario, en passant dans le bois, 
Entendit un si beau ramache! 
« Chantez, chantez, z'oiseau joli, 
Pour réjouir mon petit fi. 
(hantez, chantez, z-oiseau des bois, 
Pour réjouir le roi des rois ». 
14 : Voci Vmassake des Innocents. (La copie ajoute ceci : Lu rwè 
Hérode, notant tourner l'efant Jésus, fit massacrer tos les p'tits 
èfantsqui n'avit nin codeus ans. Vèyéz-vel vola dédia deùsnuvérts!) 
i5 : (Représente le palais (V Hérode; un peu plus loin, un fau- 
cheur. Explication : Voci Vpalais de rwè Hérode. Il arrive avou si 
àrniêye, (l'armée avance), porsuhant lu sainte famile, l'èfant Jésus 
oyant échappé a massake. 16 : / rèscôteure ô laboureu et li dit : 
Laboureû, sur ton âme, 

(Copie : dis-mois, lab...) 
N'as-tu pas vu passer une blanche dame? 

(Copie : Si tu n'as pas.. ) 
Si t'ait, dit l'iaboureu, 

(Copie : Si fait, roi IL. ditle lab.. ) 
Quand elle a passé, je semais 1116 blé, 
A présent je le vas couper. 
(Copie : je vas le...). 



— 172 — 

Lu rwè II. nu vèyéoe né qu'aveùt oyou ô mirâke. Si vite quu 
lu s;iiulc Vierge aueùt passé, lu grain qu'ô v'néve du semer aveût 
crèliou, et èsteiit titnpsdè Vcôper. (Hérode s'en un). 

Faisons, faisons la ritournèye, 
Disait Hérode à son ormèye 

Si je rencontre Marie et so fi (nous...) 
D'une cruéle mort je les ferai nionri (nous...) 

En comparaison «le ces trois versions, le boniment de 1897 est 
en pleine décadence : [3 : Voci V fuite en Egypte. Vos uèyez saint 
Djôsef qui mène Vigne et V sainte Vierge aoou l'èfant Jésus soVâgne. 

rj : Voci V massacre des Innocents. Hoùtez comme les mères plorèi ! 
Ce dernier mot, que j'ai souvent entendu, vaut mieux que le vola 
déjà deûs mwèris du scénario précédent. r5 : Voci Vàrmèye de 
l' sainte /'ami le (sans doute tin lapsus) qui fait V poursuite po les 
attraper. Cette explication si écourtée de 1897 ne parlait pas même 
du faucheur qui formait un 16 e tableau. Aussi j'ai été bien aise 
de voir en 1898-99 que, le guide ayant changé, on en était revenu 
à une explication moins sèche et plus respectueuse de la tra- 
dition. 

XVII (K. 19, P. 17, C. 1;). 

Bourguignon, i9 : La maison de saint Joseph. — }'oici saint 
Joseph, qui travaille à Jérusalem (sic). L'enfant Jésus est au banc 
de menuisier, qui travaille avec son père. 

Poetgens, 17 : Voci saint Djôsèf arrivé en Egypte. Po gangni po 
viker, i fait lu scrini. Vo Vvèyéz-la qui sôye. La sainte Vierge fêle 
po fé des habits po lu p'tit manèdje. L'èfant Jésus djowe avou one 
robète. 

Closset (cahier), 17 : représente la maison de saint Joseph. — 
VociVmanhon du saint Djôsèf qui fait Vtchèpti (charpentier). Su 
fi li dane ô côp d'main a s'mèsti. Vola saint Djôsèf qui sôye. 

Closset (copie) : Voci saint Djôsèf arrivé en Egypte. Po gang ni 
po viker, i fait Vtchèpti. Vèyéz-ve S' Djôsèf qui sôye'.' Su fi li donne 
<> côp d'main, et, du limps in timps, i djowe avou Vrobète. 

1897 : Voci V sainte Vierge et l saint Djôsèf arrivés en Egypte. 
I fait Vtchèpti po viker. VoV vèyéz la qui sôye. L'èfant Jésus lès 
aide, et, tèsintimps, i djowe avou Vrobète. 

Les variantes sont donc insignifiantes, sauf que le premier 
installe Joseph et Marie à Jérusalem. 



- i 7 3 - 

XVIII (B. 20. P. 18. C. 18.) 
Bourguignon, 20 : Voici le temple de Jérusalem. L'enfant Jésus 
étant perdu, la sainte Vierge et saint Joseph le cherchent et le 
retrouvent dans le temple prêchant a l'âge de douze ans. « Mon 
fils, pourquoi nous avez-vous quittés? » dit la Vierge. L'enfant 
Jésus répond : <c Je travaille pour le royaume de mon père, ma 
mère. » 

Le plan Bourguignon fournit, sous le dessin du temple, l'expli- 
cation suivante qui nous intéresse au point de vue de la mise en 
scène d'autrefois Au fond se trouve une espèce de table de com- 
munion où l'entant Jésus debout prêche, à l'âge de douze ans, au 
milieu des docteurs qui sont au nombre de six. La sainte Vierge 
et saint Josepb entrent dans le temple.)' 

Poetgens, [8 : Voici le temple de Jérusalem : Vèfant Jésus estant 
pierdou, la Vierge et saint Djôsef qwèrèt après pindant treus 
djoûs. A la (in, èl rutrovinrent è temple du Jérusalem, où i pré- 
tchîve au milieu des docteurs, qui-èstint tôt èspawtés d'ètinde on 
èfant èsi parler si bin. 

Closset (cahier), 18 : représente le temple des Pharisiens. — Voci 
l'temple des Pharisiens, wice quu Vbô L)iu a siu prétchi duvant lès 
docteurs a l'adje du doze ans. 

La copie Closset de 1893 efla version de 1897 en reviennent au 
texte de Poetgens. En décembre 1898, j'ai surpris une singulière 
variante : .Jésus répond aux reproches de la Vierge : « Je travaille 
pour le salut de mon père, ma mère ». 

XIX (B. ai, F. 19, C. ni. 

Bourguignon, 21 : Voici saint Pierre qui pèche. 

Poetgens, 19 : Vola saint Pire qui pèhe. A quoi la version 
Closset et la nôtre ajoutent : et qui v'va d 'né de Vbèneute èwe po 
une râler. Enfin notre version ajoute encore : louki, mes èfants, 
tos les bès p'tits i>èhons. Saint Pierre fait patch dans l'eau, les 
curieux sont éclaboussés, rire général des petits et des grands ('). 
C'est fini. On a fait le tour et 011 se retrouve près de la porte d'en- 
trée. Dans le plan Bourguignon, il y a au-dessus de la porte un 



(!) Saint Pierre fait penser au fameux coq annonçant les trois reniements 
de l'apôtre épeuré. Aussi je lis dans un compte-rendu de 1890 (Coin du feu, 
signé Escamilla, et dans un autre des Souoelles verviétoises du 7. janvier [899 
qu'ici le eoq de saint Pierre claironne trois fois son cokerico retentissant. 
C'est la une anticipation d'un goût douteux qui n'existe pas dans nos ver- 
sions, bien que le coq existe dans le tableau. 



— 174 - 

petit ermitage, auquel on a fait généreusement un sort en lui 
donnant le nom de vingt-deuxième tableau : ici se trouve la porte, 
au-dessus se trouve un petit hermitaige. C'est aussi le vingtième 
et dernier tableau de Poetgens. Depuis lors l'ermitage a disparu. 
Par contre les assistants ne s'en iront pas sans musique. On a 
ingénieusement réservé, en guise d'adieu et de recommandation, 
ileux couplets du dernier noël chanté (Grandraont et Remacle, 
n° 22:9 et il ; Doutrepont, III, 14 et 16) qui expriment précisément 
les adieux des bergers a la maison de Bethléem : 

Dji voreûs <]iiu risse djoûrnêye 
Dur ah e qwinze saze heures ht djoû. 
No fris in houe rigolêye, 
No fricasseris l 'paye et l'oû. 
Dunans vite eou quu n's avans. 
Il est tard, nos une rîrans. 

Duvant, djowansine ôhâde 
So nos flûtes et nos haul>wès. 
Vinéz chai, cusin Erâde, 
Qui djowe si hin de huflet. 
Turlututu, turlututu, 
Adieu, hinamé Jésus. 



XVII. 

PRÉFIXES ET SUFFIXES ( J ). 

1. w afî-ce qui 

« Afin que » est très souvent rendu en liégeois par afis' qui, 
dont on explique l's par le pluriel latin ad fin es, aussi légitime 
en ce sens (pie le singulier ad fi ne m. Il faut au contraire écrire 
afi-ce, comme le démontrent les textes suivants. 

Nous trouvons en effet dans le Mistère de saint Quentin, récem- 
ment publié par M. Henri Châtelain (S c -Quentin, 1908), plusieurs 
passages contenant afin ce <jue, avec un ce qui forme syllabe et ne 
peut être confondu avec s désinentielle : 

vers 12969 : Affin ce qu'il ne se transporte 

Hors de nos mettes et nos royes... 

vers 12980 : Affin ce qu'il erainde ton nom... 

vers 17067 : Affin ce qu'on les adnichile... 

vers 18099 : Affin ce qu'en mortel oraige 
binent leurs jours 

vers 2i5oo : Affin ce qu'on le puist bénir.... 

vers 23322 : Affin ce que nostre empereur.... 

Le pronom ce n'a pas dans cette locution de fonction justifiable. 
Selon toute probabilité, il s'est introduit là par analogie des cas 
où ce venait après une préposition : par ce que, pour ce que. On 
trouve dans le même mistère avant ce que, vers 240:11 : Avant ce 
qu'on y chante ou lise. 

Cette constatation est de nature à expliquer bon nombre de 
locutions, wallonnes ou de dialectes voisins du wallon. Quand des 
écrivains, peu soucieux d'orthographe et d'ailleurs peu capables 
d'analyse, nous servent des usqui, des dousqui, des aïusqui, des 
quoissqui, etc., il faut reconnaître un pronom ce dans la sifflante 
qui précède le qui ou que. U faut donc comprendre et orthogra- 
phier : ù-ce qui c'est? (Wavre) : oû-ce que c'est? (Perwez); d'oû-ce 



(') Articles qui out paru, sauf indication contraire, dans le Bulletin du 
Dictionnaire wallon. Ils contiennent «les corrections et additions nom- 
breuses. 



— 176 — 

qui to DÎns? (Laroche); oû-ce qu'est ç' tè là? (gaumais, où est ce 
temps là?); a-y-û-ce qu'il a brichôdé tout s bié (Quevaucamps, 

/'.</«•</>., i3); èoû-ce qui i><>s couroz?, de où-ce <jui vos div'noz? 
(Namnr); tôt qwa-ce qu'on wat; dijozqwa-ce qui 00s v'ioz (Nainur); 
tant-ce qu'a ça (Fraraeries : .1. Dufrane, Œuvres, t. III, p. 5); 
tant-cequ'a m' mère (Mon s, De la Fourmilière, Lés four miches, 
p. i(Ji); in riéce qui ce sivat (Mons, Parab., 29). On trouve même 
ce après un premier ce : tout çô ce qu'il avoun (Bassilly, Parab., 121, 
à moins qu'il ne Taille iei se rabattre sur un ancien cest. 

Après les interrogatifs, ce a peut-être une l'onction originel h; 
différente II semble qu'il faille non seulement rétablir ce, mais 'ce 
provenant de est-ce. On peut hésiter sur ce point, parce que l'on 
retrouve rarement dans le mot qui précède ce une trace d'un 
ancien est. Le gaumais dit : coumèt-ce qiïèle put tant causèy?; le 
framerison : combié-ce qu'il a bié d' tamps qu'il est o'nu au monde'/ 
Mais quand Namur dit : fyi se bin què-ce qu'îrè (Colson, Œuvres 
[). 65, écrit qu'ess'), là où il faudrait logiquement qui-ce qu'îrè, 
je crois devoir conclure à une fusion de qui est-ce en qu'est-ce. Le 
wice qu'on prononce de Montegnée à Weismes ne me semble pas 
pouvoir être expliqué autrement : j'y vois un où-est-ce devenu 
w-est-ce, weee, wice. 



3. L>e suffixe -aricius en wallon 



Il y a dans les Nouveaux Essais de Philologie française de 
M. Antoine Thomas, p. 62-110, un article très documenté sur le 
suffixe composé -aricius. C'est un suffixe formé à l'origine par 
addition de -ici us à un mot en -aris ou en -arius. Exemple : 
munera sigillaricia, cadeaux pour les fêtes sigillaires. Plus 
tard, -aricius a vécu d'une vie propre : il a été ajouté en bloc 
a un grand nombre de thèmes. Annal u s sigillar i ci u s signi- 
fie : un anneau — destiné à servir de cachet; donc l'adjectif ici, 
différent de celui du premier exemple, vient de sigillum -f- 
-arieius. M. Thomas a montré que le développement de ce 
suffixe est beaucoup plus considérable que Horning, Tobler et 
Meyer-Lûbke ne le croyaient. Avec une ingéniosité et une préci- 
sion d'analyse admirables, écartant tout ce que l'on pourrait 
assigner indûment au domaine de -aricius, rappelant au con- 
traire des mots méconnus par d'autres romanistes, comme 



- 177 — 

banneret , ou assignés à d'autres suffixes, comme certains noms 
en -eret, -erette. il a dressé une liste imposante d'environ 
270 mots français et dialectaux où il retrouve ce suffixe. Un grand 
nombre de ces mots étaient restés jusqu'ici peu ou mal expliqués. 
Le Dictionnaire général de Hatzfeld-Darmesteter n'a point 
poussé au-delà des apparences. 

Dans ee qui suit, nous avons l'intention i° de faire connaître 
aux wallonisants. et surtout à ceux qui lisent les vieux textes, ce 
suffixe que Grandgagnage n'a pas reconnu une seule fois; 2 de 
compléter au point de vue du wallon la liste de M. Thomas, soit 
par le nombre des termes, soit par une documentation plus précise 
et plus décisive sur quelques-uns. Le savant philologue français a 
noté très soigneusement presque tout ce que Grandgagnage 
recelait, même à des places inattendues. D'autres sources dialec- 
tales nous fourniront a leur tour un certain contingent de mots 
inexpliqués jusqu'ici. 

Rappelons, a l'usage «les lecteurs à qui cette matière ne serait 
pas familière, (pie la terminaison -erèsse affuble deux sortes de 
dérivés d'origine et de sens bien différents. Il y a en réalité -erèsse 
et -erèce. Le premier est un suffixe composé de -ator -| — issa, 
-eur -esse. Il sert essentiellement et originairement à former 
le féminin des nom- substantifs et adjectifs en -eûr, eu : minteûr, 
miiiterèsse: voleur, volerèsse; coreû, coûrerèsse; feû (faiseur), 
frèsse; vindeû, vinderèsse ; tapeù, taperèsse; lanïcineû, luiricine- 
rèsse. Il a servi aussi, en wallon seulement, à former le féminin 
de beaucoup de noms de métiers en -/, anciennement -îr, franc, 
-ier, -er, lat. -arius. Mais ici la formation ne remonte pas au 
latin, elle apparaît analogique; sinon il faudrait ranger à part 
encore cet -erèsse, -irèsse né de -ariu + -issa : ex. bolefyî, 
bolefyirèsse: coti ou cotieù, cotirèsse : botî, boterèsse; vatchî, 
vatcherèsse: ardennais, pivartchî, pwatcherèsse ; cinsî, cinsercs.se; 
crâssi, crâsserèssc : vî-ivari, m-warerèsse ; mèssèfyî, mèssèfye- 
rèsse. 

Ces noms en -erèsse désignent la personne qui fait le métier ou 
l'action indiquée parle masculin correspondant ou par le radical : 
vinderèsse est celle qui vend, vatcherèsse est celle qui garde les 
vacbes. Tel n'est pas du tout le sens des noms de la deuxième 
catégorie, des noms en -erèce. Ceux-ci sont proprement des 
adjectifs indiquant la destination de l'objet qu'ils qualifient. Une 
plantche hatcherèce n'est pas une planche qui hache, car les 
planches ne hachent pas; c'est une planche qui sert d'accessoire au 



— 178 — 

hachoir quand on veut hacher, plus simplement : une planche — 
destinée à hacher, servant à hacher, et faite de façon à concourir 
à ce but, car c'est surtout en vertu de la l'orme, appropriée au but, 
que L'objet prend une désignation particulière. Une sèle buerèce 
(gaumais) n'est pas une selle qui lessive, niais une selle ou trépied 
destiné à buer. 

L'adjectif en - a ricins peut devenir substantif par suppression 
du nom de l'objet qualifié. Alors il faut deviner le premier terme 
pour rétablir la filiation des sens. Une fagnerèce est un objet 
propre à la « fagne » : ce pourrait être une faux de forme particu- 
lière adaptée au sol ou a l'herbe de la fagne; et l'action incluse 
dans l'idée de destination serait celle de faucher. En fait, c'est un 
oiseau, la litorne, que le mot fagnerèce signifie, et l'analyse de 
l'expression donne : grive — adaptée à la fagne, à vivre dans la 
fagne. 

C'est surtout sur l'analyse sémantique qu'il faut compter pour 
distinguer les noms féminins en -erèce de ceux en -erèsse. Les 
graphies anciennes ne font la distinction qu'au début. Celles de 
nos archives présentent invariablement -erèsse : elles peuvent 
donc fournir des mots, — et les inventaires, les comptes de gens 
de métiers en contiennent beaucoup, — mais elles ne fournissent 
pas le critérium distinctif. 

Malgré la différence de sens originelle, il reste des cas douteux. 
On hésite i° quand le sens de l'attribution s'est atténué; 2 quand 
il existe, ce qui arrive assez fréquemment, un masculin en -eu ou 
en -i du même thème verbal; 3" quand les exemples anciens ne 
sont point là pour offrir un sens plus précis ou pour fournir le 
nom générique spécifié par le nom en -erèce. 

On comprend facilement pourquoi la confusion entre -erèce et 
-erèsse s'est produite. C'est que souvent l'objet destiné à hacher, 
à courir, à couper, n'est pas un ustensile accessoire de l'action, 
mais l'ustensile principal, qui hache, court et coupe réellement. 
Si une sèle buerèce ne lessive pas, si une plantche hatcherèce ne 
hache pas, une scie destinée à couper, donc côperèce, coupe réelle- 
ment, en quoi elle est côperèsse, coupeuse; une varlope courerèce 
court réellement; une manne purerèce épure réellement. 11 en 
résulte que l'adjectif, inventé pour noter la destination et la forme 
particulière afférente à cette destination, paraît ensuite désigner 
Tact ion. On peut donc hésiter sur l'explication et l'orthographe 
de couuerèsse en présence du français couveuse, sur le nom de 
la scie appelée ricèperèsse, mais aussi rîcèpeû. Nous espérons 



— i79 — 

montrer que l'on confond même sous la terminaison -erèsse des 

homonymes qui sont réellement des mots différents. 

Il faut encore songer à ceci. Depuis la confusion de -erèce et 
-erèsse, des mots nouveaux ont été formés. A quel suffixe allons- 
nous les assigner? Pour répondre victorieusement à cette question, 
il faudrait savoir d'abord si la confusion qui se produisait dans 
l'écriture était dans les cerveaux en même temps, savoir ensuite 
quelle est l'époque de création de chaque mot. Au moins il n'v a 
point de doute sur les plus récents. L'industrie mécanique a 
remplacé certaines personnes par des machines ou organes de 
machines. En ce cas, le nom de la personne a passé analogique- 
ment a la machine, sans conteste possible, et les noms modernes 
ainsi employés sont en -erèsse. 

Mais nous n'avons parle jusqu'ici que des noms féminins issus 
delà forme féminine -aricia. La difficulté s'accroît quand il s'agit 
de retrouver les masculins. Se seraient-ils tous évanouis? Xon, 
mais leur terminaison ancienne -erez, devenue de bonne heure 
-ré, -rê, -ret, s'est confondue avec celles des mots en -é (-eau) et 
en -et. L'e protonique a cessé d'être écrit, IV a passé pour inter- 
calaire. Entre mossai et mosrai, comme on écrivait ces mots, il 
n'y avait vraiment (prune variation dialectale sans signification et 
sans importance. Ainsi ont passe pour des dérivés en -ellum ou 
en -ittum les termes gauinais ou chestrolais bouchré, chitré, 
coupirê, fourchré, houpré ou houpperai, mousré, pateré, pètré, 
chapitré, chantre, les termes du nord clouktrai, cocrai, costrai, 
cotraî, coistrai, dosrai, findrai, fouyerai, hachrai, hitrai, houtrai, 
laurai, leherai, leiivrai, lignerai, titrai, livrai, màdrai, macrai, 
murai ou muret, nokrai, péterai, piquerai ou picrai, plastrai, 
pocrai, poitrai, spitrai, tastrai, tindrai, vautrai, vètrai : autant 
d'énigmes sous leur livrée populaire; car, pour beaucoup, le suffixe 
ne devient si facilement explicable qu'au détriment du radical. 
qui s'obscurcit d'autant. 

D'autres confusions se sout produites en wallon comme en 
français. Dès que le suffixe -erez a commencé à perdre son sens 
précis, on dirait qu'il s'affole. Comme une bête égarée qui a perdu 
son maître, il se met à courir d'un passant à l'autre, il adopte un 
maître de hasard. On pourrait encore comparer ces mots de 
terminaison incertaine et amorphe au bernard l'hermite qui loge 
son arrière-train dans une coquille de rencontre. Mais effaçons 
ces métaphores interdites au philologue et disons que. par méprise 
ou par essai d'étymologie populaire, on rapproche inconsciem- 



— i«o — 

ment le suffixe rare, ou compliqué, ou troublé, de quelque autre 
suffixe commuu el d'intelligence facile. Ce rapprochement et la 
confusion finale ont été favorisés par le voisinage des dialectes, 
par les à-peu-près de traduction et de rétroversion d'un dialecte à 
L'autre. Ainsi coquerez, g raterez, grimperez, hotterez, ont pu être 
compris comme ayani le suffixe -et, soit dans une région où -ez et 
-cl se i rononçaienl avec é fermé, soit là où ils se prononçaient 
tous deux avec è ouvert. Retraduits par des tabellions, des 
greffiers, de leurs patois en français approximatif, des mots sem- 
blables peuvent devenir coquerel, grimperel, listreau, liureau, etc. 
Il arrivera même à quelques-unes de ces formes dialectales de 
faire fortune et de passer dans le courant du langage, tels coste- 
reau, gritnpereau, hottereau. Ailleurs, il arrivera que -et se 
confonde avec -ais du suffixe collectif -etum, ou avec -oè, eu issu 
du même suffixe -etum en d'autres régions, lequel -eu sera retra- 
duit analogiquement en -ois, exemple *faverez, faveret, /'avérais 
ou [aurais, fanerois. Tout n'a pas encore été découvert sous ce 
rapport et il n'est pas môme possible de tout découvrir, ni de tout 
démontrer. Néanmoins nous n'avons pas voulu fuir les sugges- 
tions et les conjectures lorsque la phonétique ou la sémantique 
militaient contre l'explication superficielle courante en faveur 
d'un primitif en -erez. 

('es diverses confusions ne sont pas de la même date ni de la 
même région. Ainsi on confond la forme féminine et la forme 
masculine dans eoq bruereche ( i3 17), sou èwerèee, malien fole- 
reche, banneresse (porte-bannière), chevalier bannereche (i4<j3, 
Mons) : cette confusion a dû se produire pendant que le masculin 
se prononçait encore en articulant la sifflante finale. Au contraire 
-erez n'a pu être interprété comme -eret qu'à l'époque où la 
consonne finale 2 était amuïe. Alors naissent bouveret, baveret, 
cierg'eret, ce qui rend possible des féminins en -elle : baverète, 
èscumerète, chauferète, passerète. De même -erez n'a pu être 
confondu avec -erel qu'à l'époque et dans les dialectes où -erel 
s'amuïssait en -erê, et cette erreur a rendu possibles des féminins 
en -erelle, ailleurs des masculins en -eria, -erea, -ereau. Des 
déformations plus vilaines, mais donnant une idée de l'amplitude 
de ces variations, sont fournies par castrètche et castrèfe pour 
casirerèce. 

En même temps que la forme vacille, le sens fléchit déplus en 
plus. < 'e qui était adjectif n'est plus compris dans sa précision : 
rente chambrerece devient « rente de chambereehe » ; le wallon 



- i8i - 

clâ cwastrê devient « clâ iV cwastrê ». Alors l'histoire du mot est 
impossible à reconstituer, si l'on ne trouve pas des témoins des 
étapes intermédiaires. Nous n'avons pas la prétention d'avoir 
résolu tous les petits problèmes de ce genre, ni rencontré toutes 
les preuves. Notre série d'articulets aura du moins le mérite 
d'attirer l'attention sur des formes étudiées superficiellement 
jusqu'ici. 

M. Thomas a partagé sa liste eu deux grandes classes, thèmes 
nominaux et thèmes verbaux, comportant chacune les subdivi- 
sions en adjectifs, substantifs masculins, substantifs féminins. 
Cette disposition en six catégories a ses inconvénients et ses 
avantages. D'abord, comme l'auteur l'avoue, il est parfois difficile 
de décider si l'on a affaire à un thème nominal ou à un thème 
verbal. Ensuite le même mot peut exister sous deux ou trois 
espèces, comme adj., comme subst. masc., comme subs. fém., 
de sorte que les doubles emplois se multiplient. Cette disposition 
nécessite donc des renvois et fragmente la démonstration. En 
revanche, elle a l'avantage de présenter des listes plus homogènes. 
A tort ou a raison, nous nous sommes contenté de ranger notre 
moisson, ou plutôt notre glane, par ordre alphabétique. 

Xous conservons dans notre liste, entre crochets, des noms en 
-erèsse issus de -ator -f -issa. et des noms en -erê issus de 
-er-f- -ellu, lorsque nous avons douté de leur origine et que 
nous avons dû les soumettre a un examen pour décider de leur 
suffixe. Xous avons seulement écarté les mots trop nombreux de 
ce genre qui n'avaient aucune forme wallonne correspondante à 
celles des recueils de Du Cange, Godefroy, etc., et pour lesquelles 
nous n'avions rien de spécial cà fournir. La présence de mots 
comme amerèsse dispensera les chercheurs de croire que ces mots 
n'ont pas été examinés et ont été omis à tort. — Xous insérons 
aussi dans notre liste des mots d'anc. -franc, non recueillis par 
M. Thomas dans son article des Nouveaux essais de philologie 
française, p. 78-110 et 359-362. 

Dans les articles qui suivent, j'impose aux mots wallons, pour 
lesquels j'ai les mains libres, l'orthographe rationnelle que me 
suggère l'étymologie. Les mots d'ancien-wallon ont la graphie des 
documents. Les mots d'ancien-français et les mots dialectaux 
des provinces de France ont la graphie des lexiques ou des docu- 
ments dont ils proviennent, sauf quand les variantes me permet 
taient de poser hardiment en tète d'article le primitif en -erez, ou 



— 182 — 

quand l'en-tête eût présenté mie forme trop barbare (voy. ferrerez, 
foûrerèce). 

II. LEXIQUE ( l ). 

abaltrîche ou albaltrîche, wall. de Fosse lez-Namur, espèce 
d'hirondelle appelée martinet, Ce mot est formé de arbaleste e1 <lu 
suffixe -erèce. Difficultés de forme : i° on a la variante -eriche 
au lieu de -erèche comme dans livriche, bourriche, brasserich; 
ce sont des terminaisons picardes; 2° on s'attendrait à trouver en 
rouchi (sous-dialecte picard «lu Eainaut) *arbal'terèche, avec Isi 
réduit à //, en wallon *arbasierèce ou iibasterèce, avec Ist réduit 
à st. Ainsi à Bastogne la compagnie des arbalétriers s'appelait 
confrérie de Varbastrie (Tandel, Communes Luxembourgeoises, 
t. IV, p. 128). Les formes t'ossoises précitées sont donc empruntées 
au rouchi, comme il arrive souvent à Fosse. Nous n'en avons pas 
encore trouvé d'autres. Voyez toutefois le mot. suivant àbastreû. 
— Difficulté de sens : le sens premier serait donc : (oiseau ou 
hirondelle) qu i ressemble à une arbalète. Il y a en effet une 
comparaison analogue dans le mot wallon signifiant martinet : 
cet oiseau s'appelle à Verviers êrtchî, littéralement archer, non 
pas dans le sens du français archer, mais dans le sens adjectival 
de *arcarius, en arc, en forme d'are. 

àbastreû, wallon, dans Gggg., II, 494 : (< système de bascule 
dans une machine à vapeur ». Est-ce un système arbasterez, 
c'est-à-dire en arbalète? En ce cas il faut sans doute prononcer 
àbastreû. Je préfère supposer une déformation du suffixe -erez 
en -ereu que de rattacher eu à -et uni on à -e(n)sem au mépris 
de la sémantique. 

abaterèce, i° wall. liégeois : terme de mineur, sorte de have- 
rèce pour abattre le charbon; 2" wallon de Givet, Dailly, Scry- 
Altce : cognée de bûcheron ; 3° à Stoumont : espèce de faux longue 
et étroite, BD 1908, p. 102. — Mot de suffixe différent de abate- 



\ l>ré\ iations : B = Bulletin de la Soc. liég. de Litt. wallonne. 
BD = Bulletin du Dictionnaire wallon. 

MM. Ilaust et Doutrepont ont relu mon premier manuscrit et m'ont signalé 
diverses corrections et additions. Je dois à M. Ilaust notamment les mots 
Bèvrèsse, Piètrèsses, bouterèce, rèperèce, f'uheréce, (rouwale) folerêce, (Ion/) 
hoûlerèsse, plazerê, ReceDrèsse. M. Doutrepont m'a suggéré une meilleure 
explication de fueresse ; M. Dewert m'a rectifié d'après le ms. l'explication 
de pineresse. 

Ajoutons eu outre (pie M. Belirens a insère dans sa Revue quelques articles 
'pli avaient échappé a M. Thomas, «pie M Ilaust en note encore une dizaine 
dans la Renie de Dialectologie romane, n° >. 



- i83 — 

rèsse, i°« chanterelle placée à une certaine distance en avant du 
filet; 2° faucheuse. Voy. HD 1906, p. 5i et 90. 

ameresse, anc. -franc, et anc. -wallon. Les ex. de Godefroy, 
v° ameor, montrent (pie ce mot est d'abord adjectif, féminin de 
a nie or, anieur, par le suffixe -issa. Aux ex. de Godefroy. 
ajoutons celui-ci, du Liégeois Hemricourt : « en temps qu'il avoit 
environ de 70 ans d'eage, ilh s'acontat d'unne strangne femme..., 
.une povre ameresse pour amours... », édit. C. de Borman et 
A. Bayot, n" 845. 

? ameret, franc dialectal. On trouve- petit ameret ou petit 
dameret, pomme de blanc» dans Rolland, Flore pop., t. V. 
p. io5. Le premier terme reste douteux, parce qu'il semble être 
une déformation du second. Le second est bien en -aricius et a 
été note par M. Thomas, p. 75. 

armerez, anc. -français. Godefroy traduit armer et par: «qui 
a la passion des armes et de la gloire ». Le mot existe sous la 
forme armeret dans Du C avec une fausse définition : 
« galant, poli, qui cherche a plaire », laquelle montre que l'auteur 
rattachait ce mot a a in are! Au Gloss. latin, v" amaratus. 
il y a un texte de Froissart où armeret suit amoureux : 
(c noble, frisque, sage, amoureux et armeret avoit esté ». La 
qualité de galant étant exprimée par amoureux, armeret doit 
nécessairement signifier, pour compléter le portrait : propre aux 
armes, destine aux armes, adonne aux armes. Voyez d'autres 
ex. dans Godefroy. 

apoyerèce, wall. de Viesville, étançon, littéralement : (perche) 
« appuyeréce ». 

avalerèce, wallon. Toutes les définitions données sont gauches 
ou fautives: il faut les comparer pour atteindre le primitif. Gggg. 
définit par « bure (pie l'on avale, c'est-à-dire que Von est occupé 
à creuser », mais il ne s'aperçoit pas que on avale a le sens passif 
de est avalée, et que le mot. avec le suffixe -erèsse qu'il lui prête, 
ne peut signifier que l'actif a val eu se. Bormans, Voc. des houil- 
leurs liégeois, écrit avaleresse et définit ainsi : « nom donné à la 
fosse pendant qu'on la creuse; riprinde i avaleresse d'on beur, en 
continuer [?] la construction, l'enfoncement ». Louvrex, II, 241. 
dit : « c'est un nouveau [?] bure que l'on commence [?| à tra- 
vailler ». Delmotte. lassai d'un glossaire wall. (montois), I, 5o : 
« puits creusé pour parvenir à la première veine ou couche d'une 
houillère. Quand le puits coupe une ou plusieurs veines, on le 
nomme bure ». Ar. Carlier (Charleroi) traduit par « puits 



- i84 — 

d'aérage, fosse d'air ». Que conclure, de là? Riprinde Vaûaleresse 
don beiïr doit signifier : entreprendre par contrat la partie ou la 
besogne avalerèce d'une bure, c'est-à-dire la besogne de creuse- 
ment en aval, suivanl la ligne verticale. Le sens adjectival est : 
qui concerne le creusement en aval, qui concerne l'action d'avaler 
ou profonder, connue dit encore l'ancien liégeois. Puis la partie 
avalerèce est à la t'ois le travail d'avalement, et le puits vertical 
qui en résulte. Donc, du thème verbal : avaler -f- -aricia. — - 
Le mot a passé du pays liégeois dans le Hainaut, témoin le texte 
de Delmotte ci-dessus, mais il s'est déformé en avarèsse à 
Baudour, I'resles, etc., forme notée par Doxy, B., t. 5o, p. 517. 

averè, wall. de Charleroi, t. de bouilleur, pioche. C'est la forme 
masculine du liégeois hnverèce (voy. ce mot), preuve que l'un 
n'est pas plus un diminutif en -et que l'autre n'est un substantif 
d'action en -er-èsse. 

aygreret, anc. -franc., Godefroy; mesure spéciale de grains 
dans le Louduuois, redevance d'une telle mesure, etc. Variantes 
graphiques du mot : aygreret, aggreyret, eguerret, 
esgarret, esgayrreyt! il me semble que ces variantes 
cachent un *agrerez, servant pour les champs, relatif aux champs, 
peut-être à un champ de surface déterminée (acre?), dont le rende- 
ment a pu servir d'unité de mesure. Du Cange donne, dans le 
même sens, agi* ère, agrier, a g ri ère, et il n'a pas les formes 
notées ci-dessus. 

bachereche, anc. -wall., préposée à un bac : « a femme qui fut 
Clamen, jadit bachereche, et a ses hoirs », i438, Jos Halkix, 
Le bon métier des vignerons de la cité de Liège, p. 33 (= B., t. 36, 
p. 39). 

baignerèche, anc. -franc., qui sert pour le bain. Godkfroy a 
l'expression « une cuve baignerèche » dans un compte de A r alen- 
ciennes de 1434. 

bancherèce, anc. -franc.; dans le Gloss. franc, de Du Cange, 
p. 54, on trouve « coignée bancheresse : certaine cognée à l'usage 
des charpentiers et charrons ». Carpentier, dans le Gloss. lat. 
de Du ('., l'ait venir bancheresse de bancart, ce qui n'a 
guère de vraisemblance. L'exemple, repris par Gon., est : « le 
suppliant, tenant une coignée bancheresse, de laquelle il 
t'ai soi 1 ung essieu de charrete », 1448- J'interprète dans ce sens 
que cette espèce de cognée est opposée à celle du bûcheron; c'est 
une cognée propre a travailler au banc de menuisier. — Cf. 
Godefroy, v° bancheresse, et Thomas, v" bancherez, p. 73. 



I»3 — 



banneresse, anc. -wallon, porte-drapeau. Gggg. ne l'enregistre 
que dubitativement (II, p. 555), mais nous le retrouvons dans 
Halkin, Le bon métier des vignerons r/e la cité de Liège, 
p. :>7 (= B., t. 36, p. 35) : « le porte-drapeau ou banneresse, 
dont la fonction consistait a porter la bannière du métier lorsque 
celui-ci sortait en corps»; dans Poncelet. Le bon métier des 
merciers de lu cité de Liège, p. 6o (= B., t. 5o, p. 298), qui a 
un paragraphe sur le banneresse et qui renvoie au Bull, de 
rinstitut arch. liégeois, t. 26. p. 53. La graphie des documents est 
doublement fautive, puisqu'il faudrait -erèce au lieu de -erèsse, 
et la l'orme masculine -erez au lieu de -erèce. Comparez (coq) 
bruereche. Cette graphie prouve que le masculin se prononçait 
jadis comme le féminin. L'exemple de Godkfkoy, chevalier 
bannereche, 1 p> ■>. Mous, a aussi la forme féminine. — Ne pas 
confondre avec banneresse, femme du banneret. 

barbierez, qui sert à < barbier » (bârbi), propre à faire la 
barbe. Thème verbal. Exemple de Du Cange, v° barbescere, 
repris par God. : <• De fait le dit sergent print le bassin barbierez 
du suppliant, dont il se aidoi! à user de son mestier ». i388. 
Godefroy a les variantes barbieret, barbiret, barberech, 
dont la dernière, ne contenant pas d'i, peut aussi dériver de 
ba r ba : propre à la barbe, pour la barbe. 

baterel; batrel, picard, dans leMistere de saint Quentin, v. 12896, 
édition H. Châtelain : « assommer d'un batrel». Ce batrel doit 
être un pilon. Le mot est-il un vrai diminutif? C'est douteux: 
le sens est plutôt : (bâton) pour battre, c'est-à-dire pour con- 
casser. Le pilon de la baratte est aussi un diminutif en wall. : 
bateroùle. 

baverèce ou baverète, 1 bavette, 2 bavarde, à Prouvy 
(pays gaumais, partie lorraine du Luxembourg méridional;; bave- 
rète, bavette, à Gosselies, B., t. 45, p. 100, GIoss. de Wyns; id. 
à Charleroi, à Neufchâteau. Sens premier adjectival : qui sert 
pour baver ou plutôt quand on bave; d'où bavette. Comparez 
èscumerèce, èsemnerète pour le passage de -èce îi-ète. — Si le sens 
de bavarde n'est pas dérivé de l'autre, il faut inscrire baverèsse, 
fém. de buveur, à côté de baverèce, toile ou linge pour baver. 

bergerez, anc. -franc., qui sert aux brebis, de brebis. Se trouve 
dans Dv Cange, y" bergerius : « baston bergerez, pastorale 
pedum, vulgo houlette», texte de 1398. Godefroy donne seulement 
bergeret, petit berger, et bergerois, de berger. Thomas, p. 88, a 
seulement bergerece, bergerie, ce qui est bien la forme féminine, 
avec, comme nom sous-entendu, le mot étable. 



— 186 - 

Bèvrèsse, lieu où est situé le cimetière de Malmedy (.1 rm. 
dol saméne, Bdalmedy, 1908, p. 3g). Il faut écrire bèurèce et expli- 
quer le mol par : (place) propre aux bièvres. La commune voisine 
de ce lieu s'appelle Bévercé, en wallon Béuurcé. Bèvrèce serait 
simplifié <lc bèurerèce, comme piètrèce et d'autres. 

bloeret, anc. -franc., drap bleu, Godefroy. Dérivé de bloe, 
bloi, bleu, employé substantivement; (drap) tirant sur le bleu. 
L'exemple de Gou. a bloerez : « petites rayes et bloerez d'icelle 
ville ». 

bosqueret, anc. franc., donne par God. 1 omme signifiant petit 
bosquet Ce serait un diminutif singulièrement fabriqué. 11 serait 
au contraire tout à t'ait régulier de l'interpréter par bosquerez, 
(bois) en forme de bosquet. 

bourriche, fiançais. On trouve dans le gloss. franc, de Dr C. 
les formes hétéroclites berroiche, borroche, bourroche, 
bouresche, boueresche, bourrache, bourroiche, bu- 
rache, avec des définitions peu variables : ce sorte de panier; 
instrument en forme de panier, propre pour pêcher ». Tous ces 
articles renvoient au gloss. lai. v° bertavellus, où l'on peut 
mieux se faire une idée de l'objet par les exemples. 1827 : item 
li courgnon [nasse] des eliees [d'éclisses] que l'en dit bourroiche 
ne corra point en nulle saison » — « borroche, cistae speeies : 
une borroche de jonc plaine de poupées de lin et du lin filé ». — 
« Le suppliant print une pleine borroche de prunes, laquelle il 
getta à l'encontre de son frère ». La terminaison -iche de bour- 
riche, que l'on constate d'ailleurs si variable par les formes 
précédentes, n'est pas irréductible à -èche. -èce. On trouve de 
même brasserich pour brasserech (Thomas, p. 95), brasse- 
rich id. 74) et, dans notre liste, abaltriche, livriche. 

boutcheré, gaumais, Liégeois, Com.pl. du lex. gauin., p. 23. 
Il ne s'agit point d'une petite bouche, mais d'un exanthème propre 
à la bouche, venant autour de la bouche. 

bouterèce, wall. du Condroz, sarcloir à manche employé dans 
les semis en lignes (eomm. de M Henri Gaillard, de Xeuville- 
sous-Huy). Dérivé du verbe bouter. Ce sarcloir est ainsi dénommé 
sans doute parce qu'on le pousse devant soi par petites secousses. 
Ailleurs on l'appelle rèperèce. Voy. ce mot. 

1. bouveret, un des noms du bouvreuil ou pyrrhule vulgaire. 
On trouve aussi bouvier, bouvereuil, bouveron, bouve- 
reu x . Gaston Paris a écrit un articulet sur ce mot (cf. Mélanges 
linguistiques publiés par Mario Roques, p. 5i5). Le bouvreuil. 



— 18- — 



dit-il, n'est point par son nom un petit bœuf, mais un petit 
bouvier. Je crois qu'on peut aller plus loin et voir dans bouve- 
ret, bouvereux, etc., des divergences d'un primitif bouverez. 
L'oiseau bouverez (bovaricius) est l'oiseau qui accompagne le 
bœuf. C'est moin- poétique, il est vrai, que le petit bouvier de 
<L Paris, mais c'est certainement plus juste que le petit boeuf 
de Littré. 

2. bouveret, anc.-franç., terrain propre à être labouré par des 
bœufs. Carpentier, dans Di C, v° boverius, définit ainsi : 
<c ipsa agrorum cultura, quia bobus exercetur » (une couture, en 
ce qu'elle est labourée par des bœufs). Les exemples qu'il donne 
ne laissent aucun doute sur le sens ni. par conséquent, sur le 
suffixe : « trois courvées de cherrue l'an, pour aidier à faire nostre 
bouveret de Joinville » u354) : « cinq corvées de bras è> 
bouveres d'icellui prieur » (I49 1 )- — Lorrain : bouverot. — 
M. Thomas, p. 88, a bovareza, chemin des bœufs, et bove- 
recc, bouverie. — Le Bouveret, village sur la cote S.-E. du 
Léman. 

bozerez, de Thom \s. p. 74. existe sous les formes i° Boseret, 
2° Bosret comme nom de famille d'un chansonnier namurois, et 
3° Bosseret, nom de famille à Namur, dans Halkix, Le bon 
métier des vignerons, p. 6<). Le sens donné par Godefroy, « sali 
de bouse» du thème bouse, wallon bosse (boue), ne rend pas 
compte du suffixe. Il faut partir de : t'ait pour la boue, qui aime à 
jouer, à se vautrer dans la boue. Mais le sens a vite passé de la 
destination au résultat. Il s'en est suivi un verbe se bouserer . 
On ne peut en tout cas considérer boseré comme le participe 
passé de ce verbe : les anciennes graphies bouseret, bou- 
serez (cf. God.) s'y opposent. 

bruereche, anc.-wall., de bruyère. Le mot est dans la Lettre 
des Venalz ( 1 3 1 7 ) , étudiée par Gggg., B., t. VIII, n e partie, p. 7. 
Il note les variantes coq bruereche, cocq bruerece, kock 
brureche. kok broueche et cok brieche. Dans les deux 
dernières, un re en abréviation a dû échapper aux copistes. Les 
ex. de Louvrex, qui ont tant intrigué Gggg., kockeuerele, etc., 
se résolvent aussi en cocbreuerece et les conjectures de Gggg. 
sont inutiles. — On confond déjà en i3i7 la forme féminine avec 
la forme masculine —Je trouve dans J.-S. Renier, Histoire du 
Ban de Jalhay, t. II, p. 254, que le coq de bruyère est appelé 
broultea ou coq de fangne. Ce broultea a bien l'air d'un 
brouerece mal lu. — bruerez est pour :: br uye rerez : il y a 
superposition des deux re. 



- 188 - 

bucheret, anc. -franc, instrument pour pêcher. Synonyme 
buckière. Dv C. v° bnchia, a l'exemple :« lesquels tirèrent 

ai ii ta aef au chable pour pescher au bucheret », i47-- 

ti 3FROY définit buchière par « bramail, engin de pèche », 

mais bucherel manque. Le sens primitif reste indéterminé; 
le thème est-il le germ. bue, comme dans trébuchet, ou de la 
même racine que 1) ù c h e ? 

bûrèce ou bû"'erèce, patois gaumais (lorrain du Luxembourg 
méridional . dans l'expression sèle bùrèce, LIÉGEOIS, Lex. 1^:111- 
mais, p. 171. trépied pour lessiver (buer). — Ajoutez les notes de 
M. Thomas, p. o,5 et 102. — A distinguer de bûrèsse, lessiveuse, 
usité en gaumais, en rouchi (Sigart, p. io3); en wallon boive- 
rèsse, bouwerèsse. 

cendresse, anc. -franc, ad/., de couleur de cendre, Godefroy. 
Est-ce le féminin de cendrier, cendré, adj.? ou est-ce une 
réduction de cendrerèce, tiré de l'expression de couleur 
cendrerèce, de couleur relative à celle des cendres? L'exemple 
suivant, de Godefroy, ré ont le problème en faveur de la seconde 
hypothèse : » Si vint un hom qui portoit pain — Si coin de 
cendresse couleur », De S' Brandan, Jubinal, p. 116. 

chambereche, anc. -franc., est défini par le gloss. franc, de 
Du C, p. 87, « cens ou rente que la Chambre du seigneur lève 
sur les terres de ses vassaux »; par Godefroy, « so:te de cham- 
belage payé pour la terre elle-même ». Le sens propre est : 
(rente) relative à la Chambre, et la forme devrait être 
chambrereche. On peut saisir sur l'exemple suivant le moment 
où le sens adjectif se brouille : « Encor i a li cuens rente de terre 
k'on apie'e de chambereche », 1289, Lille. 

chauderet et chaudret, IV. , Dict.. gén. d'après Savary, Dict. 
'lu Commerce, 1723. On ajoute qu'il « semble dérivé de chau- 
dière ». Au contraire, il n'y a pas la moindre analogie de signifi- 
cation. Le sens est : < cahier de feuilles de baudruche (var. de 
velin, v° eaucher) entre lesquelles on place les feuilles d'or, 
d'argent, déjà amincies par deux battages successifs (cf. v° eau- 
cher. ca/care), qu'on enferme dans une enveloppe de parchemin 
pour les soumettre a un troisième battage ». Ce sens fait penser 
a une dérivation de chauder ou chaude. — Il n'en est pas de 
même de chauderete (God), petite chaudière. — Quant a chau- 
drette et caudrette, définis par le Dict. gén. « filet en forme de 
poche, monte sur un cercle, qui sert à pécher le crabe, le 
homard, etc. ». il es1 possible que par analogie de forme le nom 
de « petite chaudière » ait été donné au filet cerclé. 



- i8 9 - 

chaufferette, franc.; côfrète, Calvados; eschauferetie Gode- 
froy. Le diminutif paraît aussi peu justifiable que dans cheu- 
merette ou passerète, mais trouve-t-on dans quelque patois 
chaufferesset 

cheûverèce, wallon, dans l'expression fwate (?) cheûverèce, 
que le dict. namurois de Pirsoul t. I, p. 274, définit « grande 
fourche en bois, à deux dents, dont se sert le batteur en grange 
pour relever la paille ». Faut-il lire fwane cheûverèce, fourche 
destinée, non à chover (balayer), puisqu'on ne balaye pas avec une 
fourche, mais a relever les cheûves (fanes ou tiges)? Ou y a-t-il 
une méprise plus forte? Cf. fènerèce et heùrèce. 

chiter^, gaumais, basse carte, a Virton : Mais, Dict. manus- 
crit; à Tintigny : Liégeois, Lex. gaum., p. 110. Du verbe chiter, 
foirer, on du substantif chite, diarrhée. Ce mot énergique devrait 
signifier : papier destine a la chite. — Cf. hiterc. 

ciergeret, anc. -franc., chandelier pour cierge, Godefroy. Le 
diminutif n'a aucune raison d'être; il faut rétablir ciergerez, 
instrument pour supporter des cierges. Un ciergeret diminutif 
ne pourrait signifier que petit cierge. 

clouk'terê, wallon du Condroz et de i'Ardenne, alytes obstetri- 
cans, litt' grenouille ou crapaud propre à clouk'ter. Cf. Gggg., 
II, 43, v" lurtai, et Defrecheux, ]'oc. des noms wall. d'animaux, 
v° lurtai. 

colèrèce, anc. -franc, et franc, dialectal, dans paelle coul- 
ler esse, ustensile qui sert à couler 1111 liquide. Thomas, p. 76, 
a placé par mégarde colère/, parmi les thèmes nominaux: il a 
d'ailleurs colèrèce parmi les thèmes verbaux, p. 107. Il signale 
en patois actuel de Pont-Audemer cou 1er esse ou couler et te, 
passoire. La l'orme couleresse existe aussi dans le Dict. gén. 
de Hatzfeld et Darmesteter avec le sens de « cuve employée 
dans les raffineries ». — Godefroy a encore coulerel, coulisse, 
où le suffixe et n'est guère justifiable et ne paraît pas primitif. 

côperèce, i° wallon, scie horizontale des scieurs de long, 
A. Body, Voc. des charrons, etc., p. 78. Le sens est scie destinée 
à couper. C'est une scie à deux manches verticaux, à dents 
très espacées, plus destinée à couper qu'à scier. — 2 On trouve 
dans Haillant, Flore des Vosges : herbe de copresse et 
herbe de copesse pour désigner Vachillea millefolium L. Le 
premier terme parait être le résultat d'une contamination de 
herbe côperèce, h. pour quand on se coupe, avec h. de 
côpèsse, h. de coupure. 



— 190 — 

côpera'-fiêr, à Faymonville-Weismes, Wallonie allemande, dans 
.1. Hast in, Vocab. de Fa,ymonville, p. u3, (= Bull., t. 5o, p. 555). 
Bastin le définit : « Passe-partout, grande seie avec une simple 
poignée à chaque extrémité, scie de long horizontale ». Littérale- 
ment « fer couperez », destiné à couper. 

coquerez, existe sous les tonnes coqueret, -ette, elle, etc., 
en wallon coquerê ou cokrè, avec des sens multiples. — coquerê 
i° le séneçon vulgaire, senecio uulgaris L., qu'on donne à 
manger aux oiseaux en cage; -2° le champignon appelé chante- 
relle; 3° la pièce en métal, en forme de coq, qui surmonte le 
clocher d'une église; 4° le gros chien d'un fusil a pierre, qui 
avail la forme d'un coq : Bury, Gloss. des graveurs sur armes, 
dans 1!., t. 2<), p. 3i4- Définition et dessin dans le Compl. nu voc. 
de l'armurerie liégeoise, de J. Closset, B., t. 34, p. 18G. — 
Pour le ti° 1, le sens originel est : destiné au coq; pour le n° 1, 
la chanterelle ou girolle est en forme de coupe, elle est jaunâtre, 
elle est comestible : rien là de particulier au coq; mais Baujiin, 
Pinax, 071, l'appellait fungus angulosus et uelut in lacinias 
dissectus : c'est parce qu'il devient lacinié en crête de coq qu'il a 
reçu le nom de coquerê; pour les n os 3 et 4, le sens est : en forme 
de coq. Le Dict. gaum. tus. de M vus traduit par « petit coq », en 
wallon coque : c'est alors diminutif. — coqueret = i° senecio 
uulgaris, Rolland, Flore pop., t. VII, p. 24; 2° une espèce de 
pomme, ibid.,t. V, p. 180; 3° une pièce de montre à verge, Paulus, 
\'oc. de l'horlogerie, B., t. 4 2 « P- 377. Le manuel Koret de l'hor- 
loger, plus explicite, appelle coqueret : i° une petite pièce de 
laiton ajustée sur le coq et dans laquelle est le trou où 
pivote le pivot du balancier; 2 une petite plaque d'acier servant 
a fixer sur le coq un contre-pivot en pierre ou servant elle- 
même de contre-pivot. Dans les montres, le coq est la plaque 
qui recouvre le balancier; elle est en forme de coq ; mais le 
coqueret n'est pas un petit coq par la forme; son nom provient de 
ce qu'il accompagne le coq et s'ajuste sur lui. — coquerette = 
cardamine des prés, dans le Haut-Maine, Roland, Flore pop., 
t. I, p. 239. Le sens doit être : herbe pour les coqs, interpréta 
tion justifiée par d'autres noms de la cardamine pratensis : pain 
d'oiseau, pain d'alouette, ("est une crucifère de la nature du 
cresson. — coquerelle, coqueret, coquerette est l'anémone pul- 
satille, i>uls;iiilhi vulgaris Mill., dans l'Aube, la II"' Marne, la 
< ôte d'Or. Dans la Meuse on dit couchiri, coucheriu, -cricu, 
■cru, -ereu, -eriol, Rolland, Flore pop., t. 1, p. 16. Toutes ces 



- I9 1 - 

formes nous montrent coque rez passant à d'autres suffixes. — 
Le wallon câcarète est peut-être encore une forme de coqué- 
rette. 

côrèce, wallon, dans rêne-côrèce, grenouille verte. Le liégeois 
dit rêne-côrèce on côrète. Gggg. I, 125 enregistre comme namurois 
côrète ou côrase. Le gaumais dit réne-côtète, Liégeois, Lex. 
»-au m , p. 118 et Compl., p. in ; r. cawrète à Musson. Le cham- 
penois et le lorrain ruine côrasse, le normand raine coudrette, 
Rolland, Faune pop., t. HT, p. 74. Voyez d'autres indications au 
t. XI, p. 146. notamment caurresse, ane. -français. Defbecheux, 
Yoc. des noms wall. d'animaux, a aussi coiirresse, mais sans 
indication de localité. 11 n'est pas douteux que ces formes ne 
soient issues de corylus, coudre, en wallon côre -f- le sutï. 
-aricia. Le sens est donc : grenouille qui fréquente les coudriers. 
(T. Thomas, p. 7"). v° eoldrerez. Delmotte, II, p. 569, qui 
fournit la forme raine corache, ne manque pas d'ajouter que ce 
surnom vient a la rainette de son coassement*. — Corette ou 
corrette, anc. -wallon, gelinotte, gallina corylorum, est en réalité 
le même mot que le précédent. On le trouve : 1" dans la Lettre 
<les Venalz de 1017, dont Gggg. s'est occupé dans B., t. 8, 2 e partie, 
p. 8. Variantes des manuscrits : coerrette, corcette, corecte, 
coret, courette; 2 dans J.-S. Renier, Hist. du Ban de 
Jalhay, II, p. <)2 : « Etant allé vers un créancier pour le fléchir 
en portant six poulets, il les a estimes a rien et m'a rebouffé très 
bien. Lui représentant les misères des guerres, maladies et 
dissenteries, il me dit que, si je lui faisais présent de six corettes, 
il aurait patience », i683. 

costeret, anc.-franc, charge, panier, Godefroy ; costeré, 
espèce de vaisseau ou hotte pour la vendange, Du ('. Je conjec- 
ture qu'il s'agit d'un pani er eosterez. qui se porte sur le côté, 
laissant les deux mains libres pour cueillir les grappes. Godkfroy 
donne encore costereau, celui qui est a côté, où le diminutif n'a 
que faire et peut être une maladroite francisation, et costeret, 
costerot, (cousteret en plus dans Dr Ci, mesure de vin, d'huile 
ou d'autre liquide, sur Lesquels il est plus difficile de motiver un 
jugement. — Comparez cwèsterè. 

[costrê, wallon, trésorier d'église. -Mot de même racine que 
l'anc. -franc, coustre, marguillier, du lat. custor = custos. Est-ce 
un diminutif en -ellum, ou une réduction de costrerez, au sens 
de : relatif au marguillier ou au sacristain? Costrerez se compren- 
drait mieux de choses afférentes à la personne du coustre; d'autre 



- *9 2 — 

part, il semble que le sut fixe -é a simplement pour but de donner 
du corps au mot .] 

coterê, wallon : i" cotillon ; 2° toison, Dasnoy, p. 295 ; 
; épervier, espèce de grand filet affectant la forme d'un cône 
tics évasé, A. Jacquemin, Voc. du pêcheur, B., t. 29, p. 256. 
L'ancien wallon dit cot rcal : Bormans, Le bon métier des dra- 
piers, p. toi, Documents divers, B., t. (i, p. 107; l'ancien français 
dit coterel. cotte; d'arme; il est donc possible que coterê soi 1 
un diminutif en -er -ellum. Le sens 3 n'y répugne pas : le 
filet de pèche a pu être comparé à un de ces jupons courts et 
«vases de paysanne. Néanmoins j'en doute. 

coûrerèce, wallon : r° rifflard ou demi-varlope, Ggug., I, 
p. 342; repris par M. Thomas, p. 107 ; Body, Voc. des charrons, 
dans B., t. S, p. 79, donne des explications sur ce sens. De même 
Mathelot, Voc. de V artisan-maçon, B., t. 11, p. 77, définit par 
demi-varlope, servant à enlever la superficie grossière du bois. 
2 Outil en fer muni d'un manche pour tracer des moulures sur le 
moyeu, Body, o. c, ibid. ; 3° Grande carde que l'on employait 
pour dresser le poil d'une étoffe. Bormans, Le bon métier des 
drapiers, même Bull., p. 253. — Bormans, qui part du sens de 
varlope, voit dans le terme du drapier un emploi analogique. 11 
fallait partir du sens adjectival : destiné à courir. Tout usten- 
sile, approprié pour courir sur un certain fond, si variés que 
soient sa forme et ses effets, peut être dénommé courerez ou 
coûrerèce. 

courseret, anc.-franç., voiturier, roulier, Godefroy. Sens 
premier : pour faire des courses, pour courir. 

coûterèce, wallon liég., verv., état de ce qui est trop court; 
employé surtout dans l'expression coûterèce d'alêne, haleine 
courte. Sigart, p. i32, écrit courteresse ; Delmotte de même, avec 
le sens de déficit; Vermesse courtreche eteourtresse. M. Thomas, 
j). 36o, donne corterecc comme un mot à suffixe -aricius. 
Deux choses cependant contrarient cette opinion : 

i° Le mot serait formé d'un adjectif, non d'un substantif ou d'un 
verbe; 2 le sens est le sens abstrait des mots en -esse, -i s s a. 

La première objection atteint encore les mots long'ueresse, séche- 
resse, forteresse. Mais e° pour forteresse, les Bénédictins ont ajouté 
au Du ('ange primitif un fortaricia latin de l'an 1210, un fortareza 
provençal de vers 1173. Le mot semble donc de formation bas- 
latine et tiré — non directement de l'adj. n. pi. devenu subst. 
1. s., qui aurait donné forcerece, — mais du singul. forte, c'est-à- 



- I9 3 — 

Jire d'un adjectif à valeur substitutive, une époque où l'on sentait 
Micore forte dans Eortia; 2° pour sécheresse, il va l'italien secche- 
reccio, qui signifie d'abord bois sécherez; et je ne sais au 
surplus si le français sécheresse doit lui être assimilé et n'est pas 
plutôt un mot abstrait en -esse; 3° longucresse est un ternie de 
sarrier — non abstrait — qui n'est pas nécessairement le même 
.pue longuesse, bien qu'on ait pu souvent les confondre. Est-il tiré 
Je longueur, avec le sens : suivant la longueur, ou de 
long substantifié? Le cas de courterèce paraît ressembler beau- 
coup a celui de sécheresse. Le mot n'est pas un terme si abstrait 
que les dictionnaires wallons le t'ont croire. Il est aussi adjectif. 
On peut dire d'un asthmatique : il est coûtràc(e) d'alêne, e'est-à- 
lire il est — tirant sur le court — au point de vue de l'haleine. 
À. côté de c< coûtress d'aleinn », Remacle 2 , I, p. 404, écrit sans s'y 
arrêter <> coûtress-ideinn » : remarquons à sa place que coùterêce 
-st encore adjectif dan- cette expression, mais nous achemine 
vers le substantif au point que Remacle ne perçoit pas de diffé- 
rence. De même, en italien, secchereccia a bien passe jusqu'au 
Stade de substantif abst rail : car. ,-i l'on peut douter que coûtrèsse, 
3. I'., soit le même mot que coùterêce, adj. m. et fém., on ne peut 
louter en italien, parce qu'il n'y a pas moyen de confondre 
aricia devenant -ereccia avec -itia qui devient -ezza. 

cramerèce, wallon, Charleroi; t. de mouleur : palette en fer 
ivec laquelle on enlève les scories hors de la poche. L'ouvrier 
j'appelle crameû (écrémeur); il se sert de la palette cramerèce. 
J emparez houmerèce. 

coveret, franc., dans Lanessan, Botanique, p. 2 : «On place 
>ar dessus le tout la lame mince de verre connu sous le nom de 
'oueret ». Le mot n'existe ni dans Goi>. ni dans le Dict. gén., 
îi dans Mo/.tx. C'est sans doute un terme dialectal élevé par 
[uelque savant à la dignité de terme technique. Pour coorerez, 
lestiné à couvrir, bien que n'ayant pas la forme d'un couvercle. 

crènerèce, wallon. En combinant les renseignements partiels 
le Lobet, 3ii (repris par Gggg. II, 3o2. v" ricranner); Body, 
Voc. des couvreurs, B., t. 11, p. i5o; Body, Voc. des tonneliers, 
B., t. 10, p. 243; Jacquemin, Voc. du serrurier, B., t. 16, p. 224, 
m peut répartir en deux sortes les outils de ce nom : i° outil des 
ouvriers du fer et autres métaux appelé scie à refendre : hune 
le fer ou d'acier, dentée, munie d'un manche pour fendre et 
liviser la tôle, le zinc, les tuyaux de plomb, etc. Cf. ricranerèce: 
2° feudoir des ouvriers du bois, etc., vanniers, cordiers, jardi- 

i3 



- i 9 4 - 

niers. Lobet donne encore : fil de fer avec lequel le potier de 
terre détache l'ouvrage de dessus le tour. Mais c'est l'habitude 
de Lobet de copier et de donner comme sens ù un mot wallon 
lout ce qu'il trouve de significations à un ternie français corres- 
pond, int Le sens général est donc outil destiné a faire un 
cran ou entaille. 11 faut sous-entendre laine ou sôye. 

crèsterèce, wall., brique faîtière de forme particulière, litté- 
ralement : propre à faire la crête, crèsse. 

cueilleret, anc. -français, registre du receveur, Godefroy. 
L'expression première doit être registre cueillerez, registre 
pour le cueillage ou levée des impôts, par opposition à des 
registres d'autres attributions. 

cwèsterê, liég., verv., mal m., cwasterê, ard. , correspond à 
l'anc. -franc, costerez, fém. costerèce, que M. Thomas explique 
p. 75, 83, 89. Le sens général est : formant côte, disposé à 
la façon de la côte embranchée à l'épine dorsale, puis formant 
côté, ce qui est déjà une divergence. È cwèsse en wall. signifie 
de travers, en travers, obliquement, de côté, en anc. -franc, coste- 
rècement, qui est dans Baudouin de Condé. Sens spéciaux : 
M. Thomas signale deux sens (pie nous n'avons pas encore 
retrouvés en wallon : i° les côtes de l'aile du moulin à vent; 2 les 
madriers faisant partie d'un métier de haute lice, plus précisé- 
ment : les côtes des deux ensubles, qui soutiennent ces ensubles à 
leurs extrémités; 3° quant à cotret, que M. Mosenviller fait venir 
de courteret (Cf. J. Haust dans Mélanges Knrth, II, p. 319, 
n. i), et dont le Dict. gén. déclare ignorer l'origine, bien qu'il 
note les formes anciennes coteret, costeret, M. Thomas n'a 
pas de peine à y retrouver un primitif costerez. Je crois 
seulement que la filiation des sens doit être modifiée ainsi : 
branchettes qui sont les côtes des branches et que le bûcheron 
détache pour en faire des fagots de menu bois. C'est au pluriel 
que le mot signifie collectivement fagot. 

Le wallon possède cwèsterê dans le sens de clou à tète allongée 
et à deux pointes dont ou ferre souvent le talon et le bout des 
gros souliers de travail, Trillet, Voc. du cloutier, B., t. 5o, p. G3i. 
L'abbé Bastix, Voc. de Faymonville, B., t. 5o, p. 557, note plus 
étymologiquement qu'on en garnit les bords des semelles et des 
talons. En effet, on place au centre des clous à une pointe. Mais, 
ce qu'il faut surtout dire, c'est que ces clous à deux pointes sont 
places transversalement au bord. La définition de Kinable, 
Gloss. du cordonnier, B., t. i>4, p. 281, est en partie erronée. 



— i 9 5 — 

Ce cwèsterè est originairement adjectif : son substantif nous est 
fourni par une expression clà cV cwèstrê, -- déformation évi- 
dente declà cwèstrê, — que donne Body, Voc. des charrons, etc., 
B., t. 8, p. 74. 

cwèsterèce, liég. ; cwasterèce, nam. ; costerèce, rouchi : 
Sigart, p. i3o: costerèce, Frameries : J. Dufrane. Sens spé- 
ciaux : i° terme de mineur : des définitions vagues ou embar- 
rassées de Louvrex, II, p. 242; Bormans, Voc. des houilleurs 
liég., B., t. 6, p. 176; Delmotte, Essai d'un gloss. wall., p. i54; 
Sigart, p. i3o, nous inférons que les voies dites cwèsterèces sont 
des voies qui débouchent transversalement sur une voie princi- 
pale, montée ou vallée. Sur ce dernier point, Louvrex distingue 
des coistresses de montée, II, p. 252, et des coistresses 
de vallée, II, p. 2"î3. Les cwèsterèces sont reliées aux galeries 
principales comme les côtes sont reliées à l'échiné. — 2 ternie 
de charpente : arêtier, pièce de bois qui forme l'arête de la 
croupe d'un comble. Viène di cwèsterèce, panne d'arêtier, Body, 
Voc. des charrons, etc., II., t. 8, p. 76. A Hervé, on dit aussi 
plantche di cwèstî. — 3° terme de couvreur : angle saillant d'un 
toit, bords latéiaux de la toiture, Body, Voc des couvreurs, etc., 
B., t. 11, p. 148. — 4° rampe à jour d'un escalier portatif, 
Gggg., I, 120; II, 5i6, 067. C'est simplement la partie de côté de 
l'escalier. — 5" pomme à côtes, Gggg , I, 120; calville des prairies 
d'après Bastin, \~oc. de Faymonville; espèce de pomme sure, 
dit vaguement Pirsoul sous la forme namuroise cwasterèce, 
écrite coist cesse. A Charleroi, d'après Ar. Carlier, on dit juin 
d' castrèsse, eastrètche, cwast cesse, castrèfe. — 6° employé adver- 
bialement, par ellipse, dans a) d" oisèy costerèce, parler à côté de 
la question, parler sans savoir de quoi il s'agit : Frameries, 
L. Dufrane; b) tapèy costerèce, t. de mineur : dans des bou- 
veaux trop étroits, abattre le charbon en frappant avec le pie 
derrière soi par dessus l'épaule : Frameries, id. 

dismeret, pour dismerez, ane. -franc., Godefroy; relatif a la 
dîme. « Veau dismeret » dans Du Fail. -- dismeresse, pour 
dismerèce, où l'on recueille la dîme, Du Cange. — dismeré, 
subst. : « Nous avons un petit dismeré au ban d'Aul fiance, dit le 
petit dismeré de Villers », 17/p. Terrier de l'abbaye d'Orval,dans 
Tandel, Communes luxembourgeoises, t. III, p. n65. 

djamberèce, wallon, t. de batellerie, syn. de plat-boûrd, en 
franc, plat-bord (Charleroi, Ar. Carlier, Dict. wallon, dans le 
journal L' coq d'awous'). Gugg., II, p. 53i, définit ainsi : « Jam- 



— 196 — 

bresez [au pluriel], planches mises à plat, qui forment le bord 
supérieur d'un bateau et qui débordenl vers l'intérieur » ; il 
donne comme syn. fyondrèce. Le mot donc, p. 522, est défini 
.< bois servant à revêtir les j'noz et à soutenir la jambrèse ». 
L'article plat-bord de A. Jal., Glossaire nautique, t'ait voir 
que fyondrèce n'est pas syn. de fyamberèce. — Cf. gamberé. 

djèrberèce, guumais, i° dans j'enéte fyèrberèce, Liégeois, Compl. 

au lex. gaum., p. 63, fenêtre propre à rentrer les gerbes, ou faite 

pour rentrer les gerbes; 2° dans fône fyè'rberèce, fourche à deux 

dents, assez rapprochées, pour manier les gerbes. - Thomas, 

p. 36o, a noté jerberez. 

djonderèce, wallon, i" donné par Gggg. comme ayant le même 
sens que fyamberèce, voy. ce mot. — 2° grand rabot, varlope : 
Pirsoul, I, 349; Dasnoy, 3j7 ; Gggg., 1, 257. — 3" colombe, 
espèce de varlope renversée et portée sur quatre pieds, ("est 
l'outil qui est immobile et la pièce à raboter qui est manœuvrée 
par l'ouvrier, Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. 98, et 
Voc. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 265. — 4° tenaille plate 
servant aux forgerons. Plate signifie qu'elle s'applique parallè- 
lement sur les faces de l'objet à prendre : c'est une tenaille pour 
j oindre l'objet. Le sens premier du mot est : propre à joindre. 

dobulrèce, wallon verviétois, dans rize dobulrèce, Lobet, 493 : 
second versoir de charrue destiné à doubler le premier, 
afin de verser deux sillons a la fois. Lobet écrit rize d'obul- 
resse (!); Body, Voc. des charrons, p. 84, risse dobelresse. 

dosserê, wallon, enfant de chœur. Lobet, i58, écrit dozerai 
et traduit par castrat; Remacle, 2 1 ' éd., I, 527, donne les formes 
dosrai et geosraî, enfants qui chantent au choeur. Dosseray 
existe comme nom de famille. Il est difficile d'admettre l'étymo- 
logic de Gggg., I, 181, et de séparer ce mot de dosseret dérivé 
de dos au sens de dossier, qui signifiait en anc. -franc, dossier 
d'un dais et le dais lui-même. Le sens premier serait-il acolytes 
ou chanteurs qui entourent le dais?— Cf. Dict. gén.,v° dosseret : 
Thomas, p. 84 dosserez et 89 dosserece, et Hàust dans les 
Mélanges Kurth, p. 3i8 fin. 

[<( échardrounnette, i° instrument qui sert à échardonner ; 
2 chardonneret, oiseau », H. Baudon, Le patois des environs 
de Rethel. Le mot semblerait une déformation par métathèse de r, 
• le échardounerète, dont le suffixe irrationnel -crête aurait rem- 
placé un primitif -erece (comparez les diverses formes de houme- 
rèce): mais comme il existe aussi un verbe échardrouner, il est 



- 197 - 

plus prudent do considérer à la fois ce verbe et notre substantif 
comme de simples dérivés dechardron, lequel, comparé au wallon 
ardennais tchèdron, exprime deux fois IV de cardon ein (cf. 
scandalum : esclandre)]. 

*effacerèce, anc. -français, Godefroy : effaceresse, qui sert à 
effacer. 

escrevicerez, âne-français, qui marche à reculons (Godefroy), 
qui a rapport a la marche de l'écrevisse. 

esteret, anc. -français. God., sorte de pâtisserie. Est-ce un 
(h) a star ici us? 

*èwerèce, anc.-wall., forme que je rétablis d'après un texte 
liégeois cité par Godefroy, y sou 2 : un sou eauiveresse, i585, 
et repris sous le mot everez par M. Thomas, p. 76. La façon 
d'écrire .sou sans accent et le féminin eauweres.se ont empêché 
M. Thomas de s'expliquer l'expression. Il faut lire soii, seuil. 
Eauiveresse est une francisation maladroite, un monstre comme 
les demi-lettrés du moyen âge en ont fabriqué par milliers. De 
plus, son réclame le masc. èwerez; si un texte de i585 s'y est 
trompé, c'est qu'il s'agit d'une vieille expression (v. baneresse, 
qui est dans le même cas). Le sens est : seuil pour puiser de 
l'eau; il s'agit de degrés établis à l'endroit de la rivière où les 
ménagères vont soit puiser l'eau, soit battre le linge. — Le 
correspondant italien acquereccia, aiguière, signifie (cruche) pour 
contenir l'eau. 

fagnerèce, wallon, dans grive fagnerèce, litorne, grive qui 
séjourne dans les taillis proches des « fagnes ». Il va de soi qu'on 
dit aussi substantivement fagnerèce, Thomas, p. 89. 

faherèce, wall. ; dans un passage des Noëls wallons d'Auc 
Doutrepont, p. 141 : fyi creù qiï fyèl oeù d'oins 'ne faherèce. 
Le mot doit s'interpréter à l'aide du vers suivant : Non fait, 
c'est 'ine cripe as moutons (une crèche). L'opposition veut qu'on 
écarte le sens de bande, lange, pour adopter celui de corbeille 
destinée à contenir le maillot, les langes. Peut-être le mot est-il 
encore usité dans certains villages, mais nous ne connaissons que 
fahe ou fâche et fahète ou fachète (maillot). 

« faneret, fenaison », H. Baudon, Le patois des environs de 
Rethel; pour : (mois) fanerez, mois propre à faner, comme on 
dit en wallon fènâ-meùs. 

faverèce, ancien lieu-dit du ban de Gérouville, arr. de Virton. 
prov. de Luxembourg, mentionné au cartulaire Rouyer (i636-i664) 
des archives paroissiales de Gérouville, (Tandel, Communes 



- i9 8 - 

luxembourgeoises, t. III, p. 162). Il n'y a pas d'indication topo- 
graphique plus précise sur ce mot, transcrit d'ailleurs sous la 
tonne « à la favresse », niais nul doute qu'il représente un *faba- 
ricia, terreaux lèves. Compare/ Vacherèce et Porcherèce. 
Il y a des noms de lien identiques dans Thomas, Nouveaux Essais, 
p. 89. 

Le masculin Faverez a dû exister aussi comme nom de lieu 
(champ faverez); sans quoi on ne saurait expliquer Favrais et 
Favereau, (Tam>i;l. 0. c, t. IV, p. 53 et passim), deux noms 
de famille d'origine toponymique, dont le premier est une mau- 
vaise francisation de faverez. M. Thomas ne cite que fa vero is 
(p. 84), qui semble être du suffixe -et uni. 

fecheret ou fequeret, lieu-dit à Sugny, arr. de Neufchâteau, 
prov. de Luxembourg - (Tandel, Communes luxembourgeoises, 
t. VI, pp. 708, 716, 721). Le wallon fètchîre vient de i'ilicaria; 
fecheret, qui ne peut s'expliquer parle sens diminutif, doit corres- 
pondre à *fil'caricius. Peut-être le wallon fètchereù, fougeraie, 
est-il aussi une déformation de *fètcherê. 

fènerèce, gaumais, dans fane fènerèce, Liégeois, Lexique 
gaum., p, i3i et Compl., p. 63, v° fourchette; BD 1908, p. 72 
et 78. Fouine à deux dents et à long manche pour charger et 
décharger les récoltes. Sens primitif : fourche destinée à faner. 

*ferrerez. On trouve au Gloss. français de Du C, v° pain, 
l'expression v pain ferez, par ex. gauffre ». Il me paraît évident 
qu'il faut comprendre : pain fabriqué avec le fer et lire ferrez ou 
fererez. (''est un de ces mots où les deux syllabes en re se sont 
superposées. Le mot est synonyme de waufrerez. 

finderê, wall., i° hache avec laquelle on divise le bois destiné 
à faire des bêles, Bormans, Voc. des houdleurs liég., dans B., t. 6, 
p. 192. — 2 t. de tonnelier : fendoir, espèce de hache, à manche 
en équerre, qui sert à refendre les douves sur leur épaisseur. 
Elle s'applique sur la douve et on la fait entrer dans le bois à 
l'aide d'un maillet, Body, Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 25i. — 
On trouve à Rethel fendret, fendoir, couperet, H. Baudon, Le 
jmtois des environs de Rethel; dans Godefroy, fenderet, syno- 
nyme de couperet, encore deux pseudo-diminutifs. D'ailleurs, 
le wall. a aussi la forme féminine finderèce, qui garantit l'expli- 
cation de ftndcrc par -a ricin s. 

finderèce, wallon, i° cochoir, sorte de hache destinée à faire 
des encoches sur les cercles, Body, For. des charrons, B., t 8, 
]». 85; Voc. des tonneliers, B., t. 10, p. 252; Pirsoul, I, 267. — 



— T 99 — 

2" hache de charpentier, Mathelot, \'or. de l'art, maçon, B., 
t. ii, p. 88. - 3° hache de boucher, grande hache à lame rectan- 
gulaire qui sert à fendre la tête de l'animal, Semertier, \'oc. de 
/a boucherie, B.. t. 35, p. 39. 

flotcherèce, wall. de Stavelot; terme de tannerie : couteau 
d'ouvrier écharneur, J. Haust, Voc. du dial. de Stavelot, B., t. 44. 
p. 507. Littéralement : lame pour enlever les fJotches ou nœuds 
de chair adhérents à la peau. 

floterèce, anc. -français ; dans Godefroy, floteresse : sur 
laquelle on flotte. 

folerez, anc. -wallon, pour fouler les draps. Xe se rencontre 
cpie sous la forme folereche, bien que se rapportant à un nom 
masculin. Ex. « molendinum iiinini cura suis appendiciis uni- 
vrersis nuneupatum le molien folereche, contiguum molendino 
tanatorum leodiensium», 1 373, Échevins de Liège, dans Bormans, 
Le bon métier des tanneurs, p. 404. (qui a le tort d'écrire moulin 
de Folereche dans le titre). Une pièce du métier des drapiers, de 
i365, contient les expressions mollin follereiche et mollin folle- 
reçhe, Bormans, Le hou métier des drapiers, p. 202. Ces graphies 
sont d'imitation picarde. La forme féminine est encore usitée 
dans rouwale folerècc, 1. d. de Jupille. Voy. Top. de Jup., B., 
t. 49. P- '-67, où l'explication donnée n'a que la valeur d'une tradi- 
tion orale. — Cf. folerez dans Thomas, p. 96. 

fonderèce, anc.-franç., dans l'expression rue fonderèce, (rue 
de S'-Quentin) 1290, c'est-à-dire rue destinée aux fondeurs, où 
sont cantonnés les fondeurs. Cf. Godefroy. 

forceret, anc.-franç., petit fort, d'après Godefroy; coffre, 
cassette, d'après Du Caxge. Construction ou engin pour servir 
de coffre-fort. Ex. «villes, chastelx et foreeretz », i357 (Lettre 
d'Edouard III). Ce forcerez est un syn. de forterece tiré -le 
f ortia ou f orcia . Pour le second sens, Godefroy renvoie à for- 
geret. Là, deux exemples donnent forgeret, un donne force- 
ret. Ce ne peut être le même mot qu'en passant par for cher et; 
mais ce qui empêche ce forgeret d'être un dérivé de forger, c'est 
que forgerez ne pourrait désigner qu'un outil on une matière 
destinée à forger, non le produit de la forge. 

fourtcherè, wallon chestrolais, fourchette, c.-à-d. « pièce de 
bois en forme d'Y, qui assujettit la flèche [du char] au train de 
derrière, au moyen d'un ressort de bois appelé garot », Dasnoy, 
p. 84. — fourtcherè, gaumais, arrière-train du char, arrière-train 
du cheval (Prouvy-Jamoigne, note de L. Roger). Sens primitif : 
en forme de fourche. 



200 



foûrerèce, anc. wallon. Mol rétabli d'après l'exemple suivant 
noté par M. Thomas, p. 96 : << vint boniers et set verges fueresses 
en terre à la mesure de Liège», 1248, Romania, XIX, 86. De 
fuerre, wall. foùre, loin, fourrage. Il ne s'agit pas, comme le 
conjecture M. Thomas, de (verges) dont on se sert pour mesurer 
les terres fouies; c'est l'étendue de terre, comprenant 20 bonniers, 
7 verges, qui est qualifiée de fueresse, *foderaricia, c'est-à-dire 
propre à donner du loin. 

foûsserèce, wallon. Gggg., II, 526, note l'expression carpe 
fousseresse, carpe ceuvée. Il rapproche de ce mot le franc, du 
Centre' carpe forcière, carpe qu'on garde pour la reproduction. 
Mais forcière ne vient pas de forcer : c'est une mauvaise 
graphie de l'orsière, foursière, dérivé de l'anc. -franc, fourser. 
Sous sa valeur substitutive, forcière est mentionné dans le 
Dict. gén., avec le sens de « petit étang où l'on fait multiplier le 
poisson ». — Thomas, v° forserece, p. 96, l'a placé dans les 
théines nominaux. Il semble que le sens est : destiné à fourser, 
que le thème est verbal, et que forcière est un co-dérivé syno- 
nyme. 

fouyeret, wallon de Solières (Huy), rameaux feuillus qu'on a 
plantés sur le parcours de la procession. On les recueille, on en 
met dans le foin pour qu'il ne se gâte pas et pour le préserver 
des rats. On peut interpréter ce mot en sous-entendant vain 
(rameau); alors le sens premier de fouyerê sera « garni de 
feuilles », par opposition aux rameaux recueillis pour être brûlés 
ou pour ramer les pois. 

foyerèce, wal!., t. de menuiserie : rabot ou bouvet à faire les 
feuillures, Body, Voc. des charrons, etc., dans B., t. 8, p. 87; 
Mathelot, Voc. de l'artisan maçon, B., t. 11, p. 88. De foyi, 
fouiller, et non de foye, feuille, comme l'a très bien démontré 
M. Thomas, o. c, à l'article feuiller, p. 271. 

gamberé, rouchi, dans Sigart. p. 192, « gambré : planche 
épaisse servant de pont pour arriver dans les bateaux »; dans 
L. Dufrane, ]'oc. de F rameries : « gainbrét, plan incliné en 
planches ». Dérivé de gambe, jambe, au sens de planche ou plan- 
cher destiné aux jambes ou à enjamber. Cf. //am bercée. 

gaterèce, wallon, t. de sabotier à Lavacherie-sur-Ourthe : 
couteau ou plutôï lame tranchante recourbée en crochet et 
adaptée à un manche coudé, pour achever d'évider l'intérieur du 
sabol . ( f. graterèce. 

goymerez, ceux qui doivent des corvées avec le goy ou serpe, 



— 201 — 

Dr C, Gloss. franc. — Goy, d'après les additions de Carpentier, 
est une serpe de bûcheron, ou une serpe à tailler les vignes, ou à 
arracher les buissons (syn. uougesse). — Pour goymerez, forme 
singulière que (rODEFRov ignore, un texte latin d'une charte de 
i3ig encadre ainsi le mot : « De xj. libris et xv. solidis Turon. 
annui census, quem Petrus de Dyciaco miles habet et percipit 
super bomines qui vocantur les goy nierez et les bandons [sujets 
d'un ban] ». 

grateré, franc, dialectal, Vosges, galium aparine L., appelé 
ailleurs gratteron, gratereau, Rolland, Flore pop., VI, p. 242. 
Le sens est herbe à gratter, propre à gratter : thème verbal -f 
-erez; il n'y a pas de sens satisfaisant dans les diminutifs, qui 
doivent être des déformations. — grateret,H te -Marne, raniinculns 
aruensis L., ibid. , I, p. 53. Signifie : pour gratter, à cause des 
épines qui garnissent le fruit. Les carpelles du fruit de cette 
renoncule sont munis de longues pointes sur les faces. — graterais, 
à Semur, Côte-d'Or, ibid., I, p. 54. 

graterèce, wall. de Bourlers, région de Chimay. Syn. gate- 
rèce, wall. de Lavacherie sur-Ourthe. Terme de saboterie, outil 
pour aplanir le talon du sabot en dedans : H graterèce po nètiè 
V talon. — Je crois que gaterèee est une déformation, et que la 
saboterie de Lavacherie est originaire de l'Entre-Sambre-et- 
Meuse, comme il appert d'autres mots. 

grimperé, picard, Corblet, p. /\3i; en fr. grimpereau. Comme 
le suffixe -eau du français est également -eau en picard, il faut 
bien interpréter grimperé par -eret ou par erez. 

grôyerèce, wallon de Monstreux lez-Nivelles, dans fauchèle 
grôyerèce, faucille de forestier. Syn. fièrmint a biïse. — grôye- 
rèce, à Clermont-Thimister, est substantif et signifie : serpe à 
long manche pour gruyer les haies, c'est-à-dire pour couper les 
branchettes du bas. BD 1907, p. 21. 

hadrê, anc- wallon. i° sorte de chaudron : 1780 : « quattre mar- 
mittes de fer coulé, deux chaudrons hadrays et un grand à la 
lecive » Reg. aux Œuvres de Sprimont, n° 66, p. 252, (citation 
eonim. par M. Jean Lejeuxe, de Jupille). - 2° Il y a un mot 
hadrai dans Lobet, 234, traduit par « baille, baquet fait de la 
moitié d'un tonneau scié en deux, bail lotte, baquet de bois, 
tonneau défoncé d'un côté ». Gggg. II, 533, n'a fait qu'abréger 
Lobet; Body, Voc. des tonneliers, etc., B., 4°. P- a5 7< définit de 
façon équivalente : « moitié d'un tonneau, tinette de brasseur ». 
C'est ce qu'on appelle communément on côpé. — Il semble bien 



— 202 — 

que l'idée de couper en deux, diviser, soit inhérente au n° 2; dès 
lors il doit être de même racine que le miia. hader « zerrisznes 
Zeugstiick », que le w. hade, étriqué, et hadrène. (î'est un dimi- 
nutif. Mais le n° 1 est adjectif; le chaudron, qu'il qualifie, est un 
objet en fer. — 3° hadrai d' boûre, une assiette chargée de beurre. 
Malmedy, Body, Voc. des agriculteurs, B., t. 20, p. 8(5. Est-ce 
l'assiette qui s'appelle hadrêl est-ce la motte de beurre trop 
grosse ? 

halerasse, lorrain du pays messin, prune du prunus j'ruticans 
Weihe. Rolland, Flore pop., V, p. 383. Le sens est : (prunes) a 
ha 1er (secouer), propres à être secouées, donc liai erè ces. 

hatcherê, lie». ; hètcherê, verv. ; hatcherê, gaumais; couperet 
de cuisine à deux poignées, parfois à une seule Hervé), propre à 
hacher la verdure ou la viande sur le tàveli ou plantche hatche- 
rèce. — Le hachereau de God. est un faux diminutif, de même 
que couperet. 

hatchrèce, liég., nam ; plantche hatcherèce, ard., Spa, Body, 
Voc. des charrons, B., t. 8, p. 128; planche épaisse munie d'un 
rebord sur trois côtés, sur laquelle on hache la viande ou la 
verdure. — 2° hatcherèce signifie aussi le couperet à Liège, d'après 
(Jggg., v° hatcher. Alors, au lieu de sous-entendre un nom géné- 
rique masculin, comme fer ou couteau, qui explique le masc. 
wall. hatcherê comme le franc, couperet, il faut sous-entendre 
un nom fém., par ex. lame on serpe. — 3° hache ou couperet 
qui sert à couper les os et à les casser, ainsi qu'à fendre les bêtes 
en deux. En France, pour ce dernier usage, on se sert de la 
« feuille à fendre ». Semertier, Voc. de la boucherie, B., t. 35, 
p. 46. — 4° tranche, outil en acier qui sert à enlever les scories 
des parois des chaudières, Jean Lejeune, Voc. des chaudron- 
niers, B., t. 4°> p. 4 J 4« 

hausseret, anc. -franc., chemin de halage, Godefroy. Syn. 
hausserée. 

haverèce, wallon; en général, outil propre à hauer (excaver, 
râper, racler). i° pic des bouilleurs, plat et tranchant, avec un 
manche en bois, servant à ouvrir des héues (rainures) dans les 
couches pour faciliter l'abatage, Bormàns, Voc. des houillcurs 
liég., B., t. 6, p. 201; Gggg., I. 283. — 2° plantche haverèce, 
grosse planche appuyée d'un côté sur deux pattes, ce qui en fait 
une espèce de chevalet bas, dont on se sert en tannerie pour 
aplanir les peaux en leur donnant partout la môme épaisseur 
pour haoer et ravaler), Bormans, Le bon métier des tanneurs, 



- 2o3 — 

B.. t. 5, pp. 363. 367, 38i. — L'ancien wallon écrit xhavresse : 
(Jggg. II, 607 « manges de by et de xhavresses » (manches de 
pics et de h.) — Cf. Thomas, p. 108, v° eschaverece. 

heneri, Vosges, patois de la Bresse, baguette de coudrier, de 
laquelle on détache régulièrement les éclisses appelées lierions, 
.) IliNGKi:, ]'oc. de la Bresse, dans Bull, de la Soc. philomatûjue 
vosgienne, t. 32, p. 90. Ce mot serait eu wall. *hinerê, baguette à 
hiner (détacher des éclisses). 

hènistrèce, wall . grive draine ou haute grive, turdus visei- 
oorus L., Defrecheux, Vocabulaire des noms wall. d'animaux, 
H., t. 25, p. 55. I/adj. a été fabriqué sur la forme plus pure 
hènistê (eichenmistel) plutôt que sur hènistrê, gui. Le sens ne 
peut être que : (grive) relative au gui. 

heûrèce, wall., dans fotche heùrèce, fourche à secouer le foin. 
BD 1907, p. 37. Pour heûrerèce. Cf. cheûverèce. 
hêyerèce, wall., outil pour hêyî, chantourner les lames de scies. 
hièrtcherèce, wall. liég., croc pour attirer le panier à l'orifice 
de la bure, Bormans, Voc. <les houilleurs liég., p. 2o3. — Dans 
le sens de femme qui traîne les paniers, il faut écrire hièrtche 
cesse : c'est un autre mot, le féminin de hièrtcheù. 

hiterê, wall., raioche. A rapprocher du gaumais chiteré, qui, 
se disant d'un papier, ne peut impliquer l'action. 

hoterèce, anc. -wallon, trouvé dans le Cartulaire de Fosses, 
par Borgnet, i°, p. 110 : <c item, et toutefois que on reboutte 
ledit vivier, il doit avoir ou ventisea ung trou de tarière hot- 
terecht (variante terrer hottererck, peut-être.'Uiollerecht, 
ajoute la note) jectant eawe par la maistresse buze, et en tout 
temps, pour servir la bonne ville ». 2°, p. 142-143 : « Item ont 
déclaré encor par icelle dite lettre que quand l'eawe est détenue 
et remise dedans le vivier l'Evesque, que ou ventiseau ou ven- 
telle doit avoir ung trou de tarrier hottereche jettant eawe 
par la maistresse buze dudit vivier ». Le sens est tarière destinée 
à boucher la bote. C'est, d'après M. Aug. Lurquix, ce qui 
s'appela plus tard à Fosse li pilot do grand vèvî et la hôte est 
li trô do pilot. Il s'agit d'un étang intermittent dont l'eau était 
évacuée à certaines époques. 

hottereau et hotteret, franc., cf. Dict. gén., Gon., v° hotterel, 
exemple de i359 : « sis hoteraus ». Hotteret est dans Trévoux, 
1762. Sens : petite hotte grossière. Ces mots en -ereau, -eret 
décèlent d'anciennes formes à suffixe -erez, où, -ères n'étant plus 
compris, les terminaisons tournent folles et finissent par s'atta- 



— 204 — 

cher tantôt à -ère/, tantôt à -eref. Le sens doit s'interpréter : 
panier, etc.) ressemblant grossièrement à une hotte 

hoûlerèce et hoûdrèce, ane. -wallon. M. René Dubois, auteur 
des Rues de Huy, a relevé les inentions d'une tour qui faisait 
partie des fortifications de la ville de Huy. Nous tenons de lui les 
tonnes suivantes, que nous rangeons, pour ne rien préjuger, 
dans l'ordre chronologique : i" (tour) hullereche, i4<>7, de 
Schoolmeesters, Notice hist. sur lu seigneurie de Marchin et son 
église (dans Bull, de l'Inst. arch. liég., 1873, p. 62); 2" (tour) 
houlereiche, i4^4 : (( moulin aux papiers appelé aile devant-renne 
fosse sis devant la thour houlereiche », Archives de la Ville de 
Huy, vol. 19, p. 173; 3" t. hourlerece, 1461, Schoolmeesters, 
ibid. ; 4" t- houdresse, i54o : « mollin as papiers sis sur le Hoyoux 
en dessous de la tour houdresse », Archives de la Ville de Huy, 
vol. 19, p. 173; 5" t. houldresse, 1624, Schoolmeesters, ibid.; 
6° t. houdresse, i663, Schoolme esters, ibid. — Gggg. nous 
permet d'identifier ces formes dissemblables en enregistrant, 
t. T, p. 3i3, les formes synonymes hoûremen, hoûdemen, hoûle- 
nien, hoûnemen, éehafaud. Toute question de phonétique réservée, 
il est évident que hoûlerèce est à hoùlemint comme houdrèce est 
à houdemint, et que nous avons affaire à des variantes d'un même 
mot. Ce mot est dérivé de hourd, hourt, que Godefroy définit 
en général par retranchement, palissade de claies, et en parti- 
culier, d'après Viollet le Duc, par a ouvrage en bois, dressé au 
sommet des courtines ou des tours, destiné à recevoir des défen- 
seurs, surplombant le pied de la maçonnerie et donnant un 
Manquement plus étendu, une saillie très favorable à la défense ». 
Nul doute que la tour hoûlerèce ou hoûrdrèce de Huy ne fût une 
tour à galerie en bois ou encorbellement de cette nature. Nous 
traiterons ailleurs les questions d'origine, de filiation et de 
sémantique relatives à hourd, hourder, hourler, hourlê, etc. 

houmerèce, wall. liég., verv. ; choutnerèce, ardennais; cheume- 
rète, ehestrolais, Dasnoy,p. 140; keumerèce et keumerète, gaumais, 
Liégeois, Lex. gaum., p. 162; kémeroce, vosgien, dans Thomas, 
p. 107, qui rapporte à tort kémeroce à eremerece; chimerece, 
Charleroi; scumète, escumète, écumète, rouchi, JSigart, Del- 
motte, p. 224. Le sens est écumoire, littéralement passoire pour 
écumer le bouillon, etc. Il y a changement de suffixe dans les 
formes en -de. Liégeois définit keumerète par petite écu- 
moi re , et keumeresse par écumoire, mais la distinction de sens 
es1 sans fondement. — Cf. Thomas, p. 108, v" escumerèce. 



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houperf, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., p. 142, houperê, 
chestrolais, Dasnoy, p. 267. Meulon que l'on fait à la fin de la 
première journée de fanage. 

houteré. wa.ll. liég., terme de mineur. Bormans, Toc. des 
houilleurs lié»-., B.. t. G, p. 206, définit le mot : « bâtiment qui 
recouvre une bure aux bras ou petite fosse », et en fait un dimi- 
nutif de honte, butte Gggg., i. 3i4, donne les sens de magasin 
et lieu «l'attente, puis il revient sur le sens au t. II, p. xxxv ; 
alors houterai signifie : en général, selon Simonon, butte, abri; 
en particulier, l'ensemble des bâtiments qui entourent la bure 
dans les petites exploitations, ce que l'on nomme aussi butte en 
terme de mineurs. Enfin, au Gloss. de Vanc. wall., Gggg. donne 
la forme boutreau : « ens boutreaux de fosses et builleries 
(houilleries) », 1687. En dépit de cette forme en -eau, j'interprète 
le mot par bâtiment propre à se mettre a honte (à l'abri), à 
s'ahouter. 

« jottrait, (hors d'usage), pièce de bois vertieale adaptée aux 
extrémités des hamindes, et qui descend jusqu'au poitrail des 
chevaux », Bormans, l'or, des houilL, p. 208. La dernière partie 
est destinée à justifier I'étymologie que l'auteur fournit ensuite : 
« pour diso-traitl ». ,Vy vois un j osterez, en wallon * fyosterè. 

lamerê, wall., bois attaché transversalement au front ou au cou 
d'un animal (vache, chien, porc, etc.) pour l'empêcher de traverser 
les haies. Renier, Hist. du ban de Jalhay, II, p. 69 : ordre « de 
munir de billots ou lamrays tous chiens de berger, mâtins de cour 
et autres, à peine «le les voir tuer », 17 15. — M. Randaxhe signale 
dans une communication manuscrite qu'à Thimister, Clermont, 
etc. (pays de Hervé), lamerê désigne la toile épaisse, dite aussi 
oantrin, mise sous le ventre du taureau, du bélier, pour empêcher 
la copulation. Ce mot est-il identique au précédent? Il peut 
être aussi une déformation de lanerè, facilitée par ce fait que 
l'idée d'empècber est commune aux deux objets. — Ce sens 
écarté, lamerê paraît dérivé de lame syn. de lamé. Gggg. II, 10, 
v" lamai, cite un exemple précieux, qui montre que le sens 
premier de lamai est palonnier, et que le billot mis au cou des 
animaux est seulement dit « en forme de lamay ». Si lame prend 
aussi ce second sens, c'est par comparaison; le mot propre est 
bâton lamerez, substantivement lamerê 

laneret, anc. -franc., pour 1 a nerez; dans Godefrotd :« cardon 
laneret, peigne laneret » : cardon ou carde pour la laine, pour 
peigner la laine. Thème nominal : lana + -aricius. — Mais le 



— 206 — 

IV. laneresse, fém. de lanier, ouvrier qui travaille la laine, est un 
substantif en -erèsse. 

larèce, gaumais, Liégeois, Lex. gaum., ifâ; lérèce à Chrny; 
côté d'une maison qui se trouve entre deux pignons. Ans è abatu 
la lêrèce, èlë <•</<>/ fadue, on a abattu le mur de côté, il était 
lézardé. De latus -f -a ri ci a. Bien entendu, la lârèce est le mur 
de côté quand le pignon donne sur la rue, suivant l'ancienne 
façon de bâtir. — Godefroy donne laresse, arêtier. Ce sens 
est-il exact ? Les exemples qu'il fournit sont conformes au sens 
wallon ci dessus. 

lassèt, wallon, Lobet, = franc, laceret, « aujourd'hui rem- 
place par lacet, piton à grosse tète percée dans laquelle 
passe et pivote un corps mobile, tel par exemple qu'une tige 
d'espagnolette » : Manuel Roret du serrurier. Le Dict. gén. 
donne laceret et lasseret, piton à vis. La vraie forme est 
loceret = locerez, clou qui est percé en forme de /oce (louche). 
En wallon, je ne me trouve que laset ( = lassèt ) dans Lobet, 826. 
— Cf. Thomas, 78 et 86; Godefroy, loceret. 

laterê, wall. de Cherain (N. du Luxembourg), « petite » latte 
employée dans le plafonnage, dit A. Servais, Voc. de Cherain, 
dans le journal l'Annonce de Stavelot, n° du 3o avril 1905. 
S'agit-il vraiment de petites lattes, ou de bois plats, refendus, 
destinés, dans la pensée du menuisier ou du préparateur, à être 
utilisés comme lattes? Laterez existe en anc. -franc,, sous les 
formes laterech, laterat (lateret dans Godefroy), mais 
qualifie clou : cleus lateres, cleu laterech, cloz laterat. 
Dans notre sens wallon, ce serait bois laterez. 

lâterèce, gaumais, dans goule làterèce, épanchement de lait, 
soit de la femme, soit d'un animal, surtout de la vache, Liégeois, 
Compl. du lex. gaum., p. 80. De lacté -f- -aricia. 

laverê, lavrê, wall., torchon, lavette, proprement linge des- 
tiné à laver (la vaisselle, etc ). — Gggg., II, 17; Lobet, 328. 

lèherê, wallon, n'est plus guère usité que dans l'expression 
fyône lèherè. Remacle, i ,e édition, p. 204, traduisait lèhrai par 
« jeune homme imberbe » et geônn lehrai (excusez l'orthographe) 
par « jeune évaporé ». Gggg, II, 20, insère cet article et fait du 
mot un dérivé du verbe 1ère, lé ho n (lire, lu) Tout porte à croire 
qu'il est un dérivé de lèhe, lice, chienne, et que le sens premier 
est <c jeune chien ». Defreciieux, Vocab. des noms wall. d'ani- 
maux, 2' éd., p. 79, note le mot sous la forme lèhrèt, fém. lèh- 
rètte, avec le sens de jeune chien, jeune chienne. Le mot n'est 



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resté qu'au figuré, dans fyône lèherê, qui ne signifie ni jeune 
évaporé (Rm 1 ), ni jeune important (Rm 2 ), mais jeune garçon en 
quête d'amourette. Lobet, p. 339. le traduit ridiculement par 
« bacehant, qui court les bacchantes », mais il a la perception que 
le mot n'est employé (pie relativement au sexe. Disons que le 
sens premier est « propre a la lice, relatif à la lice », (pic tjônes 
lèherès signifiait jadis petits d'une lice, Cjône étant le substantif 
et lèherê l'adjectif. Quand l'expression ne fut plus employée qu'au 
figuré, on crut que fyàne était l'adjectif et lèherê le substantif. On 
pourrait objecter qu'il est bien plus simple de considérer lèhrai 
comme un diminutif en -ellum. dont le féminin, avec change- 
ment de suffixe, sera lehrète. Mais a-t-on réfléchi à l'étrangeté de 
désigner le jeune chien mâle par un nom tiré de la lice et qui ne 
pourrait signifier que lice en petit, petite lice? 11 est beaucoup 
plus logique d'admettre que tous les petits de la lice, mâles et 
femelles sans distinction, étaient désignés par les éleveurs et les 
chasseurs du nom générique de licerez, — comme d'autres objets 
relatifs à la lice, — de même que les petits de la louve sont des 
louverez, en wall. leiwerê. Il faut ajouter que les substantifs 
féminins lèherète et louverèce ne doivent avoir été employés que 
quand le sens générique se fut éteint; le genre de ces noms en 
-erez dépend uniquement du substantif sous-entendu, non du 
sexe de l'objet désigné. — Le. mot est souvent déformé : Lucien 
Colsox, dans Andrî Mâlâhe, dit lès fyônes lèvres; Gggg., dans 
ses extraits de Villebs (B., t. 6, p. 58), note on tyône havrai ou 
ha w rai, un jeune blanc-bec. A moins que hawerê ne vienne de 
hawer... — Scheler a note, dans le Catholicon de Lille, le mot 
leceresse, qui est le féminin de notre lèherê : « ganea, lece- 
resse, putain ». Lèhe a le même sens en wallon. 

lèperê, wallon, i° grosse lèvre; 2 morceau de chair ou de 
viande semblable à une grosse lèvre, Gggg., II, 221, v° lèpe, et 
29, v° lipète; id. dans Semkrtier. Voc. de ta boucherie, B., t. 35, 
p. 61. — 3° pince, languette ménagée sur le devant du fer à 
cheval et s'appliquant contre le devant du sabot, Lohet, p. 33o. 
4° « toyère, pointe au devant [?] d'une hache, qui entre dans le 
manche et la soutient », Lobet, p. 669. 

leûverê. wallon, louveteau, Defrecheux, Voc. des noms wall. 
d'animaux, v° leùvrai. — loverèce, dans lovresse- fosse, 1. d. à 
Francorchamps, noté aux Archives par M. Jean Lejeune. — 
louverèce, loverèce. louve, Rm 2 , Dkfrecheux, o. c. On ne 
trouve pas leùverèce. La suite des sens a dû être : relative au loup, 



— 208 - 

ou aux loups ; louveteau femelle, jeune louve. Cf. lèherê. — 
Loverèce a aussi Le sens de coureuse, <m;gg., II, 42. Cf. lècerèce, 
v° lèherê. 

|leuverê, wall., lucarne, Gggg., Il, 25 et 614. Dérive par le 
suffixe -el.lum de l'anc.-franç. luver, louer (?), Godefrov : 
lovier, lucarne), d'après la note de Scheler à Gggg., II, 614 ; 
celui-ci en fait un diminutif de leuue, larmière.] 

■lèverez. Gggg., 11, 3og, v° riliurese, note l'ancien levairitz, 
au sens de accoucheu(se?). Si mal que soit graphie ce levai- 
ritz, il est difficile de ne pas y reconnaître un levaricius. 

lignerê, wall., lange. Gggg. II, 28, écrit limerai, qui n'est pas 
cou forme à la prononciation. 11 le fait venir de lin eus, qui a 
donné linge, comme laneus adonne lange, d'abord adjectif. 
Lange substantif a son adjectif en -aricius : lamerez, Gode- 
i'kov. Je conjecture donc drap lignerez, pièce ou carré de lin, 
pour emmaillotter. 

lingeret, anc. -franc,., celui qui porte de beau linge, Godefroy. 
Sens premier : qui aime le linge. Cf. armerez. 

liseret, wall. de Neufchâteau, Dasnoy, pp. 3o2, 128, liseré. 
Le Dict. gén. fait de liseré le participe de 1 i serer, dérivé de 
lisière, qui est donné comme d'origine inconnue. Mais on pour- 
rait faire de liseré un dérivé de *lise, radical de lisière et 
de l'anc.-franç. lisiette (lisière). Le verbe liserer se serait 
développé du substantif compris comme un participe passé. Dans 
cette hypothèse, le sens premier de liseré serait : pour servir de 
*lise : fil, tissu, cordon, ruban liseré. Quant au thème, je note 
simplement que l'ardennais dit lèstre et que 17 n'est peut-être pas 
primitif. 

lîstrê, wallon ard., liég., verv., stavelotain ; à Namur listia, 
Pirsoul, Dict., I, 385; lissoir, palette de plafonneur, qui sert à 
lisser les murs recouverts de plâtre ou de ciment. Je trouve 
listriau dans Gggg., II, 6i5, dans un texte de i58i : « ceux qui... 
useront du listriau couvrant et placquant édifice ». Gggg., qui ne 
connaissait pas le mot d'autre part, traduit par mortier. .le 
conjecture, en dépit de la forme listreau, qui me paraît être une 
francisation maladroite, que la forme première est listerez, avec 
le sens de : (outil, palette) pour lister Mais qu'est-ce que liste]? 
Ce verbe manque dans les dictionnaires; cependant le fr. liste, 
listel, l'ail, leiste, l'ital. lista, m'empêchent d'y voir un simple 
synonyme de lisser; je lui attribue le sens de façonner les bords, 
délimiter des filets. 



— 20 9 — 

lîterê, gaumais et ehestrolais : litre a Prouvy, litre, lîtriè à 
Virton, d'après Maus, Dict. manuscrit; litre à Neufchâteau, Das- 
noy, p. 85, et à Chiny. Le mot, au singulier, signifie : châssis 
d'une charrette, les deux « longues pièces de bois [reliées par des 
traverses] qui forment a la l'ois le fond de la charrette et les bran 
cards », Dasnoy. Vous tarerez lu litre d' la tchèrète et vous métrez 
l' burù (la caisse du tombereau) s' lès rues (roues), Chiny. On dit 
aussi lite, qui est létê dans le Nord, Body., Voc. des charrons, 
B., t. 8, p. loi. Les deux mots paraissent dérives de lectum, 
lit, au sens de base ou châssis de la charrette. L'un est un dimi- 
nutif en -ellum, L'autre un dérivé en-aricium au sens de : pour 
former le lit, pour servir de lit ou base. 

*liverê, une. -wallon. On trouve dans Bormans, Le bon métier 
des drapiers, B., t. 9, p. 271, les textes suivants : c< livrea, poids 
de 12 livres servant autrefois «l'unité pour vendre la laine » ; — 
« les pessants condist livreaux... », 1627, i56G ; — « avoir poisé 
26 livrars de laynes », i58o. — Pourquoi un poids de 12 livres 
serait-il désigné par un diminutif de livre, et pourquoi ce dimi- 
nutif serait-il au masculin? J'en conclus que livreaux, livrars, 
et même livrea, sont des graphies maladroites et contradictoires, 
qui interprètent un terme livré ou plutôt liverê, déforme de 
livrerez = libraricius par superposition des deux r. Les 
pesants livrés, comme on devait prononcer en 1027, sont les poids 
métalliques qui comptent par livres, consistant en livres, 
par opposition aux poids d'une horloge, d'un tourne-broche ; 
puis livré a signifié tout seul cette espèce de poids, et enfin une 
unité de poids. 

lîverète, wallon, forme en bois pour mesurer le beurre en 
livres, Gggg., II, 3o. — Inventaire de 17^8 de Mainvault (Ath), 
comm, de M. J. Dewert. Liverète s'emploie encore aujourd'hui à 
Ath dans le sens donné par Gggg. On dit même une liverète 
de cerises, désignant une forme semblable à une liverète a beurre 
retournée, et le contenu de cette livei'ète, les cerises elles-mêmes. 
Comme liverète n'est pas une petite livre, j'y vois une déformât ion 
de liverèce (au sens de forme livrerèee) analogue a celle de 
escumerète, etc. 

liveriche, anc. -wallon, d'une livre, consistant en une livre. 
« .1. Michelo. boulanger, veut qu'on distribue aux pauvres a ses 
anniversaires : decem panes seu miche in vulgari dicts miches 
liveriches », i4i5 : Bormans, Documents divers dans B., t. 6, 
p. io5. «Item, du pain de iiij. muis spelte en miche livriche », 

14 



— 210 — 



[132 : Bormans, ibid., p. no. « l'n muid de blé (lèvera donner 
[20 miches liueriches », Chartes I, [i3, 3 : Semertier, Voc. des 
boulangers, !>.. t. • >{. p. ^;4- •'<*' trouve encore liuriche dans une 
ordonnance <lu Prince-Évêque de i-u relative à Verviers. 11 
paraît résulter de ces textes que liveriche = liuerèche livre- 
rèche. i" 11 y a eu dans ce mot superposition des deux r, phéno- 
mène expliqué par M. Thomas, o. c, p. 69. 2° On trouve -icAe 
pour -èche dans brasser i eh (Thomas, p. 9:3 et 74). peut-être 
dans bourriche ; dans l'anglais (normand) butter i s (Thomas, 
p. roi) : sont ce des restes de la l'orme à i long -arfcius? ou 
tau t -il expliquer liveriche par allitération avec michel 

lomberê, wallon Gggg., II, 35, écrit tomberai, griblette de 
porc échinée. Semertier, Voc de la boucherie, B., t. 35, p. 61, 
donne lombrai et longrai, avec le- même sens, et ajoute en note 
cpie le mot se dit aussi d'un petit morceau de viande adhérent en 
partie à l'épine dorsale du bœuf. Comme il ne s'agit pas de petits 
lombes, on est, bien forcé d'interpréter par lomberez, morceau 
ayant rapport aux lombes. 

longuerèce, ane.-wall., terme d'extraction d'ardoises, est dans 
Delmotte, Essai d'un gloss. wall., p. 4o5, v° longueresse, et dans 
Littré. On taille dans la carrière d'ardoises des prismes rectan- 
gulaires allongés; on débite ces masses par le clivage dans une 
hutte en dehors de la mine. Ce sont ces masses prismatiques 
allongées, avant, la mise en œuvre, qui s'appellent longnèrèces. 
Le sens primitif doit être adjectival, comme pour panerèce : 
r° relatif à ia longueur, 2° entaille on face dans le sens de la lon- 
gueur, 3° bloc détaché en longueur. — Thomas ajoute que Mozin 
connaît seulement longuesse (« partie de la carrière qu'un ouvrier 
travaille »), ce qui nous fournit un mot en -itia du type paresse, 
grossesse. 

lozeré, wallon, cordonnet brodé au chef d'une étoffe pour l'em- 
bellir, Martin Lejeune, Voc. de Vapprèteur en draps, B., 1. 4 ( >- 

makerê. anc. -wallon. Instrument en forme de râteau avec lequel 
on allonge le drap en le battant (muker . Bormans, Le bon métier 
des drapiers, B., t. 9, p. 272, croit que ce uiot est le même que 
makerê, sorcier, fr. maquereau. Partant de là, il s'évertue bien 
inutilement a montrer que la sorcellerie consiste ici à tromper en 
allongeant le drap indûment. On trouve macrea dans une charte 
de r527, dont Bormans, o. C, p. l33 et 272, donne cette phrase : 
« On ne peut dorénavant plus employer l'instrument appelé 
macrea pour attacher la tète de l'étoffe à la wende ». — Le sens 



— 211 — 

primitif doit être : instrument pour maker. Il a sonné ensuite 
comme un diminutif de makeû. 

monterèce, anc.-wall.,dans xhalles montresses : «hereirs, mair- 
nis, xhameaux de ehaer, xhalles montresses et xhalles d'aoust » 
(i382), Remkr, Histoire du ban de Jalhay, II, p. 33. Le sens es1 : 
échelles propres à monter, servant a monter, par opposition aux 
échelles des charrettes ou î-idelles, etc. 

moteret, anc. -franc., « aux motterets de la rivière» : mottes 
ou monticules formés par érosion le long d'une rivière, Godefkoy. 
Diminutif en -er-et ? 

moudresse, gaumais, destiné a moudre ; dans « pierres mou- 
dresses », 12J4, charte d'affranchissement de la communauté de 
Limes (eomrn. de Gérou ville, arr. de Virton, prov. de Luxem- 
bourg), dans Tandel, Connu, lux., t. [II, p. 178. Déformation de 
m o ûd rerè c e . 

moûnerê, walh, nom de la mésange à longue queue, Acredula 
caudata L., Defrecheux, Voc. de la faune wall., v° masinfye, 
(H., t, 25). Le sens premier est : relatif au meunier (suffixe 
-aricius), ou : pet i t meunier (suffixe -ellus), parce que, comme 
le meunier, cet oiseau a la tète et le haut du corps blancs. Le 
synonyme moîïni milite en faveur d'un moûnerê diminutif. 

mousseré, gaumais (Chiny, Etalle) ; moussiré, chestrolais, 
Neufchàteau, Dasnoy; mosserê, ardennais, Laroche (mossê dans 
le N.-E. wallon, mosset et mossîa à Xamur, Pirsoul; moussé, 
mousset en rouchi). Si le namurois mosseria, que donne Defre- 
cheux, est confirmé, il faut admettre un suffixe diminutif dans 
mosserê. Sinon, il est permis de l'interpréter dans le sens primitif 
de litière, tapis, etc.. formé de mousse, ou encore lieu abon- 
dant en mousse. Je trouve en effet un lieu dit « pré le 
mousseré » à Breuvanne, commune de Tintigny, prov. de Luxem- 
bourg (Tandel, Comm. lux., t. III, p. 741): or ce nom ne peut 
signifier « pré mousse », mais « pré bon pour produire de la 
mousse, pré trop humide ». 

muré ou muret, wall., giroflée de muraille, Cheiranthus 
cheifi L —Variantes : Gggg., II, 148, donne pour le liég. et le nain. 
muré, pour le rouchi muré. Sigart (Mons) a muret et meiiret. 
Hécart (Pas-de-Calais) a muret. Lezaack (Spa) meuret. Syno- 
nyme muralyer. Comme un diminutif muret ou muré signifierait 
petit mur, je vois dans muret un primitif murerez, propre aux 
murailles. 



— 212 — 

muserèce, wall. de NTeufchâteau, Dasnoy 4 2i > miserète, G<ua;., 
Il, i _>o, v" tnizuèle. Musaraigne. De mus, souris. Sens primitif : 
animal des champs ressemblait a la souris. 

nokerê. wall., r" broiissin, excroissance d'une plante ligneuse, 
IIimui.i: ', 233, el Remacle -, II, 35o, v° nokrai; Gggg., II. 
166. 2° nokerè, noukerê, pointe spéciale du clou de féru cheval, 
TaiLLET, Toc. de lu j'nbric. des clous..., !>., t. 5o, p. 633. Le sens 
primitif est : qui ressemble à un nœud, qui a dés analogies avec 
un nœud. 

[noyerèce Dr Cange a tiré d'un ancien glossaire latin-français 
la phrase « natrix, noerresce, un serpent)». On doit évidem- 
ment comprendre noerrese comme une traduction de natrix, 
nageuse, donc comme le féminin en -esse de neor. nageur. Peut 
être, comme nom de l'hydre ou d'un serpent d'eau, le mot est-il en 
-erèce : serpent destiné à nager, capable de nager.] 

panerèce, wallon, i" face de la brique destinée à l'extérieur du 
mur. ("est le long côté par opposition an côté court, appelé 
boutisse. Le pareils' (Fine briquetirèye sont fuites u boutisses et 
panerèces, G. Halleux, Supplément nu doc. du briquetier (inédit). 
2° pierre ou brique employée en parement, c'est-à-dire île façon 
que son coté long soit dans le surface du mur, pour former le 
pnn de la muraille. La boutisse est celle dont le coté court reste 
visible. — Gggg., II, 190; Thomas, p. 91. — Ces mots paneresse 
(avec ss) et boutisse sont français au sens 2; cependant le sens 
primitif doit avoir été adjectival : face panerèce, face bou- 
tisse; puis face a été sous-entendu; puis le nom a passé de la 
face a la brique placée d'une certaine façon. 

passerète, wall. chestrolais et gaumais, Dasnoy, Dict. wall.- 
frunc.. p. 387, 145, ustensile pour [tasser, passoire. Il y a change- 
ment de -èce en -ète ou formation analogique d'après cheumerète, 
nord-wallon choumerèce, houmerèce, écumoire. 

pateurr\ gaumais, Liégeois, Lex. gaiim., p. i55, rustre, homme 
mal élevé. Le même a aussi pateureau, terrain inculte, prairie 
sèche où l'on ne récolte pas de foin, et où l'on se contente; de 
faire pâturer les betes. Ce dernier doit être un mot étranger"; 
sinon, le suffixe eau n'y existe qu'en apparence. Quant a pateuré, 
j'y vois un primitif past(r) erez, relatif au pâtre. 

* pescherez, anc -français. On trouve dans Dr C, Gloss. franc., 
p. 239, l'expression bat tel et pescheret, nacelle pour pécher. 
A rapprocher de pesé h ère/,, oiseau qui pèche, donné par 
Thomas, p. io5. 



— 2l3 — 

pèserê, wall., balance romaine, à Liers ; « balance américaine 
servant à éprouver la force d'un ressort »>, Closskt, Voc. de 
l'armurier, B.. t. 34, p. iii5. C'est donc un instrument qui, sans 
ressembler à la balance, sert a peser. En liég. pèse, Forir, Hubkrt, 
franc, peson. 

pèterê, wallon, i" bâton ferré pour frapper (peter) sur la glace. 
etc.; svn. de piquerê, ( rGGG, Il, 2i5. — -2° bâton garni d'une 
pointe de fer et qui sert de canne aux paysans, Body, Voe. des 
tonneliers, etc., p. 280. - 3° pèterê, gaumais, Virton, Mus: 
putere. Tintigny, Liégeois, Lex. gaum.,\). 161 : puterè, chestro- 
lais, Neuf château, Dasnoy, p. 3o, sorbier des oiseleurs, sorbus 
aucuparia L. — M. Maury, de Chiny, me dit qu'on grille ce bois 
pour en l'aire des manches d'outils, et qu'il pétille beaucoup 
à cette opération. De là son nom. Le rouchi &pétriau, le cham- 
penois pétreau, au sens de genévrier, parce que les branches de 
genévrier pétillent beaucoup quand on les brûle. — 4° pèterê. 
ardennais, Cherain, petite poire, ce que l'on appelle aussi pour 
la même raison craqueté. — 5" nom de lieu à Sprimont : « item 
demy journal ou environ d'orge niellé a petteray [= à pèterê] », 
1699. Œuvres de Sprimont, reg. 4^, fol. 7 v° (Connu, de M. Jean 
Lejeune, de Jupille). — 6° pètrèles, Genappe, petites poires. 
pommes, pommes de terre (comm. de M. J. Dew.ert). 

pîcerê, wall.. traverse en bois qui porte les lames. Martin 
Lejeune, \'oe. de Uapprêleur en draps, B., t. 4°. écrit piss'rai 
comme pise perche, et différemment de picège pinçage. .J'en 
conclus qu'il faut écrire pire perche, pîcerê petite perche.] 

les piètresses, lieu dit à Jupille. Doit s'écrire piètrèces et 
signifie : terres propres aux perdrix. M. Haust, qui me signale ce 
mot, ajoute : « Dans mes notes sur la Toponymie de Jupille de 
MM. Lejeune et Jacqueutotte, j'explique ce mot comme dérivé 
de piètri à l'aide du suffixe -èsse, lat. -ici a. Je crois maintenant 
que piètrèces est une simplification de piètrerèees. Comparez 
bè près se ». 

pincheriau, rouchi, picard, Vermesse, p. 386: pince de paveur, 
ciseau de maçon pour couper les murailles. Faux diminutif, 
semble-t-il, par substitution de suffixe. 

[pinerèsse. anc.-wall., peigneuse. Privilège des drapiers 
d'Ath, dans Bormaxs, Le bon métier des drapiers, B.. t. 9, p. 278, 
v° peigne. En l'absence du texte de la charte, j'avais cru bon. 
dans la première édition de ce travail, d'interpréter peigneuse 
par instrument pour peigner la laine. M. J. Dewert, d'Ath, m'a 



— 2l4 — 

envoyé la phrase du texte, qui supprime toute équivoque : 14G1, 
. Item el sour le fait des pineresses, garderesses et filler esses 
d'icelle dicte ville...]. 

piquerê, wall., bâton pointu, propre à piquer. Spécialement: 
i° les deux bâtons, ai'incs de pointes de 1er, dont les enfants se 
servent pour faire avancer, leur traîneau. (Verviers, Jupille). — 
2 aiguillon pour piquer les bœufs, Semertier, Voc. de la bou- 
cherie, I»., t. 35, p. 78. - 3° pointe carrée, pliée d'équerre, 
-rivant a élargir les trous, Jacquemin, Foc. du serrurier, B., 
t. 16, p. 207. - - 4° fyoUs piquerês, bâtons feuillus et ornés, de 
processions et de fêtes. — 5° piquerê a bayonète, piquerê a 
maclote, Lobet, 4 2 4- ~~ Faut-il comprendre : petite pique? ou 
bâton dispose de façon à piquer (la glace, le bœuf, etc.) ou à être 
piqué (en terre)? — On trouve dans la Flore de Rolland, I, p. 54, 
le mot piquerau (-ot?) en Anjou et Poitou pour désigner le 
ranuiiculiis arvensis L. — Comparez piqueret de Goi>., dont 
l'exemple est « clans piquerês », clous, non pointus comme 
traduit God., mais destinés à piquer. 

planerê, wall., sîtèlle d'Europe, syn. grimpereau bleu, pic 
bleu; nanmrois plaueria (?), d'après Defrecheux. 

[piastre, wallon, pâtée, Gggg. II, 233. ("est un diminutif dont 
la traduction par pâtée ne rend pas tout le pittoresque. D'abord 
plâstrer et plàsse sont dits comiquement de la nourriture. Un 
piastre est un bon petit papin qu'on se colle dans l'estomac!] 

platrèce, Pirsoul, II, 149, outil pour étendre le plâtre. 
Le mot doit être emprunté; sinon, il aurait la forme plausterèce. 
Au reste, cette forme empruntée (au rouclii?) doit être elle-même 
pour plâtrerèce, par superposition des deux re. 

plazeré, gaumais : Buzenol, Sainte-Marie, i° petite place en 
général, petit terrain bien plat : v'ia in vilatje qu'est bâti su in 
bé plazeré. 2° pelouse devant la maison pour y étendre le linge au 
soleil (mêle a la rive). 3° clairière. Le mot a mieux conservé que 
le primitif place, lat. platea, le sens de terrain plat. Mais 
est -il un diminutif, comme le sens 1 semble l'indiquer, ou un 
1 ocu s ]> 1 a tear i ci us? 

plènerèce, wallon, outil de tourneur servant à planer les 
cylindres de laminoirs, planeuse. Jean Lejeune, Foc. du fabri- 
cant de fonte, fer et acier, dans B., t. 43, p, 209. 

plonkerê. wall., syn. plonkèt, plonkeû, pionkerou, grèbe casta- 
gneux, Podiceps (Juviatilis minor Gm., plongeon de rivière. 
Diminutif signifiant petit plongeur?] 






— 2 in — 

pokerê, wallon, orgelet : selon Hubert, Diet.. « poireau », 
e'est-à-dire verrue, Gggg., II, 242. Le sens premier doit être : 
bouton ressemblant aux pokes ou pustules de la petite vérole. 
Xi l'orgelet ui la verrue ne sont plus petits que les pokes de façon 
à justifier un diminutif. 

Porcheresse. commune de la prov. de Luxembourg, arrondisse- 
ment <le Neufchâteau, Porcaritias en 902, puis Porcereclie 
dans les actes romans: commune de la prov de Naniur, arrond. 
de Dinant. 11 faudrait écrire Porclierèce, de porcaricia, 
car il lie s'agit pas ici de pwatcherèsse, gardeuse de porcs, mais 
d'Une place pour les pores, soit comme étable, soit pour la 
glandée. Connue ce nom appartient à une quinzaine de lieux dits 
et communes de France, d'après le relevé de M. Thomas, p. 92, je 
pense qu'il s'agit plutôt d'un endroit coutumier où le porcher 
d'un village menait jadis son troupeau de pores (sanre) à la 
glandée. 

pordjèterèce, wall., truelle destinée â gobeter ou rejointoyer 
(porfyèter, litt 1 pro-jeter), Pirsodl, II, 167. Rifyèterèce a le même 
sens. Lobet, 449< définit ainsi : petite truelle qui n'est mise en 
usage par le plafonneur que pour les ornements en relief, |par] le 
maçon [que pour crépir. De plus, il appelle porfyètèdfe un crépi 
laissant les pierres ou briques apparentes et ne couvrant que les 
joints. 

poterèce, rouchi. Vermesse, Dict. du patois de la Flandre 
française ou wallonne, p. 4°4- fournit l'article : «Potresse, 
potasse, terre à poterie». La première de ces formes, dont la 
seconde n'est qu'une déformation, signifie évidemment, dans le 
sens adjectival, propre à faire des pots; terre est sous-entendu. 

purerèce, wallon, dans banse purerèce, manne ou panier d'osier 
destiné à laisser égoutter les écorces qu'on retire des bassements 
ou coûvelâs. Bormans, Le bon métier des tanneurs, v purresse, 
p 382, 365, 870. 

pwèterê. wallon. i° bâton destiné à porter deux seaux sur 
l'épaule, palanche, Gggg., II, 241, v° poirter ; Body, Voc. des 
tonneliers, etc., B., t. 10, p. 284, syu. coiibe. 2 pwèterê d! l'anseû, 
traversier, bâton pour porter les cordes dans un métier de tisse- 
rand. 3° pwèterê d' mèstî, i° bâton porte-lames, destiné â hausser 
et baisser alternativement les lames du métier; 2*' cassin, châssis 
situé au-dessus du métier â tisser, destiné à porter les poulies. 
D'après Bormans. Le bon métier des drapiers..., dans B., t. 9, 
p. 281. — 4° au plur., deux bâtons croisés derrière la nuque, 



— 2l6 — 

(lesi inés ;i porter un panier on quelque autre fardeau sur le dos. — 
5" deux perches parallèles portées horizontalement par deux per- 
sonnes, destinées à transporter connue sur un brancard, du 
foin, etc., S. Kandaxiik, BD 1907, p. io5. — Le thème est verbal. 
Un diminutif en -ellum n'aurait aucune raison d'être. 

qwârerèce, wallon, dans hèpe qwârerèce, hache destinée à 
qwârer (équarrir), A. Body, Voc. des charrons, etc., dans B., t. 8, 

p. 9 3 - 

rac'têrèce, wallon nain mois, Pirsoul, II, i85 : « chaîne que 
Ton attache au timon d'un chariot ». Le sens générique est : 
chaîne destinée à retenir; je n'ai pu préciser la définition insuffi- 
sante de Pirsoul. 

rafilerèce, wallon, pierre de rémouleur, pour affiler les tran- 
chants, Body, Voc. des charrons, etc., B., t. 8, p. m, et Voc. des 
tonneliers, etc., B., t. 10, p. 287. 

recevrèce. nom d'un édicule du xv e siècle bâti à côté de la 
remarquable église gothique d'Avioth, près de Montmédy. Cette 
chapelle détachée servait à recevoir les offrandes apportées 
par les paroisses voisines le jour de la décollation de saint Jean- 
Baptiste. LTn fac-similé de ce curieux monument se trouve au 
musée rétrospectif du Trocadéro. Viollet-le-Duc .lui a consacré 
une monographie dans son dictionnaire d'architecture. Une étude 
complète sur l'église d'Avioth a paru dans le Bulletin de l'Institut 
archéologique aVArlon. Enfin Jean d'Ardenne la décrit dans son 
guide du touriste Y Ardenne, t. I, p. 278-276, édition de igo3. 

rejoindrèce, montois, varlope, long- rabot, Delmôtte, Essai 
d'un gloss. wall., p. 58g. 

rèperèce, wallon, sarcloir, nom que prend la bouterèce à 
Lineent lez-Hannut. Dérivé de rèper, franc, riper, gratter. 

ricèperèce, wallon; ruciperèce, gaumais, Liégeois, Compl., 
p. n5; grande scie pour ricèper, c'est-à-dire pour scier transver- 
salement un tronc d'arbre, Gggg., II, 3i4- S'appelle aussi fier 
a r'ccpc, ricèpe, ricèpeù. côperèce, Pirsoul, II, 207 : Body, Voc. des 
(haïrons, etc., B.. t. 8, p. 119. 

ricranerèce, wallon, espèce de scie destinée à ricraner, c'est- 
à-dire à scier suivant une ligne courbe. Elle sert surtout dans la 
préparation des bois de fusil, GGGG., II, 3()2 ; THOMAS, 107 et 109. 
— Cf. crèneri ■ce. 

ridjèterèce. wallon, petite truelle pour rifyèter (récrépir), 
Gggg., IL 307, d'après Lobet, 489* qui ajoute : truelle qui n'est 



- 2I 7 — 

mise en usage que pour de menus ouvrages de maçons, de pla- 
fonneurs. Cf. porfyèterèce. 

rifenderèce, liég., dans sôye rifinderèce, Mathelot, ]'<>e. de 
l'artisan maçon, B., t. n, p. 124; re/endrèce, rouchi, a scie à 
scier de long » : Delmotte, Essai d'un gloss. wallon (montois), 
p. 58;. 

rilîverèce, liég., verv.; reléverèce, rouchi, garde de couches, 
Gggg., II, 3og. — Cf. lèverez. 

riparerèce, wallon namurois, outil pour recrépir, riparer, 
Gggg. II, 3 12 ; Pirsoul, II, 220; Thomas, 109. Gggg. a en outre 
un article réparerèce, namurois, à qui il donne, comme premier 
sens, le sens précédent, comme second sens : partie de la machine 
appelée brôye, qui sert à élever les bois, La brôye est un 
élévateur à levier. Que faut-il penser de ces deux formes? Le 
Namurois Pirsoul, faisant un dictionnaire namurois, s'est contenté, 
comme il lui arrive souvent, d'enregistrer les notes du Liégeois 
Grandgagnage sous le titre ripar'resse. 

ripasserèce, wallon, carde 1res fine pour « repasser» la laine 
déjà cardée, Bormans, Gloss. du métier des drapiers, B., t. 9, 
p. 283. 

sabouré, picard, Vermesse, 453; sable grossier, sable à écurer. 
Je conjecture sablerez avec le sens de : gravier ressemblant à 
du sable. 

[samerèsse, wallon liég., cigale à l'écume (saine), sauterelle 
enveloppée d'une sorte d'écume, Gggg., II, 338. Sans doute il 
faut ici comprendre que cette cigale fabrique son écume, elle fait 
l'action : le mot est en -erèsse.] 

1. sèmerèce, (aussi sèm-, sinm-), pierre à aiguiser. Gggg.. 
II, 355, v'sème; Thomas, p. no. 

2. sèmerèce, wallon, dans banse sèmerèce, manne destinée à 
recevoir les graines à semer, plus simplement manne ou panier 
pour semer. Body. Vocab. des tonneliers, etc., B., t. 10, p. 294, 
l'appelle aussi sèmeu panier en paille à forme évasée et anse). 
Je ne doute pas, cependant, que sèmerèce ne soit formé avec le 
suffixe -aricius : les mots en -erèsse ne restent pas accompa- 
gnés de leur substantif. 

septembreche, adj., Godefroy, forme picarde. (Notre Dame) 
de septembre. C'est la fête de la Nativité de S.-D.. qui se célèbre 
le 8 septembre. 

sîzerèsse, sîzènerèsse, sîzerète, wall., var. sîzeû, sizète, col- 
chique d'automne. Fleur relative aux sizes, lougues soirées d'au- 



— 2l8 - 

fcomne, c'ést-à-dire apparaissanl avec elles? ou fleur veillons» 1 . 
comme l'indiquerait son nom wallon de sizeû;. veilleur, e1 son 
nom français de veilleuse? 

i. soperèce, wallon. Dasnoy, p. 85, écrit sous-presse (!) et 
définit « lisoir, pièce de bois qui recouvre l'essieu de derrière et 
dans laquelle sont implantés les moulons (bras) ». Bokmans, Voc. 
des houilleurs lié g , p. 239, écrit : « sopresse x s. f., (hors d'usage), 
pièce de bois taisant partie d'un herna a fy'vâ, dans laquelle est 
fixée la pêlète ou le bousson jpivotj de l'arbre qui tourne ». 
Enfin G<;<;<;., II. ,'>7:ï, donne le mot comme usité en Condroz avec 
cette définition : « partie d'un chariot, pièce de bois transversale 
sur laquelle repose et pivote le hamè ». Body, Voc. des agric, 
B., t. 20, p. 181, reprend le mot comme existant en Ardenne et 
reproduit la définition de Gggg. 

-2. soperèce, namurois, ardennais. Le sens de levain que 
donne Gggg. est erroné; celui que donne Pirsoul : « action de 
préparer la pâte pour faire le pain, puis de la laisser [action de 
laisser!) lever » ne convient pas à un substantif. On dit fé 
soperèce, préparer la pâte, à Namur, à Sprimont : c'est une défor- 
mation de fé s' soperèce, car à Laroche on dit tji m' va fé 
m' soperèce. La soperèce n'est pas la levure, ni le levain; c'est la 
première pâte résultant du levain dilué dans de l'eau tiède avec 
un peu de farine. On laisse lever cette base de la pâte avant de 
la mêler à la masse de farine à pétrir. 

sotcherî, Montbéliard, Contejean, la sarriette, = sécherez, 
herbe pour sécher (sotchi). 

[spiterê, wall., saumoneau à l'âge de spiter, propre â spiter. 
Ce verbe, qui signifie au sens propre éclabousser, jaillir, est 
pris ici, comme dans l'adjectif spitant, au sens de faire des mou- 
vements vifs, des sauts et des bonds. — Gggg , II, 388.] 

spouseroû, anneau de mariage, Faymonville, dans J. Bastin, 
\'oc. de Faym , p. 59. Nous avons affaire à un *espouserez, 
destiné à épouser, qui. à l'époque de la désorganisation de -erez 
est devenu sposereul- en français, spouseroû en Wallonie prus- 
sienne. On trouvera peut-être ailleurs sposeré. sposerè mieux 
conservé. 

stèssinerèce, wall., cuiller pour èstèssiner (arroser un rôti à la 
broche , Gggg., II, 099. De èstèssiner ou tèssiner, que Gggg., I, 
196, donne sans étymologie. 

[tastrê, wall. de Malmedy. Yillers. Extraits de Gggg. dans 



— 219 - 

B., t. 6, p. 87, donne « tastrai, solive, soliveau ». C'est un dimi- 
nutif de tastre, poutre, dont Goi>. donne deux exemples.] 

tchak'terèce, wall.; i° pierre plate servant à une espèce de 
jeu de billes. Djouwer al tchak'terèce, c'est jouer à retourner, avec 
une bille qu'où laisse tomber d'une certaine hauteur, des pièces 
de monnaie mises à plat sur une pierre. Littéralement : pierre 
propre à tchak'ter. Le verbe signifie produire des bruits, des 
tchak, en heurtant la pièce avec la bille. Voy. Delaite, Glossaire 
des jeux wallons de Liège, dans B.. t. 27, p. 142. — 2 filet pour 
pécher au choc pour tchak'ter, A. Jacquemin, Voc. du pécheur, 
B., t. 29, p 253. Le sens donné dans BD 1909, p. 28, s'éloigne 
beaucoup de celui-là : pèchi al tchak'terèce signifierait, à Andenne, 
pêcher avec un poisson d'étain ou de plomb comme amorce. On 
agite ce faux poisson, qui tchik'tèye, c'est-à-dire qui avance par 
tchikèts, par courtes étapes. Ce rapprochement de mots rend 
louche la définition elle-même. - 3° Au contraire, tchak'terèsse, 
grive qui t'ait tchak-tchak, semble bien être d'un adjectif en 
-eresse. 

tchanteryè, gaumais de Virton; tchanteré, gaumais du nord; 
tchanterè, chestrolais : i° grillon, Maus. Dict. (manuscrit) ; 
Liégeois, Lexique g-aum., p. ni; Dasnoy, p. 275. 2 tchanterè 
dès bruyères, alouette pipi, Dasnoy, p. 372. — Est-ce un vrai 
diminutif de chanteur, ou un faux diminutif, produit par 
méprise de suffixe, comme doit l'être l'anc. -franc, chanterel, 
livre d'église, qui n'est ni un petit chanteur, ni un chanteur, 
mais un livre chanterez- '( Le président de Brosses dit encore 
adjectivement des alouettes chanterelles (voy. Dict. gén., 
sub v°). 

[tchapitre gaumais, salle en avant de la tour à l'église parois- 
siale de Jamoigne (Luxembourg méridional). Comm. manuscrite 
de M. L. Roger. Il existe un chapitre au en dialecte normand 
(cf. Goi)., v° c ha pi tel) qui signifie auvent, porche d'église.] 

tchèdjerèçe, wallon, « fourche à manche long, plus gros, à 
dents plus larges que la fotche d'awous' ». BI) 1907, p. 37. Elle 
est à deux dents et sert à enfourcher et à charger le foin. 

tinderê, wall., défini par Bormans, Voc. des bouilleurs liégeois, 
B., t. VI, 2 e partie, 1862 : « pièce de bois que l'on chasse entre 
deux autres pour maintenir celles-ci en place. De fini (tenir) ». 
Je crois plutôt que ce mot vient de tinde (tendre), car le d ne 
s'explique point par le verbe Uni ou tinre, et qu'il faut y voir 
une simplification d'un tindreré, pièce pour tendre. 



— 220 — 

tonderèce, wall. de Clermont-Thiniister, dans hèpe tôderèce, 
serpe destinée à tondre les liaies, c.-à-d. à couper les grandes 
branches qui dépassent, la cognée étant réservée pour les tiges 
el les arbres, s. Randaxiie, dans BD 1907, p. 19. 

toûnerèce, wallon, dans pire toùnerèce, meule de moulin, meule 
a aiguiser ; proprement : pierre taillée et disposée de façon à 
tourner. 

truicerèce, anc. -franc., dans << plaie truieeresse »; adj. que 
GrODEFROY traduit par perforante Le thème est un dérivé 
de *traucum, trou. Le sens est : propre ou destiné à perforer. 

Vacherèce, 1. d. du Luxembourg méridional: voy. Faverèce. 

|vanterê, wallon, vantard, Gggg., Il, 4^°- Groi). a un ex. où 
ventereaulx rime avec trompereaulx : ee sont des dimi- 
nutifs de trompeur et v auteur.] 

« vantresse », anc.-frane., Goi>.; eensive de vingt deniers pour 
livre. Le mot est tiré des Archives du Loiret. Il s'agit d'une 
eensive vinterèce, à vingt deniers. 

venteresse, ane. wallon. Mon ami Lin. Fairon, des Archives de 
Liège, me communique ee mot avec le texte suivant : Pacquea le 
meunier cède à Pirotte le Rossea et Gabriel Delbrouek la (( thour 
délie follerie » à Sauheid et une place alentour... « pour y faire par 
les dits prendeurs ung fornea pour fondre le fer on aultrement 
en uzer à leur volunté, ensemble eulx aissesier (s'a/ies.sz) derivaige 
joindant à l'eawe, ossy avant que ledit Paequea, pour charger et 
desehargier densrées et marchandises au deseur des venteresses 
et uzine... ». Document sur parchemin émané des Lehevins de 
Liège, de l'an i56*2. Le mot est évidemment de même racine que 
ventail, w. uinta. Le texte montre qu'il s'agit d'une digue ou 
vanne munie d'un ventail pour mesurer l'écoulement de l'eau. 

? vèterê, wall. ardennais de Marche, loggia. Comm. manus- 
crite de M. Louis Bragard, qui écrit uetetrai. .Je conjecture un 
* vertariei us. destiné à tourner. Comparez à vèrtîre, porte de 
fenil (pii peut faire un demi-tour complet, le gond étant à l'exté- 
rieur (Manhay, comm. de M. A. Gilkinet). S'agit-il bien d'une 
loggia, chose toute moderne en notre pays, ou d'une vitrine 
mobile V 

voiturais, ane. -franc., dans " porte voituraise » donné par 
Godefroy; destiné aux voitures. Semble bien être un voiturerèce 
méconnu. 

^wauferê, gauferais en ane. rouehi de Tournai, (fer) qui sert 
a faire des gaufres. Sept ex. de Godefroy, v" waufret, sont 



— 221 



de la région tournaisienne. Il y a donc un waufcrè à rechercher 
dans cette région de la Belgique romane. Voyez fererez, même 
signification. Cf. Thomas, p. 69. 



3 JLe préfixe be- 

Le préfixe latin bis- (deux fois) a passé en roman sous les 
formes bes-, ber-, bar-. Actuellement il est représenté en français 
par bes-, ber-, bre-. be-, &'; par bis- dans des mots de création 
savante on en vertu d'une réaction étymologique. Presque toutes 
ces formes se retrouvent en wallon, par exemple dans bublou, 
hafyowe, balancî et birlanci, birlance, barlafe, barloque et bir- 
loqiié,barloquer ; bèrôler, bèroter, bertauder, berwète, berlanguer, 
bèsèce, bisègue, birouler, birlôzer, birouche. Aussi ce n'est pas 
sur la question phonétique, cette fois, que nous voudrions attirer 
l'attention, c'est sur la façon dont l'évolution de sens a été 
présentée. 

Grandgagnage, a la suite de Die/. ( l ), pose à la base la signifi- 
cation de de travers, en biais. Darmesteter, dans le Traité qui 
accompagne le Dict. gén. ( 2 ), s'exprime ainsi : « L'idée de dualité 
amenant à celle de séparation, de déchirement et, par suite, 
à celle de peine et de mal, bis- a une valeur péjorative dans... ». 
L'évolution de sens, en cas d'aboutissement à une valeur péjo- 
rative, serait donc : i° dualité, 2 séparation et déchirement, 
3° peine et mal, 4° mauvais état. 

Nous ne croyons ni à l'idée première d'obliquité de Diez, ni à 
l'idée de séparation et de peine de Darmesteter. 

Le sens péjoratif, à notre avis, est amené beaucoup plus facile- 
ment. Il provient de mots comme bévue, berlue, barlong-. Ce qui 
est double, quand il doit être simple, est mauvais. Ainsi la pre- 
mière qualité d'une bonne vue est l'unité de vision : celui qui 
voit deux tableaux, deux images dont les traits ne se superposent 
pas à cause de l'asymétrie de ses yeux, celui-là est afflig'é d'une 
espèce particulière de mauvaise vue, qu'on ne pouvait mieux 
dénommer que bes-vue, ber-lue. Un manteau qui est de deux 
longueurs différentes, plus long d'un côté que de l'autre, n'est 



( 1 ) Diez, Gramm., II, p. 4o3 et Dict. étym., s bis. — GGGG, Dict. étym.. 
y" barlafe. barloker. 

( 2 ) P. 82, auS 196. n° 5. 



— 222 — 

guère «'on forme à L'esthétique du vêtement, et c'est ainsi que le 
français bar-long devienl attributif péjoratif quand il s'agit d'un 
manteau. 

Le sens péjoratif ne se produit que dans les cas où la dualité 
signifiée par le préfixe est mauvaise. Dans les autres cas, be et ses 
variantes peuvent avoir un sens fréquentatif : bèrôler, bèroter, 
birouler (bis-rotulare) ; ou marquer un mouvement de droit»; à 
gauche et de gauche à droite : balance, balancer, balanci, bir- 
lance, birlancer. Mais, si ce qui balance ne doit pas balancer, ou 
le fait sottement et avec ostentation, de nouveau l'idée péjorative 
apparaît, birloque, bêrloqne, barloquer, bien qu'elle ne soit pas 
inhérente au sens du suffixe. 



4 L,e prétendu préfixe péjoratif ca- en français 
et en wallon. 

Dans son ouvrage sur les Mots composés, p. 112, Darmesteter 
disait : « La particule ca- doit être d'origine germanique ou 
Scandinave, ou, ce qui est moins vraisemblable, basque ». Il a 
renoncé à cette opinion romantique dans le Dictionnaire général 
et dans son Cours de grammaire historique, III, p. 29. En 
effet le Traité de la formation de la langue française, qui sert 
d'atrium au Dictionnaire général de Hatzfeld- Darmesteter- 
Thomas, dit au ^ 196, 6, p. 82, que ca-, cal-, cali-, coli-, chari- 
sont différentes formes d'un suffixe d'origine obscure et propres 
au français et au provençal ; que ce suffixe a en général une 
valeur péjorative. On y cite cabosser, calembour, calembredaine, 
califourchon, camouflet, charivari, colimaçon. Dans les Mots 
composés, il citait en outre calorgne, caborgne, caliborgne, 
caloure, calouche. Enfin le Cours de grammaire historique con- 
sacre à ca- un paragraphe qui contient sans doute l'opinion 
dernière de Darmesteter et qui mérite d'être cité en entier : 

((. Cal, particule d'origine inconnue qui se présente encore sous 
les formes cal. car, chai, char, gai, gar, — cali, gali, chali, chari, 
— ca, ga, cha. 

« Elle a une valeur péjorative et forme un certain nombre de 
composés d'un caractère populaire d'après le type 2 a (') : 
califourchon ; calorgne (caborgne, caliborgne, caliborgnon. 



Lequel est décrit S mji : « La particule est adverbe et produit un 
juxtaposé : bienheureux . déloyal, mésaventure, non-sens ». 



— 223 — 

caloure, calouche « louche, myope ») ; ralimande (espèce de 
limande); colimaçon (anc. calimaçon); cabosser (= déformer en 
bossoyant); charivari (vari signifie ((tumulte»); calembredaine 
(dans certains dialectes calembour daine, où bourdaine est un 
dérivé de bourde); calembour masculin du précédent ; galimatias 
(forme corrompue de l'ancien mot galimafrêe « ramassis de 
viande, plat grotesque », dont elle a le sens figuré « ramassis de 
sottises, discours incohérent »), etc. » 

L'auteur donc ne part point de ca-, mais de cal-; il se contente 
de noter le sens péjoratif, comme Diez et Littré l'avaient noté, 
sans pouvoir dire s'il est primitif ou s'il s'est développé postérieu- 
rement; non seulement il supprime les conjectures étymologiques, 
niais il va jusqu'à l'affirmation que ce préfixe est propre au 
français et au provençal. Bref, l'article est rédigé avec une 
extrême prudence. En faisant table rase de toutes ses conjectures 
antérieures, l'auteur montrait qu'il n'avait plus confiance en elles, 
mais aucune conjecture nouvelle, aucun essai de démonstration 
n'est venu les remplacer. 

Nous voudrions nous servir des dialectes du Nord, du picard et 
du wallon, pour tenter de résoudre ce mystérieux préfixe, le seul 
de la langue courante que les romanistes n'aient pas réussi à 
élucider. 

Mais par où commencer l'étude d'un préfixe qui se présente 
sous des formes aussi variées qu'énigmatiques? Sait-on môme s'il 
y a là un préfixe ou plusieurs? Les philologues ont tiré sans 
doute le sentiment de cette unité de doublets comme caborgne, 
ealiborgne, mais cette unité reste a prouver sérieusement. D'ail- 
leurs, qu'on ait affaire a un préfixe unique en plusieurs formes 
ou à plusieurs préfixes indépendants, il n'y a pas de différence 
au point de vue de la méthode : il faut instituer les mêmes compa- 
raisons. Etudier ca- isolément serait se condamner d'avance à ne 
pas aboutir. Il faut, sur des listes copieuses, observer les mots a 
variantes, les comparer, tenter la résolution des formes dissylla- 
biques du préfixe avant d'arriver à ca- lui-même; car il y a plus 
de chance de découvrir quelque chose si on s'attaque aux formes 
les plus complètes. Même parmi ces mots en eali-, coli-, chari-, 
cal-, etc., il y a encore une sélection à faire: il sera bon de choisir 
ceux dont le second terme est reconnaissable, afin d'opérer sur 
une inconnue au lieu de deux. 

Ces listes préalables, nous ne les consignons pas ici, pour éviter 
des répétitions. Elles trouveront place ailleurs et sous forme de 



— 224 — 

lexique : nous ne mettons ici que ce qui est strictement nécessaire 
à la démonstration. 

Notre premier effort doit donc consister à prouver l'équivalence 
on l'identité de toutes les variantes données du préfixe. On y 
arrivera en comparant des variantes dialectales qui soient mani- 
festement de même racine et de même sens. Ainsi : i° le wallon 
dfoli, bigarré, vair, tacheté, bariolé, de couleur pie, nous fournit 
à l'évidence la racine de catyolé (usité à Chiny), de carfyolé 
(Virton), de crafyolcye, (vache) bigarrée noire et blanche. Voilà 
doue car-, cra- et ca- attachés à la même racine sans différence 
appréciable de sens. Résistons au désir d'attribuer cette variété a 
une intrusion, compliquée de métathèse, de r. Attendons plutôt les 
suggestions de nouveaux exemples. 

2° En face de fougni, fouir et fougnis ', fouillis que le sanglier 
ou le porc font en fouissant, il existe des composés cafougm, 
liég., nain., cafougner, ard., chiffonner, crafougner, racrafou- 
gner et racrafougneter, ard., même signification. Cet ensemble 
de formes nous permet d'isoler et de considérer comme pratique- 
ment synonymes les préfixes ca-, cra- et même racra-. 

3° On retrouve la même alternance de préfixes dans le gaumais 
carabossi, bossuer (Virton, Maus), à côté de l'adjectif cabossi 
(Virton), bossue, et du substantif crabosse, variante carabosse, 
état d'être courbé, travail qui exige cette disposition du corps. En 
français, Carabosse est le nom d'une vieille fée méchante et 
contrefaite. 

4 U L'escargot, qui est appelé à Liège caracole, est à Chiny 
nommé carcole, à Nivelles caricole, en picard carcaillou, en 
berrichon carcalou. 

5° Au français caramboler correspond en wallon verviétois 
caraboler (Lobet); et, d'autre part, j'ai entendu à Dison (lez 
Verviers) l'expression lu caribolètye dès navètes, le jeu, le va-et- 
vient, le virement des navettes. 

6° L'équivalence de cari- et tara- est fournie par les formes 
herviennes caribôdias et caraboutchas (épaississement d'une 
variante caraboudias), par carimatyôyes et earamatjoyes que 
M. Haust a étudiées (dans les Mélanges Kurth, II, p. 3i6). 

7° Mais la plus belle série, au point de vue de la variété des 
formes est celle de carmoussi, fureter (liég., verv.,) qui nous 
fournit : a) le simple ca- dans le rouchi cainousseaii, le gaumais 
camussète, le picard eamuche, le verviétois camoiisscr, le namu- 
rois camoussi, eamoussafye ; b) la forme car- dans le wallon 



— 223 



carmousser ou carmoussî, carmoùsse, carmoussètye, carmoussète, 
Le picard carmuchote; c) la l'orme ra/- dans le wallon calmousser 
ou calmoussi, calmousse, calmoussète, calmoussète, calmousse- 
rèye, le chestrolais se calmusser ; d) cas- dans casmoussî que 
donne Grandgagnage, i, 98, casmoussèfye, que donnent Grand- 
gagnage, ibid., et le journal liégeois te Mestré, n° 49, p. 2; e) enfin, 
exceptionnellement, caA- dans cakmoussèfye, variante fournie par 
Hubert, p. 121. 

Arrêtons ici cette énumération de variantes pour tirer nos pre- 
mières conclusions. 

i° Conclusion relative à cari-, citru-. 

Du simple moussî, en français musser, on peut former les 
composés anwussi, entrer chez quelqu'un en se unissant, ramoussi, 
rentrer en se mussant, en gaumais ramuchîr, rôder sournoise- 
ment, où le préfixe va- est compose de re -f ad, comme en français 
dans ramener, rafraîchir, rafistoler. Or, le préfixe latin 
re-, sans ad-, donne seulement ri-, ru-, exemples: rimoussî, usité 
dans le sens particulier de rhabiller; ripwèrter, qui diffère de 
rapwèrter comme le français reporter diffère de rapporter. 
Souvent, il est vrai, on ne perçoit point de différence appréciable 
de sens entre ra- et /•/-. 11 nous semble donc logique d'admettre 
que cari- et cura-, pratiquement synonymes, diffèrent étymologi- 
quement comme ri- et ra- 
il Conclusion relative, a cari-, car-. 

Le préfixe ri- se réduit à r quand le mot précédent se termine 
par un son voyelle sur lequel r' peut s'appuyer. On dira po-l 
rimoussî, mais po r'moussi. Il nous semble donc logique de croire 
ipie la variante car- vient, non de cara- par suppression insolite 
de a, mais de cari- susceptible d'être simplifié en car. 

3° Conclusion relative à car-, cra-. 

D'où viendrait alors la variante cra-'t Elle doit être composée 
de la même façon. Nous n'acceptons pas l'hypothèse d'une méta- 
thèse de r. Si car- vient de cari-, cra- doit venir de kira-, et le 
préfixe ki- n'est pas à chercher bien loin : c'est simplement le 
préfixe latin co- qui devient co- en namnrois, ki- en liégeois, 
eu- en verviétois, etc., et qui peut s'abréger en A-' si le mot précè- 
dent se termine par une voyelle : po-l kitoûrner, po k'toûrner. 

Si le même mot passait par toute la série de ces préfixes a-, ri-, 
r\ ra-, cara-, cari-, car', kira-, kiri-, c'ra-, le phénomène éclate- 
rait à tous les yeux. Mais il n'en est pas ainsi. Mouwer ne donne 
que rimouwer, r'mouwer et kir'mouwer, (uèl cur'mouwéz né 

i5 



— 226 — 

tant, Verviers). On trouve les verbes moussî, amoussî, ramoussî, 
rumoussî, car* moussî, mais point caramoussî ni c'ramoussî. 11 a 

donc fallu établir des comparaisons partielles, en sériant les 
phénomènes. Néanmoins les conclusions prée (lentes apparaissent 
tellement simples en leur symétrie, si exemptes de complications 
et d'accidents phonétiques, qu'on s'étonne de ne les avoir vues 
formuler nulle part. 

4° Conclusions relatives aux autres variantes. 

Les autres variantes sont rares et sonnent comme des déforma- 
tions. Ici les accidents phonétiques entrent en scène. Caram- de 
carambole a sa voyelle nasalisée; cal- vient de car- par permu- 
tation de liquide ('); de même pour cali- qui vient de envi-; cak'- 
et peut-être caïf- sont de vraies corruptions de car-; cas'- pour car 1 - 
est analogue à bes-jber-, bis-jbir-. sauf que la permutation s'est 
faite a l'inverse. Nous n'avons pas épuisé le nombre de ces chan- 
gements : que l'on compare le wallon calfurti avec le français 
galef retier, le wallon caspoye avec le bressan garbouye, le 
wallon crabouyî et grabouyî; mais il vaut mieux renvoyer au 
lexique tout ce qui n'est pas nécessaire à la démonstration. 

5° Il y a, dans cette analyse, quelque chose que nous n'avons 
pas encore atteint : c'est ca- lui-même. 

11 existe sur ca- une opinion devenue classique, tellement ancrée 
qu'on préférerait, je crois, lui donner à priori une origine celtique, 
ou basque, ou Scandinave, que de renoncer à l'essence péjorative 
de ca-. Essayons d'examiner ce point capital sans préjugé. 

Une première observation s'impose. Que le préfixe ca- vienne 
du Nord ou du Midi, s'il est aussi ancien qu'on le croit, s'il a 
existé dans le Nord au moment où la syllabe initiale ca- se pala- 
talisait dans le Nord, il a dû devenir: en français cbe- ou eba-, 
comme dans chemise, chemin, chêne, cherté, cheval, 
chef, cheveu, charité; en picard et notamment dans le patois 
rouchi du Ilainaut ke-, k' ou ca-, comme dans kemiche, kemin, 
kêne, kèrté, kevau, keveu, cacher (chasser), caine (chaîne), caleur, 
(chaleur), calit (châlit), cambre (chambre), camoussé (moisi), can~ 
chon (chanson), candeler (chandelier), candèle (chandelle), canger 
(changer), cantiau (chanteau), capèle (chapelle), capiau, (chapeau), 
car (char), cat (chat), etc.; en wallon tchè-, tchi-, tchu-. Or le ca- 
préfixe péjoratif n'est pas devenu palatal en wallon comme le ca- 
des mots précédents. Les exemples caboùre, cabolèye, cadjolé, 



1 ) Permutation inverse dans le namurois carculer, carcul, curculeû. 



— 227 — 

enfourner, capôtier, capére, capîche, cafouyi, camousser l'in- 
diquent suffisamment. Donc le ca- préfixe est postérieur à la 
période de palatalisation. 

Mais comment un préfixe postérieur à cette ère de transforma- 
tion, c'est-à-dire passablement récent, nous serait-il venu d'une 
langue étrangère sans qu'on en eût pu contrôler la provenance? 
Pareille intrusion n'aurait pu rester mystérieuse. 

Donc ca- ne vient pas de l'extérieur. Il s'est formé à l'intérieur 
du roman, par quelque déformation de ce qui existait avant lui ; 
il n'est pas primit if. 

A la vérité, ce ca- ne peut pas être très postérieur à la transfor- 
mation de ca- en che-. Nous en trouvons la preuve dans l'exemple 
camoissié, couvert de plaies (picard, Corblet) et camoisi, moisi 
(picard, Corblet), qui est en rouchi camoussé, gravé de la petite 
vérole, moisi (Vermesse); ce mot reste bien camoussé en gaumais, 
mais il devient tchamossî, tchamossé en wallon. Si on accepte 
que ce verbe est décomposable en ca- plus une l'orme identique au 
français moisir, nous avons là un bel exemple de ca- existant à 
l'époque du changement susdit, mais sans doute assez tard et sur 
la fin du phénomène, puisque la transformation n'est pas générale 
et que le gaumais es1 en désaccord avec le wallon. Cet exemple 
n'infirme donc pas notre observation, il la conditionne : il nous 
avertit que la production de ca- préfixe ne peut être assignée 
pour tous les mots à la même date et qu'il y a des avant-coureurs, 
comme camoussé-ichamossî, et des formations postérieures. 

Si ca- n'est pas emprunte a l'étranger, s'il dérive d'autre chose 
préexistant sur place, il ne doit pas être très difficile de déter- 
miner son origine. Ce n'est pas le c, vraisemblablement, qui a 
subi la déformation, ce doit être la voyelle. (Quelle était la voyelle 
primitive? Puisque c devant e,i devient sifflant, la voyelle primi- 
tive ne peut être que o ou u. Une seconde élimination viendra 
compléter la première : eu n'existant pas comme préfixe, il est 
naturel de se rabattre sur le préfixe co- bien connu et immensé- 
ment répandu. 

Voilà où l'observation et le raisonnement nous amènent. Il 
reste à étudier les faits non examinés jusqu'ici, à vérifier par des 
expériences multiples cette première proposition. Si la thèse se 
confirme, il y aura lieu en outre de rechercher la cause ou les 
causes du changement constaté. 

Soutenir que le préfixe ca- vient de co-, c'est s'astreindre à 
étudier d'abord les destinées de co- dans nos dialectes du Nord. 



— 228 — 

Les desl inées du latin co-. 

Dans l'Est-wallon, co- devient ki- en liégeois el en ardennais, 
cil en verviétois, cœ dans la Wallonie prussienne, mais il est co- 
en namurois, cou- en roucbi et en gaumais. 11 y a exception a 
cette règle : i° lorsque co- ne sonnait plus en roman comme pré- 
fixe, ainsi dans coslcùrc (eosiitura, couture), costri (couturière, 
namurois; ardennais constîre, verviétois costi), coster (coûter), 
cos' (coût), costinfye (coût); 2° lorsque les mots sont empruntés au 
français, que l'emprunl soit ancien ou récent. 11 est ancien dans 
aconqwèster, consî (conseiller), consieû (conseilleur), acoustii- 
mance, comugnî (communier), confyi (congé), com'sèfyî (com- 
messagier), com'siè/jes (coin-messages, coumèssèfye dans Gggg., 
Il, XVI), convoyé (fém., convoi), compère, comére, etc. 11 est plus 
récent dans comprimle, compter, corompe, constant, complaire, 
condition, concubinètje, conoeni, corèhfi (corriger), etc. ; 3" Il 
arrive que les deux formes existent côte à côte, mais venues évi- 
demment par des voies différentes et avec des sens différents, 
kirompe et kirompi, participe kirompou, crompou. a le sens de 
« briser en plusieurs endroits, émier », mais corompe, corompou, 
du français corrompre, corrompu, conserve la même signifi- 
cation qu'en français. De même kisinti, kibate n'ont certainement 
pas le même sens que consinti, combale, qui sont chez nous des 
néologismes, des emprunts nécessités par l'élargissement des 
idées et de la mentalité wallonnes. A part ces exceptions, le pré- 
fixe co-, malgré sa voyelle plus sonore, a rejoint dans tout le 
Nord-est wallon les deux autres préfixes latins re- et (te-. 

Mais quand nous assimilons, au point de vue étymologique, co- 
el eu-, en tout ou en partie, nous ne prétendons point que la forme 
ca- soit sortie des formes actuelles ki-, eu-, cœ- : il est bien évident 
que c'est de la forme co- (pie doit provenir ca-, si telle est son 
origine; que le Nord-est wallon a employé co- avant de l'atténuer 
en ki-, eu-, C0&-. Le liégeois pourrait fournir au besoin telle forme 
attardée où eo- est resté, par exemple le mot comineye qu'emploie 
Simonon, mot qui ne peut être emprunté au namurois, puisque le 
namurois dirait comwinrnéc. 

Phonétiquement, ca- pour co- a la syllabe initiale n'est pas un 
phénomène extraordinaire. Le latin avait déjà une tendance à 
-nli-t il 11er a a une aut re voyelle a l'initiale : c a 1 i c e m correspond 
au grec v.jLv/.-j.. Mais les langues romanes et les dialectes en offrent 
de nombreux exemples. Le français eagouillc (volute au liant 
de l'éperon des grands navires) est emprunté de l'espagnol 



— 229 — 

cogollo (volute du chapiteau corinthien), qui est le latin cucul- 
lus, capuchon. Le français cagoule est une forme méridionale 
issue du féminin cuculla. Le français calandre vient du grec 
xûXivopov par le latin c u 1 i n d r uni ; c a n a p é vient du grec xwvwTretov 
par le latin conopeum; calèche du hohémieu kolesa (Die/.. 
I». 78) ou du polonais koluska (Dict. gén.). En wallon, si le 
latin cauda, coda reste cowe en liégeois, par contre le vervié- 
tois, l'ardennais et tout l'Est disent cawe. Le gaumais lui-même a 
cawière, cawelet (Virton, Macs). Verviers a cowète en regard de 
cawe, mais Spa et l'Ardenne prononcent cawète. Lobet traduit 
cocarde par kacâde (p. 262); Forir cacophonie par caçafo- 
leic, où la déformation provient d'une étymologie populaire sus- 
citée par l'assimilation fa ile de co- à ca-. Que l'on mette en regard 
cagne et cougnot, français quignon, ou les variantes couye, 
coye, cave (lat. pop. *colia, de c oie us) dont le verbe cayi n'est 
pas exclusivement vervictois et ne peut être attribué à l'alpha- 
cisme de cette région: inversement que l'on note les substitutions 
fréquentes de o, ou à a : poupa, popa au lieu de papa dans l'Ouest- 
wallon et en Ardenne; mou m an an lieu de maman en Ardenne; 
comarade pour camarade en rouchi (Vermesse, p. i53); les dou- 
blets mougner et magner ou mougnî, magnî; toùbac, dont Vou 
ne provient pas de la forme espagnole, car ni le français ni le 
flamand n'ont ou; le picard cantour pour contour (Corblet); 
le picard condamine qui vient de campus domini, champ du 
seigneur; on sera bien forcé de conclure que la barrière entre o 
et a est bien fragile et qu'elle a souvent été franchie. 

Si donc nous pouvons trouver, dans des dialectes voisins, des 
variantes du même mot offrant co- d'un côté, ca- de l'autre, il n'y 
aura aucune difficulté phonétique à poser l'équivalence ca- = co- 
dant les dites formes, et il sera légitime de rechercher lequel est 
primitif de ca- ou de co-. Procédons ainsi. 

.le vois que le français colimaçon, le picard col imachon (Corblet, 
p. 317) a pour correspondant calimichon dans la Seine-inférieure, 
(Delboulle dans Rolland, Faune popul , t. III), calimacon dans 
le Calvados, l'Orne, la Seine-infér., Seine-et-Oise, le Loiret 
(Rolland, Faune pop., t. XII, p. 26), calimachon dans la Manche, 
le Calvados, la Seine-inf., la Somme (Rolland, ibid.), calémuchon 
dans le Pas-de-Calais (Rolland, ibid., p. 27), calimacon dans Duez, 
Dict, ital. -franc., 1678. Le suffixe n'est pas ici coli- ni cali-, et 
nous ne voyons pas d'autre part pourquoi le Dict. général décom- 
pose le mot en cal + limaçon. Les faits ne nous montrent que 



— 2.3o — 

limaçon précédé de co- ou ca-. Des formes comme cârmuçon (dans 
la Somme) el carmichon (dans l'Oise, cf. Rolland, ibid., p. 27)110 
peuvent s'expliquer que par substitution de liquides; elles doivent 
être ramenées à câlmuçon, calmichon et décomposées en câ- 
'muçon, ca-l'michon, ce qui nous ramène de nouveau à co-etca-. 

Le français compère, commère a de curieux correspondants 
dans le Nord : 1" compère garçon fort, vigoureux, déluré : 2 
kipére, dans les Noëls : kipére Bièt'mé, kipére Ernou ; 3° copêre 
ou copére en namurois, pour désigner les originaux naïfs de 
Dinant dont les bêtises légendaires défrayent le folklore, d'où 
copérerie, extravagance, naïveté; 4° dans le même sens on dit 
coupère à Virton en pays gaumais, capère à Rossignol, également 
en pays gaumais. Depuis Stavelot jusqu'à la Semois, on appelle 
Rosières, près de Sibret (prov. de Luxembourg), le pays des 
coupères ou des capères, ou des copères, à cause de la même répu- 
tation de naïveté que celle des anciens Dinantais. Ce mot nous 
donne donc pour le préfixe latin com-, co-, les formes com-, co-, 
cou-, ca- et ki-. Commère nous donne comére, kimére, cumérc, 
coumére (Givet), mais camére ne se rencontre pas. 

Un bel exemple de l'alternance ca-j co-! cou-, c'est le mot qui se 
prononce en namurois copiche, fourmi, à Givet coupîche, à Bour- 
lers (pointe sud du Hainaut) coupiche, mais capîche en gaumais 
et en chestrolais. De même fourmilière se dit copicherie en namu- 
rois, capichiè en chestrolais (Dasnoy, p 63, 273). Le verviétois 
piheran, fourmi, contient la seconde partie du mot, dont la racine 
est la même que celle du wall. pici, ou du franc, pincer qui est pour 
picer, ou du franc, piquer. Donc le mot doit être divisé en co- ou 
ca- plus piche et nous fournit de nouveau ca- = co-. 

C'est d'une des formes germaniques pfatte, pfote, pote, qui ont 
produit vraisemblablement le provençal pauta, le français patte, 
pote, potelé, tripoter, patiner et l'argot fr. tripatouiller, que vient 
aussi le wallon ardennais capôtier. Exemple : ni capôtèye nin 
t'chapê ainsi .', ne tripote pas ton chapeau de la sorte. Le liégeois 
ne connaît que la l'orme à préfixe ki- : kipôti ; de même nous avons 
relevé à Stavelot cnpôtî, à Faymonville, en Wallonie prussienne, 
coepôlier', mais le namurois, si nous en croyons Grandgagnage, 
emploie la forme capôtyî (que Gggg., I, 100, a écrite capôchî pour 
capôtchî, qui sérail une forme épaissie de capôtyî). Il n'y a point 
d<- différence de sens entre capôtyî et kipôti. 

Du latin bulla, qui a donné au français boule, bouille, et par 
emprunt bulle; qui a donné en wallon bouye, bosselure, bouyote, 



— 23l — 

bulle à la surface de l'eau, bosse, ampoule, vient le verbe kibouyî, 
cubouyî, et le dérivé kibouyeter ; mais l'ardennais dit cabouyer, 
le naintirois et le gaumais cabouyi, bossuer, bosseler, par le pré- 
fixe ca- et sans différence de sens. 

De hossî, franc, hocher, secouer, le liégeois forme kihossi, ex: 
i f;i k'hossî pu (l'on pà, j'ai secoué plus d'un pieu ; mais l'arden- 
nais et le chestrolai s ont cahosser, an sens actif de secouer et 
au sens passif de vaciller, ex. gn-a Vtàve qui cahosse, litt. : il y 
a la table qui vacille. 

Invoquons enfin un argument d'autorité. Grandgagnage a eu 
l'intuition que ca- est identique à ki-. En recueillant des exemples 
pour cette démonstration , nous avons eu le plaisir de rencontrer 
sur ce point une affirmation caractéristique. Elle a échappé aux 
romanisants et à nous-mème, d'abord parce qu'elle est enfouie 
dans une note an mot cafougni; ensuite parce qu'elle passe là 
comme une proposition en l'air, sans preuve, qui n'empêche pas 
l'auteur de formuler, aussitôt après, une autre étymologie de cafou- 
gni. Néanmoins citons le texte (I, S9) : « ca est une forme de la 
particule inséparable et intensitive ki (celle-ci, il est vrai, est 
presque la seule en usage a Liège : toutefois cf. caboûr et le 
suivant [cafouma] ; mais ca se dit encore [?] en N[amurois], et 
précisément selon Z[oude] devant/), f ou p, suivis de o ou ou ; 
or beaucoup de formes et de mots, jadis communs aux deux idi- 
omes LFiégeois] et \[amurois], se sont conservés seulement dans 
ce dernier)...». Laissons de côté les erreurs partielles, à savoir 
que l'usage de ca- aurait été plus étendu jadis en liégeois, que les 
mots en ca- apparaissent ainsi comme des survivances, il reste 
néanmoins que les faits ont inspiré à un moment donné à Grand- 
gagnage l'idée que ca- est une forme de ki-. 

Dans tous les exemples qui précèdent, il nous est impossible de 
percevoir une différence de sens entre co- et ca-. Nous constatons 
simplement que le Nord-wallon a rarement la forme ca-, que celle- 
ci se rencontre plus souvent dans le namurois, l'ardennais, le 
chestrolais, le gaumais. Si on n'a pas reconnu cette identité do 
co- et ca-, cela provient de ce que ca-, donné comme péjoratif, 
considéré d'autre part comme une simplification de cul-, était par 
là-même éloigné davantage de co-. Or i° rien ne justifie l'hypo- 
thèse que la forme primitive est cal-; 2 co- a des sens qui condui- 
sent graduellement à cette interprétation de ca- péjoratif. Pour 
le premier point, nous avons montré que cal- n'est qu'une trans- 
formation de car- qui contient deux préfixes et non un seul ; 



— 232 — 

pour le second point, il es1 nécessaire d'étudier d'une façon un 
peu plus analytique qu'on ne le l'ait d'ordinaire la sémantique du 
préfixe co-. 

Sémantique du préfixe co-. 

Co- marq le jonction, réunion, disent les manuels. 11 est adverbe 
el dépendant du terme principal dans confrère, compère, com- 
mère, consœur, collègue, coaccusé. Mais tout n'est pas dit, cepen- 
dant, au point de vue psychologique. Deux sœurs sont consœurs 
au même degré, chacune est sœur avec l'autre, mais il n'en est 
pas toujours ainsi. Le compère est père avec le père, mais seule- 
ment père spirituel ou parrain. La commère est une mère-mar- 
raine, Le colimaçon esl limaçon avec un autre ; mais, par le l'ait 
même qu'on le compare, on le subordonne ; ainsi le colimaçon 
n'est pas le vrai limaçon, il n'esl qu'un adjoint. Mes co-proprié- 
taires ne m 'apparaissent pas aussi propriétaires que moi ! 

Co- devant un verbe joue aussi le rôle d'adverbe et dépend du 
terme principal. Mais que signifie-t-il ? Conjoint a le sens de 
« joint avec », mais il faut tenir compte des éléments contingents 
(pii modifient le sens : dès lors conjoint se définit : (personne) 
jointe avec (une personne de l'autre sexe, par mariage). La 
consonne sonne avec (la voyelle). Conjuguer, c'est réunir par 
couple, l'un avec l'autre, donc ensemble, deux éléments, De l'idée 
de avec, ou d'accompagnement, on passe à l'idée de ensemble ou 
réunion. Ce n'est pas la même chose : les conjoints sont >< joints 
ensemble», un conjoint n'est pas un « joint ensemble» ; il con- 
jure signifie « il jure avec d'autres », ils conjurent signifie « ils 
jurent ensemble». Au contraire ils compatissent, même au pluriel. 
signifiera : ils partagent la souffrance (d'un autre) et non : ils 
souffrent ensemble. Un verbe a tantôt les deux sens, tantôt un 
seul des deux. 

Que «le choses restent encore dans le vague! Consterner ou 
plutôt le latin consternere signifie étymologiquement «abattre 
avec». Mais ce n'est pas abattre avec un bâton ou une autre 
arme. Le préfixe con- n'est pas instrumental, il marque l'accom- 
pagnement. Quelle sorte d'accompagnement? Il peut marquer que 
i<- sujet abat ce avec un autre» : il y a réunion des sujet- 
auteurs de l'action, donc multiplicité du sujet. Mais il peut 
marquer le fait que le sujet abat une chose en même temps qu'une 
autre, plusieurs choses ensemble: il y a multiplicité de l'objet 
et simultanéité des actions partielles ; enfin il peut encore indi- 
quer que !<■ sujet abat une chose immédiatement après une autre, 



— 233 — 

plusieurs choses à la file, successivement: il y a multiplicité de 
l'objet et succession des actions partielles jointes dans le temps. 

Il y a des verbes avec lesquels la multiplicité d'action ne peut 
s'entendre aussi simplement. Dans consumere, il ne s'agit pas 
de plusieurs actions de prendre simultanées ou successives et 
virtuellement égales ; il s'agit d'une action unique, mais multiple, 
complexe, décomposable en une quantité de menus actes. L'esprit 
qui conçoit cette complexité indique par eon- la multiplicité des 
parties de l'action totale. Contenir est tenir par tous les côtes ; 
comprendre est prendre dans son ensemble, dans son entier, par 
tous les côtés a la t'ois ; confondre est meurtrir par plusieurs 
chocs ou blessures partielles ; la contusion est le résultat total de 
• •es meurtrissures partielles et rapprochées : contrister n'est pas 
attrister une autre personne avec soi, c'est la rendre toute triste. 
dans son entier, aussi complètement qu'elle peut l'être. Bref, le 
verbe marque alors une action complexe faite de mouvements 
synergiques contribuant à produire une action totale. L'idée de 
l'intensité d'une action remplace l'idée de multiplicité de l'action, 
ou plutôt la multiplicité est dans le détail, l'intensité dans l'en- 
semble ou le résultat. 

Tel est le cas de la plupart de nos verbes wallons composes 
avec co-, ki-, etc. Co- n'est pas chez nous un préfixe mort comme 
en français, il est très vivant, il peut s'adjoindre à tout verbe en 
qui il est possible de marquer l'intensité de l'action par répétition 
de l'acte initial. Si bouyi existait, il signifierait faire une bosse. 
mais kibouyî a le sens de bossuer partout un même objet. Brôdi 
signifie brouiller, chiffonner; mais kibrôdî sera brouiller totale- 
ment, chiffonner d'un bout à l'autre. Twèrtchî veut dire tordre 
dans le sens d'une torsion simple, d'un quart de tour, d'un demi- 
tour ou d'un tour de torsion; exemple : si twèrchî l' pi. se faire 
une entorse; mais kitwèrtchî désigne une action totale faite de 
plusieurs torsions : kitwèrtchî on vantrin, c'est tordre un tablier 
comme une corde. La particule devient donc intensive dans kita- 
per, jeter de ci de la à plusieurs reprises : dans kidjèter, kiheùre, 
secouer quelque chose ou quelqu'un en l'empoignant de partout . 
kitchèssi, chasser quelqu'un de partout où il se réfugie; kitoùrner, 
retourner dans tous les sens : kipiter, repousser par de multiples 
coups de pieds; kipôti, prendre et malaxer dans ses «pattes 
kiminer, mener partout, d'un endroit a l'autre. 

On peut encore augmenter l'expression de l'intensité en ajoutant 
le pronom tôt : i m'a tôt k'brôdi ou k'bouyî ou kipôti nf tehapê, il 
m'a tout cabossé mon chapeau. 



— 234 — 

On admettra <|ii<' cette action intensive peut produire sur l'objet 
qui la subit des résultats déplorables. Un chapeau tôt k'bouyi est 
un chapeau hors de service. Il s'attache donc assez facilement à 
cette idée «l'intensité une idée péjorative. Nous arrivons ainsi au 
terme de l'évolution sémantique de co-, 11 n'y a point de différence 
réelle entre le sens de co- et celui de ca-, Capôtier ne signifie pas 
autre chose que kipôtî. Ce que l'on veut percevoir de péjoratif 
dans le wallon cabouyer, catoûrner, cafouyer, cafougner, cabir- 
lancer, dans le français cabosser, vient de la nature de l'action et 
non du préfixe. Nous avons montré jadis la même chose pour le 
préfixe bis-, bes-. Des mots en ca-, tels que caracoler, caram- 
boler, cajoler, ne contiennent rien de péjoratif ; des mots en 
co-, tels (pie le français com pisser, le wallon kibrôdî, kichèrer 
i ardenn., déchirer) passeront facilement pour avoir un sens 
dépréciatif. Donc, pas plus an point de vue sémantique qu'au point 
de vue phonétique, nous ne voyons de différence entre ca- et co-. 

Mais, dira-t-on avec raison, pourquoi tous les mots qui ont pris 
le suffixe latin co- ne le changent-ils pas en ca- ? 

D'abord il faut considérer que le changement de co en ca- n'est 
pas le résultat d'une loi phonétique : c'est un accident, comme la 
métathèse ou la permutation de deux liquides. Les variations de 
voyelles dans les syllabes atones, dans les syllabes initiales, ne 
sont pas soumises à des lois aussi rigoureuses qu'à la tonique. 
Est-ce en vertu de lois que le français dit qvEnouille de c o n u cula 
i\v. kinoyé) ou d\me de domina? Nous n'avons donc pas affaire 
ici à une dérogation aux lois phonétiques, pas d'exception à 
expliquer. Nous avons les mains libres pour chercher ce qui peut 
avoir favorisé parfois la production de ca- au lieu de co-. 

Plusieurs phénomènes concomitants ont pu exercer une action 
analogique. 

i. D'abord le redoublement enfantin ou péjoratif qu'on trouve 
formé par la voyelle a précédée de la première consonne du 
radical : babaye, cheval; bablame, galant enflammé; babètch, bec: 
cacayes, joujoux; cacouyes on cacoules (Vebmesse), plaisanteries; 
tchâtchoûle, pleurnicheuse, etc. 

2. ca- vient dans certains mots de co a- et peut s'être répandu 
par analogie sur d'autres mots. Le français cacher, wallon 
catchî, catcher, est expliqué par Darmesteter comme issu de co- 
a e t i ca i-e, fréquentatif de eo-agere. Le verbe caill er vient de 
co-agularc. L'ancien français (abuser, trompe)-, séduire, vient, 
selon moi, de eo-abuser. Il ne faut pas s'entêter à vouloir 



— 235 — 

rendre compte de l'a dans tons les mots, mais peut-être quelques- 
uns des mots wallons et picards en ca viennent-ils de co-a. Il se 
peut que le namurois ca-pougnî vienne plutôt de co-apougnî que 
de co-pougnî, eu extourner de co-atoûrner, niais la démonstration 
sera souvent impossible. Je soupçonne le rouehi cagner, mordre 
en parlant du cheval, d'être une contraction de co-agner où agner 
est le même que 1*' liégeois hagnî, mordre (Cf. le liég. cagnesse). 
Je serais tenté d'expliquer le gaumais cachonée, ribambelle, par 
co-achonée, du gaumais achonée, assemblage, dont le verbe est 
achoner, wall. assonner ou assonler. français assembler. Mais 
si on le t'ait identique à cochonnée, portée d'une truie, j'y 
verrai un nouvel exemple de ca- = co-, 

3. Voici encore une source inattendue de ca- péjoratif. Il existe 
en Ardenne une poignée de mots comme Calùtche, Cafame, 
Cafkn'r. Djivisse, qui sont des noms de personnages imaginaires 
d'une mythologie nouvelle. Voici des phrases qu'on peut entendre 
en Ardenne : Conte i mougne ! vos dîrîz Cafame ! — Qui est-ce 
qui v 1 l'a dit ? — C'est Cafkœr. — Ây, mais, Djivisse est la ! Pour 
avoir la clef de ce langage, il faut voir dans ces mots des noms 
fabriqués d'une expression syntaxique par méprise ou par plaisan- 
terie. Souvent la plaisanterie est chez celui qui articule la phrase 
et la méprise chez celui qui la comprend. Vos dîrîz Cafame doit 
être interprété vos dîrîz qu a fa me, vous diriez qu'il affame (au 
sens intransitif, c-à-d. est affamé). Que l'auditeur, un enfant, croie 
qu'il s'agit d'une personne, comme c'est le cas d'ordinaire avec vos 
dîrîz, et voilà Monsieur Cafame inventé ! J'ai connu des gens qui, 
de bonne foi, ne corn; remuent pas le mot autrement que comme 
nom propre. La transformation en nom propre est complète dans 
d'autres tours de phrase. Au curieux qui pose des questions indis- 
crètes : qui est-ce qu'a o'nou ? qui est-ce qui v' l'a dit ?, qui est-ce 
quo Va fait?, on répond : c'est Cafkœr, avec l'intention de forger 
un nom. Or, il faut comprendre q u'ave kére? de quoi avez-vous 
cure? de quoi vous mêlez-vous? On répond encore, moins poli- 
ment : c'est Cafkifoute. Comprenez qu'ave ki foute/ interrogatif 
de â/i n'ai qu' foute. On peut aussi unir les deux personnages : 
Avon qui fjàsiz-ve? - Avon Cafkœr et Cafkifoute. Djivisse est 
un rôle de surveillant, d'espion. A l'enfant qui va commettre une 
farce ou un mauvais coup, la mère apparaît soudain en s'écriant : 
Djivisse est là!; comprenez : J'y-vise est la! (j'y regarde). En 
namurois les galants sont appelés des kivons : il faut interpréter 
par dès qui-vont, de ceux qui vont faire leur cour. Le fanfaron, le 



- 2.36 — 

Tartarin ardennais est Galûtche. Alûtcher signifie viser avec uno 
arme. Voilà Monsieur Qui uise élevé au rang de héros mythique ! 
On répond à un vantard : / ravise Caliïtche, qu'a touwé sept' leùs 
il'on côp </' tchapê à coron d'on pwace !, il ressembla à G. qui a tué 
sept loups d'un coup de chapeau au fond d'un porche (ou vestibule . 
Dans le recueil de pièces wallonnes anciennes de Bailleux et 
Dejardin, un vers de la p. r33 crée deux personnages semblables : 
Cafaim et Mâsô i èstiiil. 11 faut comprendre qu'a-faim et Mâ-sô, 
« qui a faim » et t< mal-saoul ». Le picard connaîl Marie Cafoule, 
femme qui veut tout faire et ne fait rien qui vaille (Corblet). Je 
propose de comprendre qu'afouïe, bien qu'il existe un verbe 
caf'ouler, remuer et mêler des objets en cherchant. On pourrait 
trouver d'autres créations de ce genre : Canaro, qui signifie 
« du nauan », doit provenir d'une phrase c'est vous qu'an-aroz, 
c'est vous qui en aurez, et le mot est probablement d'origine 
enfantine ('). 

On fera peut-être accepter plus facilement la transformation de 
co- en ca- si on peut faire constater d'autres transformations 
parallèles de co-, plus étonnantes et d'ordinaire moins reconnues 
par les étyinOlôgistes. 

Co- peut se réduire à ki- en wallon, où 1'/- est notre minimum de 
voyelle. Nous avons vu (pie ki- à son tour peut se réduire à A*', si 
une voyelle précède sur laquelle A' puisse s'appuyer. Supposez 
que le verbe simple de ce composé en A' soit tombé en désuétude, 
que le A' soit suivi de / ou r, alors il peut arriver que ce A' ne soit 
plus senti comme préfixe, s'agglutine avec la consonne suivante 
en cl,cr, et que l'alternance syntaxique ki j A' tombe en désuétude. 
Le verbe prend alors l'aspect d'un verbe simple, (/'est ce qui est 
arrivé au français cracher, que le Dict. gén. se contente de 
donner comme germanique sans toucher à la difficulté. Or. le 
wallon liégeois et verviétois est rètchi, le picard raquer, le pro- 
vençal racar, l'aneien-français rucher 11 en résulte que le français 
cracher est issu de c'rcaher, pour co racher, et de même le 
wallon ardennais cratcher, cratchot, cratchote, qui existent a coté 
de râkion, nord-wallon rètehon. Le mot vient d'une racine ger- 



('; De jeux de mots ou de méprises analogues ont été formés : legauinais 
Djmi Rabat, littéralement et étymologiquemeni «j'en rabats», personnage 
fictif qui rabat les prétentions: l)j;in Rabat passerai (déjà inséré par moi 
dans le Complément du lexique gauinais de M. Liégeois, p. 771: Pardennais 
Tchan-d'â-uint, Jean du Vent, qui souffle dans les cheminées et qui hurle 
dans tous les interstice-, des maisons, par jeu de mots pour .< chant du 
vent ». 



— 237 — 

manique hrax, dont le nordique kraekian, cracher, est un com- 
posé. 

Autre exemple. Une plante rampante ou grimpante, qui est le 
lierre, ou la clématite des haies, ou le chèvrefeuille, ou le liseron 
suivant ies régions, s'appelle en wallon fouye <li rampe (ard.), 
rampioûle (nord-w.), mais dans le Dict. liégeois de Fouir cnun 
pioûle (Cf. J. Feller dans Bull, de Folklore wallon, t. I, p. i58). 
Il est évident que cette dernière l'orme est apparentée aux deux 
autres et composée de co + rampioûle. L'agglutination a pu être 
facilitée ici par la ressemblance du mot avec crampe, mais son 
origine est indiscutable 

Le français croler, croller, crouler est de la même racine 
(pie rouler : il y a le co- en plus. Si le Dict. gén. avait admis 
cette origine avec conviction, la sémantique de crouler en eût 
été de beaucoup simplifiée : croulant la tète aurait corres- 
pondu au wallon kirôlani /' tiesse: la bête croule la queue 
s'expliquait par li bièsse kirôle H cowe. Crouler signifie donc 
primitivement rouler à droite et a gauche, remuer dans tous les 
sens en conservant un certain mouvement circulaire qu'indique 
le simple roui er. 

Le français creux, malgré son apparence de mot simple, vient 
de *corosum, corrosum, corrodé, rongé, excavé. 

Mais ce serait empiéter sur un autre travail que de rechercher 
tous les mots français et wallons où le c, môme le g initial, cachent 
le préfixe latin co-, ou le préfixe germanique ga-, ge-, comme 
gaspiller.- caspouyi, ga lefretier - calfuriî : nous ne voulions 
ici que dégager ca- de son mystère et le placer a côté de ses 
coffnats dans sa vraie famille. 



S. JLe préfixe far- du franc, farfouiller 

Farfouiller est un terme du Xord qui est entré dans le 
Dict. français. Il existe en picard, en champenois, en berrichon 
(Corblet, p. 4o3) ; le Hainaut a farfeyer, mais farfouyeur 
(Sigart, p. 175); le ganmais a farfouyi (Liégeois, Compl., p. 6b). 
En présence de fouiller et trifouiller (picard, Corblet), il n'y a 
pas d'hésitation quant à la partie capitale du mot. Mais le Dict. 
gén. déclare ne pas savoir l'origine du préfixe far-. 

Far- n'existe en effet en français que dans ce mot. Nous en 
avons trouvé un second exemple en ganmais, qui, par bonheur, 
semble être assez transparent. C'est farnowèy, faire un ncfcud 



- 238 - 

impossible à dénouer (Liégeois, CotnpL, p. 60). Le messin dit 
enférnower, l'ardennais dil fèrnoke, noker ses soles ;i fèrnoke, 
nouer ses souliers à nœud (noke) double et impossible à dénouer. 

Le verviétois a déformé l'expression en ftvêrnoke : par étymo- 
logie populaire, il v voit fwêrl noke < l ), (jn'il traduit en son fran- 
çais par fort nœud. Mais comme fort se dit en ardennais 
fwart, il n'y a aucune vraisemblance que cet adjectif soit dans le 
mot fèrnoke. De plus la région gaumaise de Prouvy-Jamoigne 
dit fournawèy. Oette fois-ci c'est \'o de nowèy, nouer, qui est 
altéré, mais four est intact comme dans fourboure, fourdormi, 
fourmougni, fourpougni, etc. Il nous représente four- = latin 
Tu ri s = franc, for-. Le Dict. gén. a d'ailleurs accueilli le verbe 
technique l'ornouer, dont il donne un exemple de Duhamel 
m Monceau, Arts de la Draperie. 

Nous ne doutons pas que ce soit la môme forme dialectale de 
for-, qui se trouve dans farfouiller. Le sens exact du mot est 
donc fouiller en excès. Ce n'est pas le seul exemple français 
où la particule for- se présente altérée : il suffit de citer faubourg 
pour forsbourg, faufiler pour forsfiler et faux-mai'cher pour 
forsmarcher. 



6. L.e suffixe toponymique -han 

Les noms de lieux en -han n'ont guère attiré l'attention des 
linguistes ni même des géographes. Ils appartiennent à des 
villages, a des hameaux, à des bois localisés le long de quelques 
rivières ou de ruisseaux peu importants. Ils n'apparaissent guère 
dans les atlas généraux. Ainsi, par exemple, dans le vieil Atlas 
de Blaeu (1639-1640), la carte intitulée Lutzenburg Dùcatus ne 
donne que Bolian pour toute la Semois, et encore le mot est-il 
écrit Bohain; sur l'Ourtbe. elle donne Grand-IIan, Petit-IIan et 
Bolian. Les eût-on remarqués d'ailleurs, on les aurait assimilés 
sans hésitation aux noms en -hain de la Belgique wallonne ou 
aux noms bretons comme Rolian et Morbihan. 

1)«- archéologues luxembourgeois, De la Fontaine et Prat, ont 
totalement identifié han ou hain avec heim. Chotin a traduit 
d'abord hum par « pacage, pré, enclos », sans justifier son inter- 



('i J'écris a présent noke avec e final, parce que je le crois issu de 
'noc'lum pour 'nod'lum (comparez 'vec'Ium pour vet'lum), de 
même que tike, taie, vient de tecula et non de toc a. 



— 23g — 

prétation ('). plus tard par « demeure, habitation » ( 2 ). A. de Pré- 
morel, dans un livre sur la Semois ( 3 ), explique han par a trou », 
et cette opinion a été reprise par Grandgagnage dans son diction- 
naire ( 4 ) et par Jean d'Ardenne dans son estimable guide ( 5 ), 
Citons ie passage caractéristique de Jean d'Ardenne : « La mon- 
tagne de la grotte île Han] (boëme, baume ou balme , couverte de 
taillis, élève son large mamelon qui domine le paysage. A son 
flanc septentrional, tourné vers nous, s'ouvre le fameux trou du 
Han (ce qui revient à dire « trou du trou », le mot « han » assez 
commun dans la terminologie géographique du pays, ne signifie 
lui-même pas autre ebose que trou dans tous les lieux qu'il 
désigne, soit seul, soit composant un nom : Dohan, Poupehan, 
Martehan, Bohan, Frahan, Hau-sur-Lesse, Han-sur-Meuse, Han- 
sur-Heure, Manelian, etc., il exprime l'idée de gouffre, d'excava- 
tion ou de dépression profonde), soupirail énorme par lequel la 
rivière, en nappe tranquille, soit de la montagne sous une arcade 
rocheuse ». Je ne doute . as que cette opinion ne soit une inter- 
prétation de celle de De Prémorel, que l'auteur connaissait et 
dont il cite l'ouvrage ailleurs. 

D'autre part, M. Kurth dans la Frontière linguistique (I, 207) a 
cité incidemment la finale toponymique -han. ("est à propos des 
noms en -heim : « Je n'ai pas davantage », dit-il, « admis [parmi 
les noms en -heim] le noms wallons terminés en -han (Han, 
Bohan, Dohan. Frahan, Grand-Han, Marbehan, Mortehan, Petit- 
Ilan, Poupehan) dans lesquels le suffixe est positivement distinct 
de -heim ». M. Kurth apporte aussitôt une preuve de son asser- 
tion : <c Dans un document de 636, on mentionne une villa Chambo 
secia (= siia) super Orlho fluviolo (Beyer, Urkundenbuch, t. I, 
p. 7); il s'agit de Grand-Han ou de Petit-Han sur l'Ourthe. On 
peut sans témérité conjecturer que le même vocable est contenu 
dans tous les -han ». Telle est la première opinion motivée «pie 
l'on puisse enregistrer. Elle est d'ailleurs prudemment négative; 
elle conclut simplement à ceci : hun représenté par Chambo en 
636 n'est pas un heim. 



(') Études étymologiques sur tes noms [de lieux du Bràbant, 1809, p. XII. 

( 2 ) hl. du Haiiuud. 1SG8. p. 35 et 366. 

( 3 ) Un peu de tout ù propos de lu Semois, p. 209. 

( 4 ) Dans le supplément du Dictionnaire étymologique de lu langue luullonne. 
t. II, p. 534. 

1" L'Ardenne. t. I.p. 3oa (édition de Bruxelles, Rozez, 1903). 



— 24° — 

Plus récemment, M. L. Roger (') rejette l'interprétation de 
M. Kmtli, pour en revenir, — semble-t-il, car il ne dit rien de 
catégorique, — à heini. Mais il ne voit pas clair dans les phéno- 
mènes phonétiques sur lesquels il prétend s'appuyer, ou nous 
n'avons pas réussi a comprendre son argumentai ion ( 8 ). 

A\ant tout examen, l'opinion la plus plausible consistai! à 
croire -han identique au -hain de Dolhain, Rechain, formes 
wallonnes de D al hem, Ric-heim, c'est-à-dire au heim germanique. 
Les traductions de Chotin, De Prémorel, Jean d'Ardenne, l'exis- 
fcence de la l'orme Chambo viennent détruire cette sensation de 
l'ident iie des deux finales. Cette croyance ébranlée, l'examen 
s'impose. 11 y a donc lieu d'étudier de près ce suffixe, d'en recher- 
cher les traces partout OÙ il est possible, soit dans la toponymie, 
soit dans le langage courant, soit dans les anciens textes, d'en 
fixer le sens, l'aire d'emploi, de le distinguer des homonymes, 
enfin d'examiner s'il n'y a point d'enseignement à retirer de cette 
recherche au point de vue historique. 



La première constatation que nous avons faite est d'ordre 
topographique. En parcourant les cartes à la recherche des hun 
de toute espèce, nous avons été frappé d'une particularité étrange. 
C'est que la plupart des localités qui portent le nom de han ou un 
composé de ce nom sont situées à des courbes de rivières. Serait- 
ce par une circonstance tout à l'ait fortuite qu'il en est ainsi poul- 
ies -han de la Semois, qui sont, en suivant le cours de la rivière, 
Marbehan, Mortehan, Dohan, Morsehan, Briahan; Poupehan, 
Frahan, Bohan, Nohan ( :i ) ; pour H an-sur- Lesse; pour Grand- 
Han et Petit-Han sur l'Ourthe en amont de Durbuy, Bohan entre 
Durbu} r et Barvaux, Ham dépendance d'Esneux; pour Ham sur la 
Meuse entre Commercv et Saint-Mihiel, le Ham sur la Meuse 



Recherches sur la toponymie du pays Gaumais, dans les Annales </<■ 
V 1 Ustitut archéologique du Luxembourg, t. XI,V. 1910, p. 257. 

D'abord l'alternance mb/mm n'a pas d'importance après la tonique eJ 
devant une voyelle autre que a (exemples : pltfmbum, plomb; campum, 
champ; rumpit, rompt: ensuite si panem en gaumais devient /><-. pèy, et 
planicam, plétche, les motsdu type campum, tantum (a | nasale ; consonne: 
prennent a nasal et non ô. Cf. J. Fki.i.kk. Phonétique du gaumais et du wallon 
comparés, §§ 7-9. 

1 Pour le P. Goffinet 'dans Tandki,. Comm. lux.. VI. 877), c'est le mot 
Cugnon, de Congidunum, qui exprime fort bien la courbure faite par la 
ri\ ière ! 



— 2^1 — 

entre Aubrives et Givet; Hamwez, bois au confluent du Bocq et 
de la Meuse: pour Ham devant Marville sur l'Othain, Ham lez- 
Juvigny sur la rivière Loison : pour Ham-sur-Heare, Ham-sur- 
Sambre, Ham sur la Somme entre Péronne et Saint-Quentin: 
pour flamme sur la Dnrrae ; pour Hambach au S.-E. de Juliers, 
Hamme au X. «le Brème, Hamm au S. de Dusseldorf, Haam sur 
la Prum, Hamm sur l'Alzette à l'E. de Luxembourg, Ham sur la 
Moselle à l'E. de Thionville, Hamm sur la Saar au S. de Saar- 
burg et Hamm sur la Saar au S. de Conz, et d'autres encore 
dont les noms, moins probants, ont besoin d'être examines à 
loisir? 

Cette constatation topographique est devenue pour nous une 
obsession dès que nous eûmes étudié les -han du cours de la 
Semois. Dès lors, en parcourant les cartes pour rechercher des 
noms en -han, nos veux se portaient instinctivement sut' les 
sinuosités des cours d'eau et ont eu maintes fois le plaisir de voir 
apparaître le Ham confirmant notre conjecture; ou bien, réci- 
proquement, une liste de noms nous offrant un Ilam, en nous 
reportant sur la carte, nous découvrions la boucle el la petite 
presqu'île qu'elle enserre. Parfois la localité dénommée est en 
dehors de la boucle et non en dedans: mais comme, dans notre 
hypothèse, le nom qualifie réellement l'accident de terrain et non 
les habitations, il peut passer au groupe de maisons qui occupe 
la convexité aussi bien qu'a celui qui occupe la concavité. Au 
reste, la tyrannie de cette hypothèse ne nous a pas empêché de 
noter des han qui ne semblent pas obéir à cette condition. Car, à 
supposer qu'il y ait quelque chose de vrai dans le rapport entrevu, 
nous ne savons pas si le mot han désigne le phénomène de la 
courbure, ou la concavité, ou la convexité, ou l'eau, ou la pres- 
qu'île enserrée par la rivière, ou le promontoire qu'elle contourne, 
ou la cavité qu'elle crée dans la montagne. Nous n'avons qu'une 
vague indication, qui sera détruite ou précisée par les recherches 
étymologiques. 

11 nous semble aussi, maintenant, après réflexion sur cette 
suggestion de la topographie, que De Prémorel avait une concep- 
tion analogue, lorsqu'il assignait à han le sens .le trou: mais elle 
est restée plus vague et il n'a pas su la traduire. En effet le mot 
trou dont il se sert ne signifie pas nécessairement une caverne 
comme le Trou de Belvaux, mais une cavité ou plutôt une conca- 
vité. Tel est bien le sens du wallon trô, et c'est une disposition de 
la nature en concavité qui a fait donner à un coin de la Vesdre le 

16 



— 2^'2 — 

nom de Trooz si bizarrement écrit ('). En français aussi, le mot 
trou, dans le langage du peuple, est un de ces mots complaisants 
qui dispensent d'en connaître une foule d'autres : il signifie ouver- 
ture el cavité, lacune, intervalle, chatière et tanière, petite ville 
et petit logement. La traduction de han par trou pourrait s'appli- 
quer a une étable a porcs comme à un village de la Semois. C'est 
a la linguistique de préciser davantage. 



L'étude des formes anciennes vient-elle vérifier le sens suggéré 
par la topographie? Pour aboutir à quelque chose de probant par 
ce moyen, quand il s'agit de noms peut-être antérieurs à la 
domination romaine, il faudrait trouver des formes très anciennes 
de ces noms. Mais les cartulaires et les archives en sont fort 
avares. Nous avons déjà noté le Chambo du VII' siècle (636). 
Cette bonne fortune ne s'est pas reproduite. Voici le peu que nous 
avons trouvé en glanant dans les cartulaires : ce sont des nota- 
tions de formes peu variées, ou qui achèvent de compliquer le 
problème au lieu de l'éclaircir. 

i. Chambo, (536 (voir ci-dessus). 

2. « Hamnia super fluvio Marsbeke in pago tnempisco », 877, 
(Guérard, p. 129) est Hem, dans un coude de la Marcq, commune 
de Lannoy, dép. du Nord. Ce hamina à forme féminine peut-il 
être assimilé au heim germanique? Oui, si on le considère comme 
une traduction latine du moyen-néerlandais heime, féminin de 
heim. Mais comme on admet que dans le Boulonnais, de même 
qu'en Angleterre, l'anglo-saxon -hêm aboutit à -hum dans les 
noms de lieux, ce croisement de formes nous promet de belles 
confusions. 

3. « Godefridus et G-elindis domini de Ham dederunt nobis 
decimam de Malen apud Eprave, anno MC111 » (De Reiffenberg, 
Moi), pour servir à l'histoire des prov. de Namur, Hainaut et 
Luxembourg, t. VIII. p. 55). Il s'agit de Han-sur-Lesse. 

4. Dans le Cartulaire de Saint-Hubert (éd. Kurtb. p. 107/, le 
Hun de la Lesse est écrit Ham en 11'ip. — On trouve de même 
Godefridi de Ham entre 1 189 et 1 19G (ihid , p. 173). 

5. Han-sur-Lesse est aussi Hnni en n39 dans la bulle d'Inno- 
cent II. que rapporte le Cantatorium S''-Hubei-1i, éd. K. Ilanquet. 



('j Voyez dans le Dict. des Communes belges, de JOURDAIN et Y.\.\ Stai.i.i.. 
deux colonnes de lieux dénommés trou. 



— 243 - 

Le même ouvrage donne au personnage cité plus haut le nom 
de Godofridus de Ham (p. 2671. 

6. Un Coun de Ham est cité en n53 et 1172 dans le Cartulaire 
d'Orval, et serait bien mal cité si le Supplément de Deleseluse 
n'était venu rectifier le texte du P. Goffinkt, éditeur du Cartu- 
laire d'Orval. 

7. « Rupem du Ham » 1173, est le Ham au sud de Givet (Goffi- 
net, Cari. d'Orval. — « Rambaldo de Ham » est témoin en u83 
(ibid. p. 91, 92). 

8. Dans le même Cartulaire d'Orval, on trouve maintes fois 
Hans, en 1209, I2i3, I23i, 1317. Nous n'attachons pas d'impor- 
tance à cette s, souvenir de la forme du nominatif. 

9. Bouhang dans le Cartulaire de S'-Hubert est Bohan, dépen- 
dance de Barvaux lez-Durbuy. Mais la forme ancienne ordinaire 
est Bohon. Une famille noble de cette région avait adopté la 
graphie Bohon. 

10. En i359, Ham-devant-Marville est écrit Hams et Hans 
(Supplément de Deleseluse au Cari . d'Orval). 

11. Dans le Cart. d'Orval, Marbelian est nommé Mabrehan 
en i3 1 4- Mabrahan en 1 3 1 4 ( > fois), en i3i5 et i3i6. 

12. Hambrui de la Chronique de 1^02 est aujourd'hui Hom- 
broux. Voyez plus haut Bohon. n° 9. 

i3. On trouve Boheang en i326, pour désigner Bohan de la 
Semois, sur une pierre tombale (Tandel, Comm. lux., t. VI, 
p. 566). Voyez plus haut Bouhang, n° 9. 

i4- On trouve une fois Mortehaine pour Mortehan, en 1600: 
une fois Bihan pour Bihain, en i555, qui est Busanch en 895. 

11 serait facile de triompher de ces disparates pour en conclure 
que Ifam et Hem à l'Ouest, Han et Hain à l'Est sont un seul et 
même mot. Pourtant, si on examine les formes anciennes et 
modernes des noms composés de -heim, dont il existe des listes 
copieuses dans l'ouvrage de M . Kurth ( 1 ), 011 arrivera à cette consta- 
tation que les noms en -heim aboutissent à -cm, -om, -um en 
pays resté germanique, à -hain, -en. -in, en pays roman; que deux 
ou trois confusions dues à des scribes ignorants ou étrangers ne 
peuvent infirmer les résultats généraux. Sans doute, dans le 
détail, il y a toujours lieu de se défier. De même (pie l'on trouve 
dans les actes Orban, Urban pour Urbain, de Urbanum, de même 



('j Frontière linguistique, t. I, pp. 259-280. 



- m - 

que panem a donne pan dans certains dialectes wallons, de même 
hi toponymie pourrait avoir transformé -hem on -hain d'un côte, 
en -han «le l'autre. Mais celle confusion, qui est à craindre pour 
l'explication de quelque nom en particulier, est-cale à craindre 
pour la masse en général? S'il faut accorder quelque créance aux 
lois phonétiques, il est difficile que les noms eu -cm, -uni, -om se 
rencontrent mélangés dans la même région avec des noms en 
-Jiuin qui auraient la même origine. De même pour han et hain. 
Manaihan et Rechain, qui sont voisins, n'ont pas, en principe, le 
même suffixe. Stockem près d'Arlon ne me paraît pas, phonéti- 
quement, avoir le même suffixe que ses voisins, Marbehan près 
de la Semois en pays wallon et Ham sur l'Alzette en pays alle- 
mand. Les noms en -inghem ,'donl l'origine ne peut être contestée, 
pourraient servir de critérium : mais il n'y en a pas un de cette 
nature dans la région orientale wallonne et lorraine; point d' En- 
ghan ou Encan qui corresponde à Enghien de Hainaut ou Inghem 
de l'arrondissement de Saint-Omer. Mais, en revanche, on peut 
tirer argument de ce que Ham se présente si souvent sans déter- 
minatif. On ne comprendrait guère que heim, signifiant la maison 
d'un fondateur germain, lût exprimé sans indication de propriétai e 
ou sans qualification : ham-, avec le sens que nous lui supposons, 
peut aller seul. Enfin les heim sont des noms de demeures, de 
lieux - habités : ce fait ne se vérifie pas toujours pour les han, qui 
peuvent désigner des bois, des promontoires escarpés inhabi- 
tables. Nous tenons donc malgré tout la différence pour légitime, 
et, devant l'insuffisance des textes historiques, nous allons 
recourir, pour démêler cet écheveau, à la méthode comparative. 

lit. 

Le mot han ne peut appartenir qu'à l'une des trois sources 
suivantes : germanique, celtique, latine. Le latin ne nous offrira 
rien de satisfaisant, sans quoi l'étymologie serait transparente. 
Reste donc à chercher du côté celtique et du côté germanique. 

D'abord, pour ne pas commettre la faute d'investiguer bien 
loin en dédaignant ce qui est à portée de la main, est-ce (pie han 
ne peut pas être assimile à quelque nom wallon d'origine germa- 
nique? 

Le wallon et le lorrain possèdent en effet un substantif han, 
peu connu et encore très obscur, qu'il convient d'examiner. 

Le Dict. wall. de Lobet (p. i<So) avait inscrit un mot et han, 
qu'il traduisait par des verbes : mettre en train, commencer, 



— 245 — 

encourager, etc. Trop peu défiant des habitudes graphiques 
de Lobet, Grandgagnage a inséré ethan dans son dictionnaire 
étymologique (11, 523), sans comprendre l'énigme. Il s'agit d'une 
impression mèie è han, qui signifie : mettre en place, met lie 
en train (qqch.), mettre (qqn) au courant, mettre (deux personnes) 
en rapport. Han a ici le sens général de lieu à soi, lieu qu'on 
connaît bien, qu'on aime, où l'on est à son aise et dont on 
sait user à sa jouissance: puis celui de : état de la maison, 
ses recoins et ses êtres, l'usage familier de ce qu'elle contient : 
par extension le trantran journalier des choses, la pratique facile 
d'une opération. Ritoumer è han signifie : se remettre dans 
le train, dans le cours des choses, reprendre le pli ( l ). Ainsi 
interprété, han représente bien le mot heim, qui, décidément, ne 
veut point nous lâcher. 

A l'ouest de Liège, cortr lès hons, qu'on pourrait traduire 
vaguement par « courir la prétantaine », doit aussi se ramener a 
han. Le sens réel est « aller hunier (courtiser les filles) de maison 
en maison ». 

Le lorrain a possédé han au sens de « fréquentation » : 

Elle ooûreût dédjè nue so bel émorous 
tchârtcheuse vitemant d'awè lo han tcheuz ous ( 2 ). 

Au reste, en wallon, le mot n'existe plus guère que dans deux 
cas : i° comme expression toponymique : Han des pôrcês (enclos 
des porcsj, dépendance de Steinbach, connu, de Limerlé ; Hun 
des leûs à Ensival lez-Verviers ; Han des vès (parc des veaux), 
près de la Barrière de Champion; autre Han des ors a Roy (prov. 
de Lux., arr. de Marche, sur la hauteur qui domine Liguières du 
côté de Chéoux et de Hodisteri; 2" au sens de poulailler, et 
surtout de soue ou bauge du pore, vulgairement toit de porc : hun 
d' pores à Fayinonville, Wallonie allemande (J. Bastin, Vocab., 
p. 52), han ou hà d' pourras à Polleur, à Solwaster, à Stavelot. 
Ailleurs on dit ran, notamment à Namur, mot que nous trouvons 



1 1 ) Le mot passe donc ainsi, insensiblement, du sens de l'objet au sens 
de l'action. C'est de la même façon que main finit par signifier maniement. 
Le peuple 11e fabrique pas beaucoup de mots abstraits, il se serl de ses mots 
simples : avoir la main, perdre la main aux cartes), la main de l'artiste, 
avoir une belle main, la main d'œuvre, main-levée, main-mise. 

(*) « Elle voudrait déjà (pie son bel amoureux cherchai vite a obtenir ms 
entrées chez eux ». Poème de Tchan Heurlin, édition de Darras, i865, p. l5. 
J'ai dû modifier l'orthographe. 



— 246 - 

écrit erronément rang dans des annonces de journaux ( « dalles 
pour rangs de porcs » ). Enfin, en pays gaumais, on dit aran : 
«ène tchambe coume èn-aran <T pouchés». Nous croyons que han, 
r;m e1 aran sont de même origine : i° le han des loups est le lieu 
hante par les loups, le heim ou le home des loups, et /ian doit 
être ramené au wallon et français hanter, fréquenter; 2° ran est 
un substantif composé du préfixe re et de han dont le h s'amuït 
dans le Sud; 3° aran est le lieu où on met les porcs à r'han ou en 
r'han. Faymonville a même le verbe sœ r'hém'ter, retourner 
dans son « home » (.1. Bastin, Vocab.). 

Mais hanter nous t'ait remonter au heim g-ermanique, de même 
que hameau; et ainsi cette racine, éconduite une première fois, 
nous revient par un détour. Accordons-lui donc l'attention qu'elle 
réclame. Le substantif heim existe au sens de maison, habitation, 
demeure, maison paternelle, quelquefois village, dans le gothique 
sous la l'orme haims, en ancien et moyen haut-allemand sous la 
forme heim, en moyen-néerlandais sous les formes heime. 
heim, en ancien-saxon sous la forme hem, en ancien-frison sous 
les formes hdm, hem ; en anglo-saxon on trouve hdm, qui devient 
en anglais home, mais hdm est resté dans les noms de lieux en 
Angleterre et dans le Boulonnais (Pas-de-Calais). En pays flamand, 
heim suffixe est devenu -hem, -em, -ani, -om. -uni. En pays 
wallon, il suffit de citer Dolhain, qui est parfois nommé Dalhem 
dans les documents de langue germanique, Reehain qui est 
Richeim en 888 (( Irandgagnaol;, Mémoire..., p. 5o,), Houtaing 
(Hainaut) qui est Hultheim en 847 (Duvivier, Ilainaut ancien, 
p. 299), Herhain (commune de Flamierge, Luxembourg). Sauf 
ce dernier, les noms en -hain appartiennent au Nord de la 
province de Liège, au Brabant wallon, au Nord de la province de 
Ilainaut; ils sont la continuation du flot des heim d'origine 
franque. 

Mais on peut objecter qu'au Sud le mot a pris une autre forme 
et que c'est parce que nous refusons de le reconnaître dans han 
que nous nions son existence. Soit, admettons l'objection. Nous 
ne nions pas que le han substantif wallon signifiant enclos ou 
étable à porcs, qu'il faut bien distinguer, ne fût-ce que momenta- 
nément, du suffixe toponymique, ne soit de même racine que 
hanter et que -hain. Mais si han et -hain coexistent au même 
endroit, ils s* 1 sont rejoints par des voies différentes : -hain vient 
du Nord, han et hanter avec leur voyelle a nous viennent proba- 
blement, par un emprunt ancien, du Sud-ouest. Le français a pris 



- 2 47 - 

hanter (') au ham normand, et de même hameau. Nous devons 
sans doute à la même région nos termes hanter, han, hametê, 
hametia, hamoûl, dont les derniers existent encore dans les 
noms de localités wallonnes Hamptêau sur l'Ourthe, Hampteau 
dépendance de Opheylissem (Brabant), Hamoul dépendance de 
Rendeux sur l'Ourthe (Lux.), Eamtia dépendance de Floreffe 
Namur). La phonétique n'empêcherait donc pas -han suffixe topo- 
nymique d'avoir la même origine ; c'est la topographie, c'esl 
l'histoire qui nous les montrent autrement situés et pins anciens, 
et qui nous font croire que l'identification serait superficielle et 
fausse. D'autres racines d'ailleurs que heim réclament aussi un 
examen : tant que eet examen n'est pas t'ait, il serait prématuré 
de conclure. Passons-les donc en revue. 

En Allemagne, il y a des noms en -hain d'autre origine que les 
nôtres : -hain y provient d'une contraction de hagin, hagen, au 
sens de bois sacré, bosquet ('). Aucun rapport visible avec notre 
-han. 

Puis il y a le flamand hain, luxembourgeois hâm, qui est en 
anglais ham, en allemand hanune. Ce dernier a d'ailleurs plu- 
sieurs sens qu'il nous importe de noter : i° kniebug', pli du 
genou, jarret; hinterkeule, jambon de derrière; 3° dos d'une faux. 
Dans le dialecte d'Eupen, hainin signifie vorderschinken, jam- 
bon de devant. Retenons ce sens général de courbure ou chose 
arrondie. 

L'allemand haintnel, mouton, est un ancien adjectif signifiant 
châtré. Il a pour dérivé hàmling ou hàmmling. De la le wallon 
hameler, châtrer, et hamelète, couteau à châtrer, a lame émoussce, 
mauvais couteau. Aucun rapport. 

Il y a trois hamen : l'un signifie truble, filet de pécheur dont 
les bords sont attachés à un cercle de fer muni d'un manche, 
moyen haut-ail. ham. haine, néerlandais haam : le second est bra 
duit par tonnelle dans Mozin; le troisième est défini par hangel- 
hacken, crochet de l'hameçon, en flamand haam. Ce troisième 
est peut-être un mot différent apparenté an latin h a m uni. fran- 
çais haim, hain, dérivé hameçon, wallon hain prononce in 



(h Ce verbe doit être un fréquentatif, «le la forme 'hamitare, ou un 
dérivé du diminutif *hami ttum, nécessaire d'ailleurs pour expliquer le 
«r. hametê. hamètia. Le p «le Hampteau a la même origine que celuj de 
dompter, domitare. 
- ( 2 ) Cf. Fôbstemann, II, 63o : Weigakd, v° hain. 



— 248 — 

à Laroche on-in d'anglais = un hameçon anglais). Si l'on noie 
({lie /ia/n-truble signifie aussi involucre, coque, peau ou sac 
enveloppant, qu'il a pour dérivés par exemple le wallon hamelète 
coiffe, l'allemand hemd chemise, on reconnaîtra dans tous ces 
mots une idée commune : celle d'enveloppement et d'incurvation. 
C'est encore l'idée renfermée dans les termes suivants : ham, m. 
(dialecte d'Eupen), collier de cheval, flamand haam, n.; hammer, 
cuissot ^\c sanglier; le flamand inharii, anse, baie, golfe; l'alle- 
mand hàmisch défini par Mozin : malin, subtil, qui contient la 
même image (pic le français retors, le wallon toùrsiveùs. Au 
contraire, il faut éliminer le ham de l'allemand hambrei qui est 
une déformation de hahnbrei, celui de hambuche, déformation de 
haguebuche, celui de hambutte, déformation de haguebutte. J'ai 
trouvé la même assimilation à Heusy (lez-Verviers) dans un nom 
propre germanique : Youmblut pour Jungblut. Kiliaan fournit 
encore Hamme : pars abscissa rei cibariœ, frustum esculentum, 
où je vois l'idée de coin, languette. Enfin Du Cange transcrit un 
Hanuna, franc, hamme, qu'il définit portio et modus agri; mais 
cette définition probablement imparfaite doit être éclairée par 
les exemples : i° « Terrain suam... cum omnibus domibus, qua j 
in ea sunt, et cum duabus hammis, qua» sxxntjuxta font cm Chante 
et pertinent ad praedictam terrain » ; — 2° « Tenet in dominico 
unum messuagium, et in Le Hamme 16 acras. . Tenet juxta 
Hamme duas acras ». Le Hamme est une localité dont le texte 
n'indique pas la situation ; mais, dans la première phrase, si 
hammis ne désigne pas deux masures de moindre importance que 
les domibus, on peut comprendre qu'il s'agit de deux languettes 
de terrain dévalant à une source. En dépit de tout ce qui peut 
rester d'indéterminé dans le détail, il paraît évident que nous 
pouvons dégager de ces exemples une racine ham dont le sens 
général correspond exactement à ce que nous cherchions. 

Il ne faut que se poser la question pour retrouver ce ham en 
latin dans la racine cam- de caméra, et, si elle existe en celtique, 
c'est aussi sous la forme cam- que nous devons la retrouver, 
parce «pic, au h initial germanique correspond en phonétique indo- 
européenne, un c en grec, en latin et en celtique Comme ce sens 
cadre merveilleusement avec la situation topographique de nos 
localités en -ham, il vaut la peine de pousser plus loin l'étude de 
cette racine. 

Le précieux Alt-keltischer Sprachschatz de Holder restitue un 
adjectif celtique *cambos, f. camba, n. cambon, qu'il tra- 



— 2 49 — 

■ luit par krunun. Cette restitution est basée sur l'existenee de 
l'ancien-irlandais camm, nouvel-irlandais cam, le kynirique camm, 
le moyen-breton cam, kam, breton de Léon kamm, le comique 
cani, et sur des dérivés nombreux qui ne peuvent s'expliquer sans 
cet adjectif. 

La forme *cambâ a donné au latin de Vegèce gamba, d'où le 
français jambe. Le Dictionnaire général l'ait venir gamba du 
grec y.y.y-r, courbure; c'est sans nécessité : xap/rcr, est bien de la 
famille, mais l'ancêtre du mot latin est plutôt gaulois. Quoi qu'il 
en soit, jambe ne signifiait donc pas le gros de la cuisse, ou le 
membre en longueur, mais la courbure du membre, et, primitive- 
ment, la seule courbure du cou-de-pied, comme le montre un 
passage de Vegèce Ci et, bien plus tard, la définition de Sau- 
maize ( 2 ). 

*Cambâ est aussi traduit, ce qui nous intéresse particulière- 
ment par radki'iimmiing, felge, c'est-à-dire jante. Le mot jante 
lui-même doit venir d'un dérive gambïta, d'où aussi le wallon 
tchame et son dérivé ardennais tchamelon (qui a les jambes 
arquées). 

Le celtique camb/tos, avec assimilation cammïtos, courbure 
d'un objet, a donne au latin canthus, au français chant et 
chanteau (poser une brique sur chant, poser une médaille de 
chaut). Ce mot, d'ordinaire écrit champ par confusion, le Dict. 
gén. le fait venir du grec xâvOoç, coin d'un objet, par le latin 
canthus, cercle de fer de la roue; mais l'emprunt pourrait s'être 
fait à l'inverse, ou encore il pourrait ne pas y avoir eu d'emprunt 
du tout, la même racine se retrouvant à la fois en gaulois, en 
latin, et en grec. A. la racine cam appartiennent encore les mots 
caméra, chambre, cambrer, cambrure, cambiare, changer. 
change, camion, camus et camard, cant, canton, cantine, chan- 
tier, chantourner, chambranle, cam in us, chemin, cheminée. 
Ce serait un jeu d'aligner encore plusieurs douzaines de mots 
grecs et latins qui procèdent de la même racine. Nous renvoyons 
aux dictionnaires et nous retournons en pays celtique. 

Un grand nombre de noms de lieux en camb- sont disséminés 
dans toute la région que les Celtes ont occupée avant l'inva- 
sion germanique en Europe. Nous nous contenterons d'en citer 



(') Veget. Mulom. 12, uK, 'JS : inflexione geniculoruin atque gambarum. 
(') « Articulation qui relie le tibia au pied ». S.umaizk dans Dr C.vvu.. 



— 25o — 

quelques-uns, renvoyant pour le détail à la copieuse e1 si pré- 
cieuse collecl ion de Holder. 

Avec le thème (h/non est formé le gaulois cambo-dwnon, arx 
curva, burg dans une anse de cours d'eau. D'Arbois de Jubain- 
ville, qui voit partout des noms gentilices, le traduit à tort par 
Cambi castriim. Ce fui 1<' nom : i° d'une ville des Brigantes en 
Bretagne, que Ptolémée (II, 3, to) nomme Camoulodounon, le 
géographe de Ravenne Camulodono, et Bède (Hist. cales., 2, 14) 
Carapodono; 2 d'une ville de Vindélicie, aujourd'hui Kempten 
auf dem Lindenberg, en Souabe, sur Piller supérieur (Strabon, 
IV, 6, 8); 3° il y a aussi un Kempten à l'embouchure de la Xahe 
dans le Rhin, dont nous ne connaissons pas les noms anciens; 
4" de Camulodunum, Colchester, dans l'Essex (Pline, //. N , 11, 
77, 187; Tacite, Ann., XII, 32). A ces formes celtiques, Ernaull 
compare les formations germaniques Hambden, Hambourg. 

A l'aide du thème ronno, ronna, cours d'eau, ont été formés les 
Cambron, les Chambron et Chambrun, les Cambronne, 
noms qui signifient « cours d'eau à méandres » avant de passer à 
l'une ou l'autre localité habitée sise sur ces cours d'eau. Citons en 
témoignage la mention ancienne relative à notre Cambron du 
Ilainaut : « in loco qui appellatur Cambaronna super fluvium 
Asbra » (') (Duvivier, Hainaut ancien, p. 3o6). 

Cambrai est le celtique Camaracus. La Camargue est le 
celtique Camarica (insula). Les Chambord, Chainbort, 
Chambourg viennent de Camborîtus, gué de la courbe. Les 
Chambéry sont issus de Cambariâcus; Chaingy (Loiret) et 
Changy (Allier) de Cambiâcum. Citons encore Chambyge, 
Chambourcy, Chamboulive, Cli ambouchard, Cham- 
brecy, Chandeuvre, en France, d'après l'ouvrage de Holder. 
Des cours d'eau ont retenu ce nom; la Cambre, entre le Mans 
et Avranches; le Câmm, en Bretagne; le Chamh, affluent du 
Regen ; le Kembs, affluent de gauche du Rhin au X. de Baie; 
!•' Kamp, cours d'eau de la Basse-Autriche. Au même radical 
semblent se rattacher la Cambre, aux portes de Bruxelles; 
aleCambe, 1. d. à Dottignies, Fl.occ. (Kurth, F. L.,t. 1, p. 218); 
Cambrehout, Pas de Calais, S'-Omer (Kurth, F. L., t. I,p. 372); 



(' Ancien nom d'une «les branches de la Demlre, de Asb-uva^ qui a laissé 
son nom au village d'Arbre. — M. Kurth range indûment Cambronne dans 
les noms à suffixe -bvoiuie source {Front, ling., t. I. p. 353) et ajoute en 
note que Cambron n'a rien à voir avec Cambronne. 



— 25l — 

les deux Comblain, sur l'Ourtlie; Chambralle, sur l'Am- 
blève; Cambrouille, 1. d. à Fauvillers; la Combroux, L d. à 
Halanzy (Kurth, ibid.. t. I, p. 46): Combroye, I. d. à Longvilly 
(ibid., p. 79): sur les Cobrues, 1. d. à Limerlé (ibid., p. 87). 
La Cabre. 1. d. à Pussemange (Tandel, Comm. lux., t. VI 
p. 664). 

11 a pu se faire aussi que maints Chamb ont été écrits Champ, 
comme s'ils venaient de campus, et, lorsque l'on n'est pas eu 
possession de quelque texte ancien fournissant la forme réelle, on 
ne peut rien soupçonner de leur origine. De ce genre serait Le 
Champ-près-Froges, département de l'Isère, arrondissement de 
Grenoble, qui est (ïambe en 739 1 1 ), Champ-hâ, aux Tailles (Lux. . 

Sera-t-il téméraire, après ces nombreuses analogies, de conjec- 
turer que le nom de la villa Chambo super Ortho fluviolo de 636, 
— que déjà M. Kurth refusait d'assigner aux -heim sans avoir 
pourtant de solution positive qui le sollicitât en sens inverse, — 
se rattache à cette racine indo-européenne qui se présente en 
celtique sous les formes camb, camm, cam, en germanique sous 
les formes hamm, ham? Ensuite, puisque ce Chambo ne peut être 
que Grand-Han ou Petit-Han sur l'Ourthe, ne faudra-t-il pas 
assigner aux autres han la même origine? 

Mais, en acceptant cette hypothèse, la solution reste encore 
indéterminée. Lst-ce au domaine celtique, est-ce au domaine 
germanique qu'on assignera le suffixe? D'un côté, Chambo avec 
son ch initial a bien l'aspect celtique ; mais il n'en est pas de 
même des autres han, avec leur h initiale et l'absence du b. 

La contradiction n'est pas impossible a résoudre. Le Chambo du 
vn e siècle s'explique facilement si on se rappelle que l'aspiration 
initiale des noms germaniques à l'époque mérovingienne était si 
rude aux oreilles latines que les chroniqueurs, pour représenter 
ce son en leur latin où h n'avait plus de valeur, l'ont figure le 
plus souvent par ch. Ils écrivent Chlodovecus, Chlotarius, 
Chlodomir, «le la racine germanique hlodo. Cec/i ne représente 
pas du tout la palatale chuintante ch du français, mais une 
spirante gutturale sourde. C'est de pareilles graphies latines. 



(MHoldek. d'après Pakdkssis. Diplom., n" 55g, = t. II. ]>. 372. - De ce 
genre serait encore Camba in Dionante, que Holder rapporte à Champ. 
dépend, de Champneuville 1 Meuse), d'après Pardessus, Diplom., ti° 325, 
année 656, = t. II. p. io3.Mais cette identification est repoussée par Kurth, 
Frontière linguistique, t. I. p. 4<i;. qui rapporte Dionante à Dinant. 



— 252 — 

mal interprétées, que nous sont venues les traductions modernes 
Clovis, Clotaire, Clodomir, qui sont purement livresques. Dans 
les noms de lieux, M. Kurth nous fournit encore deux autres 
mots qui sont figurés par ch au lieu de h : ce sont Choio pour 
Hoio, Huy, et Chandregia pour Handreia, la ILedree, affluent de 
la Loinme. Note/, (put l'Allemand a encore aujourd'hui l 'habitude 
île représenter diverses spirantes par ch : ich, dich, noch, Tuch. 
pliant a mb de Chanibo, on peut dire que mb alterne si souvent 
avec mm dans les langues les plus diverses qu'on ne saurait tirer 
aucune conclusion sérieuse de la présence du b pour assigner la 
forme chambo au celtique plutôt qu'au germanique. Donc : i° nous 
ne voyons pas de discordance irréductible entre cette forme et les 
autres noms en han; 2° la phonétique nous force à dire que han 
porte la marque germanique". 

VI. 

On voudrait pénétrer plus avant dans le problème, savoir à 
quelle époque ces noms ont été créés, en d'autres termes savoir, 
au profit de l'histoire de la colonisation de notre pays, quel 
peuple a fondé les villages en -han de la Semois et d'autres cours 
d'eau de notre région transrhénane, et vers quelle époque. Ques- 
tion délicate et complexe. 

Nous invoquerons d'abord des arguments d'ordre historique. 
On a relevé tant de traces d'habitation celtique dans notre topo- 
nymie ardennaise : à qui fera-t-on croire que la Semois, l'Ourthe, 
la Lesse, la Chiers, la Sambre ont attendu les Germains pour 
recevoir des habitants dans leurs plus belles anses de rivière? 
Cette considération, qui ne serait pas probante pour une localité 
isolée comme Laroche ou Rochefort, est invincible quand on 
table sur un ensemble comme celui des -han de la Semois. D'autre 
part, si, au sud de la frontière linguistique et de la zone d'occupa- 
tion germanique en niasse compacte, des seigneurs germains ont 
pu imposer parfois aux populations environnantes un nom germa- 
nique pour leur habitation, ce phénomène n'a pu se produire en 
aussi grande proportion que le feraient supposer le nombre et la 
dissémination des -han. 

La linguistique nous offre encore un moyen d'investigation : 
c'est de voir à quels ternies han est préfixé ou suffixe. 

Le l'ait que la plus grande partie de ces lieux portent le nom dé 
Han on Ram tout court, sans être précédé d'une détermination, 
nous t'ait croire que nous avons affaire en ce cas à de vieilles 



— 253 — 

formes déjà devenues noms propres a l'époque de la composition 
germanique, à des mots figés, n'étant plus susceptibles de rece- 
voir une détermination individuelle. Ces déterminations sont 
parfois venues, mais beaucoup plus tard, inventées au fur et à 
mesure que les distinctions s'imposaient. Dans la dénomination 
Han devant Marville, l'addition devant Mai-ville ne tient pas plus 
au nom que lez-Spa ou lez-Verviers accolés à Sart ou. à Lamber- 
mont; elle est une spécification géographique récente. De même 
dans Grand-IIan et Pelit-Han, il est évident que grand et petit 
ne sont nullement contemporains de Han. Il en est de même si 
l'on rencontre quelque part un niederham et un oberham. De 
pareils déterminatifs ne nous enseignent rien sur l'origine de han. 
Il faut étudier des formes de composition plus intime. 

On trouve han suffixe a un premier terme dans Bohan, Dohan, 
Nohan, Lohan, Bienhan, Briahan, Poupehan, Dornhan, Libé- 
han, Reméhant, Erlehan, Daviha. Quelques uns de ces noms 
nous suggèrent une explication plausible, sinon exacte : Dornhan 
a bien l'air d'être le han aux épines, Erlehan le han des aunes. 
11 y a peut être, un nom de possesseur dans Bienhan (comparez 
J?er/ie ville), Poupehan (Poppo), Libéhan (Libert), Reméhan 
(Remy), Daviha (David): toutefois, en l'absence de formes assez 
anciennes, ces explications demeurent spécieuses. Mais que faire 
d'éléments aussi laconiques que Bo-, Do-, No-, Lo-1 Frahan 
semble composé avec l'adjectif gaumais fra — froid : ce han est 
en effet orienté vers le nord. Morsehan et Mortehan paraissent 
aussi des formations romanes, seulement plus anciennes que 
Grand-Han, avec les participes féminins morse, mordue, corrodée, 
et morte. Le substantif han serait ici employé au féminin comme 
encore dans le lieu dit la vieille han, que note M. Roger ('), 
phénomène qui ne se produit jamais pour han nom commun signi- 
fiant demeure et issu de heim. Quant à Marbehan, qui est en i3oo, 
Marbehayn, en i3i4 Mabrehan, Mabrahan. Maberhan. sans parler 
d'un hypothétique Mambrant de 1270. nous ne savons s'il faut 
l'expliquer par inabru (malum brogilum, mau-breuil) ou par Mar- 
bay, qui doit avoir été un ancien nom de la rivière de Mellier. 
Cet examen d'un premier terme annexé a -han nous montre deux 
sortes de mots; les uns échappent aux règles de composition 



(!) L. Roger, ouv. cité. p. 275. L'emplacement n'est pas spécifié. C'est, 
d'après Tandel, la place primitive de Han-lez-Tintigny. 



- 254 - 

germanique, Vieille Han, Morte-han, Morse-han, peut-être Fra- 
han ; les autres sont de formation assez ancienne pour que le déter- 
minant ne se laisse plus pénétrer. 

Voyons maintenant si les formes qui se servent de han comme 
déterminai il' ou premier terme ne nous apporteront pas quelque 
lumière. La liste n'en est pas longue : ce sont bach (bay, ba), 
berg, burg', boek, boni, bosch (beux), braine, brouck, brui ibru), 
buch, hof, weiler, wez. Presque tous sont d'origine germanique 
et de ceux qui ont servi pendant longtemps dans la nomenclature 
toponymique, de sorte que l'on ne pourrait rien induire de la 
plupart sur l'ancienneté du ham ou han qui y est annexé. Les 
plus anciens de ces termes sont ceux qui ont servi à dénommer 
une rivière, une montagne, parce que de pareilles désignations 
sont le fait des premiers habitants ou des premiers envahisseurs 
qui se sont peu à peu substitués à l'antique population : Iluni- 
bach, Ilamba, Hamberg, Hamburg, Hambosch, Hambeux. Mais on 
peut objecter contre cette présomption d'ancienneté que hambach 
n'indique pas nécessairement le ruisseau d'un Ham dénommé et 
connu, de fondation antérieure, mais peut signifier ruisseau 
sinueux, ruisseau aux méandres ou hans, à la façon du gaulois 
cambaronna : dans cette hypothèse, han est un terme vivant, de 
la langue courante, qui est employé comme qualificatif du second 
terme, il n'indique pas un lieu dénommé antérieurement. Ce sera 
bien là, en effet, le cas ordinaire. Mais il y a un cas intermé- 
diaire : hambosch n'est pas obligé de signifer « bois de Ham » ni 
« bois sinueux », mais bois du han, situé an han ou sur le han, 
c'est-à-dire à la courbe; hamwez sera le ce gué du han », non le 
« gué de Han ». Mais cette considération n'est pas de nature à 
rejeter han dans un lointain passé, il suppose au contraire l'exis- 
tence d'un han nom commun, masculin ou féminin, qui a été 
employé dans la zone romane soumise à l'influence des Germains. 
Soit, mais ce nom a été assez rare et assez localisé, il s'est éteint 
assez tôt pour ne pas avoir été recueilli par les lexicographes. 
A l'époque des manuscrits et des chartes que dépouille Du Cange, 
ce han est bien mort, on ne le trouve plus que dans des noms 
propres où Du Cange le confond avec ham issu de heim. 11 n'est 
donc pas vrai de dire que han est contemporain de burg, berg, 
weiler, wez, etc. 11 lui est antérieur, et, après avoir servi à 
dénommer une foule de lieux sans autre détermination, il a été 
employé comme terme déterminatif. Mais la réciproque n'est pas 
vraie : han n'est plus assez vivant pour qu'on s'en serve comme 



— 255 — 

terme unique ou comme terme fondamental. Si on trouve han- 
weiler, a le village du han », on ne trouve pas wei/e/- han, « le han 
du village»; si on trouve hambach, «le ruisseau du han» ou 
u aux hans », on ne trouve point bach-ham, « le han du ruisseau ». 
C'est que, depuis des siècles, la sinuosité du ruisseau, la courbe 
d'un promontoire, d'une colline boisée, ne s'exprime plus par ce 
mot. On ditcoin, boucle, courbe, ecke, hoek, krnmm, cron, jamais 
han. Ajoutons d'ailleurs qu'aujourd'hui l'habitant, le voyageur, 
et même le topographe, sont moins frappés qu'on ne l'était jadis 
par les méandres d'une rivière. Ils n'ont qu'à les admirer en 
passant, ils n'ont pas a en souffrir, a chercher leur chemin dans 
les huiliers. Des routes commodes et des ponts solides détournent 
leurs esprits du cours d'eau folâtre qui revenait barrer le chemin 
au piéton et de la muraille de pierre qui se dressait brusquement 
sur l'autre rive. La rivière apparaissait jadis comme le grand 
obstacle et ses sinuosités formaient des unités qui avaient un 
nom. 

Sans vouloir affirmer (pie les noms en han sont plus vieux que 
les chemins, deux hypothèses cependant se présentent à la 
pensée : i" Ou bien cette belle vallée de la Semois, dont la rivière 
porte un nom celtique, qui avait une ville celtique à sa source, 
l'antique Orolaunum, a été colonisée par des Celtes, et les boucles 
de la Semois fuient dénommées par eux, en tout ou en partie; 
•2" ou bien elle a été colonisée, graduellement, par des colons ger- 
mains qui sont descendus de la source de la Semois jusqu'à son 
embouchure; ou enfin, 3" (die a eu successivement des colons 
celtes et des colons germains. Or, si ham est évidemment de forme 
germanique et atteste l'influence germanique dans la vallée de 
la Semois, je ne serais pas étonné qu'il existât déjà sous la forme 
camb ou cuni dans le langage des populations celtiques île nos 
rivières ardennaises. Dans cette hypothèse, ham pourrait avoir, 
parfois du moins, une origine celtique et avoir été, dans cette 
zone, à la lisière germanique, transformé et traduit par les bouches 
de ces Germains qui reconnaissaient dans camb un mot a eux, 
un mot qu'ils avaient en commun avec les Celtes. Cette conjecture 
mettrait d'accord l'histoire, la topographie et la linguistique; elle 
expliquerait la tournure germanique des noms et elle cadrerait 
avec la certitude que les beaux méandres de la Semois n'ont pas 
attendu l'invasion germanique pour recevoir des habitants et 
des noms. 



- 256 - 

Si l'on s'en référait aux vues de M. Camille .Jullian ('), les 
tribus belges rencontrées par César auraient été germaniques ou 
semi-germaniques. 11 se représente ees premiers Germains venant 
par les cours d'eau <lu Nord, remontant la Meuse et ses affluents, 
jusqu'à Mézières, s'échelonnant dans les « couloirs de culture » 
qui longeaient les rivières, dans le pays de Hervé, la Hesbaye, le 
Condroz, la Iranienne, les Hautes-faunes. Le versant de la Semois 
aurait été leur limite méridionale (*) : « Lorsqu'apparaissent, à 
l'est de l'Aa [limite méridionale des Ménapes vers la mer] ou aux 
approebes de la Semoy, les espaces des marais et des forêts sans 
fin, d'autres manières de vivre se montraient et le nom gaulois 
reconnaissait à peine les siens dans ces Barbares des régions 
tristes ». La Meuse, de la Semoy aux bois en amont de Duii, 
dépendait des Rèmes ( 3 ). Ainsi la toponymie de notre région con- 
tiendrait une couebe germanique antérieure à César, si l'on en 
croyait le système de M. Jullian, qui ne l'ait ici que rajeunir un 
peu l'ancienne interprétation des Commentaires. En adoptant ce 
système, nous pourrions mettre en présence à une époque reculée 
le diinb gaulois et le ham germain. Néanmoins nous nous refuse- 
rons le bénéfice de cet argument; nous ne parvenons pas à voir 
d'autres Germains dans la Belgique préromaine que les Adua- 
tiques ; nous ne pouvons donc faire remonter la germanisation, 
toute relative d'ailleurs, de nos Ardennes qu'à l'époque de la 
décadence de la domination romaine dans le Nord de la Gaule, et, 
greffés ou non sur des formes celtiques antérieures, les premiers 
noms en ham de notre pays appartiennent à cette époque. 

Ces conclusions peuvent servir aussi pour les ham des lies 
britanniques. Quant à la date, comme ils ne se rencontrent que 
dans les régions germanisées, on peut affirmer qu'ils sont tous le 
résultat de la conquête anglo-saxonne et de la conquête normande. 
Mais à quoi bon invoquer ici ces noms en -ham, que tous les topo- 
rrymistes donnent comme issus de -hfim = -heim't A notre avis, il 
suffit d'étudier les cartes et les indications topographiques d'un 
Baedeker pour s'apercevoir que, là aussi, il y a deux sortes de 
-ham, comme sur la côte française. Nous sommes mal outillés pour 
en faire le départ exact, mais on peut raisonner sur l'ensemble. 



( l ) Histoire de la Gaule, t. II, p. 9 et $65, 4*4- 

(*) Ibid., t. II. p. 10. 

( : ; Ibid., t. II. ]>. 483, note 9. 



— 257 — 

,Ie dis qu'on trouve en Angleterre Ham ou The Ham sans déter- 
minatif, phénomène qui n'existe pas pour heim; qu'on le brouve 
employé identiquement de la même façon que le celtique cam, 
camb, amibe ou combe en Cornouaille, en Galles, en Irlande et en 

Ecosse, de la même façon que le ham ou inham néerlandais et 
allemand; que ham ou des composés de hum y désignent des 
boucles de rivière, des promontoires arrondis, des anses de 
rivage. Sans doute ces accidents du sol ne sont pas interdits aux 
heim, mais nous avons remarqué aussi que les plaines et le plat 
pays, très séduisants pour des cultivateurs, contiennent bien moins 
de noms en -ham (pie les régions tourmentées des rivières et des 
côtes. Admettons qu'il ne faille asseoir l'étymologie de chaque nom 
particulier que sur des titres fournis par les cartulaires locaux; 
mais, quant a l'ensemble, nous croyons apporter assez d'argu- 
ments pour faire réviser le jugement porté jusqu'ici sur l'origine 
uniforme des hum anglais ('). 



4. Le suffixe -ir à l'infinitif 
de la première conjugaison en g-aumais ( 2 ). 

La majeure partie des verbes gaumais issus de -are précédé 
d'un yod a l'infinitif en z'bref, au lien d'aboutir à yé (transcrit iev), 
comme dans le pays messin au sud, ou comme dans les Ardennes 
luxembourgeoises au nord. Mais nous avons trouvé un nombre 
assez respectable de verbes en y-are qui ont en gaumais l'infinitif 
en -ir et présentent en outre certaines particularités connexes 
de conjugaison. C'est là, que je sache, un fait qui n'a pas été 
signalé jusqu'ici. Le wallon, pris en général, possède un seul de 
ces verbes, tchîr, cacare, mais il a passé inaperçu. La Wallonie 
prussienne a de plus crir, crier. Le gaumais en a une centaine. 
Quels verbes en y-are sont en -ir, et pourquoi? voilà ce qu'il 
faudrait déterminer. 

Alignons quelques infinitifs de verbes en ir avec leurs corres- 
pondants wallons ou lorrains : 



(') Le lexique des noms en -han et en -ham paraîtra prochainement dans 
le Bulletin de la Société veroiéioise d'archéologie cl d'histoire, t. XI. 2 e partie. 

( 2 ) Remaniement du S, 90 de mon étude sur la Phonétique du gaumais et 
dn wallon comparés, p. Gi-65. 



— 258 — 

Lorrain. "Wallon. 

Messin Gaumais Ardeunais Nord-Wallon 

encramié acrèmîr ècramié ècramî 

— s'aheûkîr s'aheûkié 

engrahié ègrâjir — — 

ècafîr scafié — 

[guètî (Verviers) 
cokie gatir quelle ,„ ._ .. 

" n /<•«// (Liège) 

natié nètir nètié nètî 

s' rafir .s' rafiyé .s' rafiyî 

\ rasèrsé (Neufchâteau) l rasèrsî (Liège) 
rasersir v v fe 

/ rasèrsié (Laroche) ( rasièrsi (Maluaedy) 

roublîr roûvié roûvî 

On ne distingue qu'une chose à première vue, c'est que les 
verbes gaumais en -îr correspondent à des verbes liégeois, arden- 
nais, messins soumis à la loi de Bartsch-Mussafia. Mais tous les 
verbes en y-are ne l'ont pas l'infinitif en -îr. Au liégeois d'ployî, 
ardennais d'ployé correspond en gaumais dèplouyî', à tchèrfyî, 
tchèrdjé correspond le g. tchèrfyi. Qu'est-ce donc qui distingue par 
exemple le g. nètir de aneûti, ou nachir de abat-hit 

Si on examine le reste de la conjugaison, on trouvera (pie les 
verbes en -//• ont au participe passé -î pour le masculin, -iye pour 
le féminin : gatî, gatîye. Au contraire abachi fait au participe 
passé abachi, abnehiye. Voilà une première différence. 11 y en a 
d'autres à l'indicatif présent, qui deviendront sensibles si nous 
comparons diverses sortes de verbes en -are. 

I. II. III. IV. 

t^mèy abachi s'aneûti s' rafir 

fyu tn'ine Sf abache fy' m' aneûtî ïju m' rafîye 

tu firmes t'abaches tu V aneûtîs tufrafîyes 

i firme il ubaehe i s' aneiiti i s' rafîye 

tf twmnns <f abachans tf nous aneûiyans fy nous rafiyans 

v' tii'mèy y' abachèy nous v'aneûtyèy vous />' rafiyèy 

i tœmant i-abachant i s' aneûtyant i s' rafiyant 

X l'examen de ce tableau, les différences se dessinent. 11 y a 
dans le radical du n" iv quelque chose qui manque au n° m : 
• 'est 17 de rafiyans. Il y a dans le n° ni quelque chose qui manque 
aux types i et n : c'est le y de aneûiyans. Le n" n avec son infi- 
iiitil' en -i représente évidemment la classe des verbes qui ont en 



— 25 9 — 

français -ger, -cher, -sser; les consonnes palatales ont absorbé 
17, qui n'est plus visible qu'à L'infinitif ; autrement dit, abacham 
est un épaississement de abassyans, comme le français aba i sson s 
vient de abaissyons. Donc, si i représente les verbes on -are 
précédés d'une consonne, n et m représentent des verbes en 
-y -are, iv îles verbes en i- y-are. Le y ici est purement théorique 
et représente évidemment «les phonèmes palataux à rechercher. 
Les verbes en y- are donnent ier en ancien français, yé en 
ardennais, i en nord-wallon par une contraction tout ordinaire, 
1 bref en gaumais, ce qui doit provenir d'un abrègement subsé- 
quent de î. Donc les verbes en i -y-are auraient dû donner en 
ancien français i-ier, en ardennais i-yé, i-yi en nord-wallon, i-yi 
eu gaumais. Par conséquent s' rafiyi, s' rafiyé, ou spiyi, spiyé 
sont parfaitement réguliers; mais guètyé, guèti, ou nètyé, nèti. 
ou roûvyé, roûoi, en regard «le gatir, nètir, roublir apparaissent 
maintenant comme ayant t'ait subir au radical verbal une contrac- 
tion : guèti est contracte de guèliyi, l'ardennais nètyé de nètiyé. 
Le gaumais gatir, nètir a aussi fait la contraction, mais il a de 
plus retenu l'/\ et c'est ce qui fait l'originalité de ces verbes. 
A quelles terminaisons latines effectives correspond ce théorique 
i-y-are? D'abord il faut devant -are un premier élément palatal, 
lequel est constitué par c, g le plus souvent, mais peut l'être par 
li (cou siliar e), par cl somnic(u)Iare), par ti (*c umi ni tiare). 
Ensuite il faut (pie ce y soit précédé d'un second clément palatal 
i ou e. A ces conditions même on n'est pas sur d'aboutir à un 
infinitif en -ir en gaumais. 11 faut encore que ce second élément 
palatal / ou e soit persistant; or cet / ou e est atone et disparaît 
souvent en roman, laissant en présence deux consonnes qui se 
combinent. Ainsi castigare devenant casti-y-ar donnera au 
français châtier, au gaumais tchètir; mais excorticare per- 
dant 17 avant l'altération du c devient escort'car, qui donne 
au français écorcher, au gaumais ècôchi; fabricare devenu 
fabregar, faurgar, donne au français forger, au gaumais 
fordji; impedicare devenu emped'car donne à l'ancien-fran- 
çais empeg ier, au gaumais apifyi; *e umi ni tiare devenu cumin- 
tiar donne au français commencier, commencer, au gau- 
mais coumaci ou coumèci. L'existence persistance «les deux clé- 
ments palataux est la condition nécessaire pour aboutir a la finale 
-ir en gaumais. Communicare, dont!'/' subsiste, devient comu- 
nîr, precare donne prîr, negare nir, *nitidicare ou plutôt 
netticare nèiir. Si fricare, secare, plicare n'ont pas 



— a6o — 

donné en gaumais frir, sîr, plir, mais frouyi, souyi, plouyi, 
c ' es i que la première voyelle avait cesse d'être palatale. Si au 
contraire eaeare a donne tcllir, même en wallon, c'est parce que 
la transformation du ca initial en che a précédé l'autre et fourni 
la \ oyelle palatale e. 

Les verbes en -iliare ou en -iclare, en français -ciller, 
i-ller, donneront donc -ir en gaumais, et la ]>lus grande partie 
de notre liste se compose effectivement de verbes qui corres- 
pondent aux verbes fiançais en -iller : anc. -franc, gatiller, 
gaumais gatir. 

Il s'agit maintenant d'expliquer certaines exceptions appa- 
rentes. Le verbe roublir, oublier, doit provenir de re-oblityàre, 
c'est-à-dire de re-oblitare dont le / a dégagé un yod. Pour que 
sternutare donne tarnir, il faut que le latin -utare soit 
devenu dans cette région -iityare ou -itrare. Cependant le 
traitement analogue «pie l'abbé Rabiet a signalé a Boni berain 
pour les verbes en -urare, -i rare (') ne se retrouve pas ici. 

Voici une liste des verbes gaumais en -ir issus de i -y-are que 
nous avons pu recueillir : 

abèrzîr, enchevêtrer, emmêler, brouiller; Liégeois, Compl. du 
lex. ççaum. — Cf. abèrzilié à Bourlers, Iïainaut, brouillé par la 
boisson, un peu gris. 

abir, habiller ; à Jamoigne abir in pignan, crépir un pignon. 

acramîr, acrèmir, emmêler. Cf. messin ancremié, ard. ècramyé. 

agavîr, gaver (la volaille), littéralement engnviller. 

s'aheûkir, s'envelopper la tête d'un voile, nommé heûke. Cf. ard. 
s'aheûkyé. 

atortîr, entortiller. 

atrâtîr, habituer un poulain, un bouvillon aux traits. 

bauskîr, brouter, paître, Jamoigne. 

bèguîr, bégayer; ard. bèg'iiyé. 

boquir, v. intr., faire un travail de boquillon ou bûcheron. Liég. 
Complément du lex. ganm. 

brîr, briller. 

bwatîr, boitiller, boiter. 

cahîr, se dessécher, en parlant de la terre; se déjoindre, en 
parlant des ais : Dasnoy, p. 61. 

canîr, chipoter, toucher à tout sans nécessité. 



(' | Revue <lcs Patois gallo-romans, I. p. 267 . 



— 26l — 

canr. se pavaner, se carrer, a Virton, Mais, Dut. man.; se 
dandiner, se donner de grands airs, a Tintigny, Liégeois, Compl., 
p. 3o. 

cawir, remuer la queue, frétiller; ard. cuivré. 

chorir, défini dans Liég. Lex. : tourner autour d'un lieu, d'une 
reunion avec de mauvaises intentions. Cf. messin échorié : écouter 
clandestinement, et chorié, qui a l'oreille coupée, essorillé. Donc 
de *ex a u r i c(u) lare avec le sens particulier de mettre oreilles 
dehors. 

comunir, réunir des pâtes, des liquides; communier. 

confir, confier. De *eon f id va r e . 

contrâlir, contrarier. 

copîr, copier. 

côtîr, côtoyer, suivre pas a pas. 

crankir, recroqueviller, faire Iriser un cheveu. Chiny. 

cusmir, d'après Liég. Lex. : muser, tripoter autour du feu. 
Cl', messin keusmeillé, faire un travail de peu d'importance. De 
c o- s oui n ic (u )1 a re . Le wallon somi = sommeiller : il y aurail 
lieu de rechercher un verbe gaumais soumir. 

cuvir, écouvillonner. De :r: scopiliare . 

ciinir, cuire doucement, Chiny. 

dècaf'ir, ôter les cosses (café ou cafié a Virton, cafiètes a 
Chiny). Virton, Mais. Cf. ècaf'ir. 

dècrèmir, démêler; ard. discramyé. 

dèfir, défier. 

dègatir, chatouiller; ard. diguètyé, verv. duguèti. 

ilègobir, dégobiller. 

dènakir, mordiller, grignoter, Liég. Compl. p. <)2. Ci. nâtchir. 

dètortir, détortiller. 

écafir, ôter les écales {cafu, cafiotes, ard. châfes). En ard. 
sicafyé. Cf. dècafîr. 

ècarquir, écarquiller. 

s'èg-osir, s'égosiller. 

èo-rajir, étendre les cendres d'un brasier; messin angrahié. 

èparpir, éparpiller. 

èscofir, subtiliser, dévorer, détourner. Tarait être un doublet 
de ècafir, car Tard, scafyé signifie a la fois ôter les écales de 
quelque chose et l'absorber subtilement, d'où faire disparaître. 

ètrir, et, par suppression de l'e initial, fréquente en gaumais, 
trîr, étriller. 

ètudir, étudier. 



— 262 — 

fêtir, fêter, cajoler, Jamoigne, S te -Marie. 

su /'//•. se fier. 

flambir, flamboyer. 

froumir, fourmiller, avoir des démangeaisons. 

gaspîr, gaspiller. 

gatir, chatouiller, ard. guètyé, verv. guèti, liég. catî, nain. 
kèki, messin cokié, à Bourberain guètoyé. De *ca1 ulyare, et non 
de eatuli re comme disent les étymologistes. 

grawir, gratter, touiller en grattanl ; ard. grawyé, n.-w. grawi, 
messin growillé. 

grîr, griller. 

hàrir, faire tourner un «attelage de droite à gauche et de gauche 
à droite, .Jamoigne. 

hosquîr, bégayer. 

houspîr, houspiller. 

maquîr, faire le maquignon, maquignonner, Jamoigne. 

màtrir, maîtriser; le wall. mêstri, kimêstri, tyranniser, mal- 
traiter a passé à la conjugaison en -?. 

mawîr, mâchonner, ard. mawyé. 

.s' mèfîr, se méfier. 

morfîr, mâchonner, mordiller, litt 1 morfiller. 

mouchîr, émoucher. De *exm uscicare. 

musquir, muser, s'oecuper de menus ouvrages, Rossignol, 
Sainte-Marie. 

naquîr, Liég., Compl. 92, mordiller, grignoter; parait être le 
même (pie nâtchîr, Liég , Lex.. i52, manger du bout des dénis, 
sans appétit : messin naquéillé. 

nètîr nettoyer; su nètîr, expulser l'arrière-faix; ard. nètyé, 
n.-w. nètî, messin natié. 

nîr, nier. 

pètir, pétiller, Liég., Compl., 99; pétrir à Jamoigne. 

pîr, marcher sur, fouler aux pieds, ard. piyé. De *pedicare. 

plàdîr, plaider. De plaid -f- suff. -iliare. 

peûcir, épouiller, passer son temps à des futilités. Manque en 
wallon. Etym. incertaine faute de formes comparatives. J'avais 
propose, à cause de la sifflante, un dérivé de pollicem, soit 
*p olli cicare; c'est peut-être simplement un dérivé du gaumais 
peu, pou, avec nue consonne de liaison anormale, un suffixe 
-iliare et un préfixe ex qui disparait souvent en gaumais sans 
laisser de trace. 

prîr, prier. 



— 2frt — 

rabèrzir, emmêler, Liég. 

nibir, rhabiller. 

s' raçrâtir, se ratatiner, .s' racrâtè à Jamoigne, s' racrêtier, 
Dasnoy, 4-9 

racécir, faire prendre le trais, syn. de rapârèy. — su racécir 
« se reposer quand on a chaud ». Jamoigne. 

racÉ'èmir, emmêler. Cf. acramir. 

s' rafir, se réjouir; ard. si rafiyé, n.-w. s' rafiyi. De rend 
*f i dyare. 

ramuchir, rôder sournoisement, Sainte-Marie. De re -f ad -j- 
un fréquentatif en -iliare de mu ci a re, mucier, musser. ramuchi 
à Jamoigne. 

rasèrcir, repriser des bas, ravauder, rentraire. En Chestrolais 
(zone de N^euf château) rasèrcé, ard. rasèrcyé ou rasèrcé, liég. 
rasèrci, Malmedy rasièrsi. Cf. messin rèssèrcis, reprise à l'aiguille, 
rouchi rassarcir, picard ressercir, .Jura resservir. G-randgagnage 
l'ait venir ces mots de sarcire, mais pour le gaum. et le wall. il 
faut poser re-ad-*sarciliare. 

ratortir, entortiller, envelopper. Cf. atortîr. 

raug'iiir, « être rauque «Jamoigne. Cf. w. ranki, râler, (Jggg. 
II, 278. 

ravir, éveiller. De r e-ad- vigilare. 

rôchir, ronger un os. De *rodilyare. Cf. roche, dévorer, ;i 
Bourberain. 

roublir, oublier, oublir n'existe pas; ard. roùvyc, n.-w. roûvi. 
De re-*obl i tyare. 

ruinercir, remercier. Doublet de rumèrcièy et formé par ana- 
logie. En n.-w. rimèrcï. 

rucopîr, recopier. 

riuur, renier, Jamoigne; riinouyi dans Liég., Compl., 119. 

sàbrir, semoncer, taper dur pour finir un ouvrage. LiÉG. 
Compl., 122. Litt 1 sabriller. 

sàrpir, travailler avec la serpe. 

sautrir, sautiller. 

tarnir, éternuer, messin trènoivé, ard. stièrnï, n.-w. stièrmî ou 
stièrni; à Spa, Stavelot, Wallonie pruss., stiènvï. 

tchambrir, tituber. 

tchandir, être en chaleur, Liég., Compl., p. 34- 

tchèrir, charroyer, Jamoigne. 

tchètir, châtier. 

tchutchir, chuchoter. Jamoigne. 



— 264 — 

toupîr, se remuer, litt' faire la toupie; ard. toupyé. 

tourbir, tourbillonner. 

trir, étriller. De *strigilare pour strigulare. 

trir, trier. I>e stricare pour extricare, avec chute <le 
s init iale. 

s" treûtîr, se vautrer dans la boue, comme la truie, en gauin. 
Inryc. Je ne crois pas qu'il puisse être question ici de la truite, 
qui ne recherche point la vase comme l'anguille. 

uchir, ouvrir et fermer les portes; litt 1 huissiller, de ostiuin. 

s' vétrir, se vautrer, l'aire le veltre ou vautre, liég\ si uoutn, 
s' kihoûtrï; ard. s' kihoûdriyé, nain, si cohoûtri ou cowoùtri, à 
Sari s' cuvètrouyî. Lobet donne pour Verviers kvautrî. 

vir, veiller; vèyi à Jamoigne. 



Le suffixe toponymique -ster (\.) 

Il ne s'agit pas ici des finales germaniques bien connues -chester, 
-rester, -caster (château); -closter (cloître); -munster (monastère); 
-oster, -ooster(de l'est); -wester (de l'ouest) ;-stert (bout, extrémité) ; 
mais d'un terme particulier employé tantôt seul, tantôt comme 
préfixe, le plus souvent comme suffixe, dans des noms de lieux 
assez nombreux qui s'échelonnent le long de la frontière linguis- 
tique belge. Il suffira de citer comme exemples, pour fixer les 
idées, Pepinster, Jehanster, Surister, Herbiester, Solwaster, 
Thimister, Ilodister. 

Ce suffixe obscur a été expliqué de diverses façons, les unes 
plaisantes, les autres vraisemblables ( 2 ). La plus naturelle est 
celle qui a été défendue par M. X. Lequarré, qui posait comme éty- 
mologie le verbe latin stare et citait des articles de Dr ('ange ( 3 ). 
11 faut d'abord examiner cette explication, qui est en effet la plus 
ordinairement fournie et la plus séduisante par sa simplicité. 

Stare est devenu en français ester, ce qui est mi-savant au lieu 
de éter, en wallon ster (prononcez ste). Sins wê ster, dont les 



( l ) Abrégé du travail intitulé : Les noms de lieux en -ster, qui a été publié 
en i;j(>4 dans le Bulletin de la Société vèroiétoise d'archéologie et d'histoire, 
i. V, p. 2i4-35G, travail beaucoup trop long pour être inséré ici, a cause de 
-a marche analytique. On a dû aussi supprimer le lexique des noms en -sic/-. 
qui s'est augmenté de nombreux termes depuis la première publication. 

(~ ) Cf. Bulletin précité, pp. 217 et i>'53. 

( 3 ) Bulletin de lu Société liégeoise de Littérature wallonne, t. XLIII (njoa), 
p. 182. 



— 265 — 

dictionnaires font un verbe wèster, signifie sans guère attendre. 
Nous trouvons ensuite dans Grand gag-nage, II, 426, le mot testa, 
expliqué par pause, halte. La traduction est exacte, niais il n'y a 
pas plus de testa que de wèster, je n'ai jamais entendu que on p'tit 
testa, et cette expression doit se comprendre et s'écrire on p'tit 
esta. Dès lors le sens de arrêt, j>ause se justifie de soi-même, le 
mot est de la même racine que le verbe stare. Le mot est d'ailleurs 
dans Godefroy : 

« Estât, arrêt, station : 

Desus la fosse s'aresta. 
Longuement i fist son esta 
Por esgarder que dedans ot. 

Reiuut, i>4<07 (MÉON). » 

Je trouve encore en vieux wallon le mot steis, substantif, au 
sens de obstacle, retard : sans avoir steis ou difficulté ('). Ce 
mot est évidemment de la même racine que les précédents. Il ne 
peut y avoir place a côté d'eux pour un stèr, dont 1'/- se prononce, 
dont l'e est ouvert, et qui, dans certaines régions, est susceptible 
de devenir stier, stir (a l'ouest de Liège), et même sty. 

Du Cauge semble nous donner tort., Il cite un stare ou estare, 
qui se décline! On eu conclut aussitôt que c'est l'infinitif latin 
stare, pris substantivement. Ce n'est pas impossible; dans le 
latin étonnant du moyen âge, ce stare se déclinant comme mare et 
doué d'un ablatif stari pourrait être, à la rigueur, l'infinitif stare: 
mais c'est bien invraisemblable. Quand le moyen âge lui-même 
s'est-il avisé de décliner velle ou esse? Le latin manquait-il de 
mots pour signifier habitation'! Quand il écrit : in domo seu stari 
Sancii Firmini ('-), n'est-il pas évident «pie stari traduit domo, 
que domo est le terme latin et stari le terme barbare qu'affectionne 
une population étrangère? Enfin ce stare n'est pas isole; il esi 
flanque de variantes pour tous les goûts : starium, siarrium, star- 
rum. En présence de ces quatre mots, il y a lieu de se demander 
i° : si stare, starrum n'ont pas été inventes précisément pour 
sertir le mot ster de la langue vulgaire dans un document lai in. 
par analogie de mare, mer. de carum, eber; 2 , si starium n'est 
pas une traduction de stier, sti, suivant l'analogie de primarium : 
premier, wallon prèmi ou prumi. An moyen âge, le latin a une 



(') Casier et Crahay, Coutumes du Du cite île Limbourget itrs Paysd'Outre 
meuse, p. 34. 

( 2 j Du CANGE, Glossarium mediue et infimae latinitatis, o° stare. 



- 266 - 

étonnante plasticité ; il sait se modeler sur les particularités des 
dialectes romans et les retraduire. Précisémentce luxe de variantes 
ne me dit rien qui vaille; et je n'en ai pas épuisé le nombre! 
On pourrait y ajouter steria, du Steria monticula de 961 ( 1 ). La 
forme s'explique : stier masculin peut donner sterium puisqu'il 
moutier, /mm stier, //n//7Ster correspond /m;/» a sterium; mais si le 
stier de 961 était féminin, comme il l'est dans Géronstère (lez-Spa), 
on a eu raison de substituer steria à sterium. Nous concluons 
hardiment que les formes du bas-latin stare, starium, starrium, 
starrum, steria sont des latinisations de ster, stier, sty, stère et 
n'ont absolument rien à voir avec le verbe stare. 

La phonétique repousse également stare. L'infinitif stare en 
vieux wallon devient steir ; c'est la graphie ordinaire, conforme à 
une régie générale : -are et -atum deviennent -eir, -eit. Mais -stier 
et steir sont deux. La diphtongue ie a l'accent sur i et -stier se 
prononçait -stir. En d'autres termes, il n'y a pas de variante orale 
stier pour notre suffixe -ster, il y a la prononciation -stir, -sti, et 
-stier est une pure graphie analogique calquée sur l'alternance 
prumîf premier. Cela posé, est-ce que le latin stare, devenant 
stér ou steir sans contestation possible, pouvait devenir en même 
temps stèr, stir, sti'? C'est contraire à toute loi ( 2 ). Aussi les 
scribes ne s'y trompent pas. Dans leurs francisations intempes- 
tives, ils obéissent pourtant à des régies. Lorsque, au lieu d'écrire 
bravement à la wallonne Bouegnistir ou Bovegnisty, ils se mettent 
à imiter, ils écrivent alors Bovegnistier, mais jamais Bouegnisteir 
sur le patron de steir = stare ( 3 ). 

Enfin on peut tirer argument de la géographie linguistique, en 
examinant l'aire d'emploi du mot en conteste. Si le stare de 
Du Cange était l'infinitif latin stare, comme l'a cru sans défiance 
M. Lequarré, il n'y aurait aucune raison pour qu'il ne fût pas 
d'usage général en France, et en latin vulgaire et en roman. Or, 
nous voyons qu'il n'en est rien. Pour ce qui est du latin vulgaire, 
tous les exemples rapportés par Du (.'ange lui-même a cet article 
sont empruntés à des chartes du sud-est de la France. Ce stare 



(') Dans un diplôme que donne Sigebert de Gembloux (Peut/., A/G'//, 
VIII, 029). Voyez l'article Steria du Lexique précité des noms en -ster, p. '$$3. 

( 2 ) Le participe correspondant au français été est, en wallon, il est vrai. 
sti. stou, stu, niais c'est une nouvelle formation par analogie fies participes 
d'autres cou j u gaisons. 

f 3 ) Nous avons trouvé une t'ois -steir, dans Colosteir signalé p. 209. C'est 
une forme isolée qui n'infirme point, pensons-nous, notre raisonnement. 



- 26 7 - 

particulier n'a donc reçu les honneurs du latin que dans une 
région restreinte. On ne voit pas du tout que meùm stare (ma 
maison) soit une expression usitée dans le latin de tous les monas- 
tères : il en serait resté quelque chose dans les écrits du temps. 
Pour ee qui est du roman, on ne dit pas mon ester ma maison) 
dans toute retendue du pays, on ne le dit même pas du tout : 
ester substantif, au sens du stare de Du Cange (domus ubi (juis 
stat seu manet), n'est pas même dans le dictionnaire de Godefroy. 
Cette absence de retentissement a travers la France, pour un sens 
aussi ordinaire, aussi commun, d'usage aussi prosaïque que celui 
de meiun stare, nous force à conclure, encore une fois, de la 
môme façon : le stare qu'on invoque comme l'original de ster et 
qu'on croit être identique à l'infinitif stare latin n'a rien de com- 
mun avec le latin et est au contraire une latinisation de ster. 

Du Cange ne nous fournit pas l'étvmologie de ster: son terme 
stare est étroitement localisé et il est stérile, il a tous les carac- 
tères d'un moi barbare introduit. Cela ne nous dit pas encore 
quelle est la patrie primitive de ster, mais n'est-il pas vrai que, si 
Ster n'est pas roman, il ne peut être (pie germanique? 

L'article de Du ('ange nous donne au moins un sens approxi- 
matif de ster et nous montre le mot jouant lerôle de nom commun. 
Dans cet emploi, nous n'aurons pas la naïveté de croire qu'il est 
aussi récent que la forme Herbiester, puisque nous l'avons ren- 
contré, semble-t-il, en 961, latinisé sous la forme steria. Après 
l'avoir vu en traduction latine, il serait intéressant de le retrouver 
comme nom commun en roman. Notre raisonnement de tantôt 
montre qu'il faut renoncer à le voir franchement usité partout, 
mais faut-il renoncer à l'espoir de le rencontrer dans les mêmes 
régions où la toponymie et les chartes le montrent existant? Nous 
avons eu la chance de le trouver au moins une fois dans un texte 
de la Wallonie. Le texte est de 1 3 r 4 : il est dans un relief des Fiefs 
de Poncelet (') : « Jehan de Dormale, 1 bonuarium terre ( = terrae) 
entre Dormale et le stier condist au chaîne» .Voilà un mot nouveau 
et un passage précieux qui manquent au dictionnaire de Godefroy. 
Ce stier serait, pour une région plus méridionale que celle du 
wallon, estier ou ester. Nous avons trouvé dans Godefroy un 
estier qui a aussi toutes les apparences d'un terme technique 
localisé, sans rapport avec stare (être debout). Il pourrait être 



(>) PoNCKLi.T, Le livre des Fiefs de l'Eglise de Liège sous Adolphe de la 
Marck. p. 1G2. 



— 268 - 

identique à notre ster, mais nous ne sommes pas en mesure de 
rien affirmer à cel égard. Transcrivons cependant l'article, qui 
esl illustré d'exemples curieux. 

Estier, ester canal. 
• Une pièce de terre... ensi comme «'Ile se lievet, <> Le fous don 
fossé qui esl et t'iert a Veslier dou port dessous le chasteau..., et se 
commencel la dicte pièce de terre d'un des rheps de Veslier que 
l'en appellet Veslier l'eu (Juill. Moreau, ainsi comme ledit estier 
et le ditfossése estahdent jusquesaus terres. i3i5. Arch. J. J. 52, 
f° 80. r° (*). 

Comme les suppliants feussent en un vaisseau nommé gabarre, 
estant sur eaue en un lieu nommé l'ester du port de Corsse près 
de la dite de St Jehan d'Angely..., ou «lit ester sur Veaue estoit 
aussi une autre gabarre.... et estoit en la fin du dit ester à l'entrée 
de la dite rivière. 1.400. Arch. J. .J. i55, pièce 390 (') ». 

S'il est une ehose visible, c'est que, dans aucun des deux 
passages, le mol ne signifie canal. Un fossé qui frappe à un canal, 
cela ne se comprend guère; un vaisseau dans un canal sur l'eau, 
c'esl un singulier pléonasme. 11 s'agit bien plutôt dans le premier 
cas des soubassements en pierre d'un château, dans le second 
cas, d'une digue ou quai ou estacade, de part et d'autre d'une 
construction artificielle qui baigne dans l'eau et qui est frappée 
par les eaux. 

Dans la Frontière linguistique (I, 290), M. Kurth a aussi ren- 
contré le suffixe -ster et il a exprimé son opinion en ces ternies : 

Reste enfin un suffixe certainement germanique, bien que 
difficile a identifier, qui se trouve localisé sur la rive droite de la 
Meuse, vers les extrêmes frontières de la Wallonie : c'est -ster. 
I >éri ve-t-il de la même origine que dans les nombreux noms a 
même désinence de: la Norwège et des Shetland (colonisées, 
ajoute-t-il en note, par les Norwégiens), ou faut-il y voir plutôt le 
-stalt allemand, le -siede flamand devenu -ster en vertu d'un 
phénomène linguistique peu rare en ces régions? J 'ai rapproché 
de nos noms romans, la plupart groupés dans PArdenne liégeoise, 
un certain nombre de noms identiques ou similaires, recueillis 
par Pcerstemann ; ces ressemblances créent une présomption en 

sur de la germanicité ». L'auteur faisait suivre ces lignes sug- 
gestives d'une liste déjà copieuse, puisqu'elle contenait cinquante 
et un noms, auxquels il faut joindre deux noms nouveaux qui 

(') Référence de Godefroy. 



- 269 - 

figurent dans les additions du vol. II. p. 106. Partant des données 
et des suggestions de M. Kurtli, nous avons repris a nouveau 
l'examen de ce petit problème et tenté une démonstration. 

Le procédé ordinaire de la consultation des chartes jette peu 
de lumière sur la question. Aussi loin qu'où remonte, les noms de 
lieux actuellement termines en -ster y apparaissent avec leur finale 
ster. 11 faut ajouter que ces noms n'y ai rivent qu'assez tard, et 
enfin que peu de noms en -ster y sont cités et rarement, faute 
d'avoir été portés par des villes importantes ou d'anciens établis- 
sements monastiques. S'il y a des variantes parfois lumineuses 
dans les chartes, c'est pour la première partie du nom. La meil- 
leure chance qu'on ait de rencontrer des noms en -ster, c'est de les 
trouver sertis dans les noms de personnes, parce qu'un lieu peu 
considérable a néanmoins pu servir a constituer un nom de 
famille. Voici une liste de formes, qui n'aura guère d'autre 
résultat «pie de montrer l'inefficacité de la méthode ordinaire. 
Xous choisissons les dates de première apparition des noms. 
124O. Winand de Uogister (J. Cuvelier, Inventaire des archives 

du Val-Benoit lez-Liége, Bulletin de l'Inst. Arch. liégeois, 

t. xxx, Liège, 1902: p. 82). 
1270. Henri Davister, (Bormans et Sghoolmeesters, Cartulaire 

de l'Eglise Saint- Lambert de Liège, t. 11, p. 209). 

1276. Jacobus de Tiuwiuster, (Codex diplom. Limburg., dans 
Ernst, Histoire du Limbourg, t. vi, p. 293). 

1277. Colebunster (Liber rubeus de St-Lambert, f° 173, aux 
Archives de Liège, cite par Kurth, Frontière linguistique, 
t. 1. p. 296). 

i3o6. Arnoldo de Avinster, {Cartul. de Saint-Lambert cité ci- 
dessus, t. m, p. 68). 

i3o8(?). Adam de Sallewaster, (ibid., t. m. p. 88). 

i3i2. Jehan de Côlonster, (ibid., t. ni, p. n5). 

i3i4- Laraberto de Hodeboster, (Ed. Poncelet, Le Livre des 
Fiefs de l'Église de Liège sous Adolphe de la Marck, Bruxelles. 
1898, p. 2). 

i3i4- « Presentibus G. de Bovignistier, milite.... », (ibid..., p. 9). 

i320. « Apud Rogister in villa de Herves .. », (ibid., p. 44)- 

i32i. Johans de Côlonster, et, 1822 : Colosteir {Cartul. de Saint- 
Lambert, t. m, pp. 23i et 236). 

i33o. Stiers (comni. de Donceel); i332 : Lowar de Stirs; 1342: 
Henri de Stiers, échevin de Donceel. (ibid., t. m, pp. 341, 347, 
4o3, 617). 



— 270 — 

. ; j. Sters (comm. d' \nsi, (ibid., t. m, p. 439)- 
A.nselme de llanduster, (ibid. t.. 111, p. 444)- 
,;,,. ,, Ou terroir de Hodeboster ou ban de Herves en lieu c'on 

dist as bruyères »>, (Registre de lu Cour féodale de Liège, 
archives de Liège, cité par KLurth, o. c, t. 1, p. 297). 
[348. Pepinster, (ibid., p. 297). 

1 ;si. t ( Rogister ou terroir de Herves », (ibid. p. 298). 
1 ; s 1 . o Thiwister », aujourd'hui Thimister (ibid., p. 298). 
[382. c< En KLokiestier » (comm. de Wonck, tiré d'une liste de 

lieux-dits fournie par Kurtii, o. e., t. 1, p. 171). 

Comme on le voit par eette lisst e, qu'il est inutile de prolonger 
au-delà du xiv siècle, le suffixe -ster reçoit dans les documents 
les formes stir, steir, stier, star. Une l'orme Avisteit, de e45i, 
notée par M. KLurth (1. 296), est intéressante, mais 911e l'aire d'une 
variante isolée qui peut si facilement être due à une faute de 
scribe? ("est parce que l'avantage de la méthode ordinaire nous 
manque que le problème est difficile à résoudre. Peut-être y a-t-il 
des formes plus anciennes et plus suggestives que celles-ci; mais 
alors elles sont si rares ou si bien dissimulées que le chercheur les 
laisse passer sans reconnaître leur identité. 11 faut donc tourner 
d'uu autre côté ses investigations, opérer par comparaison, étu- 
dier d'abord îles noms en -ster où le premier composant est 
immédiatement ou facilement reconnaissable, afin qu'il ne reste 
qu'une inconnue au lieu de deux et que la connaissance du premier 
terme jette quelque lumière sur le second; étudier les premiers 
termes au point île vue phonétique, pour connaître la date appro- 
ximative de la composition de ces noms ou de leur fixation sous 
nue forme définitive; étudier de même toutes les finales germa- 
niques contenant st en éliminant tout ce que la sémantique et la 
phonétique démontreront invraisemblable, peser notamment les 
phénomènes de la caducité du d de -sted et de l'intrusion de /• en 
ster. Cette marche patiente nous a suggéré des dissertations peut- 
être intéressantes au point de vue de la méthode, que nous 
avons exposées dans la première édition de cet article, mais cette 
comparaison ne conduisait qu'à des probabilités. Toutefois les 
inductions et le raisonnement n'ont pas été inutiles : ils nous ont 
amené a la découverte de preuves directes, que nous n'aurions 
point trouvées autrement, sinon par hasard. Quoi qu'il en soit, 
ne retenons de ces recherches que la conclusion : il n'est pas 
étonnanl que sted soit devenu -ster; r n'est pas même là un intrus, 
mais un remplaçant; pareille chose rentrerait dans un ordre de 



— 2 7 I - 

phénomènes tout ordinaire. Nous sommes en règle avec la linguis- 
tique sur ce point. Mais, non content de ce résultat, nous vou- 
drions passer de cette haute possibilité a l'affirmation. 

Si on rencontrait en abondance dans les chartes, pour le même 
lieu, des doublets en -ster et en -stet (ou -sté, -stay, -steit), la ques- 
tion serait résolue depuis longtemps. Si l'on en est encore réduit 
aux conjectures, c'est parce qu'il est aussi difficile de découvrir 
quelque preuve directe sur cette question qu'à un botaniste de 
découvrir quelque espèce nouvelle. Mais la discussion phonétique 
nous a armé d'expérience. Nous savons mieux quelles formes il 
faut interroger et commenter. Au lieu de chercher simplement 
dans les cartulaires des variantes de Jehanster ou de Pepinster, 
nous chercherons dans la prononciation locale pour savoir si l'r 
est bien solide ou s'il est adventice et purement graphique. Puis 
nous examinerons le présent et le passé des noms en -stat, en stet, 
en -sic. en -st, en -stay, voire en -steert et en -stert, noms que 
nous aurions rejetés avec dédain comme n'étant pas de notre 
ressort, si l'étude en apparence trop longue de /• finale ne nous 
avait ouvert les yeux. 

1. Nous possédons au moins une forme ancienne en -steit pour 
un nom qui a aujourd'hui -ster. C'est Avisteit (i4-">i qui s'appelle 
aujourd'hui Avister ('). Nous ignorons quelle est actuellement la 
prononciation locale de ce nom. 

2. Il existe au S. de Xiaster illar/.é) un bois dit de Wenhister. 
Telle est la notation des cartes officielles du dépôt de la guerre 
(feuille i36, n° i5). Mais les autres caftes écrivent Wenhisteit, 
celles des touristes Wenhistet, d'après la prononciation locale. 

3. Il nous semble à Verviers que 1'/- finale ne peut être absente 
d'un mot comme Pepinster, et que l'on n'a jamais pu dire Pepinstè. 
Voici un cas destine a combattre cette illusion. Il y a un Hodister 
commune de Wegnez, dont le nom se prononce toujours bien 
franchement Hodister. Mais il existe un autre Hodister dans la 
province de Luxembourg au X. de Halleux et de Vecmont. Ce 
dernier est toujours Hodistè dans la bouche des gens du pays. 
Les chartes l'écrivent diversement : Hodiester au xui e siècle. 
Hodister en i463, Hodistre, Hudistel en i54i. Que signifient ces 
variantes graphiques, sinon qu'il y a une consonne amuïe et «pie 
les scribes ne savent trop laquelle? Pour nous, nous n'hésitons 



(') La source est indiquée dans KORTH, o. e. : Archives de Liège, Liber 
rubeus de Sut ut- Lambert, p. J09 v°. 



— 272 — 

pas, Hodistè nous représente nn Hodistet, auparavant Hodiestet, 
,m précédemment encore Hodierstet. 

a 1 1 \- a un Nantistay à Soiron el un Nantistay a Goé. Mais le 
[ieu-dil de Goé esl aussi dénommé è Naniister e1 nous avons même 

lu mie lois dans une ai QCe de notaire Herlant islcr. Celui de 

Soiron esl écril aussi Notaystaue,Notèsta, Nutonsta. Ces variantes 
aboutissent à la même conclusion : il y a une consonne am aïe, on 
ne sait plus laquelle, ei on en donne un équivalent par v ou r, en 
s'aidaul de suggestions analogiques. 

5. 11 existe dans le Luxembourg belge, commune de Morhet, un 
Remiance qui ne parait pas se rapporter à notre étude. Mais il a 
été note Remianster au xr siècle ('). Ce l'ait ne signifie pas néces- 
sairement que l'on a prononcé IV haut et clair pendant des siècles. 
Nous croyons avoir affaire à un Remianstet, qui a pu prendre IV 
dans certaines bouches, qui a pu dans d'autres s'obscurcir pro- 
gressivement en Remianstè, Remianste, Remiansse ou Remiance. 
ti. Entre Aubier et Sehockville, il y a un Heinstet, ainsi noté 
par M. Rolland ('-). Les cartes belges appellent cette localité 
Heinstert. La carte des bords du Rhin de Logerot l'appelle 
Heistert. La forme en -stert est bien la forme actuelle, mais ce qui 
porte a croire qu'il y a eu insertion de 1 /•, ce sont les variantes de 
Heinstet recueillies pour d'autres localités. Foërstemann a les 
formes Heinstat, Heinstetten du \ 1 1 1 siècle pour désigner Hains- 
tadl I < rrand Duché de Bade) ( 3 ). Le cartulaire de l'église Si-Lambert 
de Liège (') nous offre pour 1008 un Heinsteti à rechercher dans 
la province d'Anvers entre la Xèthe et la Dyle. Nous laissons de 
côté les Eichstet, les Heichstet, les Heystède, les Hemstat, dont la 
première partie contient d'autres radicaux. 

-. Mais on peut encore refuser son assentiment à ces rappro- 
chements de noms de localités différentes. Tant de suffixes 
peuvent se joindre a tant de radicaux que -stet et -ster peuvent très 
bien être étrangers l'un a l'autre en s'adj oignant des déterminants 
identiques. Faisons donc bon marché des Heinstet en face de 
Heinstert et des comparaisons analogues. 



Di. Ki.ifi kxbkrc, Mon. pour servir à l'histoire des provinces de Namur, 
Hainaui el Luxembourg, i. vin, p. ">4- — Kurth, Cartulaire de Saint-Hubert, 
1>. i2. donne la date de 1028, avec le texte suivanl : << quinque uiansos in 
Iteinianster et unum quartarium terrae ». 

llOLLAXD, Toponymie namur oise, 1, p. i4'>- 

Altdeutsch.es Namenbuch, t. 11, col. 786. 
') T. 1. p, u U . 



— 273 — 

Heinstert n'est pas un mot de physionomie exceptionnelle dans 
la toponymie du Luxembourg. En lisant les cartes du Grand- 
Duché, nous étions frappé au contraire de la quantité de mots en 
-ert que nous rencontrions. Parmi eux se trouvaient des Hostert. 
Dans beaucoup de ces noms, /•/ était expliqué comme une réduc- 
tion de -rode (wall.-sart). M. Kurtb, auquel il faut toujours revenir 
comme à un guide sûr, et qui connaît cette région luxembourgeoise 
a fond, ne parlait pas de -rode à propos des Hostert, et, sans 
songer à les rattacher à -ster, il les expliquait par hofstatt. Voici 
textuellement ce passage : « Le latin emprunta à l'allemand le 
mot hofstatt, dont le sens est à peu près analogue à celui de 
maceriae, pour le transformer de plusieurs manières. Dans le 
français comme dans l'allemand, le mot désigne les ruines d'un 
édifice; place de maison, mais surtout place où il y a eu habitation. 
C'est avec ce sens exclusif qu'il figure sous la forme hostert dans 
le patois luxembourgeois » ('). Ce passage devenait très important 
pour notre thèse. Etudier hofstatt hostert, c'était donc étudier 
statjster, mais cette fois-ci. c'était l'étudier joint à un autre suffixe, 
ayant acquis plus de corps et moins propre à glisser entre les 
doigts. Si donc on pouvait démontrer que les hostert ont pour 
origine hofstat, le problème était résolu pour -ster. Mais il fallait 
vérifier le sens des deux extrêmes hofstat et hostert. et trouver 
des intermédiaires nombreux, probants. 

Une fois débarrassé de l'idée de chercher rode à la fin de 
Hostert comme il est à la fin de Hannert (Vance),une fois persuadé 
par les études précédentes que rt n'était pas un obstacle à la filia- 
tion présumée, il ne restait plus qu'à chercher patiemment des 
preuves. 

D'abord il y avait une grande difficulté de sens. M. Kurth affir- 
mait de la façon la plus formelle que hostert signifie ruines, 
maceriae, en patois luxembourgeois. Mes amis du Grand-Duché 
ne connaissaient pointée nom à titre de nom commun dans le patois 
de leur pays. J'en ai conclu que hostert n'existe plus qu'à titre de 
nom toponymique, inconnu à la langue usuelle. Dès lors, le sens 
était à vérifier par des explorations pénibles dans les archives 
grand-ducales. Heureusement, le problème fut plus accessible par 
un autre bout. 

En flamand, à côté de hoeve, hoef avec le sens de ferme, existent 
les composés hofstad. résidence, hofstede, maison de campagne, 



( l ) G. Kurth, o. c, i, $i[). 18 



— 274 — 

métairie, hofstedeken, petite métairie. Eu remontant dans le pas- 
liose nécessaire parce que ces mots de faine et de métairie 

ont pris un sens banal et imprécis, nous avons trouvé, dans le 
livre de comptes de Guillaume tic Kyckel ('), des désignations plus 
exactes : h une mansus (p. i6o); curies sine areas sine hofstat 
(p. [58); moneke hofstat, manse des moines à Aalburg (p. i56). 
("r-i doue l'ancienne curtis qui est désignée par hofstat, aujour- 
d'hui hofstede. Mais il ne s'agissait pas d'une habitation en ruines. 
Quelle est la valeur de -stat, quelle est son opportunité dans 
hofstat i Place de la court, cela n'a pas grand sens! Eu cherchant 
des cas analogues, nous avons trouvé haardstede, foyer. Le pre- 
mier (-(imposant n'a point valeur de génitif , mais valeur appositive 
ou locative. Haardstede n'est pas la pince du foyer purement et 
simplement: car, le loyer disparu, la place reste; c'est la pièce 
qui est un foyer, où esl le foyer. Eu wallon pièce a le même sens 
concret que le flamand sfede; il signifie pièce de maison : è lu 
p'tite pièce, è l' pièce du dri. Tel est aussi le sens dans hofstede : 
c'est, par opposition aux champs, prés et bois, la place où s'étale 
l'habitation rurale. Il va de soi (pie l'autre sens est possible aussi, 
et alors hofstat, hofstede peuvent signifier non seulement la place 
où est la coui - , mais encore la place où elle fut et on elle n'est 
plus. C'est dans ce dernier sens (pie paraît avoir été employé le 
hostert luxembourgeois. Voilà la disparité de sens réduite à son 
minimum. 

Quant à la forme, le premier composant de hostert pouvait aussi 
bien receler holtz ou hoh que hoj. Il fallait interroger le passé des 
Hostert eux-mêmes, car accumuler en une liste les hovestat et les 
hofstat flamands ne faisait pas l'aire un pas à la question. Nous 
avons été assez, heureux pour trouver des faits probants dans un 
1 1 a vail de E. de la Fontaine < '). Quoique ce soit un toponyrïiiste bien 
crédule, nous lui devons de la reconnaissance pour avoir rassein 
blé, a son insu, dans ses articles, les faits qui ont ici joué le rôle 
de l'étincelle électrique au milieu des gaz mis en présence. Voici 
«os extraits de cet ouvrage : 

i. Hostert, commune de Xiederanwen, canton de Luxembourg 
■• Le nom est appliqué a toute espèce de bâtiments en ruines. - 



•i II. I'ikknm:. Le livre île Vabbé Guillaume de Ryckel, is^q-ihjz; Comm. 
roy. d'Histoire, \^<^>. 

) II. de la Fontaine, Essai étymologique sur les noms de lieux du Luxem- 
bourg germanique, «Unis les PUBLICATIONS DE [,'Institi t ROYAL oii.wn-nrcu. 
Di l.i VEiiBOUiu;, tomes XII-XV et XVIII. 



— 275 — 

Ce village est à peu près tout entier bâti sur un amas de ruines 
romaines ». Puis l'auteur cite à titre d'autorité un passage des- 
criptif de Wiltheiin : « Squalet etiamnunc ingens et tuberatiis 
subinde colliculis aceruus, a quo nomen loco Hostert seu Hosteren, 
quod «ruinas » dicimus ( J ). M. de la Fontaine en profite pour 
faire venir Hostert de hostelleriel et cependant, trois lignes plus 
lias, il donne sans s'en douter la véritable étymologie, puisqu'il 
ajoute : « Dans divers écrits extraits des archives de Saint- 
Maxi min, nous avons trouvé le nom deHostert écrit Hovesteden ». 
Voilà qui est sans réplique, et j'en crois un auteur qui cite une 
tonne ancienne avec tant de désintéressement ! 

'2. Hostert. commune de Folschet, canton de Pediugen. « Sur 
la croisade de deux grands chemins dont l'un porte tous les carac- 
tères d'un deverticulum romain. Recèle des amas d'antiques 
ruines... ». Puis l'auteur cite une charte de 1080, où le nom est 
écrit Hossteden, et une autre, de 1489, où il est écrit Hocksteden. 
Dans cette dernière forme, la première partie est défigurée par 
essai d'étymologie populaire, mais le suffixe est intact et cela 
nous suffit. 

3. Haster-Haf, ferme isolée sur la commune de Waldbillig, 
canton d'Echternach. « Nommée lliiôschterhaf dans le dialecte du 
pays. Son nom retrace des bâtiments en ruines ». Il retrace davan- 
tage, puisqu'il désigne une ferme moderne (hof) sur l'emplacement 
d'une ruine de maisons seigneuriales (hofsted). C'est un mot gros 
d'histoire locale. 

4- Osterbour, ferme isolée, dépendante de la commune de 
Zolwer, canton d'Esch ; fort ancienne; le nom s'écrit, en 1235 et 
1247, hosterborn. 

5. Ostert, habitation isolée, contiguë au village de Medernach; 
construite sur un sol autrefois couvert par des débris de bâtiments 
romains. 

Maintenant, nous espérons que la conviction du lecteur est faite 
aussi bien que la nôtre sur l'identité de hoster, hostert avec 
hofsted, hosted, hostet, et, par conséquent, sur l'identité de -.s/cr 
et de -stet. Qu'on ne nous accuse pas d'y être arrivé par un chemin 



(i) Ajoutons (1 ue V. GAUCHEZ, dans son ouvrage sur la Topographie des 
voies romaines de la Gante Belgique (ANNALES DE L'ACADÉM. d'Arch. DE 
BELGIQUE, 111 e série, t. vin, 1882), décrit de la même façon remplacement 
de Hostert et note les « substructions d'une mansio très achalandée, à l'in- 
tersection du Rœmerwegde Dalheiin à Alttrier ... Témoignage désintéressé 
de l'archéologue sans souci d'étymologie. 



— 276 — 

bien long. Nous répondrons que pour s'occuper des hostert et les 
taire entrer dans son cercle d'observation, il fallait au contraire 
une gestation intellectuelle prolongée. 

\,uis voici donc arrivés au -stat germanique. Mais quelle est 
son origine? Stat ne pourrait-il pas venir du latin station, tout 
comme straat strasse, ou inciter, ou casier chester, ou munster, et, 
par après, avoir débordé un peu sur la marche romane ? Non, il 
11 \ ;i point d'exemple «l'un suffixe toponymique qui aurait été 
emprunté d'emblée par les Germains aux Latins sans avoir d'abord 
été usité en terre romain:. Ainsi le -strée de Féronstrée n'est pas 
issu il"' statut; pas plus, hàtons-nous île le dire, que -straat n'est 
issu de la forme strée. ("est le latin strata qui a voyagé, qui a 
passé «le bouche en bouche, déposant en pays wallon un strata qui 
est devenu plus tard strede, puis strée, déposant en pays flamand 
un strata qui est devenu straat. Pour stat/stet, le voyage s'est l'ait 
en sens inverse, et stet s'est arrêté un peu en-deçà de la frontière 
linguist ique. 

C'est donc au fond de la langue germanique, dans l'ancien -haut - 
allemand, dans le gothique, dans le vieux-saxon, dans le vieux- 
nordique qu'il faut aller chercher l'origine de -sler. 

Mais voila que nous tombons sur deux stat et nous avons 
l'embarras du choix. Lequel des deux se cache sous nos noms en 
-sterl 

On trouve en gothique un stat lis, génitif stadis, radical stada, 
masculin, signifiant lieu, place. Celui-ci est en vieux-haut-allemand 
stat, avec un /, en nouveau-haut-allemand statt avec une variante 
graphique (tt) sans valeur de prononciation, et une différence de 
prononciation de l'.s qui n'est pas indiquée dans l'écriture. En 
vieux-saxon, la forme est stad avec d. Le francique ancêtre <\\\ 
flamand) et en général les autres dialectes bas-allemands avaient 
le '/. ce qui a donné les formes stad, stade, slede. 

Il y a encore en gothique un autre staths, génitif siathis (radical 
en i?), également masculin, signifiant plage, rivage. On le 
retrouve dans l'allemand gestade, dont le simple, stad, a disparu 
de la langue courante et n'existe plus (pie dans les noms de lieux. 
A insi, sauf les corrupt ions toujours à craindre, stad en Allemagne 
doit -,• distinguer de statt. Egli fait soigneusement la diffé- 
. Il traduit staad, stad, par landungsplatz (place de 



Egli, Nomina geographica, p. ~>\i. 



- 277 - 

déchargement) et par gestade (rivage), et il cite comme exemples 
des localités riveraines des lacs suisses : Walenstad sur le 
Walensee, Altstad à Lucerne, Oberslad, Niederstad, Immenstad. 

Dans les dialectes bas-allemands, ce second staths prenait aussi 
la dentale douce, de sorte que les deux mots se confondaient. 11 y 
a donc lieu de se demander auquel de ces deux mots il faut rap- 
porter notre -ster, dans une région dont les noms germaniques ue 
sont point des créations de tribus parlant le haut-allemand, ("est 
encore le hofstatt allemand qui doit décider. Quand bien même le 
sens ne nous inviterait pas à choisir, l'orthographe de hofstatt 
nous décèle la présence de stait qui signifie locus, et non de stad 
lui signifie ripa. Evidemment^ il doit en être de même du flamand 
moderne hofstede et de ses variantes plus anciennes. J'en conclus 
jue les hostert, d'abord, et les autres noms en -ster, ensuite, con- 
tiennent comme suffixe l'ancien staths, stadis signifiant lieu, 
place. 

Il convient de se demander aussi d'où proviennent toutes les 
variantes qu'on rencontre dans les noms de lieux allemands et 
flamands qui contiennent ce suffixe, et de laquelle est issu notre 
•ster. En effet, dans la région flamande, si on consulte les chartes, 
>n trouve non seulement la finale stad, mais stade, stede, stide, 
itadon, stedon, stedun; dans la région allemande, on rencontre 
ion seulement stat, statt, stadt, mais encore stiitte, stadte, stette, 
;t même stetin, stettin, stetten, steten, stâdten, etc. 

L'explication est des plus simples. L'e au lieu de l'a est un 
uloucissement(umlaut) qui apparaît régulièrement au pluriel dans 
es langues germaniques, mais qui peut provenir aussi de diffé- 
renciations dialectales. L'e final décèle un nominatif pluriel, qui a 
>u d'ailleurs ultérieurement être pris pour un singulier collectif; 
s'est en quoi le flamand hofstede (maison de campagne) diffère 
ctuellement de hofst ad (résidence). Avec en final (anciennement 
»;j, un), on a affaire à un datif pluriel, forme qui a parfois prévalu 
>arce que les noms de villes sont souvent cités au datif locatif. 

Quant à décider de laquelle de ces formes germaniques procède 
Lircctement notre suffixe, nous ne nous y hasarderons pas. Nous 
royons que ce serait mal poser le problème, d'ailleurs, que de 
echercher une forme unique comme productrice de -ster et de ses 
ariantes. Il est assez naturel de supposer : i° que les formes 
>leines en -stert du Grand-Duché proviennent des locatifs -stedden 
m -sieden : l'hypothèse est confirmée par les antécédents de deux 



— 27B — 

Eïosterl pour Lesquels nous possédons des variantes antérieures ('); 
2 que l<s stir ou -stier de l'autre extrémité correspondent à une 
prononciation dialectale stide; 3° que ster, stère est la forme nor- 
male correspondant à stede. Au reste, quand on examine dans 
Fôrstemann les variantes anciennes des nombreux noms en -statt, 
on s'aperçoit vite que le nom de chaque localité a passé par 
diverses désinences : il se déclinait comme les noms communs. 
n'étanl qu'un nom commun à l'origine. Cette inconsistance nous 
enlève toute facilite et toute envie de pénétrer plus avant. 

Maintenant que nous connaissons, autant qu'il est possible, les 
ascendants, il convient d'examiner aussi de plus prés quelle est 
l'amplitude des variations de -ster. Nous avons déjà touché a ce 
sujet, mais uniquement pour montrer que le sted germanique 
n'était pas immuable. Il y a lieu ici de présenter le tableau des 
variations du même suffixe primitif des deux côtés de la frontière 
linguistique actuelle, et de montrer qu'il s'agit bien du même 
suffixe primitif. 

1. L'identité de -ster et de -stère ne peut être contestée quand 
on voit les mêmes noms écrits indifféremment Colonstère ou 
Colonster, (Jéronstère ou Géronster, Rosistère ou Rosister, (Jil- 
niinster ou Gilminstère. Il semble même que stère ait mieux 
conserve la forme et le genre féminin de stede. On dit la Gérons- 
tère unanimement à Spa, et les annonces des notaires portent 
" la Gilminster », « chasse de la Gilminster », (< la Maelster ». 

•2. L'identité de -steden ou -stede avec -stert a été assez démon- 
trée précédemment. Mais le t final, si nous comparons à -ster, Vr 
qui précède, si nous comparons à stet, est un ennui pour le lin- 
guiste. Peut-être faut-il voir dans rt un essai de dissimilation du 
double d ou / apparaissant dans -stedden -stetten. Quoi qu'il en 
soit, l'apparition de rt final n'est pas limitée à la seule région du 
Grand-Duché ni au seul nom de hostert. Rassemblons ici quelques 
faits probants, lue vigne dénommée en Jonster à Ougrée-Sclessin, 
en i;V34> se trouvait désignée en tiert de Justert en i433 (-). — 
Haltert, arrondissement d'Alost, était anciennement Haltera, 
Haltre f ). — 11 y a un Hostaert près de Genck (pr. de Limbourg) 
• pie nous n'avons aucune raison de séparer des Hostert luxem- 



( r ) < ï. ci-dessus, p. -j-j^--2-^. 

1 Ci velier, Inventaire des Archives du Val-Benoit, \>. u(>7. 
) .1. .1. ni. Smkt. Essai sur les noms de villes el communes de lu Flandre 
orientale, p. u j. Dans Mem. de VAcad. roy. de Belgique, t. XXIV = i85o. 



— 279 - 

bourgeois. — Je trouve même IV s'introduisaut eiî double, dans 
doux syllabes successives. Ainsi, dans la carte toponymique de la 
commune d'Aubel dressée par le bourgmestre Nicoîaï (*), il y a un 
Horstert au sud du village, dont le premier r me parait repré- 
senter Vf ou v de hofstede. 

3° L'alternance stert stet, ster stet ou steit se trouve assez 
démontrée par les exemples invoqués plus haut de Avinster = 
Avinsteit, Heinstert = Heiustet, Wenhister = Wenhisteit — 
Wenistet, Hodister = Hodistè, Nantister = Nantistay. 

4° Si on prononce -stier a la française, comme le mot setier 
(s'tier), on sera gêné de; le considérer sans preuves supplémen- 
taires comme une variante de ster. Mais nous avons montré que 
le wallon a toujours eu l'accent sur la première partie de la diph- 
tongue ie % que Ve n'a pas plus <)e sonorité dans -stier que dans 
l'allemand brief (lettre), stier, (taureau). Les vieilles graphies 
Bovegnisiir, Boùegnisty l'indiquent assez. Déjà en terre allemande. 
-stier pour stedt a été signalé dans Pavenstier par M. Kurtli. En 
voila plus qu'il n'en faut pour faire admettre -stier parmi les 
variantes de notre suffixe. 

5° Quant à l'identité de stet et de sté ou ste, nous invoquerons 
les faits suivants. On rencontre en 1416 un « Rennekin Proiste de 
Kokeroule », et, en i443» (< e11 V\eu dit Proistet » à Alleur ( 2 ). — 
Que peut bien signifier het gebergste ( 3 ) sinon la place, c'est-à- 
dire la partie qui est du côte des collines sablonneuses de Meer- 
hout? — Que signifie groote hofste (*') sinon grande ferme? Ce 
nom nous présente hofste = hofstede = hostert. — Que signifie 
Stedonk ( s ) sinon : le monticule au siede, à la ferme habitée, par 
opposition à d'autres monticules émergeant de parties trop maré- 
cageuses pour être habitées? — Que signifie Wolfsté, à Hérenthals, 
sinon l'endroit, la station du loup, ou la maison d'un nommé Wolf? 
ce qui, dans les deux cas, nous ramène à notre suffixe. — De la 
région germanique si nous passons en terre wallonne, nous trou- 
vons, par exemple, à Fauvillers, à la limite des langues, les noms 



(' ) Bulletin de la Société liégeoise de Littérature wallonne, t. \ il — i8G(i. 

( 2 ) J. COVELIER, Inventaire des Archives du Val-Benoit, p. u35 et i>85. 

( 3 j Si toutefois la forme n'est pas fausse. Le diet. de Jourdain et Van 
Stalle porte simplement Gebergte. la Carte de Belgique d'après Ferraris, 
dressée par l'Établissement geographicme belge en i83i. porte Gebcrgste. 
La chute de Vs s'expliquerait, mais la forme me parait plus douteuse 
qu'autrefois. 

(*) Au sud de Wendune, FI. oce., dans la même Carte d'après FERKAKis. 

( 5 ) Hameau au sud de Helmond sur l'Aa. 



— 28o — 

de Pasté et Warmosté; à Dochamps le nom de Rubiesté; Fragaste 
au non! «le Sibrel ; ions noms qu'il sera bien difficile d'expliquer 
par un autre suffixe. Loin de nous l'intention d'affirmer que tous 
les noms en -sic contiennent le stede ou stett germanique, mais 
quelques-uns le contiennent à l'évidence. 

6° Nous sommes même persuadé que maintes dénominations 
en -st contiennent notre suffixe; mais, naturellement, plus on 
s'éloigne de la forme originelle, plus l'interprétation devient 
sujette à caution. Nous n'avons pas l'intention de passer en revue 
tous les noms en -st ; ce serait déplacer le centre de notre étude. 
Bornons-nous à quelques observations. A priori, il n'est pas plus 
étonnant de voir stede se réduire à -st que de voir -rode se réduire 
à rt. Mais, d'autre part, les dialectes haut et bas-allemands ont 
un si grand amour delà finale -st qu'on est bien obligé d'admettre 
que tantôt -st est analogique et sans valeur étymologique, tantôt 
significatif. Sans doute, quelques-uns seulement de cette dernière 
catégorie sont de notre ressort, comme Beoerst (séjour des castors). 
Ce qui doit nous mettre en garde contre le désir de trouver -stede 
dans tous les -si, c'est de voir, par exemple, certains dialectes 
flamands remplacer alsem et la forme populaire els par aalst 
(absinthe) : bos (touffe) par beust; brembosch par brembust; mœss 
par most (mousse); rijs par rijst(oriza, riz); le wallon ramonasse, 
qui vient du latin armoracea, par ramenast; maspruim syncopé 
de damaspruim (prunes de Damas) par mastpruim; heulenteer 
(sureau) par huilteter; huis, qui est la forme légitime, témoin le 
français Iioux, le latin ilex, les composés flamands hulzenhout 
(bois de houx), hulzeboom, hulzenbosch, est remplacé par hulst, 
h u ilst, b<r 7 lst, œlst ; varen (fougère) par vaarengst, varinkst, varœts ; 
wiscb (saule) et la forme dialectale wissen par wisten (')• De même 
en toponymie nous voyons les noms en -st nous glisser entre les 
doigts : Reninghelst est appelé Reningens in Flandria en io65 {"); 
ialst du Brabant septentrional, canton d'Eindhoven, est dénommé 
Haeslaos in pago Texandri en 711 ( 3 ). Là où le -st est légitime, 
on s'aperçoit d'ordinaire ou bien qu'on a affaire à des noms de 
rivières, genre de noms où le sens de stede ne se justifie pas, et 
qui sont déjà traduits en -sta, nullement en stata, dans les chro- 



(') Anlst est dans le dict. de Callewaert, les autres formes eu -st sont 
dans K. PAQUE,Z)e Vlaamsche volksnamen der planten, Namur, 189G; passim. 
') Gallia christ., III, 83, cité dans Piot, Pagi, p. 23. 
( 3 ) Amplissima collectif, I, col. 18, cité dans PlOT, Pagi, p. -4. 



— 28l — 

niques latines cinq ou six siècles avant l'époque de la déformation 
moins radicale en ster: ou bien qu'on a affaire à d'autres suffixes 
connus, comme dans les noms terminés par oorst, vurst ( farsi, 
forest, fr. forêt) horst, hurst, hirst. Bref, bien que J.-J. de Smet. 
il y a plus de quarante ans, sans avoir pour se fourvoyer le désir 
de tout rapporter a -stede, ait songé naturellement à expliquer 
Heyst par ffeistede et Alost (11. Aalst) par Aelstede, néanmoins, 
pris en bloc, les noms en -si nous sont devenus suspects. Même 
quand il existe, à côté, des formes plus pleines en -ste ou -ster, il 
faut se défier. Ainsi, par exemple, bien qu'on possède comme 
noms de lieux Ginst, Gînste et Ginster, cependant Ginst nous 
paraît correspondre au latin genesta, genista, et Ginster à genis- 
truin. 

7° Stede peut devenir -stee, comme staden peut devenir stayen, 
comme stide, une autre variante, peut devenir -stie. A tort ou à 
raison nous expliquons ainsi : Stée dépendance de Braibant(Ciney, 
pr. de Xamur): Stayen (environ de St-Trônd), qui est Staden dans 
le Cartulaire de Saint-Lambert (t. i, p. 95), et dans Ciiestret de 
Hammi i:. Histoire de In Maison de la Marck (p. 254): Staebroeck 
(au X. d'Anvers) devenu Stabroeck dans les atlas plus modernes 
(pie celui de Ferraris; Houstée, lieu-dit cité dans le Cartulaire 
de Saint-Hubert (année i554; P- 120). Ces exemples ont ceci de 
commun que les deux voyelles avoisinant le d ont subsisté. 

8° Il existe à Stavelot un Mâsta, un Binsta, un Mista et un 
Hausta pour lesquels il y a une étymologie très populaire. On dit 
dans le pays que ces noms signifient le mal-placé, le bien-placé, le 
mieux-placé, le haut-placé. ("est très ingénieux, très séduisant, 
mais nullement solide. D'abord, nous ne pouvons accepter un 
sta = status (placé), alors (pie nous vo3 T ons status dans la langue 
courante devenir esté, été en français, sté, siî, stou, stu en wal- 
lon, c'est-à-dire évoluer vers les extrêmes de l'échelle vocalique. 
Ensuite, ces noms se présentent le plus souvent terminés en -staz, 
stat, ce qui leur donne déjà une autre physionomie. Enfin, dans 
cette hypothèse, il faudrait détacher Hausta ou Hosta de toute 
une série d'homonymes ou quasi-homonymes, que nous reconnais- 
sons être des hofstatt ou hofstede. Nous nous croyons donc en 
droit de compter -sta, -stat, -staz parmi les variantes de -ster. 

9 II y en a d'autres qui s'éloignent davantage du primitif. 
M Kurth n'a pas hésité à ranger dans la liste des hofstaat les 
formes Housteau, Hocheté, Houstaches, et avec raison. La pre- 
mière présente une francisation sur le modèle de bê / bia = beau, 



— 282 - 

la Seconde une déformation de la sifflante en chuintante, la troi- 
sième un -slu augmenté sans doute d'un suffixe diminutif -chen 
ou -clic Enfin si nous inscrivons encore -stay, qui peut être une 
variante graphique de -stê ou un changement analogue à celui que 
nous avons vu dans Stayen, nous aurons, semble-t-il, passé en 
revue toutes les formes synonymes de -ster. 

Maintenant que nous connaissons l'origine du suffixe en remon- 
tant même assez haut, il convient de réfléchir davantage au sens 
île ce suffixe. 11 ne s'agit pas de se contenter du sens de l'antique 
stat isolé, car rien n'est plus vague que ce sens, mais de l'étudier 
dans ses rapports avec le déterminant, pour voir dans quel sens 
particulier il a été employé sur notre sol. 

i" D'abord ce suffixe peut être joint à un nom propre de per- 
sonne. Les premiers exemples que nous avons essayé d'inter- 
préter étaient de cette nature, parée que nous avions choisi les 
noms les plus transparents et probablement les plus modernes. 
Ce nom de personne indique le fondateur ou le propriétaire ou 
l'occupant. Le plus souvent, il sera le fondateur, parce que le 
besoin d'un nom se fait sentir aussitôt pour désigner le nouvel 
établissement. En fait, le fondateur sera d'ailleurs aussi, d'ordi- 
naire, le propriétaire et l'occupant. Le rapport est un rapport de 
possession, plus ou moins vague évidemment, car il ne s'agit pas 
ici de propriété juridique. Le suffixe lui-même doit avoir un sens 
concret; il doit désigner, non la portion d'espace qu'un objet 
occupe d'ordinaire ou peut occuper (la place de mon livre, votre 
place à table), mais le lieu-terre, ou le lieu-habitat. A ce point de 
vue, Jehanster est la place ou la pièee de Jean, lot reçu de la 
communauté ou parcelle achetée et défrichée ou essartée ou mise 
eu culture ou habitée par Jean. 

2. Le rapport est encore un rapport de possession quand le 
déterminant désigne un animal. Nous avons cru reconnaître ce 
cas dans Beverst (prov. de Limbourg)et dans Wolfsté (dépendance 
d'Hérenthals). Si Wolfsté n'est pas simplement la demeure d'un 
nommé W'olf, il représente ce qu'on appellerait en wallon li han 
des leûps i lieu-dit, eomm. de Polleur). Fôrstemann rapporte au 
radical bera, ours, ou bien à ber, sanglier, les noms de Èerestat, 
ou lier ist ut (ix e siècle) devenu Bârstatt (dans le Nassau), de Berstai 
(année 852) devenu Berstadt (in Oberhessen). .1. ,1. de Smet. qui 
a travaille longtemps avant Fôrstemann, explique aussi Beerst 
FI. occ.) par « demeure du sanglier ». 11 y a un Berstett au N. de 
Strasbourg qui pourrait avoir la même origine. On trouvera beau- 



— 283 — 

coup d'antres interprétations de ce genre dans l'ouvrage tant de 
fois cité de Fôrstemann, par exemple Rehstett, de reh (chevreuil)- 
Âlahstat, de eluh (élan) ; A wisteti, de aui (brebis) ; .4 ranstedi, 
de aro (aigle); Eberstat, de ebar (sanglier) ; Fussestat, de voss 

(renard). 

3. Le déterminant désigne un objet inanimé. Cet objet pourrait 
être nommé sans le secours dn suffixe -siai. Le sens et l'opportu- 
nité du suffixe sont alors plus difficiles à saisir. C'est ee qui 
faisait dire à Grandgagnage que l'explication par stade (lieu) 
n'avait pas grand sens iM. Quelle est donc sa valeur relative dans 
le nom commun flamand hofstede (ferme)? dans haardstede (foyer), 
dont nous avons parlé plus haut ? Que signifient exactement 
h place du foyer, place de la court*. » A quoi servirait une distinc- 
tion entre le foyer et sa place, la maison et sa place? Il faut évi- 
demment écarter cette distinction qui n'a aucune raison d'être 
en toponymie. Mais il restera encore plusieurs interprétations 
possibles. Ainsi w on peut comprendre « le lieu qui est la court » 
par opposition aux autres parties de l'exploitation, « le lieu qui 
est le foyer », par opposition aux autres pièces de la maison. Le 
rapport en ce cas est celui qui relie une apposition ou un attribut 
au mot déterminé, n) On peut concevoir l'emplacement comme 
plus grand que la construction. La place du moulin, molensfede, 
n'est pas uniquement le moulin, mais la région, la section où gît 
notamment le moulin. Ainsi quelqu'un pourrait être possesseur 
d'une prairie a la place du moulin, c'est-à-dire dans les environs 
du moulin. Cette fois le sens est plutôt locatif. Peut-être est-ce 
dans ce sens qu'il faut comprendre hofstede : la portion au centre 
de laquelle est la maison rurale. C'est en tout cas le sens qui s'im- 
posera quand le déterminant sera un nom de plante ou de chose. 
Eichstat, Eeksted désigne soit un endroit où il y u des chênes, 
une chênaie, soit un endroit où il y a un chêne ( 2 ). On interpré- 
tera de même Aspenstide, l'endroit aux trembles; Tunstettin, les 
endroits aux sapins; llullisteti, les endroits aux houx; StocJiestat, 
l'endroit aux stocs (troncs, souches, surtout d'épine). Waldenstidi, 
qui est devenu Wallenstedt ( 3 ), signifie « les lieux qui sont des 



(') Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique orientale, article 
Stattk. 

(*) Comparez le t'r. Place à Vaulnoit, dép. de la com. d'Ellezelles (Hainaut). 
De même Linthusen (FôRST., o <•. Il, 996) ne signifie pas maison de tilleul. 
ce qui serait ridicule, mais maison />rcs du eu des tilleuls, maison aux tilleuls. 

( 3 ) Wallenstedt lez-Gronau. non loin de la Leine, au S. de Hanovre. 



- 284 — 

liois •>, par opposition à d'autres lieux, ou bien a les lieux où sont 
des bois, le côté bois ». 

Le premier composait est ainsi détèrminatif, niais détèrminatif 
de plus ou moins grande importance: la place des chênes peut 
être chênaie, mais la place au chêne sera souvent un grand espace 
distingué par coite particularité topographique qu'il contient un 

chêne. 

A Le déterminant désigne un objet, mais cet objet a disparu. 
Quand une maison seigneuriale a disparu, l'emplacement subsiste 
avec une physionomie particulière, et l'endroit s'appelle dans le 
Grand-Duché de Luxembourg - un hostêvt, place de la ferme ou 
du château (brûlé, ruiné, etc.). De même un Waldstede pourrait 
désigner la place de l'ancien bois (essarté, brûlé, défriché) ; un 
Meulenstede pourrait être la place d'un moulin ruiné; un Wyver- 
ou un Woiiversfedc la place d'un vivier ou étang- comblé. Bref, 
la connaissance des deux composants d'un nom semblable ne 
nous livre pas encore le sens précis du nom : il faudrait, par 
l'histoire, pouvoir déterminer la valeur exacte du rapport. 

5. Au lieu de désigner un objet, le premier composant peut être 
un adjectif, et alors l'interprétation est bien simple. L'ouvrage de 
Fôrstemann nous a permis de rassembler comme exemples les 
anciennes formes suivantes : Aldestede, Niwerstat, Blankenstat, 
Gruonstede, Bredanstidi,Tihrsteti,Tinfstadum, Heiligenstat, Sâli- 
genstat, Hohstat, où vous reconnaissez les adjectifs qui signifient 
vieux, neuf, blanc, vert, large (braid, breit), obscur {dire), profond 

i tiuf, tief), saint, haut. 

6. Enfin, je ne voudrais pas négliger pour la connaissance de 
-ster les traductions ou synonymies qui se rencontrent dans les 
chartes. Deux passages sont instructifs à cet égard : i° celui de 
Du ('ange que nous avons déjà cité: in domo seu siari Sancti Fir- 
rhini, qui nous montre -ster signifiant maison ; 2° le passage suivant 
d'une charte de Henri de Gueldre: pars grangiae quae dicitur ster, 
où ster est une grangia, c'est-à-dire une villa rustique compre- 
nant greniers, grange, étables, remises, etc. 

Passons maintenant de la toponymie à l'histoire. Est-il possible 
;i l'historien de tirer quelque profit de cette étude avant tout lin- 
guistique ? (Quelle est l'époque de création des établissements 
dénommés d'un nom en -ster't De quelle race étaient leurs fon- 
dateurs? 

Partout où se sont répandues les langues germaniques, depuis 
les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, -stat est usité, sous 



- 285 — 

l'une ou l'autre forme, arec un sens tantôt plus ancien, tantôt plus 
moderne. C'est doue sans succès que l'historien demanderait à la 
linguistique pure de déterminer avec précision quand et par qui un 
établissement en -stat a été fondé. En est-il de même pour -ster't 
Faut-il répondre par cette conclusion négative que -ster est un pur 
accident phonétique, sans intérêt pour l'histoire, et noyer défini- 
tivement les -ster dans l'océan des -stat'! II le faudrait si les établis- 
sements en -ster avaient existé auparavant sous le suffixe -stat. 
Mais le contraire résulte des faits déjà discutés. 

i. A part les exceptions, signalées plus haut, de Baustert qui 
est Bustat en 893, de Hostert qui est Hossteden en 1080, les docu- 
ments ne nous montrenl pas les -ster fondés sous des noms diffé- 
rent-. 

2. Fôrstemann, qui a dépouillé les documents jusqu'à la fin de 
l'an 1100, donc jusqu'au seuil du xn^ siècle, et qui n'a pas négligé 
notre région, ne cite ni formes en -stat ni formes en ster pour les 
localités qui nous intéressent ici. 

3. Xous avons pu lire les bonnes feuilles du (lartulaire de 
Stavelot-Malinedy. si parfaitement édité par MM. Roland et Hal- 
kin, jusqu'à l'année 1046. Pas une de nos localités en -ster n'y est 
mentionnée. 

4. Aucun nom en -ster ne se rencontre parmi les noms de villas 
royales carolingiennes; c'est sans aucune preuve que Pepinster 
est donné comme un pied a-terre ou rendez-vous de chasse des 
fameux Pépins. 

5. Aucun nom en -ster ne se rencontre parmi les localités citées 
dans les descriptions géographiques des pagi des ix e et x e siècles, 
liemianster est du xr (1028 et l'étymologie desteria (961) est trop 
douteuse pour qu'on puisse en faire état. 

Ce silence peut être interprété de deux façons. 

Ou bien les établissements dont nous recherchons l'origine 
n'existaient pas, ou bien ils étaient trop infimes pour avoir été 
cités dans les chartes. 

Pouvoir les déclarer sans existence ou sans importance avant 
1100, c'est déjà un résultat. Mais nous voudrions des conclusions 
historiques plus précises. Peut-être les obtiendrons-nous en con- 
frontant soigneusement les données de la linguistique avec celles 
de la topographie et de l'histoire. 

Comme il répugne, à priori, de donner une existence relative- 
ment si récente à des localités dont on explique d'autre part le 
nom par des étymologies germaniques, c'est cette contradiction 
que l'argumentation doit résoudre. 



- 286 — 

\ i . l,a phonétique a montré que les établissements en -ster ont 
pu être fondés sous les formes -ster,stir, stier, puisque nous avons 
même trouvé stier employé au xur siècle comme nom commun. 
Ster a (loin- eu une certaine existence en terre wallonne. 

2. On le trouve latinise sous diverses formes dans Du Cânge, ce 
qui équivaut a des lettres de naturalisation romane. 

3. 11 n'a pas eu une existence romane aussi répandue que d'autres 
suffixes d'origine germanique, mais il a existé chez nous, soit à 
L'étal de suffixe, soit seul, employé absolument, ce qui prouve bien 
qu'il avait un sens. 

4. 11 est suffixe à des déterminatifs de forme toute romane, 
Jehan, Martin, Anseau, Piron. 

5. Bovegnister est un nom surcomposé. Il apparaît en 118G. Ces 
sortes de noms ne sont certes pas primitifs : ils doivent être rangés 
parmi les derniers venus de la toponymie. 

B. Le sens de -ster ne s'oppose pas aux mêmes conclusions. 
Ster n'a pas servi à désigner la sain, le laer ou le heim d'un nou- 
veau seigneur franc installé en terre conquise. 11 indique quelque 
chose de beaucoup plus humble, une dépendance, une ferme, une 
grange, une exploitation rurale ou forestière quelconque. Le sens 
du mot est tellement large qu'on le trouve donné à des lieux qui 
ne semblent pas avoir jamais reçu la moindre construction. 

C. Ceci nous achemine à considérer l'emplacement des -ster. 
Arnold (') pose en loi que les établissements fondés dans les terres 
les moins bonnes sont plus récents, et, dans la suite, ont disparu 
ou n'ont pas prospéré. M. Kurth fait état de cette observation à 
propos des -hausen (F. />., 1, 287). On peut l'appliquer ici. Un 
ami m'a fait remarquer qu'il n'y a pas un seul lieu en -ster dans 
les terrains cultivés de la commune de La Gleize. Les -ster de la 
Grleize sont des collines boisées. Il n'y a point non plus de fagnes 
ainsi dénommées; les fagnes sont des terrains ingrats exploites 
par après, .le n'ai trouvé d'exception que Hargister, défini par 
M. Q. Esser de Malmedy, dans ses cahiers manuscrits, « plaine 
de bruyères, fagne entre Longl'aye et Xhoffray ». Souvent les -ster 
sont des sommets boisés, des plateaux élevés (Jehan ster, Sol- 
waster, Surister, Bernister, Colonster). Il y en a pourtant le long 
de la Vesdre ou dans de petites îles de cette rivière. Nulle part 
l'emplacement n'apparaît très enviable Les ster furent fondés en 



>i il Ansiedelungen und Wanderungen deiilscher Stàmme, a" e«l. 
Marbourg r88 1 . p. '<<)<>. 



— 287 — 

terres ingrates, donc après la plupart des localités connues. Et 
ils ne se sont guère développés, pour la même raison. Pepinster, 
la plus connue des localités en ster, n'est érigée en commune que 
depuis soixante ans, et elle doit sa prospérité a un événement 
tout moderne : l'intersection de deux voies ferrées. 

Peut-être est-ce a cette destination subalterne des ster, à leur 
simple valeur de désignation cadastrale souvent, qu'il faut attri- 
buer la pénurie des noms en -ster dans les chartes et chroniques 
anciennes, plutôt qu'à une inexistence complète. Constatons 
cependant que la topographie ne contrarie pas les constatations 
delà phonétique a leur sujet. 

D. Quant a l'histoire proprement dite, peut-elle nous être de 
quelque secours dans la solution d'un problème de ce genre? Si 
l'histoire de la colonisation sous les Carolingiens en nos régions 
était plus intimement connut 1 , la question ne serait plus à résoudre. 
Mais les historiens ont relaté les laits de guerre et les éclats, non 
les faits journaliers et communs, ("est précisément à la toponymie 
qu'on demande de remédier en ce cas au silence des historiens. 
Voyons cependant si l'histoire m; nous offrira pas un certain 
nombre de points, dès maintenant acquis, d'où l'on puisse tirer 
argument. 

Les Francs, a-t-on dit, eu terre romane, se sont emparés sans 
fonder. Quelques seigneurs firent la loi aux anciennes populations, 
s'approprièrent des établissements existants. Ils en fondèrent 
sans doute, mais plus tard, quand les anciens devinrent insuffi- 
sants; mais, aux iv et V e siècles, ils ont si peu créé que les cime- 
tières seraient seuls à nous fournir des renseignements sur leur 
occupation première, si l'on n'avait pas, heureusement, la topo- 
nymie. Ce qui nous intéresse 1 surtout ici, c'est leur action dans la 
forêt des Ardennes, le long de laquelle s'éclielonnent nos -ster, en 
prévision du cas où il faudrait leur en assigner la fondation. La 
masse salienne s'était arrêtée au seuil de l'antique Arduenna 
silva; les Ripuaires s'étaient contentés de la côtoyer à l'est. Mais 
ce que les groupes francs n'ont pas fait en tant que groupes et en 
quelques années, les individus l'ont fait isolément dans la suite 
des siècles. Par malheur, la Forêt a trop bien dérobé aux yeux 
des historiens le lent travail des générations de défricheurs et de 
fondateurs. Aussi est-elle encore trop souvent conçue comme un 
bloc, un massif impénétrable où il n'y avait que des loups et des 
sangliers. Au contraire, comme le dit M. Kurth (F. L., 4>3), elle 
était déjà certainement « toute semée de fermes et d'exploitations 



— 288 — 

rurales à l'époque celtique ». Il y avait en Ardenne autre chose 
que des arbres et des fauves. D'ailleurs, ai la fagne ni les rochers 
nus de la province de Luxembourg n'ont eu assez d'humus pour 
nourrir des bois. Donc, après les Celtes et les Romains, nul 
dont.- que les Francs ne se soient glissés par les interstices à l'in- 
térieur de la vaste Forêt, le long des cours d'eau et des grandes 
chaussées. La toponymie le démontrera de plus en plus. Plus lard, 
elle devient le lieu de chasse favori des Carolingiens. Il faut 
donc faire la part de l'amplification oratoire dans le fameux texte 
de la donation de Sigebert au monastère de Stavelot-Malmedy. 
Le rédacteur de l'acte y apparaît trop visiblement préoccupé de 
justifier la donation. Il y a plus d'exagération encore dans la des- 
cription que fait de la région de Stavelot un Nieolaus diaconus 
racontant la vie de Saint Lambert ('). Et si Hugues de Fleury 
décrit encore l'Ardenne du xn e siècle avec les termes de César (*), 
c'est un cliché banal qu'il emploie. La forêt des Ardennes ne 
semblait pas diminuer en surface, d'accord, mais évidemment elle 
s'amincissait peu à peu comme une étoffe qui montre la trame; 
tdle subissait des trouées intérieures : mille clairières, mille 
vallées riantes s'ouvraient au soleil. La toponymie ne parviendra 
(pie peu à peu à démontrer dans quelle proportion les établisse- 
ments postérieurs aux Romains sont dus aux populations gallo- 
romaines et aux Germains. Et, pour ne pas être en cela le jouet 
d'une illusion, encore faudra-t-il distinguer ce qui, fondé par 
des Gallo-romains, fut dénommé pourtant de noms germaniques 
adoptés et romanisés de ce qui est vraiment d'origine et de nom 
germaniques. La distinction ne sera pas toujours facile à établir, 
ni même possible, mais il y a lieu d'essayer. Pour ce qui est des 
noms en -ster, voici ce qui, en dernière analyse, nous apparaît 
hautement probable, et quant à la nationalité des fondateurs et 
quant à la date de fondation : i° 11 est visible que -ster n'a pas été 
aussi familier aux bouches wallonnes que heid, haie, bourg-, boix, 
bàix, falise, mots d'origine germanique dont la moitié sont entrés 
dans le vocabulaire français et s'y sont installés en permanence. 
C'est un mot de cette lisière linguistique où les deux langues se 
compénétrèrent, voisinant dans une fraternité d'usage et d'em- 
prunts dont on n'a plus d'idée aujourd'hui. Nous nous représen- 
tons les populations elles-mêmes de cette zone aussi mélangées 



lhapeauville, i, 383. 
('-') PiOT, Pagi, l'A"). 



- 289 - 

que les langues. C'est la linguistique qui, en dernier ressort, 
constatant la l'orme romane des déterminants, assigne nos -ster à 
des populations dont le roman était la langue maternelle. 2° D'autre 
part, nous n'avons trouvé aucune raison historique de les consi- 
dérer comme plus anciens que les -rode, les -raet, les -snrt, tous les 
tard-venus de la toponymie. Mais a quels siècles les rapporter? 
Sous les derniers Carolingiens, les populations étaient si malheu- 
reuses, si éprouvées par les guerres civiles et les invasions qu'elles 
ne cultivaient plus la terre. Elles manquaient de bestiaux et de 
grains pour ensemencer, bien loin qu'elles songeassent à déroder 
et à augmenter le> étendues labourables. Nous croyons plutôt 
l'existence des -ster liée aux défrichements tardifs qui commencent 
au XI e siècle, alors que notre région cessa d'être le centre de 
l'Empire, mais aussi de recevoir tous les coups. On doit aussi 
considérer comme une loi qu'une dépendance de commune est un 
établissement postérieur a la tête de cette commune. Or. qu'on 
examine a ce point «le vue de la relativité des établissements: 
on verra combien peu de lieux en -ster ont le titre de commune. 
Solwaster est une dépendance de la commune de Sart; Surister 
dépend de Jalbay. qui était dénommé en allemand Gellert ( ' . 
c'est-à-dire Gel le rode ; Hargister est une dépendance de Long- 
l'aye; voilà les -ster subordonnés aux -sart, -rode, -faye, a des 
localités dont les noms décèlent une origine bien plus récente que 
les noms en -iaciun de la toponymie belgo-romaine. ("est la fin 
du X e siècle, s'il faut l'aire état de Steria (961), sinon, c'est le XI e 
qui marque le début du mouvement créateur «les noms en -ster 
de la Wallonie 



0) Communication orale .le M Quirin Esser, le savant toponymiste 
de Malniedy. 

'9 



Articles détymologie et de sémantique. 



Un projet d'article sur la préposition à 

En étudiant les articles consacrés par divers dictionnaires aux 
prépositions, il m'a semblé que, si fines que fussent les analyses 
présentées, elles offraient pourtant la matière tantôt d'une façon 
peu philosophique au théoricien, tantôt d'une façon trop compli- 
quée à celui qui cherche des renseignements pratiques. Cette 
impression, je l'ai «'prouvée surtout quand il s'est agi de mettre 
la main a la pâte, c'est-à-dire, ici, dans le cas particulier qui 
m'occupait, de trouver une forme définitive pour le premier article 
important de notre Dictionnaire wallon, article relatif à la prépo- 
sition à. Dans le Projet de Dictionnaire, forcé de courir au plus 
pressé, le comité de rédaction s'est borné au cadre que lui offrait 
le Dictionnaire général de Hatzfeld-Darmesteter- Thomas. On 
n'aurait pu choisir un meilleur modèle. L'article à y est réelle- 
ment présenté avec plus de méthode qu'ailleurs et l'on peut 
mettre en un tableau séduisant les divisions et subdivisions éta- 
blies par les auteurs. Il suffit de comparer cet article avec celui 
«le Mo/in ou celui de Littré pour en apprécier la valeur. Si, malgré 
ces qualités, je rêve des modifications de rédaction et de classe- 
ment, je dois d'abord m'excuserde cette hardiesse, je dois ensuite 
expliquer pourquoi et en quoi je voudrais innover. 

1 Les principes. 

L'article «lu Dictionnaire général introduit comme divisions 
principales « destination de lieu, destination de temps, destina- 
tion de but, destination de personnes et de choses, destination de 
moyen ». 11 subordonne à ces cinq divisions celles de « direction, 
proximité, position; — progression vers un temps, coïncidence, 
accomplissement; — tendance vers un but, conformation en vue 
l'un but, situation par rapport à un but; — attribution, adjonc- 
1011, appartenance; -- recours à une chose qui sert à produire 
un effet déterminé, réunion d'une chose avec une autre qui con- 



— 2QI — 

conrl à produire un effel détermin ». C'est d'une symétrie parfaite 
et bien séduisante, .l'avoue que ces titres abstraits me déroutent 
un peu; je leur préférerais 'les phrases descriptives des phéno- 
mènes, niais c'est sans doute une infirmité de mon esprit de ne 
pouvoir se luire une idée claire du sens d'une expression comme 
destination de moyen. Glissons donc sur ce point pour aborder le 
principe même de division. 

Est-ce que vraiment la préposition à signifie tant de choses? 
Vest-on pas victime d'illusions? Vat t rilme-t -on point à ee seul 
mot ce qui appartient a toute l'expression ? Kt comment reeon- 
naître, dans toutes ces ramifications, un tronc et des branches, 
c'est-à-dire une signification Fondamentale et une filiation de sens? 

Le Dictionnaire général donne, il est vrai, a la partie histo- 
rique de l'article, des indication- sur le sens originel. On y dit 
que ad latin a pour sens propres direction et proximité ; que, dans 
le latin populaire, s y SOnl ajoutes deux sens nouveaux, {'attribu- 
tion et la situation; qu'en outre, un emploi spécial de au (coïnci- 
dence) amenant l'idée de conséquence (ajd cantum galli exper 
gisci), \i>;i marqué l'instrument (occiderere a d lanceas). 
( !e sont donc déjà en la) in presque toutes les significations recon- 
nues dans le français; la complication n'est pas diminuée et nous 
ne sommes guère plus avancés. Nous apprenons seulement par la 
que la diversité d'acceptions de à remonte plus liant qu'on ne 
l'aurait cru. 

Faut-il se résigner à enregistrer cette diversité s;ms chercher 
de filiation? Mettre une singularité comme oc ci d ère ad lancea s 
sur le inclue pied que ire ou mittere ad aliquem? Nous 
croyons au contraire qu'il est légitime, même pour un article sur 
à français, de critiquer un peu les données du dictionnaire latin. 
au est une préposition qui accompagne l'accusatif, c'est-à-dire le 
cas de l'objet auquel aboutit une action; ad signifie donc ten- 
dance ou direction vers quelque chose. Que le latin ad ait servi à 
d'autres usages, nous en doutons; ou lutôt la question est mal 
posée, il y a en elle un malentendu, le même que quand il s'agit 
de déterminer les sens de ci : on attribue abusivement a la seule 
préposition un sens qui est celui de toute l'expression; on l'ait 
une analyse incomplète ou superficielle. 

Un exemple montrera le danger qu'il y a a tabler sur l'appa- 
rence seule : Liftré, sur la foi d'expressions comme arracher uux 
flammes, ôter au roi su couronne, a cru que la préposition à avait 
une double origine, qu'elle provenait tantôt de ad, tantôt de au. 



- 202 — 

La phonétique s'y oppose autant (pie le bon sens; mais la leçon à 
tirer de cette méprise, c'est que, si L'esprit pratique se hâte de com- 
prendre aux flammes on ad lanceas en bloe d'une certaine 
façon, l'esprit philologique doit se garder d'endosser aux préposî 
t ions ai», à cette signification. 

Mais comment procéder pour créer une classification qui explique 
et justifie la diversité actuelle en luisant saillir la primitive unité? 
Poser îles exemples et les comparer, nos devanciers l'ont l'ait, 
et, si le procédé était infaillible, ils ont dû trouver la solution. 
Si nous jugeons qu'ils ne l'ont pas trouvée, e'est que l'analyse et 
la comparaison ne valent (pie par la façon dont on les emploie. 

Nous devons donc nous contenter de la même méthode : comment 
nous en servir mieux? 

Prenons au hasard deux exemples, comme aller à cheval et a//er 
à Paris. Nous sentons dés l'abord que les compléments introduits 
par la préposition n ne sont pas de même nature. Le premier 
répond à» la question comme nt'/, le second à la question où'/. On 
peut s'en tenir là, créer des rubriques moyen et lieu pour ces 
deux cas, et procéder de même pour tmis les exemples divers 
rassemblés. Mais, en agissant de la sorte, on n'a vraiment l'ait 
qu'une banale constatation, au point de vue logique pur; on a fixé 
grossièrement l'idée, sans se préoccuper d'étudier comment le 
langage arrive à produire ce sens. Pourtant on voit dans ces 
deux exemples que le langage parvient par des éléments identiques 
à des résultats très différents. N'est-ce pas là ce dont il faut 
s'étonner, ce qu'il faudrait expliquer? Si le vrai problème consiste 
dans la confrontation de la logique et du langage, je n'ai presque 
rien fait en constatant que à cheval marque le moyen, à Paris le 
lien. Est ce .pie la différence de sens proviendrait des substantifs 
cheval et Parist Serait-ce le petit mot à qui a changé de signifi- 
cation? ou le verbe a//er? Décider à priori que c'est la préposition, 
n'est-ce pas commettre un illogisme? J'en conclus qu'il est néees- 
saire d'examiner les choses de plus près, de remplacer l'analyse 
idéologique de plus haut par une vraie analyse linguistique. 

Mais cette analyse, par quel bout la prendre? Analyser quoi? 
In esprit peut rester rivé à ces trois termes aller, à, cheval ou 
Paris, et ne pas saisir nécessairement que, ce qu'il doit étudier, 
ce ne sont, pas tant les mots que les relations entre les mots. 11 
faut que, peu a peu, d'autres exemples l'y amènent. S'il s'aperçoit 
que être à cheval et mouler à cheval ne donnent pas non plus le 
même sens pour un complément identique; que aller ù Veau peut 



— 2g3 — 

signifier diverses choses, comme se disposer à se baigner, faire 
sa provision d'eau, ou choisir Veau comme boisson; il en conclura 
que le sens est, souvent, beaucoup plus dans ce qu'on omet que 
dans ce qu'on exprime, et, dès lors, il reconnaîtra que, ce qu'il 
faut surtout étudier, ce sont des rapports. 

Quels rapports y a-t-il a étudier dans le cas présent delà pré- 
position à ? 11 nous semble qu'il y en a deux, ni plus ni moins : 
i° le rapport établi par l'esprit entreà et son régime; 2° le rapport 
établi par l'esprit entre ce complément et un premier terme dont 
il dépend. Littré l'avait bien reconnu : il noie que, comme toute 
préposition, à exprime un rapport et ne peut être bien apprécié 
indépendamment des deux termes qu'il lie, aussi bien l'antécé- 
denl (pie le conséquent. Au lieu île la classification par significa- 
tions, ajoute-t-il. ou peut adopter une classification d'après les 
deux termes du rapport ou à ligure, le sens étant aussi bien 
déterminé en beaucoup de cas par le mot qui précède que par le 
mot qui suit ». 

Cependant il ne suffil pas encore de reconnaître qu'il y a deux 
rapports a étudier, il faut encore savoir exactement où ils gisent, 
par quels mots de la phrase ils sont représentes, et, d'abord, s'ils 
sont représentés dans la phrase par des mots. Ainsi le beau 
préambule île Littré ne l'a pas empêché de s'arrêter a la superficie 
des (dioses et d'aboutir a des divisions purement mécaniques : à 
entre un substantif et un substantif, à entre un substantif et un 
pronom, à entre un substantif et un verbe, etc. Sans s'en aper- 
cevoir, Littré part de cette impression que les deux termes du 
rapport sont les mots qui précèdent et qui suivent a. Qu'il en soit 
souvent ainsi, c'est vrai, et c'esl bien pourquoi sa division n'appa- 
raît pas trop mauvaise; mais ce sont précisément les autres cas 
qui sont intéressants et qui ont besoin d'explication. La division 
de Littré manque de profondeur et court le risque de rapprocher 
des cas disparates comme aller a Paris et aller a cheval et de 
séparer des cas identiques comme pèche à la ligne et pécher a la 
ligne. Cette division, Littré devait la faire, mais préalablement 
et uniquement dans son laboratoire pour analyser les cas qui se 
présentaient. C'était un classement d'attente lui permettant les 
opérations nécessaires pour un classement définitif. 

Montrons qu'il y a des cas où les termes du rapport ne sont pas 
dans les mots exprimes ou plutôt n'y sont que très indirectement. 

Dans son sens étymologique, à marque la direction vers quelque 
chose. Quand l'objet vers lequel tend le mouvement est un lieu, 



— 2 94 - 

un édifice, une personne ou un être quelconque établi dans un 
lieu, iiin- unité «le temps assimilée par analogie à une unité de 
l'espace, un objel même considéré par l'esprit comme localisé 
quelque pari, alors le rapport entre la préposition et sou régime 
apparaîl très uettement, sans complication; ("csi le cas de à 
Paris, à la tuer, à la côte, à Uécole, à l'abîme, adieu, à demain, à 
lu ruine, à la perfection. L'objet auquel aboutit le mouvemenl est 
directement exprimé et le rapport est- clair. Mais le lieu, l'objet, 
le temps peuvent être notés indirectement, par des locutions indi- 
quant plutôt la distance, l'éloigiiement. A quatre pas ne signifie 
point uers quatre pas. Quatre pas n'est le régime de à que par une 
ellipse hardie. L'expression signifie vers un endroit ou un point 
— distant de quatre pus. De même remettre à huit jours ou ù 
huitaine signifie remettre à un moment — distant de huit jours. 
L'imagination, plus vive que la logique, a signifié un point de 
l'espace ou du temps en exprimant la distance qui la sépare de ce 
point. Ne pas tenir compte de eelte bracliylogie, c'est se cou 
damner d'avance a découvrir que ù marque la distance. Ainsi 
procède le Dictionnaire de Mozin, qui attribue à la préposition à, 
en vingt-six numéros, les sens plus hétéroclites. 

D'ordinaire, l'expression formée avec à est mise en rapport avec 
un premier ternie. Si ce premier terme est un verbe on un sub 
stantif verbal indiquant aussi, comme à, la direction vers l'objet 
régime, il y a concordance parfaite : aller ù Paris peut graphique- 
ment être figuré par -» — > o. Mais le langage dit souvent moins 
que ce que l'esprit veut savoir. Ce qui prouve que aller à l'école 
exprime seulement l'action de marcher vers un édifice, c'est que 
cet ie locution peut se dire à la fois, indépendamment du but, et de 
l'élève qui va étudier, et du maître qui va enseigner, et du père 
qui va demander des renseignements au dit local, et du maraîcher 
qui va sonner au même lieu pour vendre ses légumes à la femme 
• h' l'instituteur, et du domestique qui va balayer l'école et allumer 
les feux. L'esprit interprète et spécifie suivant le contexte ou le 
ton ou la personne qui parle, mais il ne faut point charger de ces 
sens divers ni le verbe aller, ni la préposition à, ni le substantif 
école. De menu 1 aller ù Veau, mettre aux fers, courir aux armes 
peuvent avoir des sens divers, précisément parce qu'ils n'expriment 
que l'action, la direction de cette action et l'objet de cette action, 
nullement le but de l'action. Dans aller aux noisettes, aux cerises 
aux légumes, le but n'est pas exprimé. C'est notre esprit, coutu- 
mier du lait, qui voit dans l'expression plus qu'elle ne contient. 



- 2 9 5 — 

Notre esprit sait que les noisettes, les groseilles, les cerises ne 
sont point abordées pour être regardées ou habitées, mais pour 
être cueillies, mangées, emportées : il conclut doue a une tendance 
vers un but, selon le mot du Dictionnaire général, mais rien n'ex- 
prime ce but. Quand le latin dit ad ponia colligenda, il va 
bien un mot énonçant le but, qui est colligenda, il n'y en a point 
quand il se contente de ad poma. Veux-je insinuer par là qu'il 
est mauvais de noter et de classer les rapports si variés que 
l'esprit l'ait comprendre avec des tours de langage très simples ? 
Nullement, mais on gâte tout lorsque, confondant la stylistique et 
la syntaxe, on affirme que le sen> ou rapport perçu appartient en 
propre à tel mot particulier. 

Mais la grande difficulté, créatrice des pires malentendus d'ana- 
lyse, provient de ce que le premier terme peut ne pas indiquer la 
direction vers Pobjet-régime. Aller à table se comprend de soi, 
comme aller a Paris ; mais que ïere/.-vous de être a table, de assis 
à table ? ("est ici «pie les analyses des grammairiens sont le plus 
oublieuses du sens primitif. Nous touchons donc au point délicat. 
On décide que, être ou assis marquant le repos, la situation, à 
table marque donc aussi la situation. 11 n'y a plus de mouvement, 
plus de direction, la préposition à a changé de sens. C'est bien là 
la doctrine ordinaire, et, qu'il s'agisse du latin ad tabulam ou 
du français à lable, on décide que ad, à marquent la situation. Il 
nous semble, au contraire, (pic à table n'a pas changé de sens, que 
c'est le rapport entre à table et cire ou assis qu'on interprète mal. 
En réalité, à table ne dépend pas directement de être ou de assis, 
il dépend de l'idée du aller. Ce qu'on appelle en ce cas premier 
terme n'est que dans un rapport indirect avec le complément, ("est 
un faux premier terme et le vrai est inexprimé. L'analyse doit dis- 
socier les deux expressions. Être à table, c'est, étant allé a table, 
y rester. 

Il était à pleurer peut avoir deux sens : i° il était, en train de 
pleurer, 2° il était (stupide, sot, abimé, mal arrangé) an point qu'on 
en eût pleuré. Puisque c'est le même à pleurer de part et d'autre, 
et le même il était, pourquoi peut-on aboutir a deux sens aussi 
divergents ? Parce que, si les phrases sont semblables par les 
choses qu'elles expriment, elles diffèrent par les choses qu'elles 
n'expriment pas. Autrement dit, le premier terme de part et 
d'autre est omis, et n'est pas le même des deux côtés. 

Qu'on ne m'accuse point de ressusciter par là l'ancienne doc- 
trine des mots sous-entendus, doctrine chère à Sanchez, qui posait 



— 2C)6 — 

on principe des constructions logiques bien sages et bien régu- 
lières et qui notait les écarts de ces constructions idéales comme 
des aberrations et des monstruosités, les mots omis comme des 
absents à l'appel. On part ici d'un principe tout opposé, à savoir 
< l u c le langage est une œuvre de sentiment et de vivacité. On essaie 
seulement d'expliquer — par des mots, il le faut bien — tout ce 
qu'il y a dans le discours d'inexprimé, d'obscur et d'incomplet, de 
hardi et d'aventureux. 

Quand il y a désaccord entre le sens du complément et le sens 
«lu prétendu premier terme, on ferait mieux de constater brave- 
ment qu'il y a désaccord. L'esprit a jeté un pont entre des rives 
opposées : être — à table, installé - a la fenêtre, demeurant — à 
à Paris, assis — à l'ombre, exposé — à la pluie, dormir — au soleil. 
Le lexicographe, lui, définissant le sens de la préposition, invente 
le titre proximité, situation par rapport à un lieu, à un but. Au 
lieu île constater le désaccord, il s'ingénie à chercher quel rapport 
logique déniait exister entre les deux termes, et, le sens ainsi 
trouvé, il l'impose à la préposition. Etre à table lui révèle qu'on 
n'est pas dans la table, mais à côté. Cette précieuse différence lui 
tait noter le sens de proximité, mais être lui rappelle ensuite qu'il 
y a situation. C'est ainsi que à revêt tour à tour les couleurs de 
ses voisins, marquant la direction dans noter au feu, la situation 
et la proximité dans être au feu, l'extraction dans arracher au 
feu. Que se produit-il en réalité? Quelle est la vérité historique et 
philologique, qui est du ressort du dictionnaire, en opposition 
avec ces apparences ? 

Le langage a inventé une expression qui signifie la direction 
vers, à table. Son emploi est naturel avec un verbe qui signifie 
aussi la direction : aller à table, se mettre à table, uenir à table 
On l'emploiera de même au passé, alors que l'action du verbe est 
terminée et qu'il en est résulté un repos, être venu à table, et enfin 
;i \ ce des verbes qui indiquent une situation sans envisager d'action 
antérieure : être — à table. La pensée établit à la longue entre le 
verbe nouveau et le régime un rapport que le langage n'exprime 
pas réellement. Mais on devrait se garder de charger la préposi- 
tion elle-même, qui est innocente, de toutes ces significations de 
rapport survenues par suite de l'inexprimé du langage. 

c< La belle avance ! » dira-t-on. « Le dictionnaire ne .peut se con- 
tenter de noter le sens premier, fondamental, unique à votre 
point de vue, de telle ou de telle préposition. Il doit avertir (pic 
tel rapport logique se rend par tel artifice de langage. C'est donc 



- 297 — 

une nécessité d'en passer par la complication et même par les 
disparates. Vous devez, noter l'actuel et vous faites de l'archéolo- 
gie ! Des rapports nouveaux se sont établis dans la suite des 
siècles, vous ave/ à les enregistrer, objectivement. Par dessus le 
rapport primitif, l'esprit saisit d'emblée ces rapports nouveaux qui 
diffèrent suivant la nature des nouvelles alliances de mots. 11 
semble au vulgaire que c'est une humble préposition qui s'est en- 
richie de toutes ces significations : on doit lui donner raison si on 
tient compte de la différence des temps et des points de vue. 
Puisque le lexicographe s'attache au présent, l'ait l'inventaire du 
présent, c'est la variété qui le frappe, c'est elle qu'il doit classer et 
catalogue!', si cette variété vous gène parce qu'elle vous empêche 
de voir l'unité primitive, c'est que vous êtes un historien, curieux 
d'évolution du langage, un étymologue, bref un homme du passé 
qui essaie de ramener la multiplicité à l'unité, ou un homme d'en- 
seignement qui espère pouvoir faire mieux comprendre la multi- 
plicité présente en la réduisant au minimum par comparaison avec 
la simplicité originelle. » 

Voilà finalement, si je me suis bien l'ait mon procès a moi- 
même, les deux tendances, opposées l'une a l'autre et remises a 
leur place : l'une, historique, orientée vers le passé ; l'autre, pra- 
tique, orientée vers le présent. Voilà deux méthodes en présence, 
oui ; mais l'une, purement descriptive, serait celle de la stylistique 
exposant les cléments émotifs du langage et celle de la logique 
préoccupée des idées avant tout, satisfaites quand elles ont acte 
(pie telle idée, tel sentiment se rendent par telles locutions dont 
l'analyse ne les intéresse point ; l'autre prenant le problème à 
revers, partant des mots, du mot, des éléments des mots et mon- 
trant comment les rapports et les alliances de mots parviennent à 
exprimer les idées, ("est cette dernière méthode, ce me semble, 
qui est celle du dictionnaire. Ou plutôt, pour dire plus vrai, il n'y 
a pas d'antagonisme entre les deux méthodes, elles se complètent. 
Quand le logicien, partant de l'idée et aboutissant aux expressions, 
veut mettre de l'ordre dans les résultats nombreux et encombrants 
qu'il aréunis,s'il invente une classification d'après les apparences. 
il court le risque de rencontrer mille difficultés sans en bien 
résoudre aucune. Le grammairien, partant des mots et des locu- 
tions et aboutissant aux idées, doit évidemment tenir compte du 
sens actuel des symboles, doit évidemment dénombrer, définir et 
classer la sémantique actuelle. Son exposé serait-il plus mauvais 
parce qu'il laisserait entrevoir la vraie genèse des expressions ? 



- 2 9 8 - 

[1 en sérail meilleur, j'imagine. On étranger qui constaterait le 
sens presque invariable de la préposition à dans les centaines 
d'expressions soumises a son attention dans un article, n'aurait 
plus le sentiment d'une sémantique protôiforme et insaisissable ; 
il apprendrait à faire la part «le l'usage, des associations de termes ; 
il sciait plus tranquille en l'ace des rapports établis fortuitement 
quand il verrait où gît exactement la difficulté. Un français n'ira 
guère chercher dans un article sur// des façons de s'exprimer. 11 
est pins riche de son fonds que l'article lui-même. Ce qu'il voudra 
connaître, c'est encore une fois le sens fondamental et la classifi- 
cation. Concluons donc de la qu'il n'est pas insensé ni inopportun 
de vouloir introduire pins de rigueur et de vérité historique dans 
un tel article. 

On pourrait objecter encore : ce Votre article, quoi que vous 
lassiez, ne sera pas historiquement vrai. Vous agissez comme si 
vous croyiez que chaque sens nouveau a été créé, chaque fois, en 
partant de la signification fondamentale. Vous aboutisse/ a votre 
insu à nue classification empirique». — Non, répondrons-nous, 
nous ne voyons pas la généalogie de sens de cette façon simpliste. 
et nous ne substituons pas un râteau à un arbre. Il est bien évident 
que c'est l'analogie qui est la cause de l'extension du sens d'un mot 
ou d'une expression, que l'analogie a toujours exercé son action 
de proche en proche, en travaillant sur les résultats déjà obtenus 
sans remonter a la source. Elle invente aller à bicyclette parce 
qu'elle possède 1 aller à chenal, et aller en bicyclette parce qu'elle 
p (ssède a//er en voiture ; mais elle ne pourrait passer directement 
de l'expression aller à Paris à l'expression char-à-bancs. 8i on pou- 
vait faire le tableau exact des inventions analogiques, on verrait 
comment, par quelles voies la multiplicité naît de l'unité; on sau- 
rait le moment et le lieu où chaque extension de sens est née, et 
de quel rameau. Ce serait l'idéal. Mais ce qui est possible pour un 
mot de signification concrète et précise est radicalement impos- 
sible quand il s'agit d'une particule impalpable comme le brouil- 
lant. D'ailleurs, ce serait encore trop simpliste de croire à une 
monogénèse de chaque sens, qui se répandrait ensuite à travers le 
monde. Qui fera le départ de ce que les esprits reçoivent en l'ait de 
sémantique et de ce qu'ils recréent , après d'autres, à côté d'autres ? 
<>r, si la polygenèse doit être admise, le tableau généalogique 
levient impossible, et, tout ce qu'il esi possible de rechercher, 
c'est, indépendamment des circonstances particulières et fortuites 
de l'apparition du sens, dans quel rapport est ce sens avec le sens 



- 299 — - 

fondamental. Ce rapporl existe toujours. Est-il vrai qu'on ne 
saurait rien d'utile parce qu'on ne connaîtrait pas tons les inter- 
médiaires ? On ne peut dire, a la vue d'un fruit, par quelle branche, 
par quel rameau, par quelle lambourde a passe la sève qui a nourri 
ce fruit; ou quel voisin il a eu dans sa longue maturité; ou a 
quelle hauteur il a mûri ; sous quelles feuilles, par quels vents il a 
été bercé ; niais qu'importe ? Ce qui importe réellement, e'est de 
reconnaître sou origine. Nous ne rechercherons donc point, pro 
blême sans issue par combien d'étapes, par combien d'esprits et 
de détours le langage en est arrive a dire pièce à tiroirs ou pèche 
u la ligne. Puisque cela dépasse le pouvoir de l'investigation 
historique, nous nous ('(intenterons de rechercher, en raccourci 
et schématiquement, comment tel sens final découle du sens 
initial. 

2. Analyse. 

Pour construire un tel article, il faut passer en revue tous les 
cas difficiles, c'est-à-dire tous ceux où les dictionnaires enre- 
gistrent pour;* un autre sens que celui de tendance vers. Chaque 
lois, il y aura lieu de donner une solution aux questions reconnues 
capitales : quels sont les rapports? comment les définir? quelle 
valeur assigner a la préposition? quelle place donner dans un 
ensemble à ce cas particulier, et sous quelle formule? 

Il est tout naturel de commencer cet examen par l'étude du 
terme qui suit la préposition à, on peut dire du régime de ci. Le 
mot est impropre, puisque les prépositions sont d'anciens adverbes 
qui ne régissent rien, mais nous pouvons entendre par régime la 
dépendance qui s'esl établie peu a peu. 

Le régime forme avec la préposition à un complément On se 
servira du mot régime pour désigner le second terme seul, sans 
la préposition; le mot complément désignera donc l'ensemble de 
la préposition et de son régime. Qu'on me pardonne d'insister sur 
ces minuties : on a tant erré pour avoir attribue a l'un ce qui 
appartient à l'autre qu'on ne saurait trop préciser. 

On ne peut d'ailleurs taire cet examen du second terme que sui- 
des exemples qui n'impliquent aucune difficulté de la part du 
premier terme. Mais il va de soi (pie le rapporl peut être obscur 
d'autre part. Dés lors ce cas doit être réservé pour un examen 
postérieur. 



— 3oo — 

a) Étude du second ferme. 

Il \ a des cas tellemenl simples qu'il u'y a pas besoin de les 
ctnilier. Ce son! ceux où le complément ne dépend d'aucun terme 
exprimé, où le régime est un nom de lieu, de personne ou d'autre 
objel occupant une place dans un lieu : à lu Bastille!, à moi!, au 
voleur!, nu feu!, à l'eau!, aux armes!, aux voiles!, à lu potence!, 
n In lanterne !. On sent moins l'idée de direction dans les noms 
d'enseignes; nu cygne blanc, nu lion d'or; mais rappelez-vous 
(pie l'enseigne est une invitation à venir, à entrer. 

L'objel peut être une action : au travail!, ù l'ouvrage!, à l'as- 
saut!, n l'abordage!, nu secours!, nu revoir!, jusqu'à la mort. 
Quoique le régime soit un substantif, c'est bien une action qui 
est réclamée du sujet, mais cette action est conçue et présentée 
comme une substance, un objet localisé. Ainsi le seul infinitif de 
cette liste, revoir, est substantifié par l'article. 11 faut résister au 
désir de voir dans ces expressions, comme le Dictionnaire général, 
des compléments do but. Aller n l'ouvrage se rapproche plus de 
aller nu chantier, n l'ouvroir (pie de aller pour travailler. Si on 
nous avertit que le titre tendance vers un but du Dict.gén. réserve 
l'idée de tendance à la préposition et l'idée de but au régime seul, 
nous demanderons alors pourquoi ces actions sont conçues comme 
des buts plutôt tpie comme des objets localisés dans l'espace ou le 
temps. L'idée de but implique terme, limite, lieu à atteindre, 
plutôt que action. Enfin je vais au travail répond à la question 
où allez-vous ?, non à la question pourquoi, dans (juel but partez- 
vous '!. 

L'objet peut être un temps, moment ou espace de temps : à 
demain, à jamais, à la semaine prochaine. Cependant alors, 
aujourd'hui, qui contiennent à, ne répondent pas à la question 
à quand, c'est-à-dire vers quel temps, mais à la question tjuand : 
ils réclament une explication à part. 

Supposons maintenant (pie le complément soit lié à un mot 
signifianl lendance vers, ou impliquant ce sens dans sa significa- 
tion. Oe mot sera un verbe comme aller, venir, conduire, mener, 
mettre, tendre, arriver, descendre, monter, tirer, attirer et les 
verbes composés avec nd ; ou un substantif verbal de même nature, 
comme conduite, arrivée, mise, montée, descente, tendance; ou un 
adverbe «le mouvement. Si n In Bastille se comprend de soi-même, 
l'expression se comprendra encore et de même dans courons ù In 
Bastille, parce que courons implique le mouvement, et un motive- 



— 3oi — 

ment dirigé vers le but qu'indique le complément. Il n'en est pas 
de même dans aller à cheval, qui ne signifie pas du tout aller vers 
le cheval et dont il faudra examiner tantôt le rapport entre les 
deux termes. Mais, pour le moment, restons dans le eas de aller 
a Paris, courir au secours, conduire à bonne fin, où verbe et 
préposition indiquent une seule et même tendance; on peut dès 
lors reporter toute son attention sur le second terme seul. Voici 
deux ou trois cas intéressants. 

Pourquoi met Ire les bœufs à la charrue se trouve-t-il dans le 
Dict. gén. sous le titre générique destination de choses et le titre 
spécifique adjonction'! (§ IV, 2). Mettre les bœufs à la charrue, 
se mettre a la charrue, mettre la main à la charrue, c'est identi- 
quement le même cas que celui de .se mettre à la fenêtre (,^ 1,2); 
c'est toujours mettre (mittere) marquant le mouvement vers et 
le lieu ou objet auquel aboutit ce mouvement. Charrue n'est pas 
en rapport avec bœufs, c'est bœufs qui est complément de mettre 
a la charrue. Il est doue bien inutile de voir là un rapport 
d'adjonction d'un objet à un autre. Dégagé de ces complications 
nuisibles, mettre a la charrue s'expliquera comme mettre à table, 
et il n'est pas nécessaire de créer les rubriques spéciales destina- 
tion de personnes et de choses et adjonction. 

Dans renvoyer au lendemain, au dixième joui-, aux calendes, le 
temps est assimile a l'espace par une métaphore datant des pre- 
miers essais du langage. Lendemain désigne l'espace de temps 
vers lequel on l'ait virer une action. La préposition à marque donc- 
la progression d'une action vers un autre temps, vers une durée, 
une limite ou un point du temps. Entre renvoyer au coin de la 
rue et renvoyer au matin du jour suivant, il n'y a de diffé- 
rence que dans la métaphore, et le temps viendra prendre sa place 
non loin du lieu, de la personne, de Vobjet, de V action qu'indique 
le second terme. 

Le but est le terme qu'on se propose d'atteindre. Dans ils 
allaient à la servitude, est-ce qu'il y aura but quand le sujet se 
proposait d'aller lui-même se rendre esclave, et seulement direc- 
tion vers un état quand cet aboutissement de l'acte était imprévu? 
de même, d'après le Dict. gén., marcher à la ruine indiquerait le 
but vers lequel on se propose de marcher? Et il y a but dans 
compter jusqu'à cent francs'! dans aller d'une chose à Vautre'! 
dans tirer à sa fin ? Évidemment le Dict. gén. a pris but dans le 
sens de aboutissement, terme, état indiquant la fin ou limite d'une 
action. 11 reste que la langue ne distingue pas entre le but et le 



— 302 — 

terme, ai entre le benne el le lieu. Il sera plus prudent de ne voir 
en ces expressions que le passage à un état, à un objet, à un lieu. 
Tendre à la perfection, viser aux honneurs, réduire à la misère, 
u retendre à In première place, toucher uses revenus, aller jusqu'à 
la fureur, réduire à rien, compter jusqu'à cent, ue me paraissent 
pas différer essentiellement de aller à la ville. Il s'agil toujours 
d'un état, d'une qualité, d'une quantité considérés comme objets 
i erets auxquels aboutit l'action. 

b) Étude du premier terme. 

Qu'est-ce qui t'ait que aller à cheval ne s'explique pas de même 
que monter achevait Serait-ce que à cheval a vraiment deux sens 
divers? Nullement, mais dans monter à cheval, monter indique 
un mouvement dont le cheval est l'aboutissement. Il n'en est pas 
de même ici de aller. L'expression ne signifie pus uller vers le 
cheval, comme il arriverait dans aller au cheval. Aller est indé- 
pendant du complément ou plutôt n'est lié à lui que par un rapport 
très indirect. Entre aller et à cheval il y a un intermédiaire qui 
esl le vrai premier ternie. Le sens est : étant monté à cheval, aller 
en usant de ce mode de locomotion. Le langage n'exprime pas 
tout cela : il joint hardiment ù cheval et uller. 

Ainsi on voit combien les verbes de mouvement peuvent induire 
en erreur. Souvent ils marquent un mouvement sans (pie ce mou- 
vement soit une tendance vers Pobjet-régime. Écrire implique un 
mouvement de la main pour tracer des caractères, il ne contient 
pas l'idée de direction. Pourtant dans écrire à son ami, à son 
ami indique bien à qui va la lettre. C'est parce (pic écrire est 
capable de se prêter facilement au sens de direction. Parfois on 
peut hésiter sur le point de savoir si certains verbes marquent la 
direction ou non. Parlera, enseigna- à, marcher à, commencer à, 
sont des expressions si naturelles qu'on est enclin à prêter par 
anticipation au verbe l'idée de tendance qui est dans/*. D'autres 
l'ois la discordance est sans remède : ou il faut inventer pour le 
complément un tout nouveau sens, ou il faut admettre que le 
premier terme n'est pas le vrai, qu'il est en rapport très indirect 
avec la préposition et son régime, et qu'il s'agit de retrouver le 
premier terme véritable. 

\uipiel de ces deux cas l'aut-il assigner dire, écrire, s'adresser 
u qqn.1 Dans les deux premiers exemples, les verbes n'impliquent 
pas l'idée de tendance vers, mais ils ne la contrarient pas non 
plus; dans le dernier, s'adresser (se ad -d i r ee t i are) exprime 



— 3o3 — 

cette idée de tendance et n'exprime rien qu'elle. Le mouvement 
est donc marqué d'une façon manifeste. Cela n'empêche pas le 
Dict. gén. de renvoyer ces exemples au $ IV, I, sous le titre géné- 
rique destination de personnes et de choses et le titre spécifique 
■attribution. Attribuer, c'est assigner ou rapporter quelque chose 
à quelqu'un. L'analyse des auteurs est donc exacte, niais la diffé- 
rence entre le lieu et la personne est grossie au détriment de la 
ressemblance. Pour une nuance d'idée que la phrase n'exprime 
pas, écrire à Paris et écrire au libraire seront placés très loin l'un 
de l'autre. De même .se rendre à Paris et rendre grâce à Dieu. 
On assigne au groupe E,2 rire a la barbe de tj(jn., lui dire à son 
nez, a s;t barbe, mais rire a (j(]U., dire <•/ qqn. passent au groupe 
IV, i. Est-ce que, par hasard, les auteurs n'ont pas supposé le 
problème résolu et rangé sous la rubrique attribution tout ce qui 
pouvait être assigné au datif latin? Le datif latin ne peut cepen- 
dant servir de critérium : scribere âd amicum et scribere 
amico ne sont q 1e grossièrement synonymes. 

Venons-en a des cas où le premier ternie n'a pas en réalité son 
expression dans la phrase. 

Dans les locutions de nous à moi, de nation à nation, d'homme 
à homme, de Turc a More, coq-à-l'âne, de six a neuf, du matin 
au soir, du jour au lendemain, le premier substantif exprimé 
n'est pas le premier ternie. Dans le vers de Verlaine : De vous a 
moi, quelle est la route'/, le complément à moi dépend, non de 
nous, mais de route : quel est le chemin partant de nous et allant 
vers moi? Au reste, le premier terme, verbe ou substantif verbal 
de direction, fût-il tout à fait sous-entendu, l'idée de mouvement 
est assez visible, puisqu'on exprime le point de départ et le point 
d'arrivée, l'objet de départ et l'objet d'arrivée. 

Dans goutte à goutte, le premier ternie n'est pas goutte, il est 
inexprimé. On indique un mouvement d'un objet semblable à ou 
uers un objet semblable: une goutte nouvelle va s'adjoindre à la 
précédente. C'est le cas de brin à brin, sou à sou, pas a pas, 
mot à mot, petit à petit, peu à peu. 

Dans bec à bec il va encore deux objets identiques, représentés 
l'un allant uers l'autre: mais, comme ce mouvement est réci- 
proque, il semble qu'il y ait simple proximité au lieu du rappro 
chement réciproque. C'est pourquoi le Dict. gén. range côte à cote, 
nis-a-nis, nez à nez, tète à tête, face a face, dos à dos sous le titre 
proximité. 

Quelle différence 3 r a-t il entre homme à homme et d'homme à 



- 3o4 - 

homme'! Dans le premier exemple, il s'agit d'un objet mobile qui 
tend vers un autre: dans le second, il s'agil d'un objet immobile 
d'où part le mouvement. Ainsi de petit à petit et pet il à petit, de 
mot ;i mol et mot u mot sont bien, il est- vrai, grossièrement 
synonymes, mais n'ont pas la même origine, et il n'est pas néces- 
saire de supposer dans la seconde expression, comme l'ait le Dict. 
g-én., une ellipse de la préposition de. 

Deux à quatre, deux à <1eux et en abrégé deux à.., employés 
pour désigner les points respectifs des joueurs, doivent s'into. 
prêter par deux s'opposant à quatre, venant en face de quatre. 
L'idée de mouvement est la même que dans bec à bec. 

Dans marcher deux à deux, il ne sera pas difficile à un lexico- 
graphe peu tegardant de découvrir un complément de manière. 
Mais ce n'est pas deux à deux qu'il faut évaluer, c'est la préposi- 
tion à. Or l'analyse donne : deux allant vers deux, c'est-à-dire 
deux seconds allant vers deux premiers, deux troisièmes vers 
deux seconds et ainsi de suite. Le complément semble marquer 
le moyen dans les expressions du type travailler à l'aiguille, mais 
cette apparence est due à une ellipse. Regarder qqch. à la lumière, 
c'est le regarder en allant ou étant allé vers la lumière. Dessiner 
à i;i plume, c'est dessiner en recourant ù la plume. Mais parce 
que à lu plume n'est pas complément naturel de dessiner, le sens 
paraîl changer quand on l'envisage dans cette nouvelle liaison. 
On peut en dire autant de au pistolet, à grands pas, à regret, à la 
Inde, à Vétourdie, à grand' peine, etc., qui, apparaissant en gros 
comme compléments de moyen, nous donnent cependant une pré- 
position qui marque le mouvement. Donner à la préposition le 
sens du moyen, c'est attribuer à la partie les qualités du tout. 

Faut il désespérer de retrouver dans char-à-bancs le sens pri- 
mitif de la direction? Mozin (n° 9) dit que à en cet emploi « marque 
la forme ». Le Dict. gén., plus judicieusement, analyse ainsi : 
« réunion d'une chose avec une autre qui concourt à un effet 
déterminé >> (V, 2). Cette analyse conviendrait pourtant mieux à 
l'allemand mit. Le fiançais n'exprime pas la réunion ni l'accom- 
pagnement dans les locutions de ce genre. Il y voit, comme dans 
le cas de pécher à la ligne {Dict. gén., V, 1), un recours à quelque 
chose, soit donc pécher en RECOURANT À la ligne, char recourant 
À des bancs. Et l'expression recourir doit être prise dans son 
sens propre : c'est, pour aider, pour compléter le matériel ou 
l'équipement, courir ù des bancs. Que ces bancs soient mis dans 
le char, ;:'est bien ce que l'esprit devine, mais c'est ce que le lan- 



— 3o5 - 

gage n'exprime pas. De même un homme à projets court de projet 
en projet, n'en réalise guère; mais, si cette opinion pessimiste se 
cache dans le commentaire, elle n'est pas dans le texte. 

Ainsi, le trait commun aux derniers cas examines, c'est qu'il 
n'existe point de rapport direct entre le complément et le terme 
qui précède;. 11 faut suppléer quelque intermédiaire : en retournât 
à, en regardant à, en ayant égard à, tontes expressions qui 
impliquent l'idée de direction. < >n pourrait dire que la préposition 
à, sans autre adjuvant. >'est imprégnée du sens de ces locutions et 
les remplace. Elle a un sens prégnant, comme disaient les anciens 
grammairiens. Cette considération nous rapproche de l'analyse 
• lu Dictionnaire général, sauf (pic sa formule plus abstraite ne 
laisse plus rien saisir du mode d'imprégnation. Il serait plus clair 
a tous égards de rappeler le terme omis qui justifie et qui explique 
l'emploi d'une préposition de mouvement. Dans un livre plus 
élémentaire, où l'on ne vomirait pas introduire la notion de premier 
et de second ternie, il suffirait d'expliquer à par les formules 
allant a, étant allé a, s'adaptant à, recourant a, ayant égard à, etc. 

c) Les deux termes obscurs. 

11 n'y a point de premier terme dans grenier a foin, pot à eau, 
moulin à blé, terre a froment. On se doute assez que ce n'est pas 
le grenier qui va vers le foin, ni le moulin vers le blé. Le premier 
terme réel est adapté, destiné, tendant, visant. Le complément 
n'est guère explicite non plus : on sait que le latin y ajouterait un 
bon participe en -dus qui indiquerait le but. 

la; Dictionnaire général réunit, à la fin du groupe III, 2, cuiller 
a potage et salle a manger. Le premier exemple a pour régime un 
nom d'objet, le second un nom d'action. Le complément, qui est 
un complément de but, est exprimé en raison de la tendance vers 
cet objet, vers cette action. De part et d'autre, le premier terme 
est absent, mais le second aussi est incomplètement exprimé !Si 
c'est l'objet cpii est exprimé, remarquez que cet objet fait ou subit 
une action, laquelle reste absente de la phrase, mais non de la 
pensée. Si c'est l'action qui est exprimée, c'est le substantif sujet 
de cette action qui est absent. En ce cas, l'infinitif, dans sa 
brièveté, enveloppe des choses assez distinctes : la tendance à 
faire l'action, la tendance à la subir. Dans fille a marier, conseil a 
suivre, maille à partir, les verbes, marier, suivre, partir ont, sans 
crier gare, un sujet qui n'est pas fille, conseil, maille. Au contraire, 
dans un arbre à donner beaucoup d'ombre, une entreprise à vous 

20 



- 3o6 - 

ruiner, un homme à voler sans scrupule, une bonne à tout faire, 
c'est l'arbre qui tend à donner, c'est L'entreprise qui est propre à 
miner, etc. : il n'y a point de nouveau sujet à sous-entendre. Le 
langage laisse ces deux cas confondus. 

Laisserons-nous de même dans ce § III, 2 subsister côte à côte 
des choses aussi disparates que fille à marier et noire à faire peur'! 
Les deux exemples n'ont de commun que la ressemblance tout 
extérieure de l'infinitif. Dans noire à faire peur il s'agit d'expri- 
mer le degré d'une qualité. Ce degré n'est pas énoncé par les 
moyens ordinaires de gradation, mais par une conséquence. Le 
second terme est donc indiqué indirectement, le degré étant mesuré 
par la conséquence qu'il entraîne. Le sens est noire à un degré 
tel qu'elle fait peur ou ferait peur. Dans fille à marier, il n'y a 
point de qualité, mais une personne ; donc point de degré ni de 
conséquence : c'est à marier qui exprime, indirectement il est 
vrai, la qualité. 

Il faut encore distinguer ici, au point de vue du sujet de l'infi- 
nitif, belle à ravir et belle à croquer. La personne dont on vante 
la beauté est le sujet de ravir, mais elle est le complément direct 
de croquer, qui a un sujet nouveau inexprimé. Ainsi la différence 
que l'esprit croit percevoir, et dont il s'inquiète, ne vient pas de 
la préposition 

Pourquoi, en dépit de la ressemblance extérieure chère à Littré, 
pourquoi consul à vie ne peut-il se comprendre comme cuiller à 
café ? Le consulat est une fonction, une suite d'actes si vous 
voulez ; la vie est ici conçue comme une durée. L'action suit cette 
durée et avance concurremment. L'idée d'action parallèle à un 
espace de temps a obscurci l'autre, l'idée plus simple d'adaptation 
d'une chose à une autre chose. 

Aller à son gré signifie, en gros, aller selon son gré. Le Die 
tionnaire général voit dans à la destination de but et, parti- 
culièrement, la conformation en vue d'un but, V adaptât ion. Que 
faut-il en penser? Puisque l'expression ne signifie point: marcher 
\ ers son but, le complément doit être dégagé de ce verbe aller, 
qui n'est point en réalité le premier terme. On verra mieux que le 
premier terme est autre si on choisit un verbe indiquant une 
activité qui ne soit pas la marche : 1/ fit l'ouvrage à son gré. Quel 
esl le premier terme inexprimé? Mais d'abord que signifie le com- 
plément ? gré a le sens de volonté, désir, idée, plan, ("est un être 
subjectif, mais le langage, serviteur de l'imagination, ne fait point 
de différence entre les êtres subjectifs et les objets extérieurs. Il 



— 007 — 

dit a mon gré comme il «lit au gré des uents, et il est capable de 
concevoir une tendance vers un plan, une idée, un désir, une 
volonté, un gré extériorisé. Le sujet agissant agit en se confor- 
mant, en s' adaptant à ce plan, en langage pins primitif il tend vers 
ce plan. L'idée de conformité, d'adaptation est donc justement le 
premier ternie inexprimé. Comme ce premier terme marque la 
manière d'agir, il semble dès lors, en son absence, que le complé- 
ment exprimé signifie la manière. 

D'ailleurs, dans les phrases de ce type, le second terme aussi est 
souvent de nature a dérouter l'analyse. Celui-ci peut présenter par 
son contenu la pins grande variété. 11 peut être un objet concret: 
partir an signal donné ; un objet mouvant : aller à la dérive, a la 
remorque : un phénomène interne : à son gré, a sa fantaisie, a sa 
guise. Dans tons les cas, le sujet agissant agit en se reportant à cet 
objet, et il faut comprendre qu'il s'y reporte aussi continûment et 
aussi fréquemment qu'il est nécessaire : continûment dans aller à 
la dérive, an fil de l'eau, au gré des vents, fréquemment dans : 
toutes les affaires marchent à ses désirs. L'action évolue et se mo- 
difie donc selon cet objet, qui est un principe d'action et- non un 
but : mais cette multiplicité de l'action, ses reprises, ses retours 
à l'objet ne sont pas indiqués dans l'expression, c'est l'esprit qui 
les déduit de ha qualité des termes en présence. Avancer à l'ordre 
me fait comprendre un seul ordre et une seule action d'avancer. 
// avance aux ordres du chef me suggère soit un nombre fixe de 
marches adaptées à un nombre égal d'ordres, soit une marche 
unique, mais variable, se modelant aux variations du commande- 
ment et les suivant, s'y reportant sans cesse, tendant vers l'objet, 
et, si l'objet est mouvant, revenant chaque fois à lui. Qu'est-ce qui, 
dans toutes ces expressions accumulées à dessein, n'exprime pas 
la tendance vers ? 

Même obscurité des deux termes dans les locutions du type à 
ces mots, qui paraissent être des compléments de temps, marquant 
la simultanéité ou quasi-simultanéité. Aussi l'allemand traduit-il 
par bei ou nacli die s en Worten. Mais ni le latin, qui dit ad, 
ni le français, qui a continue à le dire, n'ont perçu les choses sous 
cette forme de la simultanéité plate et coite ; ils y ont vu le mou- 
vement, la direction. Direction de quoi, se dirigeant vers quoi ? 
C'est la chose difficile à se figurer, aujourd'hui que toute la maté- 
rialité et la poésie du langage s'effacent. Dans à ces mots, il s'écria 
il y a deux actions : celle de parler, du premier personnage ; celle 
de s'écrier, du second. 11 y a donc deux moments. Quant au sens, 



- 3o8 - 

on veut Faire entendre < i u<* ces deux moments coïncident, à peu 
M;iis, quant à l'expression, l'imagination a vu et signifié un 
temps se rapprochant d'un autre temps. Au risque d'énoncer lour- 
dement les deux termes que le langage a seulement indiqués par 
mots et s'écria, je développerais la phrase ainsi: il s'écria dans un 
temps approchant du temps de ces mots. Laissons de côté le point 
de savoir si la coïncidence est complète ou seulement approxima- 
tive, et s'il n'y a point plutôt subséquence et même parfois causa- 
lité. Ce sont des nuances que la préposition celles ne marque 
point, que l'esprit seul sait faire entendre, sans les exprimer. 
Dans cette admirable chimie du langage, comme dans toute vraie 
création, le plus sort du moins à chaque instant. Seulement l'ana- 
lyse fera bien de rendre à chacun ce qui lui est dû. 

3. Classification. 

La classification des sens doit tenir compte de tous les éléments 
analytiques que nous avons mis à nu, et, de plus, établir une gra- 
duation ou une subordination entre eux, en allant du simple au 
complexe et du primitif au dérive. 

Il faut évidemment partir des cas où le sens de direction éclate 
encore dans le complément. Que le premier terme soit présent 
ou absent, cela ne peut être un principe de division. La recherche 
du premier terme n'est organisée que pour rétablir le sens du 
complément et elle est inutile s'il n'y a pas eu de perturbation 
dans le sens. 

C'est bien la valeur actuelle du complément qui doit servir de 
guide dans le plan de l'article. Il faut procéder en cela comme les 
auteurs du Dict. gén., mais on peut différer d'eux parfois dans 
l'appréciation de cette valeur. Que le régime de la préposition à 
soit un nom de lieu, de temps, d'action, de personne, de ebose, cette 
différence ne doit pas nous amener à créer des titres et des cha- 
pitres importants si elle n'entraîne pas un profond changement 
• le signification. S'élever n lu perfection n'est pas très éloigné de 
aller à lu ville. Toutes les langues assimilent les rapports de temps 
aux rapports de lieux : il n'y a donc point de différence essentielle 
el capitale entre à Vérole et à demain. 

Les autres sens suivront en allant du plus explicable au moins 
explicable, et ici. dans le détail, il est évident qu'on peut légère- 
différer d'appréciation. Nous ne savons encore si nous don- 
nerons la priorité aux prétendus rapports de but, ou à ceux de 
moyen, ou ;i ceux d'appartenance. Le cas où le résultat final 
paraîtra le plus opposé au sens initial doit être le plus éloigné. 



— 3o 9 - 

Nous ne distinguerons pas proximité et situation, distinction 
classique entre ad et in, parce que cette distinction n'intéresse à 
que comparativement avec d'autres préposition- [dans, en) et 
seulement dans son sens propre. Entre se mettre a table et demeu- 
rer à Paris, la distinction importante n'est vraiment pas de pro- 
ximité à situation dans, mais de direction à situation. 

Mais c'est surtout dans la rédaction que l'article à doit se trans- 
former. Il ne faut pas rechercher la concision au détriment de la 
clarté. Il n'est pas bon de confondre sous le couvert des abstrac- 
tions ce qui revient dans la formation du sens à des cléments 
divers de la phrase. Enfin il n'est pas très pédagogique «l'effacer 
toute trace de la formation d'un sens nouveau. Nous voudrions 
qu'on vît mieux non seulement où aboutit le langage, mais encore 
comment il y aboutit. 

4. Projet d'article A.. 

à exprime la tendance ou direction vers. 

I. à forme, avec un second terme, un complément marquant 
direction vers un objet. 

|| 1° à employé absolument sans premier ternie. Ce premier 
terme peut exister sans influencer le sens, mais n'existe pas quand 
l'expression est énoncée d'une façon exclamative, sous le coup 
d'une émotion. Le régime indique un lieu : à Berlin !. à la Bastille! ; 
un objet localisé : au feu!, à l'eau!, aux armes!, aux pompes!, aux 
voiles! à la potence!, à la lanterne!; une personne ou un être 
animé : adieu!, au diable!, à Molière, à bon chat bon rat, à trom- 
peur trompeur et demi; une action : a l'assaut!, au secours! à 
l'abordage! à l'ouvrage!, au travail ! ; une qualité, un état, un 
objet abstrait : à la vie à la mort, a la guerre comme à la guerre; 
un temps : à demain, à jamais, a la semaine prochaine. | Il peut 
y avoir en avant de l'expression un adverbe coordonné : sus à 
l'assassin!, vite au travail! | L'idée de direction est renforcée par 
la présence d'un autre complément marquant le point de départ. 
Lieu : de Paris à Bordeaux, l'étape est longue. Personne : de vous 
à moi, d'homme à homme, de nation à nation, de Turc a More. 
Quantité : de six a neuf. Temps : du matin au soir, du jour au 
lendemain, de temps à autre, d'un jour à l'autre. État subjectif '.: 
de gré à gré. 

|| 2° à employé avec un premier terme marquant la même ten- 
dance ou direction que la préposition : aller, venir, conduire, 
mener, mettre, tendre, arriver, descendre, monter, tirer; verbes 



— v)IO — 

composés avec le préfixe ad- : attirer, appliquer, apposer, ap- 
prendre, adapter; substantifs verbaux : la course à ..., la montée 
à ..., la mise à ..., etc. | Le régime indique un lieu : aller à Paris, 
aller à l'école, venir à bord, monter au ciel, mener à terre, mettre 
à son coté; voyage à Rome, sa fugue à Genève, la fuite à Lyon, 
la retraite du roi a Gand : arriver au sommet, appliquera l'orifice», 
atteindre à la limite, j Le régime indique un objet : un triste 
spectacle s'offre à mes yeux, parvenir aux oreilles, attacher au 
brandies, aller d'une chose à l'autre, conduire au bois, passer au 
premier rang, mettre à la charrue, ajouter à la somme. | Le régime 
indique une personne, un être animé : venez à moi, attirer à soi, 
mieux vaut s'adresser à Dieu qu'aux saints, tendre la main à qui 
le mérite, cet argent revient à l'État | Le régime indique une 
action : marcher à la mort, venir à résipiscence, au repentir, 
recourir à la ruse, s'adonner à la boisson; arrivera ne plus penser. 
tendre à monter, tendance à monter, se mettre à parler, en venir 
à voler, aspirer à descendre, s'acharner à faire, son acharnement 
à mentir, s'apprêter àmourir. | Le régime indique un état : tendre 
à la perfection, réduire à la misère, réduire à un petit volume", 
venir à bien, mettre à mal, tourner à la honte, tirer à sa fin, 
mettre à prix, la mise à prix, le retour au néant, les aspirations 
à l'idéal, son passage à la dévotion. | Le régime indique un temps : 
remettre à demain, remise à jeudi, ajourner à l'an prochain. 
L'expression du lieu et du temps est fournie indirectement dans 
aller à quatre pas, venir à portée, ajourner à huit jours on à 
huitaine, remettre à trois heures (— à un endroit distant de quatre 
pas, à un endroit où le coup de fusil porte, à un moment distant 
de huit jours, à la troisième heure ou au moment où l'horloge 
marque trois heures). 

|| 3° à employé avec un premier terme n'impliquant pas direc- 
tion ou tendance vers l'objet-régime. mais se prêtant à ce sens 
et n'empêchant pas le sons illatif de la préposition : écrire, dire, 
parler, enseigner, rire, donner, prêter, passer, se conformer. | 
L'objet-régime est un lieu : écrire à Paris, se rendre à Paris, 
téléphoner à Liège, câbler une nouvelle à New-York; | une per- 
sonne: écrire à son ami, dire à quelqu'un, enseigner à quelqu'un, 
rire aux anges, rendre grâce à Dieu, se rendre au vainqueur, qui 
donne au pauvre prête à Dieu; | un objet : marche à l'étoile.. 
parler au cœur, rire à la barbe de quelqu'un, s'installer à table, 
lier les boeufs à la Charrue; | un état : se vouera la prêtrise, tomber 
a la misère, dégringoler au vice, marcher à la gloire, renoncer au 



— oïl — 

monde ; ! une action : partir à la recherche du pôle, à la décou- 
verte, se préparer à taire, commencer à travailler, continuer à 
lire, se décider à parler, s'ingénier à l'hypocrisie. Dans ce dernier 
cas on peut dire que le complément marque le eut de l'action. 

II. Par absence du premier terme et mise en rapport du com- 
plément avec une autre expression (pie le premier terme naturel, 
à forme avec son régime un complément, qui, au lieu de marquer 
nettement la direction vers un objet, semble marquer uniquement 
un autre rapport. 

i° Le complément marque un rapport de lieu, mais c'est la 
situation dans ou auprès au lieu de direction vers (Question où — 
ubi i. j H parait dépendre d'un substantif par suppression d'un 
verbe de direction : l'épée au coté (= étant mise, missa, au 
côté), le juron à la bouche, la canne à la main, l'arme au pied, 
une profonde blessure à la tète. | Il paraît dépendre d'un verbe 
de repos ou situation : être à table, demeurer à la campagne, être 
à sa place, les étoiles brillent au ciel, s'asseoir au soleil. | Par 
extension, le rapport de situation est exprimé par à quand même 
il ne découle pas d'une direction antérieure : notaire à Paris, 
négociant a Lyon, conseiller à la cour d'appel. 

2° Le complément marque un rapport de temps, mais c'est la 
situation dans un temps au lieu de la direction vers ce temps 
(Question quand? : j'irai à midi, il revient aujourd'hui, alors (= à 
l'ors). | Le régime indique le temps indirectement dans : à trois 
heures, à ces mots, à sa vue, à ce coup, à vingt ans. 

3" Le complément n'a point d'emploi à lui seul, il est mis en 
rapport indirect avec un substantif et l'ensemble forme un com- 
plément de manière (Question comment'/, de quelle manière?), 
mais le sens de la préposition est visiblement la direction : goutte 
à goutte (goutte tombant ou allant après goutte), brin à brin, sou 
à sou, feuille à feuille, mot à mot, pas à pas, fil à fil, homme à 
homme; petit à petit, peu à peu; un à un, deux à deux. | Le 
mouvement est réciproque dans nez à nez. bec à bec, face à face, 
vis-à-vis, tète à tète, corps à corps, côte à côte, bout à bout, porte 
à porte, manche à manche: deux à quatre (terme de jeu). | Au 
complément de manière se rattache le complément d'intensité 
d'une action ou de quantité : pleuvoir à seaux, à torrent, à verse; 
distribuer à poignées, à pleines mains, à profusion (en recourant 
a des poignées, etc.). 

4° Le complément marque un rapport d'appartenance (Question 
a qui?, à quoi?), mais le verbe appartenir (pertinere ad) décèle 



— 3l2 — 

encore bien l'ancien rapport : appartenir à la reine, ce hameau 
appartient à la commune de.... ; | par analogie : ce livre est à moi, 
avoir à soi; | sans verbe : la fille à Nicolas, la femme a papa, la 
flûte à Siebel. 

5 Le complément est en apparence un complément qualificatif 
ou déter mi natif. 11 indique la qualité ou spécifie la détermination 
d'un objet d'une façon indirecte, en exprimant la destination ou 
la conséquence ou le but. || C'est la destination dans : pot a eau 
(= destiné, adapte, approprié à l'eau), moulin à blé, terre a 
froment, grenier à foin, fer à gaufres, pompe à incendie, étui à 
aiguilles, chasse a la bécasse, cuiller à café, cuiller a bouche; et, 
par extension, cuillerée à bouche. || La destination est indiquée 
par une action et peut s'appeler but dans : arbre à planter, bois à 
brûler, tabac a fumer, avoir maille à partir, lettre à écrire, conseil 
a suivre, pièce à dire, fille à marier. Dans ces exemples, l'objet 
exprimé par le substantif subit l'action exprimée par le verbe : 
on brûle le bois, on marie la fille, etc. | Dans les exemples suivants 
l'objet énoncé est agent ou moyen, et non patient : fer à friser, 
Ici' a repasser, cire à eacbeter, brosse à cirer. | L'objet est le 
lieu de l'action dans : salle à manger, chambre à coucher. || La 
qualification est exprimée par la conséquence, c'est-à-dire par une 
action possible, consécutive. La préposition marque tendance 
vers cette action. C'est un arbre à donner beaucoup de fruits 
( destine à donner, prêt ou propre ta donner, approprié ou 
adapte à donner), une entreprise à vous ruiner, une maladie à 
vous entraîner (m terre, un homme à vous voler sans scrupule, 
une bonne à tout faire, il est homme à vous trahir, un jeu à faire 
-aiiter la banque, un vent à décorner les bœufs; le sujet de l'infi- 
nitif est différent dans : un conte à dormir debout. La qualité est 
exprimée par un adjectif dans ; noire à faire peur, gonflé à crever, 
rempli à déborder, belle à ravir, belle à croquer. | C'est une action 
dont la modalité ou l'intensité est exprimée par la conséquence 
dans : aimer a en perdre l'esprit, verser à faire déborder le vase; 
frapper à mort, aimer à la folie (= aimer à ce point d'en perdre 
l'esprit, l'amour tend vers ce point extrême). La qualification 
est exprimée par un complément de but qui a l'air d'être un com- 
plément direct ou attributif dans : aimer à rire, apprendre à 
parler, enseignera lire, donner à écrire, donner à penser, verser 
à boire, chercher a tromper, trouver à redire; être à dormir, 
c'est-à-dire, c'est à savoir (= donner qqch. afin ou en nue qu'on 
l'écris e, etc. ). 



- 3i3 - 

6° Le complément est en apparence un complément de moyen 
du mot précédent, nom ou verbe (Question avec quoi?, par (jucl 
moyen?, avec quel accessoire:' . Le premier terme sous-entendu 
est un verbe recourir à marquant la direction vers. | Ou bien c'est 
une action qui recourt à un objet ou instrument comme moyeu 
effectif : pêcher a la ligne, au filet, à la mouche, pêche a la ligne, 
chasser au chien courant, aller à cheval, se battre au pistolet, 
travaillera l'aiguille, charger a mitraille; | ou qui recourt à un 
mode d'action : se sauver a la nage, à tire d'aile, aller à pied, 
marcher à reculons, sonner à toute volée, parler à cœur ouvert, 
combattre à outrance, reconnaître à sa démarche, à l'œuvre on 
connaît l'artisan. !| Ou bien c'est un objet recourant à un objet 
accessoire, a un mode particulier d'action : panier à anse, char à 
lianes, costume a carreaux, habit à grands revers, manche à gigot, 
chapeau a plumes, filet aux champignons, omelette au lard, chasse 
au basset, homme à projets, à prétentions, abonnes fortunes; | 
chasse a courre, lutte a outrance, achat a crédit, poulet à la finan- 
cière, chapeau à la mode, habit à la française. 

7" Le complément est en apparence un complément circonstan- 
ciel d'extraction, de provenance, d'éloignement (Question d'où?, 
hors de quoi?, (te qui?). En réalité il ne dépend pas du verbe pré- 
cédent, mais d'un verbe illatif inexprimé : arracher aux flammes; 
voler sa montre à quelqu'un ; soustraire, prendre, enlever à quel- 
qu'un ; ôter à un roi sa couronne; emprunter à quelqu'un : prendre 
a l'un pour donner à l'autre (Pour arracher des flammes, il faut 
aller aux flammes : le complément indique le premier mouvement 
et le verbe le second. Compare/ : la fille de Nicolas et la fille à 
Nicolas, e.vciter à). 

w. âbète, /'r. aubette; w. houbote; dihobier ; huvéte, houvirète. 

Aubette est un mot particulier au français du nord. 11 figure 
déjà dans le dict. fr.-all. de Mozin. Littré & Scheler l'ont admis, 
mais le Dict. gén. l'ignore. Mozin définit le mot : « corps de garde 
des bas-officiers », Littré : « bureau où les sous officiers d'une 
garnison vont à l'ordre ». Ce dernier le fait venir de aube, par la 
raison singulière qu'on va prendre les ordres de bon matin. Bien 
que nous ayons trouvé aubette en picard avec le sens de aube 
(Corblet, s. v°), nous n'en sommes pas plus enthousiaste de l'éty- 
mologie de Littré; il sacrifie le sens à une fallacieuse identité de 
forme. En réalité aubette désigne un petit kiosque, une eonstruc- 



— 3i4 - 

tion en bois de quelques pieds carrés, installée sur le bord du 
trottoir, à un coin de place publique, ou même à l'intérieur d'un 
édifice plus grand; vraie cage servant pour la vente des journaux, 
la distribution ^\c tickets ou de billets, ou comme salle d'attente 
de tram, bureau de voitures de louage, débit populaire de bois- 
sons. Il existe aujourd'hui pour ces divers usages des pavillons 
parfois très élégants, que le liégeois dénomme abète, d'après le 
pseudo-français aubette. Mais autrefois, quand il n'y avait guère 
que des échoppes de passeurs d'eau et de bergers, une baraque 
de ce genre s'appelait en liégeois houbète, en verviétois houbote, 
en gau niais hobète, en namurois et en rouchi obète. Ce nom est 
resté à la niche du chien ou de l'écureuil, à la guérite on à la 
baraque improvisée: seule la houbote de luxe est devenue une 
iibète. 

Le sens ainsi fixé, il me paraît certain que le mot aubète n'est 
autre chose (pie hobète débarrassé de l'aspiration initiale. Celui-ci 
est, un diminutif du mot hobe, déjà connu en a.-frane., lequel est 
simplement l'ail, haube, aha. Imbu, mba. luïbe. Comparez robe, 
de rauba. Or haube signifie chaperon, par ext. toit qui pro- 
tège, dôme, coiffe d'un clocher ou d'un moulin, ce qui entoure 
une lumière, toute cage protectrice : « in vielen Gewerben, ein 
liber etwas angebrachtes Dach », dit Sanders. Rien d'étonnant 
donc à ce (pie notre dérivé hobète signifie chez nous l'échoppe du 
gagne-petit et ait produit aubette. — De même racine est le verbe 
si d'hobier (Laroche, Lux.) inconnu aux lexiques wallons, qui 
signifie « sortir de son enveloppe, de ses couvertures, de son lit». 
Djans donc, dihobiez-ve ! dit-on au dormeur paresseux. — De 
même racine encore le rouchi huuéte « sorte de coiffe de nuit », 
que donne Gggg. (I, 3i3), et le wallon houvirète, coiffe que l'enfant 
a parfois en naissant. L'allemand haube a le même sens. Mais 
l'emprunt est, en ce cas, d'une région où le b s'est transformé en 
v, /'. Eupen dit h ///'/', le néerl. huif. 

w. ac'mwède; ac'mwèsse. 

I. Le verbe wallon ac'mwède signifie acclimater une personne, 
un animal, l'habituer à un milieu, à une maison, a un métier, à un 
patron nouveaux. On trouvera dans le Vocabulaire-questionnaire 
AC- (') un groupe assez, complet de variantes dialectales; mais 



(' A» premier volume <ln Bulletin du Dictionnaire wallon. i<)o<», p. 126. 



— 3i5 — 

toutes n'ont pas la même valeur : on peut en résumer l'essentiel 
en constatant que le sud-wallon prononce -mwade, lorsque le nord 
dit -mwède, et aco- au lieu de ac-. Cette alternance aco- : ac- nous 
révèle la présence de deux préfixes, ad-cum ; ensuite l'alter- 
nance wc : wa nous décèle un ancien o entravé comme dans' 
stwède : stwade (ane.-fr. estordre). Que la consonne disparue est 
r et que -nuvède répond au français -mordre, c'est finalement 
démontré par l'existence d'un infinitif ac'mwèrder, refait sur la 
première conjugaison, qui est signalé en Condroz, et par le parti- 
cipe liégeois ac'mwèrdou, namurois acoimvardii. 

Le participe passé ac'mwèrs, ac'mwè.sse, est issu directement 
de morsus, morsa. La forme féminine n'a été rencontrée jusqu'ici 
que comme substantif, au sens de accommodation, acclimatation, 
mais on la retrouvera sans doute quelque part avec sa valeur 
participiale. En attendant, tablant sur une forme du participe 
féminin ac'mwède, qui nous apparaît maintenant refaite sur l'in- 
finitif, on avait a tort, dans le Vocabulaire précité, imprimé 
aç'mwért au lieu de ac'mwèrs, comme s'il s'agissait d'un composé 
de mwért (mort). 

Ce qui empêchait d'y reconnaître d'emblée un parent du franc. 
mordre, c'est d'abord que le composant mordre n'existe pas en 
pays wallon, où l'on emploie le verbe hagnî (*); c'est ensuite la 
grande différence de signification. 

< c >ue vient faire dans ac' mwède et ac'mwèsse l'idée de mordre":' 
Elle y joue le même rôle que dans le français amorce. L'amorce 
est d'abord, non l'appât qui fait mordre, comme dit le Dict. g'én., 
mais l'appât mordu, je dirais volontiers admordu; puis, la dis- 
tinction temporelle se perdant, elle est l'appât à mordre. L'idée 
de mordre peut devenir métaphorique comme dans « mordre au 
latin ». Si « mordre au latin » se comprend aisément, on eut 
compris de même en français « amordre au latin », et comordre et 
acomordre, et enfin s'acomordre, où le pronom .se s'expliquerait 
comme dans « se saisir ». Or telle est, identiquement, la composi- 



te 1 ) En liég. hagnî, verv. hègni, ard. hagner, nain, ligner. L'origine de ce 
mot est encore à découvrir. Il est hors de doute que sa provenance est 
germanique : l'existenceen \v. du nord et de l'est d'un h initial qui disparait 
en namurois et en rouchi, le démontre assez. Mais GGGG. n'a rien trouvé de 
décisif. La forme "excauia re proposée jadis en passant par M. Wilmotte 
dans la Revue des patois gallo-romans, II, \o, ne pourrait signifier (pie « ôter 
les chiens » ; ensuite un primitif en exe- ou se- exigerait dans nos dialectes 
du sud un eh- ou se- initial, que hagner, agner ne fournissent nullement. 



— 3i6 - . 

tion de l'expression wallonne s'ac'mwède us' noix'' mèsiî, s'adapter 
à son nouveau métier. 

II. Si celte explication est juste, il sera difficile de maintenir 
l'étymologie proposée par M. A. Thomas pour le mot êquemôdre, 
( |u"il ;i trouve dans Contiïjkan, Glossaire du patois de Montbé- 
liard, p. to6 ('). Cet êquemôdre nous apparaît absolument iden- 
tique a notre ac'mwède et il devrait être écrit èc'môdre. Consta- 
tons d'abord la similitude de sens. L'auteur du glossaire le 
définit : << habituer uu animal qui va aux champs pour la première 
l'ois a suivre le troupeau ». Nous dirions de même ac'mwède ine 
bièsse. 

Cependant le savant philologue a vu dans êquemôdre « nue 
forme refaite du verbe médiéval escomovoir », et il faut bien 
vérifier cette hypothèse. Deux objections déblayeront le terrain. 
En premier lieu, il a fallu supposer un type latin vulgaire *excom- 
movere, qui peut avoir existé en provençal et en italien sans 
jamais avoir pénétré jusqu'au pied des Vosges. En second lieu, il 
est impossible d'accepter que ce *movëre ait pu produire -môdre. 
Pour justifier l'ingérence de d dans des proparoxytons en -vëre, 
il faut une consonne devant le v du latin : puluërem > poldre 
(poudre), solvére > soldre (-soudre); mais vivëre devient vivre et 
non vidre, bibere devient boire. On ne peut non plus assimiler le 
cas de movëre à celui de exmolere devenant esmoldre, esmoudre 
cl esmeudre (émoudre). Y a-t-il dans -môdre un cas exceptionnel 
qui m'échappe? Je crois plutôt que l'auteur a été trompé par une 
graphie mauvaise et par le manque de formes comparatives. S'il 
avait eu en main notre mot wallon et connu son sens exact, ni lo 
faux air de cet e initial de êquemôdre, ni la suggestion des formes 
méridionales ne l'auraient emporté. C'est en quoi nos modestes 
études, même défectueuses, pourront rendre service aux linguistes 
français : elles apporteront un indispensable contrepoids. 

âsses. 

G au t. 11, p. xi, enregistre un mot iizes avec le sens de 

■ débris île foin et de fourrage qu'un cheval à l'écurie laisse tomber 
;i terre », H ajoute le proverbe suivant : qwand i tone è mas', è 
may on magne ses Âsses », c'est-à-dire qui;, la saison étant retar- 



A. Thomas. Nouveaux essais de philologie française. Paris, i<)o.">. 



- 3i7 - 

dée, on est forcé en mai de manger les déchets d'abord dédaignés. 
A Liers. Le proverbe s'énonce ainsi: « qwand i tone è mas', H cinsi 
r'inagiie ses asses; en avri (_= qwand i tone en avri), i s' ré- 
fyouwit ». — Ce mot doit être identique à l'ail, aas, asz, pâture, 
« Viehfutter . aha. uz « repas », en général. 11 y a encore un 
autre aas, aha. as, qui signifie , appât, viande corrompue pour 
appâter ». ('es deux mots d'ailleurs se rapportent à essen, et les 
dicfc. ail. et flam. les confondent sons le même article. — Le sens 
de (c restes on déchets de repas » que donne Gggg. ne peut être 
un obstacle a cette filiation, car ce sens n'est qu'apparent : 
/•' tnagni ses âsses signifie simplement a remanger ses repas », 
façon énergique de dire « manger ce qui a échappé la première 
fois ». 

gaumais beuilli. 

Le g. beuilli, feni. bciiillite, qui ne nous est connu que par le 
dict. manuscrit de Mans, signifie c< bossue ». Nous ne savons s'il 
faut prononcer ill ou y. ni si ce participe passe a un verbe complet. 
11 doit être rattaché a l'ail. Heule, bosse, aha. biula, biilla, mha. 
billle, plutôt (pi'a la famille latine bitlla, bullire dont tous les 
dérivés ont o, ou en gaumais comme en wallon, à l'atone comme 
à la tonique (bouye; bouyète ou bouyote; bouyeter; boûre; bolant, 
g. boulant; boli, bouli; bolèye, g. boulie). 

hièbe du bon. 

Lezaack, Dict. des noms u>. des plantes des environs de Sj)a (dans 
Hull. de la Soc. de Litt. wall., t. 20 (i885), p. 1221 et 248), donne ce 
nom d'hièbe du bon pour la véronique officinale. Aucun commen- 
taire, le dict. de Lezaack n'étant d'ailleurs qu'une simple nomen- 
clature. Dans nos empiètes de flore populaire, nous n'avons nulle 
part retrouvé ce nom, ni du reste aucun nom pour désigner spé- 
cialement la véronique officinale. Depuis lors, M. l'abbé Bastin 
a retrouvé le nom à Faymonville-Weisines (Cf. Bull, de la Soc. de 
Litt. wall., t. 5o, (1909), p. 55o). Au reste, L'attribution pouvait 
avoir été faite légèrement sans que le mot devînt pour cela suspect. 
D'autre part, il ne semblait pas que bon pnt être l'adjectif fr. et 
\v. bon. Partant de là, nous avons cherché parmi les noms assignés 
aux diverses espèces du genre oeroniea, et nous sommes tombé 
sur le mot becabunga, qui désigne une espèce voisine, la véro- 
nique grasse des fossés et des ruisseaux. Ses tiges, qui sont cylin- 
driques, chose rare chez les scrophularinées, présentent souvent 



— 3i8 - 

des nodosités ou renflements à chaque entrenœud. Ce sont ces 
nodosités <| ue désigne le mot germ. bunge. Le mha. bunge, 
ulia. pungo, dit le Dict. de Weigand (5 e éd., col. i34), signifie 
Pflanzenknolle». Bécabunga est emprunté du néerl. becke-bunge, 
eu ail. bache-bunge (Diez, p. 47)» c.-à-d. « bung des fossés ». Nous 
croyons que le w. /><>/; représente ee mot germanique et que 
l'expression wallonne s'applique mieux à la veronica becabuhga. 
— Diez fait observer avec raison que le fr. bécabunga n'est, guère 
un mot français, qu'il a conservé la marque du latin des officines 
et n'est pas populaire. Si notre explication est exacte, la partie 
importante de ce mot aurait au moins vécu dans un coin de 
Wallonie, mais elle est détrônée par des désignations plus popu- 
laires, comme cresson, sàuadje cresson, cresson du dfvô, tripes 
dès pores. — .le ne crois pas que la bécabunga soit ainsi dénommée 
« wegen der Fruclitknôpi'chen », comme le dit Weigand. mais à 
cause des renflements très visibles de sa tige. 

#-. bore, bôrer, bôru ; w. beûre ; /'/•. bure, burin. 

Le dict. gaumais manuscrit de Maus nous donne encore boor, 
creux, et booré, creuser, que nous écririons bore, bôrer. Dasnoy 
a bore, terrier, et l'adjectif bôrru, « creux, (arbre) creux, (dent) 
creuse ». Liégeois, p. 100, définit bore « trou servant de retraite à 
certains animaux, particulièrement grenouilles, poissons, écre- 
visses »; il ajoute l'exemple « bore des fàyes, caverne des fées ». 
En wallon, Gggg. donne bor, bonr, tronc d'arbre, et Forir bôr, 
hangar, abri. — Il faut écarter le bor de <tu<;<;., qui doit être 
rattaché au celtique (?) bour de bourg-épine, bourgène ou bour- 
daine. Les autres formes sont apparentées à l'ail, bohren, percer, 
creuser, fl. booren, aha. borôn, mha. boni. C'est également l'ori- 
gine du liég. beûre, puits de mine, du fr. bure, du fr. burin. Seul 
le bôr de Forir semble assez éloigné au point de vue du sens. 
Mais, d'une part, il ne peut se rapporter au bas-allemand bord, 
franc, bord, forme féminine borde, cabane, qui serait en wallon 
Inverti; d'autre part, le prétendu hangar qu'il désigne peut être un 
simple trou creusé dans le schiste derrière la maison. 

w. bricelèt. 

Nous avons rencontré le mot bricelèt d'abord dans une vieille 

chanson verviétoise : « avou on bon brislet — po niète è vosse 

café», puis dans les A musettes de Michel Pire, excellent chan- 



- 3ig — 

soimier verviétois : « Fâie du brislet />o s' forer l' boke, - djèl 
régule du p'titès tchansons ». Ce mot, aujourd'hui peu connu ù 
Verviers, se retrouve sous une forme légèrement différente, dans 
Remacle et dans Lobet, deux lexicographes verviétois. Remacle 
(2 e éd., 1. 1, p. 259) définit breslet comme ceci : <c i° bracelet». (En ce 
cas l'étymologie est claire et l'auteur aurait dû écrire brècelèt) ; 
2" pâtisserie qui a la forme d'un bracelet et dont les Wallons 
doivent conserver le nom à cause de la ressemblance ». Lobet, 
de son côté, outre le sens de bracelet, donne aussi a breslet 
(p. 117) le sens de : « giniblette, petite pâtisserie dure et sèche en 
anneau sépare ». Le liégeois Forir, qui a soigneusement utilisé 
les œuvres de ses devanciers, néglige le second sens, comme 
inconnu à Liège. Grandgagnage, lui. a omis le mot dans son 
Dict. étym., sans doute parce que l'étymologie lui en semblait si 
évidente que le mot devenait sans intérêt a ses yeux. Il eût changé 
d'avis s'il avait connu la variante brislet et les suivantes. 

A la suite d'un premier article, d'aimables correspondants nous 
ont signalé l'existence du mot sur d'autres points de la Wallonie 
et à l'étranger. M. Henri Angenot, bibliothécaire de la ville de 
Verviers, a noté la prononciation brislet à Soiron, breslet à Cler- 
mont (pays de Hervé). A Soiron, il s'agit d'un gâteau qui peut 
affecter diverses formes : il ressemble à un (' dont les deux extré- 
mités seraient recourbées jusqu'au dos de la lettre, de manière à 
composer deux anneaux irréguliers ; on bien le cordon de pâte a 
été replié en un seul anneau dont les extrémités sont croisées l'une 
sur l'autre et débordent en croix; ou enfin c'est un simple rec- 
tangle de pâte A Clermont, le brislet n'est plus qu'un vulgaire 
gâteau rectangulaire, de vingt centimètres sur quinze, a sez épais, 
vendu quinze centimes ("est la pâtisserie qu'on offre au « café » 
des funérailles. D'après M. le D r Randaxhe, à Thimister, non 
loin de Clermont, ce gâteau s'appelle brice. M. Eugène Monseur, 
professeur â l'Université de Bruxelles, nous signale pour Hervé 
la forme briksèl et ajoute que cette pâtisserie est un gâteau con- 
tourné en 8. A Malmedy, d'après mon collègue Joseph Boyens, 
le mot est britsèl. C'est aussi la prononciation que nous donne 
M. l'abbé Pietkin, curé de Sourbrodt. Voilà déjà une liste respec- 
table de variantes dialectales dont l'ensemble n'est point favorable 
;i l'étymologie suggérée par Remacle et par Lobet. 

Poursuivons notre enquête en pays étranger. A Eûpen, d'après 
l'excellent petit Worterbuch (1er Eupener Spruche de MM. Tonnar 
et Evers (Eupen, 1899, p. 27), il existe un substantif bretzel, 



— Ô20 — 

féminin, (é intermédiaire entre e el i d'après l' Introduction, p. 5), 
el un verbe brêtzele, qui est traduit par Snôrkel maçhen, décrire 
des crochets, des lacets. - En feuilletant, par amour du folklore, 
un petit livre de dist riblltion de prix ('), nous avons trouvé la note 
suivante : bretzelle [à Stuttgart] est un « petit gâteau sec en forme 
île huit évase par le haut ». Ne cherchons pas comment l'auteur, 
dans un gâteau de cette forme, distingue le haut et le bas, mais 
constatons que l'identité d'objet avec notre bricelet est incontes- 
table. Partant de là, nous avons découvert le même terme allemand 
dans les dictionnaires de Mozin, Rottek, Sanders, Sachs- Villate. 
Rottek l'écrit brâzel, Mozin brâtsel, bretsel, brezel, Sanders brêzel. 
Nous avons comparé les définitions. Mozin dit : « diurnes hartes 
Backwerck, in (Jestalt zweier ineinander verschlungener Ringe, 
craquelin ». Sanders, 1, 21^, est plus explicite encore : « Gebiick 
ans weissem Mehl, in Gestalt zweier in einander geschlungener 
Arme, oder eines in einem doppelten Ring zusammengelegten 
Stricks », (deux bras entrelacés, ou une corde disposée en double 
anneau). Sanders note encore que, à la plupart des devantures de 
boulanger, se trouve une brezel peinte, soutenue par deux lions ; 
que, dans la forme de cette pâtisserie, on voit une allusion aux 
liens du Christ. Les romans d'Erckmann-Chatrian men- 

tionnent souvent les bretzel d'Alsace parmi les mets traditionnels 
de ce pays. — D'après Tandel, Communes luxembourgeoises, 
t. II, p. 47» à Luxembourg, le premier dimanche de Carême, les 
jeunes gens qui se sont mariés dans l'année envoient à tous leurs 
parents et amis une sorte de pâtisserie en forme de w fermé par 
le haut ou de 8 renversé(co ), bien connue dans cette région et en 
Alsace sous le nom de bretzel. — M. Monseur a, d'autre part, 
retrouvé notre bricelet assez loin d'ici, à Vevey sur le lac Léman. 
C'est, dit-il, un biscuit très mince, très sec, assez dur, carré, d'en- 
viron cinq centimètres de côté, portant en anneau l'inscription : 

BRICELET DE VEVEY. 

Si on pouvait déterminer le symbolisme primitif de cet humble 
petil craquelin, on arriverait facilement de l'origine de la chose a 
l'origine du mot. Mais quelle variété d'interprétations! D'un côté on 
rapporte que ce mets sert au repas des funérailles, de l'autre c'est 
un préseni que les mariés de l'année envoient au début du carême 



La Grotte merveilleuse suivie de Le premier voyage de Cordula, deux 
nouvelles d'Ottilie Wildermuth, traduites par Em. Tandel : Bruxelles. 
m. Collection nationale). Cl', p. 76. 



— 321 — 

à leurs parents et amis; tantôt il représente des bras entrelacés, 
tantôt les liens dont on a enchaîné le Messie. Un auteur allemand, 
D 1 ' Paul Kleinpaul, Deutsches Fremdwôrterbuch, voit dans la 
brezel la représentation d'un bracelet. Les bracelets accompagnent 
les morts dans le tombeau : les brezel en sont le symbole et se rap- 
portent au temps de carême et an culte des morts '). Voilà un 
joli problème de folklore religieux pour mon ami Eugène Monseur, 
spécialiste en cette matière; quant à moi, je suis forcé de me 
contenter d'une remarque sur la forme du bricelet. Il semble bien 
que la forme carrée n'est pas primitive et que le biscuit de Vevey 
avec son inscription en cercle représente l'intermédiaire entre les 
formes en anneau et celles en rectangle dont nous avons parlé. 
Mais le gâteau primitif est-il en deux anneaux ou en un seul, nous 
ne saurions le dire, et nous sommes obligé d'aborder le problème 
étymologique avec cette indétermination de sens. 

Les lexicographes allemands donnent comme étymologie de 
brezel l'italien bracello. En effet, on trouve en italien : bracciello, 
sorte de craquelin: bracciatello, « sorte de gâteau fait de fleur de 
farine paîtrie avec des œufs, fait en cercle, brasselet de pâte » 
(Veneroni, Dict. ital. -franc., 1710). Mais cette concordance ne 
prouve pas encore que le terme allemand vient de l'italien et 
les formes wallonnes de l'allemand. On peut tout aussi bien 
songer au latin bracel lus, qui est dans Du ('ange avec le double 
sens de bracelet et de gâteau et qui a l'avantage de ne pas déter- 
miner avant examen le lieu de l'emprunt. L'ancien-français nous 
offre bracel seulement avec le sens de bracelet, mais il y a un 
doublet dialectal bresseau dans Godefroid qui est défini « sorte 
de pâtisserie ». Entre bresseau et bracel il y a cette différence que 
l'a de brachium est transformé en è comme dans le wallon 
brès', brès, mais le français connaît aussi e dans bressin, variante 
brécin, dérivé de bras. Rien n'empêche d'identifier bresseau à 
bracel par un intermédiaire *breeel. 

L'enquête semble donc nous ramener au point de départ. Cepen- 
dant elle permet de constater que le problème n'est pas aussi 
simple qu'on aurait pu le croire. D'où viennent nos variantes 
wallonnes, qui sont toutes de la frontière linguistique? S'il n'y 
avait que brècelèi, on en ferait un dérivé de brècel diminutif de 
brès'; mais bricelet semble bien influencé par les formes alle- 



(!) Connu, de M. Paul Scharff. 



— 322 — 

mandes, britsèl de la Wallonie prussienne est franchement alle- 
mand, le liervien briksèl est une déformation de britsèl; reste 
brice, auquel on trouve des correspondants germaniques dans les 
formes plus simples breze, brctz que donne WEIGAND. 

Les faits concordenl si bien de la sorte que nous écartons 
d'autres étymologies, pourtant séduisantes, proposées par deux 
de nos correspondants. L'un suggère Brod + le 1 suffixe sel de 
Wechsel, et, quant à la voyelle, il la voit se transformer comme 
dans Brôdchen on dans l'anglais bread. L'autre explique britsèl 
par ]> re t i o 1 n ni : dans les anciennes écoles de couvent, dit-il, on 
donnait comme « prix » aux enfants des pâtisseries qui avaient 
souvent la forme de lettres de l'alphabet. De là l'expression cou- 
rante : c< Er will sieh einen Bretzel verdienen », il veut se faire 
bien voir, il l'ait des dénonciations ou des platitudes pour avoir 
une bretzel en récompense. Le Wôrterbuch (1er Elberfelder Mun- 
dart récemment paru (Elberfeld, 1910) a un verbe brétzeln qui 
correspond au néerlandais brijzelen, réduire en miettes, usité 
seulemenl dans cette expression : « dann lot eck meck brétzeln », 
icli lasse midi totschlagen. Nous renonçons à discuter ces trois 
hypothèses pour ne pas allonger cet article outre mesure, mais 
combien nous voilà loin de la sérénité de Remacle et de Lobet! 

brosder et broster ; brosse ; broussin ; breûsse, breusti. 

En note d'un article sur le w. crètelê, dans \a,Zeitschrift fur franz. 
Spr. uiul Litt., 1907, Abhandl. p. 287, M. Behrens est amené à 
citer une phrase de Grggg., II, 562, ine erète di mitches po brosder 
sètehes, et demande un éclaircissement sur brosder. Ce mot peut 
se traduire ici par ((grignoter». Il se dissimule dans le Dict. étym. 
sous la forme broster (I, 80). En deux autres endroits (I, 338 et II, 
p. xv), Gggg. note que broster est une forme namuroise et brosder 
une forme liégeoise, et cela concorde avec ce qu'on trouve dans 
Forir et dans Pirsoul. — Ce mot est le verbe correspondant au 
substantif brosse très usité en Ardenne : aler kî dol brosse po les 
gades, aller chercher de la brousse pour les chèvres, c'est-à-dire 
■mimités de jeunes branches, parties tendres que les chè- 
vres mangent avec avidité. À Tellin, brossegade sert à désigner 
la spirœa ulmaria. — Je suis étonné de ne pas trouver « brousse » 
ans le Dict.gén., alors que des voyageurs et des écrivains ont 
isécenora pour désigner les halliers africains. Je suis 
'tonne encore d'y voir la brosse à brosser confondue avec la 
"Miter. Ce dernier sens n'est indiqué qu'à la fin de l'ar- 



— )2.î — 

ticle, comme un sens analogique de l'autre et vieilli. Vieilli, peu 
nous importe ; mais analogique, il y a lieu de protester. Enfin 
notre brosse se dissimule encore sous la forme brout, anc. franc. 
brost, jeunes pousses des arbres au printemps. Le fr. brouter 
venant du germ. bruston, j'en conclus que broster est en w. la 
tonne correcte et que brosder a changé le / en d sous l'influence 
de brosder = broder. - Le \v. et fr. brosse est-il une forme fém. 
de broust dans laquelle st s'est réduit à ss, comme dans crosse 
(croûte), gos' (goût)? Si, pour s'en assurer, on rassemble les mots 
prétendument de même origine, on s'apercevra bientôt que, dans 
ce cas-ci, deux familles de mots ont dû se rencontrer et s'entre- 
croiser. Le latin du moyen âge fabriqué d'après les formes popu- 
laires existantes donne brossa, brossia, broça,brocellum, brocaria, 
brocare : puis bruscale, bruscia, bruscus ; puis brustia, brustio, 
brustum. Ainsi le rouchi bruscale (broussailles), que donne Gggg., 
et l'anc. fr. bresque, que cite Du ('., le fr. broussin, broissin, sont 
apparentes au latin bruscum (broussin d'érable). Mais en présence 
de brustio « duinet uni. minor boscus », de brustum «le broust, 
pastio animaliuin, bine brouster », nous concluons que le \v. brosse 
représente un type bas-latin brusta et que la première série en «s 
et eu ç n'est qu'une reproduction grossière des formes dialectales. 
— Quant au franc, brosse et brosser, le picard brouesse et le w. 
breûsse montrent (pie c'est un tout autre mot. On le fait venir du 
germ. burstja, aha. bursta, ail. borste, t.. qui signifie cheveu raide, 
soie. Le t en effet se ravive dans le w. breùsti que donne seul 
Lobet iv" breusseti), où la brève -ij prouve qu'on n'a pas affaire a 
un dérive en -eter, mais a un verbe en -tir tiré d'infinitif germa- 
nique en -tjan. 

w. cabossî. 

Le franc, et wall. cabosser, cabossi en gaumais, signifie bossuer, 
couvrir de bosses. Mais on trouve dans Bormans, Tanneurs, p. 
36o et 3;2, un autre verbe cabossi, enlever les émouchets, châtrer, 
émasculer. Ce sens ne cadre guère avec celui de cabosser qui pré- 
cède. Je suis persuadé que ce mot vient par déformation de sca- 
bossi, c'est-à-dire du préfixe ex + cabossi. La peau brute que doit 
travailler le tanneur est toute « cabossée » ; il s'agit de l'eac-cabos- 
ser. Je n'avance pas cette disparition de s initiale devant c sans 
argument : cramer, écrémer, est déformé de la même façon, et il 
y en a d'autres. ( l ) Au reste, ce qui est encore plus probant, la 



( l ) Cl', ci-après, article consîre, p. 'ô-2~. 



— 324 — 

forme scabossi existe à Marilles (Brabant), habossi à Huy, etc., 
hanbossî à Jupille, avec h résultat naturel et ordinaire deexc-, au 
sens de décolleter les betteraves, en rabattre les cimes ; puis ces 
formes régulières sont remplacées par cabossî à Cras-Avernas, 
Noduwez, Pellaiues, c'est-à-dire à l'ouest <le Liège et dans la par- 
tie adjacente du Brabant. Voyez Bull, du Dict., 5 e année (1910), 
l>. M, v" abossî. 

w. caca-laids-oûys. 

C(!i te forme caca-laids-oûys est donnée par Pirsoul, Dict. 
namurois, 1, 91. Elle n'a rien de logique, et sa singularité néces- 
site une explication. 

<;< 1. 96, a un article « caiz ouiez. bigle, myope, vue mau- 
vaise •>. Mais il parle d'après autrui, Dejardin et Simonon ; il ne 
connaît pas le moi par lui-même. De là sa graphie caiz, qu'il faut 
prononcer câyîs, cl qui est de la même origine que le franc, cailler. 
D'ailleurs Gggg. connaît le verbe câiî (prononcez câyî), se couvrir 
de chassie, et dicâiî, qu'il traduit par déchassier, décrotter. Cette 
traduction est erronée, car dé- signifie en ce cas : de haut en bas, 
complètement, et des yeux dicâyîs (namurois discauyis) sont des 
y.-ux tout chassieux. 11 est vrai que le même verbe pourrait signi- 
fier, par le second sens de di, dé, se décrotter les yeux. Gggg. a 
rectifie au mot dicâiî, I, p. 167, où il dit que le sens habituel du 
participe passé dicâyi est « gâté par la chassie, de là chassieux ». 

Nous pouvons maintenant en revenir à l'expression namuroise 
inscrite au début. Il semble que, à côté de câyî et dicâyi, il a 
existé un participe cacâyî ou cacàyé, avec préfixe ca-, qui a servi 
a créer une expression cacayés-oûys, ou plutôt, avec // mouillé 
antérieur, cacaillés-oûys. C'est cette forme qui, par étymologie 
populaire, a pu devenir caca-laids-oûys. 

gaumais calôgne. 

Liégeois, Lex. gaumet, p. 29, définit ce mot par « personne non- 
chalante » et fournit l'expression ène grande calôgne. C'est en 
•Net uniquement comme injurequele mot estemployé aujourd'hui. 
1 combien ces mots du dictionnaire poissard ont laissé 
s'oblitérer leur sens primitif. Il n'est donc pas du tout certain que 
a lôgne signifiai i jadis nonchalante. Faisons appel à l'étymologie. 
s gaumais donnant ô pour or devant consonne (ex. bôgne, 
!<■. m bôgne clô, ardennais on bwagne elù), je rétablis la forme 
<- calorgne. Or calorgne a des parents ailleurs : en nor- 



J2D 



mand catougnard, louche, en une. !i\ calorgne, qui n'a qu'un œil. 
Le mot est composé de la prétendue particule péjorative ca e\ de 
lorgne, louche, d'origine inconnue, w. Iwègne, Iwagne. Le scn> 
noté par M. Liégeois se rapporte à l'adj. grande autant qu'au 
subst. calôgne : il évoque l'image d'une grande femme lourde qui 
s'attarde à lorgner tantôt à droite, tantôt à gauche. 

w. chèrbin, hèrvê ; f'r. escarbille. 

Chèrbins, m. pi., à Laroche (Lux.), signifie tas de tessons, 
d'écaillés, débris de vase ; hèrbin, m., à Sprimont (Liège), désigne 
L'ardoise grossière dont on se sert encore en Ardenne pour taire 
des toitures économiques ; /erbin à Stavelot signifie à la fois, 
suivant le dict. ms. de Detrixhe, tesson et grande ardoise de toi- 
ture. — Guuu. ne connaissait que hèrvê, tèt, tesson, qui existe en 
liégeois et en verviétois. 

On ne peut douter que chèrbin ne représente l'ail. Scherben, 
tesson ; quand à hèrvê, comme b germanique, précédé d'une con- 
sonne ne donne pas v en roman, il ne semble pas issu directement 
de la variante scherbel, il vaut mieux le considérer comme un 
diminutif de la forme dialectale schârv constatée à Eupen (Tonnar 
et Lvers, Wôrt. (1er Eupener Spr., p. i65). — Malgré le Dict. gén., 
je suis tenté d'assigner la même origine au fr. escarbille. Ce serait 
plus simple : cela dispenserait de postuler en français la conser- 
vation de se à la mode du rouchi, dans un mot qu'on fait venir du 
latin carbonem, sans se préoccuper d'autre part de la suppression 
insolite de la finale on. 

w. cirion, claus d' cirion. 

Dans le t. XVIII de Wallonia. p. i3i, M. Alph. Maréchal 
demande ce que signifie clan de Sirion qu'il a trouvé dans un 
couplet du chansonnier namurois Lagrange. Sans connaître l'ex- 
pression par d'autres voies, je pense qu'il faut écrire cirion et 
non sirion, ou encore Sirion comme nom propre; que les clous 
de cirion sont les larmes tombant ou plutôt coulant de cierges 
allumés à l'église. 

Il faut savoir, quant au fond, que les larmes des cierges bénits, 
du cierge pascal notamment, étaient réputées pour la guérison 
de divers maux et maléfices. En ce qui concerne le mot, cirion 
paraît bien être de la même racine que le français cire et 
cierge. Cire vient de cera, cierge de cereum (de cire. 



— 3u<> - 

adjectif) : noire cirion diffère par le suffixe. Ou y distingue d'abord 
m, suffixe -on (mii bien connu; mais d'où vient 1'/' qui précède -ont 
Comme un primitif "cereonein aurait donné ciri/on, il l'aul 
admettre que cel i provient d'un suffixe diminutif qui est en latin 
-ili-, en français -ill-, lequel en wallon se réduit à y (écrit i 
après consonne). Exemples français : tourbillon, corbillon, 
moinillon, cendrillon, grésillon, Ancillon; wallons : toii- 
bion, vôtion, dwèmion, niguion, ôbion ou âbioh, cramion, hoû- 
bion, brôdion, roudion, wandion, hûfion, troufion, ohion, nokion, 
ploumion, hayon, poyon,grusion, pètion, awyon, sàvion,bawyon, 

fyowyon. 

Ces mots en -ion désignent un objet qui est le diminutif d'un 
autre. s«>it parce qu'il est plus jeune (poyon), soit parce qu'il est 
plus petit {ohion, fyowyon, nokion), soit parce qu'il est un frag- 
ment de la (diose totale (hayon, ploumion, troufion). Quelquefois 
il est possible d'attribuer deux sens au même mot : ploumion est 
une petite plume ou un fragment de plume; Ancion est un petit 
Anse ou un jeune Anse (Anselme); mais d'ordinaire, en ce cas, 
les deux sens coïncident presque et se confondent. 

.l'estime donc (pie cirion doit être expliqué comme troufion 
(petit fragment de troufe, tourbe) : cirion est une « petite cire» 
dans le sens de fragment de cire ('). 

clintch-bowe. 

Le supplément du Dict.étym.de Grandgagnage (II, 5n) contient 
l'article suivant : « cl i n ge-bo w e , Malm. (jower a cl. : jower a/ 
luis/ = jouer au bâtonnet) Sim. 2, mél. ». Cet article nous fournit 
un nom particulier du jeu bien connu des bâtonnets, appelé jadis 
en français jeu de la briche (Cf. briche dans Goi>.), appelé en 
wallon brisse, cherat, cayèt burnè (Cambresier), tchùl, kinî- 
kinaye, bâdèt (Delaite, Gloss. des jeux wallons). Celui-ci vient 
de clintch, gauche, fr. esclenc, et de l'indic. prés, du verbe 
bawî, regarder de côté, lorgner, épier, ard. bawyer. La forme 
bowe est étonnante, mais je la connais d'autre part dans une 
vieille chanson du pays de Hervé : ci ^>rand lourdaud qui m' louke, 
qui m' bowe, ci grand lourdaud qui m' louke todis... 



n<'|>uis la rédaction de cette note, nous avons retrouvé un mot presque 

identique eu rouchi. Vermessk a a chiron, cierge ». et il cite un exemple de 

un ON, L's épistoles kaimberlotes (= de Cambrai), p. °.i>. que voici. 

sauf l'orthographe : « Qu' Noter-Dame d' bon-S'cours nos perde (nous prenne) 

tous deûs in compassion : /" li aleume in chiron uni bout de cierge) ». 



— 327 — 



consire. 



Dans le Projet de Dictionnaire général de la langue wallonne, 
il y a un article consacré à un mot rare, consire, d'origine incon- 
nue, qui est défini provisoirement « place où le vent amoncelle la 
neige ». On y hasardait comme étymologie une forme *consi- 
daria. M. Antoine Thomas, le maître français, auteur des Essais 
et des Nouveaux essais de Philologie française, dans le compte 
rendu qu'il lit du Projet de Dict. ('), proposa *congeria pour 
congeries. Sans être partisan île *considaria, qui ne s'appuie 
pas sur un substantif antérieur, il nie semblait d'autre part que 
'"cou ge ri a ne couvrait pas les formes précisément les plus 
importantes du mot wallon. Il fallait donc maintenir ce terme en 
observation. 

La difficulté de fixer l'étymologie de consire provient de deux 
causes : absence de formes comparatives extra-wallonnes, igno- 
rance du sens exact. Quanl au sens, les exemples recueillis font 
hésiter entre « amas de neige » et « fondrière remplie de neige ». 
Cependant, puisque le mot consire a besoin d'un complément qui 
signifie « de neige », c'est un signe «pie l'idée de neige n'est pas 
inhérente à ce mot; mais rien ne nous dit s'il implique l'idée du 
contenu, l'amoncellement, l'amas, soit en hauteur, soit en profon- 
deur, ou l'idée du contenant, la fondrière. Le sens exact ne sera 
donc déterminé que par L'étymologie, et c'est la question phoné- 
tique qu'il faut examiner d'abord. 

Dans la mémoire des hommes, les traits d'un mot peu employé 
risquent de s'atténuer et d'être infidèlement reproduits. 11 faut 
donc déterminer la forme la mieux conservée. L'article du Projet 
nous enseigne que consire est généralement usité dans la province 
de Liège, la Prusse wallonne, l'Ardenne. Si l'on trouve côssi à 
Dison-lez-Verviers, c'est par dénasalisation de on et par réduction 
de ire à -i comme dans fowi, fondri, brouwi, goti (l'oyèr-e, fon- 
drière, bruyère, gouttière). Les formes en -ière qu'on trouve dans 
la zone voisine du patois gaumais achèvent de montrer à l'évi- 
dence que le suffixe de notre mot est le latin -aria, fr. -ière. — 
A la place des consonnes fortes c et s, on trouve parfois les douces 
g et z, ensemble ou séparément. C'est une déformation à écarter, 
car la régression de la faible à la forte est rare : fèrou, qu'on ren- 
contre çà et là pour vèrou, est influencé par fier (fer). — an de 



(') Romania, janvier 1905. 



— 3a8 — 

ganeière à Neufchâteau est une transformât ion de on fréquente 
en gauiuais el en chestrolais, où tnancé correspond à monceau, 
fanténe à fontaine, Ranpancé à Romponcel (rond-ponceau), com- 
mune de Jamoigne. — An sud-est, à Porcheresse, Malvoisin, 
Gedinne [ l ), c'est sconsîre qui est employé : cne suconsîre, dès 
sconsîres du nîve. Cette s initiale fait partie de la racine ou pro- 
vient d'un préfixe. Or, dans les deux essais d'étymologie pré- 
rappelés, «>n est parti de la forme consîre. Mais si, par hasard, 
cette forme esl le résultat d'une apocope de s, c'est en vain qu'on 
cherchera une famille à consîre. Il est donc plus sûr, dans nos 
recherches, de partir de sconsîre, dont Ys ne peut être une super- 
fétation. 

Si nous sommes bien orientés, le problème revient à chercher 
dans l'ancien français ou dans d'autres dialectes voisins des 
tiares d'un mot sconsière ou plutôt esconsière. Or nous trouvons 
tout de suite esconser, se cacher, dans les expressions so/ei7 
esconsant, li solaus est esconsés (Perceval); puis esconserie, action 
de celer qqch. ; esconsail, abri où l'on peut se cacher; esconse, 
dans le sens spécial de lanterne sourde. C'est évidemment le par- 
ticipe *escons, f. esconse, du latin abseonsus (caché), qui a 
donné le jour à ces divers mots. Au reste, esconser n'est pas mort : 
encore aujourd'hui, dans la Bresse, « soleil couchant » se dit selô 
yconsiant ou /cousant f 2 ), et le verbe yconsier ou yconser signifie 
disparaître, se cacher, en parlant des astres (') Delmotte, 
Glossaire wallon, t. 1, p. i55, enregistre la forme montoise solaus 
cousant, inconnue à Sigart, où cousant semble avoir perdu l'.s 
comme consîre. Notre sconsîre-consire apparaît si bien dans sa 
famille au milieu de tous ces mots que nous croyons en avoir 
trouve l'origine, si tout peut s'arranger au point de vue de la 
phonétique et de la signification. 

La difficulté n'est pas de rattacher sconsîre au latin abseonsus, 
c'esl de faire accepter que sconsîre-consire existe avec ces étranges 
initiales dans une région où l'on prononce choùter-hoùter (ascol- 
tarej . 11 n'y a, pour se-, heureusement, qu'à mieux examiner les 
faits. Oui, il est vrai, l'ardennais et le namurois disent chaîne, 



Localités des provinces de N'anuir et de Luxembourg, au N. de la 
Rémois, à l'E. «le Fumay. 

Nous figurons par un y grec la consonne qui correspond au ch alle- 
mand de ich. 

I. Hingre, Voc. ,/u putois de la Bresse (Vosges^, dans Bulletin de la Soc. 
philomatique vosgienne, XXXII e année, 1907, p. 86. 



- 3ag 



chaper, chârder ou chaurder, chète, cheûre, chôpier ou chôpi, 
choûter, chooer, chnme ou ehoiune, ruais a-t-ou dressé en regard 
la liste des mots en sc-1 II y a moins de se- dans l'ardennais, mais 
beaucoup dans le namurois, qui, en cela, tend la main au rouchi et 
dont on peut dire qu'il connaît à dose égale les deux traitements. 
Les exemples suivants le montreront à suffisance : 



Namurois. 

scadia (bassin à beurre) 

scafia (cosse, gousse) 

scafi (écosser) 

scafiote (gousse) 

scamia (à Meux, escabeau) 

scaye (ardoise) et ses composés 

scayon et chayon (écbelon) 

seau f ion (gousse) 

se augne (écale) 

seauyi (se fendre outre mesure) 

sclauchî (claquer) 

skète et chète (éclat de bois) 

sclide (traîneau) 

scot (écot) 

scochi (ébraneber) 

scwèle (écuelle) 

sewarner (écorner) 

scoriye (écourgée) 

scorion (lanière) 

scotia (gousse) 

scramer (écrémer) 

scrabîye (escarbille) 

scrèper (racler) 

serôles (copeaux) 

scroter (ex-crotter) 

scru-fièr (fonte) 

scùre (ex-cuire) 

squére (équerre) 



Ardennais. 

chàfe (écale) 

scafier (écosser, dépenser) 

ehafiote, seafiote et cafiote 

chaîne 

chaye 

chayon 



châyer 

chlaquer 

chète 

scliyon 

scot 

scocher 

chète 

chivarner 

score y e 

scorion 

cramer 



croies 

scroter 

crou-fièr 



La chute de Vs initiale est un accident dont on a des exemples 
dans larégion qui nous intéresse ici. Legaumais dit keume (écume, 
aha. scîlm), kieiile (scutella), cotchreuy (écorebeur), coûter 
(écouter), couchû ( an e. -franc, escourçuel, tablier), cuvian et cuvir 



— 33o - 

écouvillon, écouvillonner) ; le messin a cwéle (écuelle), côrchous 
écorcheur, ronchons (écosses); bien que d'ordinaire ils conver- 
ti se- en ch- i 1 ). Dans le nord-wallon, c'est // qui correspond 
au c/< de l'ardennais et du gaumais. (Jne forme en c est la forme 
simple, une forme corrélative en h est composée : clore signifie 
clore, mais hlàre éclore; cron signifie cru, mais hrou écru ; crouler 
signifie tamiser, mais hroûler l'aire sortir en tamisant. Un examen 
approfondi ue fail que diminuer le nombre des cas supposés 
d'abord exceptionnels. Ainsi corîhe, que nous croyions être a 
priori une déformation de scorihe, en face du namurois scoriyé, 
de l'ardennais scorèye et du français écourgée, correspond plutôt 
en réalité à l'anc. -franc, corgèeei n'a probablement pas le préfixe. 
D'une liste provisoire d'exceptions dressée pour montrer s dispa 
rue laissant à nu le r, il nous reste trois ou quatre mots : 

i. carcèle Rem., l'r. escarcelle, de l'adj. esebars. Le mot est 
boni à fail d'emprunt et la déformation purement individuelle. 
Carcèle ne peut pas compter comme mot wallon. 

■j. cramer, fr. écrémer; cramèù, fr. écrémeur. drainé lèssê ne 
signifie pas •■ lait crémé, couvert de crème », mais « lait écrémé ». 
Le -impie a-t-il remplacé un hramé qui a disparu comme trop 
difficile a prononcer? 

"-.. calbote, barbote, nam. scarbote, compartiment. 

j. clintch, gauche, qui nous paraît un simple doublet de hlintch, 
anc.-franç. esclenc, de l'ancien francique slink, ail. link. Com- 
parez sclinbwagne à Marche (qui lorgne de travers) et clitchepate 
.1 Laroche (gaucher). J'écarte le composé mha. gelink. 

5. cabossi, scabossî, habossi, étudié ci-dessus, p. 323. 

ii. Enfin il y a le solaus consant rappelé tantôt, du montois 
Di i motte, sans correspondant connu en wallon. 

Si on a répugnance à joindre consîre à cette liste comme ayant 
perdu l's, il reste encore une ressource. On trouve dans Du Cange 
le doublet consa à cote de sconsa et esconsa (lanterne sourde). On 

! "''.lit donc s'autoriser de consa pour imaginer un participe 

-latin consus sans préfixe abs-, et un verbe anc.-franç. ' cotiser 
nnsicr. Notre consîre serait alors un mot simple régulière- 

ent formé à côté du composé sconsîre. Pourtant, si j'ai le droit 



urra trouver d'autres exemples dans notre Phonétique du gaumais 
comparés, §8a (dans le Bull, de la Soc. liég. de Litt. walt., t. 3;). 
imer de ce paragraphe l'exemple messin h coué, «jiii doit être 
rappon avec le gaumais ;i chuay, à l'essui, de exsugare. 



— 33i — 

d'exprimer une appréciation, au risque qu'elle soit entachée de 
subjectivisme, je dirai que consa et consire m 'apparaissent comme 
des formes isolées qui ont perdu Vs initiale. 

Il est temps d'arriver au sens. Du Gange ne cite pour esconsc 
qu'un sens tout spécial, lanterne sourde; mais il est évident que 
absconsa : esconse a dû signifier, en général, comme participe 
passé : caché, comme substantif : chose cachée, dérobée 
aux yeux, puisque c'est de là que provient le verbe esconser 
qui a, lui, une signification générale. Notre sconsîre a un suffixe 
-ire désignant l'endroit ou l'objet contenant; il signifie donc : le 
lieu aux absconsa. Mais le mot absconsa, choses cachées, peut 
être pris dans deux sens qu'il importe de démêler ici. Le soleil 
descendu sous l'horizon est un absconsum, une chose cachée, 
dérobée aux yeux; mais le fond où il semble être descendu est 
aussi un absconsum Ce fond est l'invisible, l'abîme, l'inaccessible. 
Plus vulgairement on peut donner le même nom à une fosse, a un 
trou que la mousse ou la bruyère dissimulent dans la fagne, à 
toute cavité que la neige comble en hiver. Bref, sconsîre est -il 
l'endroit aux neiges dissimulées ou l'endroit aux trous dissimulés 
par la neige? Forcé de choisir, il nous semble que ce sont les 
cavités ou la hauteur des neiges qui sont dissimulées, non la neige 
elle-même; sconsîre est à nos yeux le réceptacle aux cavités dissi- 
mulées et traîtresses. Le meilleur synonyme serait fondrière, mais 
fondrière connote l'idée d'affaissements, sconsire l'idée de 
fonds que la neige remplit et partant dissimule. Lorsque le vent 
nivelle la neige (iviler), celle-ci comble les fosses, et le marcheur, 
incapable de distinguer les inégalités du fond sous cette belle 
surface unie, va s'enliser dans quelque mauvais trou. 

On peut donc maintenant préciser le sens du mot : i° Il ne s'agit 
pas d'amas de neige en hauteur, mais en profondeur; 2° Notre 
mot ne désigne pas proprement le contenu : la neige entassée, 
mais le contenant; 3° Le contenant ne peut être un talus, un 
rebord (hoûrlê), mais un creux, soit ravin ou fondrière, soit simple 
fossé le long de la route. Les autres significations, que nous ne 
songeons pas à nier, sont obtenues par extension. 

franc, crayer. 

Le Dict. gén. donne un subst. masc. crayer, qui est un terme 
technique pour désigner la v cendre de charbon vitrifiée par un 
feu ardent ». 11 le présente comme d'origine incertaine et, toute- 
fois, propose dubitativement craie. Mais le wallon possède dans 



- 332 — 

le Maman; '! le Namur le moi craya, dans les deux provinces de 
l'Esl crahè, qui signifient braise éteinte, charbon de bois, par 
extension scories. Ces deux mots sont de simples variantes, 
■ lunt la terminaison liégeoise -ê et la terminaison namuroise -ia 
dénoncent un diminutif en -ellum. Le h germanique, très percep- 
tible en liégeois, s'affaiblit ou disparait en namurois et peut être 
remplacé par y euphonique. Le wallon a encore crayi, se cliar- 
bonner, en namurois; crahelî en verviétois, marchand qui allait 
vendre du charbon transporté à dos de cheval dans les villages; 
crayon en Hainaut (Sigart, i35) houille vitrifiée, mâchefer. Donc 
pour le français crayer, la sémantique milite en faveur d'une 
origine wallonne. Ce mot est un collectif formé comme pailler, tas 
de paille, poussier, bourbier, cendrier. Il a probablement été pris 
à la langue populaire et utilisé par les ingénieurs de charbonnages 
du Nord dans leurs rapports et autres écrits technologiques. 

w. dizi, d'zi. 

Dizi est enregistré par Gggg. sans étymologie (I, 178). C'est le 
nom de l'orvet commun, anguis fragilis; par extension, il est 
quelquefois don né au lézard (Defrecheux, Voc. des noms wal. d'ani- 
maux, 3 e éd., p. 57). Ce mot étant particulier au Nord-wal., c'est 
dans le domaine germanique qu'il faut en rechercher l'origine. Or 
le flamand donne hagedis, lézard, l'ail. Eidechse, aha. egidëhsa, 
mha. eg'edëhse. Quelle (pie soit la valeur du premier composant 
egi-, hage-, nous n'hésitons pas à identifier le \v. dizi avec dëhse. 

djâwan. 

M. Jos. Marichal, deWeismes, nous a transmis ce mot fyàwan 

avec le sens de « l'autre jour ». M. l'abbé J. Bastin l'a inséré dans 

son Vocab. de Faymonville, p. 14 (= Bull, de la Soc. de Litt, wall., 

'• L, p. 546). Mot rare et ancien, survivant au-delà des Fagnes, où 

a conservé tant de termes curieux; nous ne l'avons jamais 

utendu en A.rdenne, ni en pays gaumais, ni nulle part dans la 

province de Liège. Autant qu'on peut en juger sans autre forme 

tive, nous y voyons une locution adverbiale composée de 

deux mots. 

premier sérail fya, latin jam, français ja dans jadis, jamais, 
retrouve à Stavelot, par exemple, dans des phrases 
x n'iriz fya, i n' sâreût fya, où il n'est pas nécessaire de 
voir dans //.•, une réduction de d'fya, dètya. 



- 333 - 

Le second élément est plus problématique. Avant, qui s'offre 
tout d'abord à la pensée, doit être rejeté, par deux raisons. Pour- 
quoi le v de avant, eu admettant même que la phonétique du 
wallon connût ce changement, se serait-il modifié en w dans le 
composé t/awant'i D'autre part, pour marquer l'antériorité dans 
le temps, le wallon n'emploie pas avant, mais clivant : divant-z-ir 
(avant-hier), a-d'uant-z-îr (ard., même si g n.), diuant qwatre eûres. 
Avant signifie « profond, profondément ». 

Mais il existe en ancien français une expression adverbiale oan, 
ouan, provençal ogan, du latin hoc an no = cette année, qui se 
prête parfaitement à expliquer t/àivnn pour la forme et pour le 
sens. Le simple atvan existe encore comme mot isolé dans la 
Wallonie prussienne (.1 . Bastin, 0. c, p. 14): mais, quand même 
il ne se rencontrerait plus, on serait toujours en droit de décom- 
poser (fnwan en tja -f- oan. Le sens primitif de « déjà cette 
année » se sera obscurci peu à peu, comme il est arrivé à l'alle- 
mand morgen, au gaumais èchwa, littéralement « hier soir », 
réduit au sens de « hier », au gaumais ancu, ardennais ènè, une. 
franc. anuit, littéralement hac nocte, réduit au sens de « aujour- 
d'hui ». Dans le même ordre d'idées, signalons aussi l'expression 
diivanl autan, qui a Stavelot et à Malmedy signifie « l'année 
dernière » (l)ict malin, de Villers) et à Faymonville-Weismes 
« il 3' a deux ans » (d'après M. l'abbé J. Bastin), de même que 
l'anc. franc, avant nnlan, naguère. 

fr. estaminet — //. stammenee — w. staminé — w. stamon. 
stamonîre, staminée. 

L'origine du mot français estaminet est obscure. On y distingue 
bien une racine stam-; mais stam- existe à la fois dans les langues 
classiques et dans les langues germaniques : pour lequel se 
décider (')? D'autre part, estaminet n'est pas très ancien dans la 
langue française : quels sont ses antécédents? On le voit, il faut 
invoquer ici d'autres raisons qu'une vague ressemblance phoné- 
tique pour résoudre cette question d'origine et de filiation. 



(') Le grec nous offre TTx;j.t; ou <rcau.îv, gén. crcafjJÉvo;, poutre verticale 
formant la membrure du vaisseau ; tttjjxï, fil de chaiue (la chaiue était ver- 
ticale), filameut, étamine ; <tti};jicov, la chaîne. — Le latin a slamen, chaiue, 
fil, tissu. — L'allemand a stamm, tronc, tige, lut. Tous ces mots ont la 
même racine, qu'on retrouve dans laxTj;j.t, stare, sistere,stehen. — Le français 
en a tiré, notamment, étaim, estaim ou estame, estamet, estamette, étamine, 
du latin stamen ; — estaminois, étamoi. étains. étambot, étambraie de la racine 
germanique stamm. 



— :v\\ 

()n se doute bien que les savants ont hasardé des conjectures 
Sl - Voici quel esl Total de la question. Diez n'a point 

,.,.,,, tré le mol dans ses recherches, mais son fidèle éditeur et 

son émule Scheler a recueilli diverses conjectures dans les trois 
éditions de son Dictionnaire d'étymologie française. Voici les plus 
-.•ri. -use-, qu'il il laisse subsister dans la dernière édition : i" celle 
de Bescherelle, <|ui l'ait venir estaminet « du flamand stamenay, 
dérivé de stamm, souche ou famille », en ajoutant une longue 
explication fantaisiste; 2° celle de Littré, qui en fait un dérivé 
d'étamine el suppose que los tables étaient couvertes d'étamine; 
| celle que nous retrouvons aussi dans Kôrting, à savoir que les 
estamentos <>u assemblées des Cortès espagnoles auraient servi à 
désigner plaisamment les assemblées de buveurs flamands. — 
Grandgagnage n'a point rencontré le mot wallon correspondant 
staminé, ou bien il l'a négligé volontairement, le jugeant sans 
doute identique au français et peu intéressant. — Le Dictionnaire 
• ■encnil <!.• Hatzfeld et Darmesteter affirme en sa concision obli- 
gatoire que le mot français est emprunté du wallon staminet, 
d'origine inconnue. — Enfin M. J. Vercoullie, professeur à l'Unir 
ver si té de < iand, dans son Dictionnaire étymologique de la langue 
néerlandaise (2 e éd., 1898) considère la forme néerlandaise, qui 
est aussi estaminet, comme un emprunt au français parlé en 
Belgique. A son tour, le terme belge estaminet proviendrait d'un 
dérive flamand de stam, avec la même signification qu'-en allemand 
stammgast, stammtisch. 11 aurait été formé sous la domination 
espagnole par l'influence de l'espagnol estamfijcnto. assemblée. — 
\1 . Vercoullie est revenu sur cette question dans un article récent, 
para dans le Supplément de la Flandre libérale du 6 décembre 
1906. 11 ne parle plus d'influence espagnole. Le mot français, 
<iui devrait être estaminai, lui paraît répondre à un type bas-latin, 
«le suffixe -etum, et dérivé du germanique stamm. L'auteur semble 
vouloir attribuer 1'// de; estaminet à l'état ancien de la racine, 
stuiitn; du moins il écrit plusieurs fois estamfijnet. Enfin il conjec- 
ture que le mot bas-latin a vécu dans le latin des étudiants alle- 
mands et aurait été importé en Belgique flamande par des troupes 
suisses ou alsaciennes. 

Au moment de livrer notre article à l'impression, nous recevons 

un troisième état, en flamand, de l'article estaminet du même 

• Extrait des Bull, de l'Acad. royale de Belgique, classe des 

;, n° 6. pp. 425-35. C\\ p. 43a). L'auteur ajoute à 

journal : i° une citation curieuse contenant la forme 



- 335 — 

française estaminette : 2 la citation de Hécart contenant l'expres- 
sion être de staminet : 3° nu post-script uni dans lequel il rapporte : 

a) une suggestion venant de M. II. Pirenne (estaminet, rapproche 
de est ami ne, fil de chaîne, serait un terme de l'industrie drapière 
avec li- sens originaire de scheringschool); — cette étymologie 
sourit tant a L'auteur qu'il la déclare meilleure que la sienne, 
notamment parce qu'elle explique la présence de / entre m et n ; — 

b) un renseignement de M. Hoffmann, à savoir que l'expression 
correspondant a op stammenee gaan signifie, aux environs d'Ech- 
ternach (Grand-Duché de Luxembourg), aller à lu veillée, la 
veillée désignant une reunion d'hommes «t de femmes, chez un 
particulier et non dans un cabaret, pour causer et réveillonner. 

Tel est l'état de la question. Les articles de M. Vercoullie nous 
ont excité à pousser les recherches du côté wallon. 11 nous a 
semblé qu'on était faiblement documenté sous ce rapport. A tort 
ou à raison, ces recherches nous ont éloigné des conjectures de 
nos devanciers. 

Pour nous orienter dans cette étude, il faudrait d'abord déter 
miner l'aire d'emploi du mot, ensuite dist inguer la forme original»; 
des forme-, empruntées : alors seulemenl on pourra songer à 
rechercher l'étymologie. 

Le mot est connu, sous des formes variées, dans les dialectes de 
la Belgique wallonne et flamande, l'ans ceux des départements 
français limitrophes de la Belgique. Sans affirmer qu'il soit popu- 
laire en Hollande, il existe dans le dictionnaire néerlandais de 
Kramers. Au midi, il s'est introduit dans le dictionnaire de l'Aca- 
démie française, ce qui lui assure un emploi assez général. 

Pour ce qui concerne les dialectes, il faut entrer davantage dans 
le détail. En pays de langue flamande, nous trouvons les formes 
estaminet, stammenee, (pie donne M. Vercoullie; stamenay, que 
donne Bescherelle, on ne sait sur quelle autorité; staminée dans 
un vocabulaire du Hageland ('). — En Hainaut et dans la région 
française voisine, le mot existe, et il y est populaire, car nous le 
trouvons dans les journaux et des chansons en patois : «. d' (lins 
V fond du staminet», dit le journal le Ropieur de Mons (XII, 
n° 26, p. 2, col. 3); Maubeuge prononce estaminet (voyez l's èsta- 



(') D. Ci.aes, Bijooegsel aan de Bijdrage tôt een Hagelandsehe idioticon van 
J. F. Tuerltnckx, Gand, 1904. — Le Hageland est la région du Brabant 
belge située entre Louvaïi), Tirlemont, Léau, Diest et Aerschot. 



— 33G — 

minets, d's estaminets dans G. Dubut, Maubeuge en chansons, 
pp. 24, 4»'. 87). — Dans les provinces wallonnes proprement 
dites, le mot n'est plus d'un usage courant; il n'apparaît guère 
mir les enseignes des cabarets; cependant il n'est pas aussi inconnu 
que le croit M. Vercoullie. Les vieillards l'emploient, mais leurs 
tils, dans la bourgeoisie, prêtèrent le mot café, dans le peuple 
cabaret. One preuve de la vogue de ce mot au temps jadis, c'est 
(pi'il existe dans presque tous les dictionnaires wallons : sous la 
forme staminet dans les deux éditions de Remacle, ce qui est 
contraire aux citations de M. Vercoullie, mais Rem. 2 a en plus un 
ait ici.' estaminai, auquel les citations de M. Vercoullie se rap- 
portent : sitaminai dans Fouir, avec les exemples : / n'est mày 
foû <lc staminai et Uni staminai; staminai dans Lobet et dans 
Ih bert. Mais, comme les dictionnaires peuvent se copier, voici 
une seconde preuve beaucoup meilleure : nous trouvons le mot 
dans uw noël très populaire qui doit remonter au moins au 
x\ 111' siècle : 

Tint-on cial on staminai, 

Qiïons i tenante et cju'ons i brait/ 

Nous la trouvons encore dans une pasquèye de 1714 (Annuaire 
de la Soc. lié»-, de Litt. wall., III, p. 104) : 

Pinses-tu qiïi vonse a staminay 
Magnî dèl tripe, ine qwâte di bire '.' 

(Penses-tu qu'ils aillent au cabaret manger du boudin, (boire) 
une quarte de bière?) 

Je trouve même staminea beaucoup plus tôt, en i373, dans une 
liste de lieux-dits de la commune de Petit-Hallet (N.-O. de la 
prov. d<- Liège) ('). La finale -ea correspond d'ordinaire au latin 
-ellum, wallon moderne -ê, et devait se prononcer êè ou ê a , comme 
les voyelles de l'ancien grec affectées de l'accent circonflexe, en 
baissant le ton sur la seconde partie de la voyelle; mais, quant 
au sens, on n'oserait affirmer que le mot signifie déjà cabaret. 

Au sud de la Semois, le mot a conservé sa vogue, et môme on 
le lit fréquemment sur les enseignes des cabaretiers. 

1 1rs formes concurrentes en présence. Laquelle est née la 
première et a servi de type aux autres? L'histoire nous montre 



') Ki 1:111, Frontière linguistique, t. I. p. 1S9. 



— 337 — 

que le français estaminet est d'introduction récente. On ne le ren- 
contre sous aucune forme dans les vastes répertoires de DuCange, 

de Lacurne h de Godefroy. Il y a bien dans une addition des 
Bénédictins au Glossaire de Du Cange un estaminet a, diminutif 
évident de estamina, étamine, ayant d'ailleurs le même sens d'éta- 
mine, et qui doit être une latinisation de étaminette comparez 
satin, satinette et moire, moirette). Estaminet pourrait être une 
tonne masculine de ce mot, désignant : i° la table de cabaret 
tendue d 'étamine; 2° la salle même, par une métaphore identique 
a celle de bureau. Telle est, rendue aussi vraisemblable que pos- 
sible, l'opinion de Littré. Mais cette opinion, comme toutes celles 
qui rapprochent estaminet d" étamine, se heurte à des difficultés : 
i° estaminet ne pouvant être formé «le étamine, mais de estamine, 
doit de ce chef remonter au moins au xi î* siècle. Or les lexiques 
ne citent aucun texte antérieur au \\ m siècle; — 2° si le mot est 
contemporain de estamine, on ne voit pas pourquoi il n'aurait pas 
évolué de conserve, lue forme en est-, mi savante et exception- 
nelle comme celles de esprit, estampe, ne serait guère vraisein 
blable quand il s'agit d'une chose populaire comme le cabaret, et, 
d'autre part, le primitif étamine subsistait toujours pour lui 
imprimer une similitude de forme. Dira-ton que c'est une illusion 
de croire ce terme si populaire, qu'il est plutôt bourgeois, formé 
par des étudiants ou des basochiens pour qui le latin n'était pas 
langue morte et qui pouvaient se plaire a créer un mot estaminet 
d'après un type latin stamina ou stamineta, par un archaïsme 
semblable à celui qui, de nos jours, a donné naissance au mot 
estudiantinl Cette explication ingénieuse viendrait toujours se 
heurter au silence des textes; — 3° on n'a point prouvé, ce qui 
devait être le point de départ, que les tables de cabaret aient été 
tendues d'étamine. Le luxe a imagine des tables recouvertes de 
toile cirée facile à essuyer, des tables de marbre; l'étamine est 
bien ce qui convenait le moins dans un lieu de beuverie sous les 
verres et les brocs. 

En réalite, donc, c'est dans un texte du xvn" siècle que Del- 
boulle l'a trouvé mentionné pour la première fois ('). llécart le 
cite dans un texte de 1702 ("). Le dictionnaire de Trévoux l'inscrit 



(') HATZFELD-DARMESTETER, Dict. ffén., v° estaminet. 

( 2 ) « ... se plaint que le jour d'hier vers les six heures et demie de relevée, 
étant de staminet chez le nommé Ghislain, cabaretier demeurant sur le 
marché au poisson... ». 

Citons ici, d'après le dernier article de M. Vercoullie, la forme curieuse 

22 



— 338 — 

,mi insinuanl une origine flamande. Le mot fait son 
entrée dans la j édition du dictionnaire de l'Académie en 1762, 
r i ,,n lui assigne aussi une origine flamande. On avait donc la 
sensation que le mol venait du Nord, et on assignait sans doute 
aU 8si la même origine à la mode des estaminets ou tabagies qui 
était implantée a Taris des cette époque. 

Mais quelle région du Nord a créé le mot? En picard comme en 
français, il est ■-ans famille et sans histoire. S'il avait existé depuis 
des siècles en pays picard, on l'aurait retrouvé dans les chartes, 
d'où il auiait passe dans les recueils des lexicologues. Enfin, en 
Picardie aussi, le st- initial se serait transformé en et- en menu; 
temps <pie dans une foule d'autres mots. Doue, là aussi, sa forme 
insolite, son isolement, le silence des textes le dénoncent comme 
récent ci introduit. 

Faut-il donner la priorité au néerlandais, qui insère dans ses 
dictionnaires un mot estaminet (Krame rs, Vercoullie)? Mais la 
pi'ésence de e initial devant si, phénomène tout roman, et la 
finale -et suffisent pour dénoncer l'emprunt. Quant au flamand, 
on chercherait en vain à donner une origine indigène à ses mots 
en ee. Stamenee ou staminée sont empruntés, comme eadee = 
cadet, pree — prêt (argent de poche qu'on donne à un enfant) ('), 
coin me bjee biais, rabbee = rabais, portemonee = portemonnaie, 
zjuzj (U- !><•<■ juge de paix ( 2 ). Ces mots ont l'accent sur -ee; ils 
sont visiblement fabriqués de façon à imiter les finales romanes 
en ê (-ais, -ai, -ait, et), quelquefois en -et bref, comme le prouve le 
mot cadee cite plus haut ( 3 ). 

Ainsi, par élimination, c'est au wallon que revient la priorité, 
c'est a la forme steminê. Nous aurons à voir si l'observation directe 
favorise cette conclusion. Mais, en attendant, le fait que c'est le 
flamand qui a emprunté le mot aux provinces du Sud suffit pour 
ruiner celle idée; (pie les gouvernants espagnols seraient pour 



\minette, tirée des Mémoires du graveur J.-G. Wille, mort eu i>4° : 
Les artistes --e rassemblaient ordinairement au Panier fleuri, vue de la 
uchette, chez un marchand «le vin célèbre, pour y souper dans une chambre 

qui leur nuit < stammenl réservée et qu'on nommait l'estaminette >'. 

1: an ki in . Diil. Iiisl. îles mis, métiers et professions, 1 <)<>(>, v° estaminets). 
tirer arguinenl «le cette forme féminine dans divers sens ; nous 
seulement i<i en noter la date. 

dans ieHageland; cf. Ci,.\i:s. ouvr. cité. 
iar M \ ercoullie. 

1 pourtant qu'apparente : cudee a dû être emprunté 
; wallonnes de l'Ouest, • j 11 i allongent la finale -et des mois 



- 33 9 - 

quelque chose dans la création <lu mot (M. L'action espagnole en 
Belgique s'est exercée, dans le langage comme dans l'architecture, 
sur lu population flamande (-), on citerait difficilement un mot 
wallon qui nous vienne directement de leur influence ( :i ). C'esl 
que la Principauté de Liège, qui s'étendait tout le long de la 
.Meuse, leur échappait. 

Si c'est le wallon staminé qui a rayonne, déjà il y a présomption 
que la racine est le stamm germanique. .Mais quel est le rapport 
logique entre slamin, tronc, et staminé, cabaret? Que signifie le 
suffixe -et D'où provient -in- de staminé! 

M. Vercoullie pose comme forme germanique non starn on 
stamm, mais stamn. <>n peut lui objecter que c'est partir d'une 
forme trop ancienne et qu'il y a en wallon des mots issus de la 
même racine, plus anciens assurément (pie celui-ci, comme dési- 
gnant des choses plus nécessaires et plus anciennes, qui n'ont pas 
trace de n. Staminé n'est donc pas un stam né avec voyelle inter- 
calaire; c'est stamin- qu'il faut expliquer. 

Le premier de ces mots plus anciens est stamon, que ne donnent 
point les dictionnaires wallons, mais (pie nous avons relevé à 
Trois-Ponts ('), à Solwaster | "■), à Faymonville ( 6 ), c'est-a dire à la 
frontière linguistique. Stamon désigne le montant en bois qui se 
dresse à côté de l'auge. Chaque crèche ou auge est donc entre 
deux poteaux ; une vache est séparée de sa voisine par le sta- 
mon ( : ). La finale -on n'est pas un suffixe : c'est la finale de 



(') Vov. Scheler, Kôrïing, Vercoi [..lie. Koktim. suggère à L'article s tu men- 
tit m de son dict. du latin vulgaire que « le mot français estaminet usité eu 
Belgique pourrait bien venir de là ». Ce stamentum, qui vient de stare, a 
donne à L'espagnol estamentos, les Etats, assemblée des chambres réunies. 
et le doublet estamiento, état de quelque chose. Les Espagnols en Belgique 
auraient comparé les assemblées de buveurs et fumeurs à leur assemblée 
des Etats. C'est trop spirituel pour ne pas induire en défiance. De plus ou 
ne nous explique point comment estamento produit staminée ou estaminet. 
C'est estament ou, comme diminutif, estamentet qu'on devrait avoir. 

Voir dans le Soir du 10 septembre 1911, un curieux article de M. II. 
van VRECKOM, intitulé : Le Marollien, souvenirs et mots lègues pur les 
Espagnols. 

( 3 ) Pas même le mot toûbac , Âdios' semble bien espagnol, mais il serait ha- 
sardeux d'imaginer dans quelles circonstances cette locution fut empruntée. 

(*) Au confluent de l'Amblève et de la Salm. (■"') Au X.-E. de Spa. ( H ) A 
l'E. de Malmedy. 

( T ) Ces renseignements ont été confirmés depuis par l'excellent Vocabulaire 
de Faymonville de l'abbé Joseph Bastin. Cf. p. 3G : lès oatches sœ galet conte 
lès statuons dol contêne [Les vaches se frottent contre les piliers de l'auge 
(cantine)] ; p. Ho : « stamon, montant 'de bois qui sépare deux vaches à 
l'étable; espace compris entre deux statuons; dans ce dernier sens on dit 
aussi stamounîre ». 



— 34o - 

l'accusatif germanique à la déclinaison faible comme dans bacon, 
k'fenon (gonfanon), fyiron, héron, sporon , wazon. 

I.., crèche elle-même, un bac-mangeoire assez bus pour les 
vaches, porte un nom dérive de stamon, dont voici les formes 
dialecta i 

stamoilnîre à Faymonville (Prusse wallonne). 
stamonire dans Body, Yoc. des agric. {Bull. 20, i85); dans le 

dict. ms. de Baillei \. 
stâminire, recueilli à Jupille; a amené par contamination de sta, 

é table. 
stâminire, Gggg., II, 3g3. 
staminî, recueilli à Grand- Rechai n; id. à Verviers (Lobet,; id. 

dans Gggg. ; mais s(i)tâminî dans Forir, sous l'influence de 

stâ, étable. Les auteurs ne disent pas si le mot est masc. ou 

t< ni. En vervieiois il est fém., -î étant une réduction de -ire, 

comme dans fowî, brouwt. 
staminéye à Cherain, à Lavacherie-sur-Ourthe, à Neufchâteau 

( Dasnoi i, à Trois-Ponts. 
staminée, fém. avec amuïssemënt de e final, à Solwaster, Francor- 

champs, cl dans Body, Yoe. des charrons (Bull. 8, 125). 
staminéye, à Villettes-Bra, et ailleurs en Ardenne dans le nord 

du Luxembourg, si j'en crois ces deux vers d'une vieille 

chanson entendue dans mon enfance : 

8}'a dci'is vatches (' in sitaminèye, 

ci sèrè /«> fé </rs livrèyes (des habits, des livrées). 

Staminée est formé avec le suffixe -ata; il signifie d'abord 
l'auge a\ ec ses poteaux, puis toute la charpente, enfin, comme dans 
les deux vers cités, l'étable des vacbes. Stamonire est formé avec 
c sut fixe wallon -ire, i'r. -ière, signifiant : ce <jui est adapté à, ce 
qui est corrélatif de. comme menton : mentonnière, bouton : bou- 
tonnière, etc 

On ne scia pas étonne du changement de o en i à l'atone dans 

stâminire, staminée, ni par conséquent dans staminé. Les exemples 

s ne manquent pas. Citons mohon : mohinète, bordon : 

dîner, //' ac'done : ac'diner, forgon : forguiner, mangon : 

se. D'ordinaire cependant, Vo s'affaiblit en e et cet e 

b plus syllabe : abandon : abandener, bwèsson : abwès- 

boton : abotener, botenîre, etc. Des formes comme malonî, 

sont récentes : elles sont refaites sur des formes fran- 

»H sur les mots simples wallons. 



— 34i - 

Nous proposons donc staminé comme un dérivé de stanwn, 
eomme un mol de l 'Est-wallon issu d'une racine germanique. Il 
reste a contrôler cette hypothèse : le suffixe s'explique-t-il ? 
l'objet s'accorde-t-il avec pareille origine? le rayonnement du mol 
vers les autres régions ne se lieurte-t-il pas à des impossibilités? 

Si on recherche d'abord le sens du suffixe -ê, il faut choisir 
• 'litre -ellum et -et uni. Le premier est un diminutif qui ferait 
de staminé un petil pilier, puis un pilier, par la perte du sens dimi- 
nutif, puis au besoin une salle soutenue par un pilier. Le second 
est un collectif qui nous donnerait le sens de colonnade, salle à 
colonnes. Au point de vue phonétique, il y a présomption en fa\ eur 
de -ellum. Ce suffixe devient bonjours -ê en wallon de l'Est; 
-etum y donne ordinairement -ce au Nord, -ce, è (souvent écrit -et) 
au Sud. La toponymie milite aussi en faveur de -el lu m , s'il faut 
avoir égard a la forme staminea de l'an i373 notée plus haut. Si 
on se place au poinl de vue de la transmission du mot d'une 
région à Tant re, pour répondre à une forme en -ellu m le namurois 
devrait avoir st ami nia, le rouehi stamineau. Or ils ont la forme de 
l'Ouest. Tour résoudre cette difficulté, il faut admettre que le 
mot a passé sans changement de l'Est-wallon à l'Ouest, parce que, 
dans l'Ouest, s/aminé étant isolé de sa famille, c n'y était pas senti 
comme un suffixe. Le rouehi, lui, a pu transcrire le mot avec une 
finale -et, parée que, ayant l'habitude bien connue de prononcer -ê 
ee que le français écrit -et, il a réciproquement écrii -et ce qu'il 
entendait prononcer -ê. Enfin cette graphie du rouehi explique 
bien que le français n'ait pas estaminai : il a emprunté la trans- 
cription au rouehi ou au picard et il prononce -et bref par analogie. 
Aucune difficulté par rapport au flamand, que le mot lui vienne 
du Ilainaut ou du Brabant wallon onde la province de Liège. 

11 nous faudrait maintenant le secours de l'archéologie, per- 
mettant de confronter le mot avec l'objet. Mais les archéologues 
ci les folkloristes ont négligé de nous renseigner sur la forme des 
vieilles salles enfumées des cabarets. Peut-être pourrait-on se 
documenter dans les anciens tableaux de genre, mais les Brauwer 
et les Teniers n'ont guère fleuri dans la région wallonne, où 
précisément il faudrait voir la forme de l'ancien staminé. Faute 
de ce secours, nous hasarderons une observation sur le point 
capital. On dit de celui qui fréquente trop ou trop longtemps le 
cabaret qu'il est un pilier d'estaminet. Pourquoi cette dénomina- 
tion si l'estaminet n'avait pas de piliers? Cette expression serait- 
elle formée par analogie sur une autre? Remarquez cependant 



— 342 — 

n ,| lt de quelqu'un qu'il est un pilier d'église, un piïier 
l'antichambre, c'esl bien parce que l'église, parce que l'anti- 
chambre on1 des piliers. 11 y a comparaison, certes, mais non 
comparaison avec quelque chose d'inexistant. On ne s'avise pas 
de dire un pilier de salon ni un pilier de cuisine. Nous croyons 
donc que l'expression c'est un pilier d'estaminet correspondait à 
quelque chose de réel, signifiail primitivement : il ne bouge de 
ami net pas plus nu' un de ses piliers, il est un des supports ou 
des soutiens de Vestaminet. Nous présumons donc que le staminé 
étail une s;illr à un ou plusieurs stamons, peut-être en bois à 
l'origine comme dans l'étable. Cette pièce n'était pas la première 
salle, où se trouve le comptoir, encombrée de rouliers et de 
p ts8ants qui boivenl debout. Elle est une annexe, un agrandisse- 

ni du débil primitif ajouté plus tard à la maison en faveur d'une 

clientèle spéciale. Si on consulte les dictionnaires, l'estaminet est, 
dans un cabaret, une salle particulière réservée aux fumeurs. 
« > 1 1 appuie avant tout sur l'idée de tabagie, et l'encyclopédie 

Laroussi itienl même un article historique intéressant sur les 

premiers estaminets parisiens, qui montre bien qu'il s'agit de 
salle réservée aux fumeurs. Ce sens ne doit pas être primitif. Nos 
cabarets de villages n'avaient pas de consommateurs si vite gênés 
de la fumée, ni des salles en si grand nombre. Il faut plutôt s'atta- 
cher à l'idée de salle réservée, salle d'habitués ou de sociétés : 
ons / tchante et ons î brait. 11 n'était certes pas défendu de fumer 
dans la pièce commune, mais les clients n'y étaient pas à l'aise 
pour siroter leur verre, fumer, jouer aux cartes, chanter, causer, 
tenir leur séance de société artistique ou littéraire, passer la 
soirée bruyammenl dans l'intimité. 

w. furloricos, floricosse. 

•'■ , extr. de Villeks, p. 53, inscrit sans autre explication : 

furloricos : bon compagnon, homme sans souci ». Le vrai sens 

être : homme qui dépense a fonds perdus ». En effet ce mot 

itique à un terme assez fréquenl eh toponymie wallonne : 

Malmedy, à A.ndrimon1 lez-Verviers, floricots à 

iïuy, etc. Or ce mot correspond à Verlorenkost du 

.qu'on trouve à Adinkerke, Iloogstraten, Liedekerke, 

Chourouf : a Verlorenkost « maisons éparses 

ine haut. -m- dominée par un des forts extérieurs 

■'■ la Fontaine, Essai et ym. sur les noms 

'u.. dans !>ubl. de l'Inst. roy. grand-duc. de 



- 343 — 

Lux., t. XIV, p. 57). 11 signifie « terrain ingrat, où l'on perd ses 
peines 

Il y a égalemenl des verlorenbrood pain perdu = peine perdue), 
des uerlorenhoek, verlorenhof en pays flamand : des floriheid, 
florival, florivaux en pays wallon; mais, si l'on peut a la rigueur 
accepter pour fLoriheid l'étymologie de verlorenheid parce (pie 
le second composanl esl germanique, il ne peut en être de même 
pour florival qui doit signifier val fleuri. J'interprète verloren 
(perdu) par sans valeur », non par « écarté ■ comme dans le 
français coin perdu ». 

/'/■. grimaud. 

Le Dict. gén. n'ose se prononcer sur l'origine de grimaud. 
[1 suggère toutefois qu'il est peut-être dérivé du radical de gri- 
moire. Mais grimoire n'est qu'une variante dialectale de gram- 
maire, et, vraiment, il faut être complaisant pour accepter qu'il 
existe une analogie de sens entre grimaud et grammaire. 

Le mot grimaud n'est pas isole; il a des dérives, grimaudage, 
grimauderie ; il a des collatéraux : grime, grimelin, grimeliner, 
peut-être grimace. Examinons ces mots de plus prés. 

Grimaud est défini par Gattel : - écolier des basses classes », 
parle Dict. gén. : « écolier qui en est aux «déments ». Peut-être 
le désir de voir grimoire dans grimaud a-t-il conduit à cette idée 
d'éléments. Mais grime esl défini aussi « petit écolier » dans 
Gattel, « méchant écolier -dans le Dict. gén. Il y a donc une 
parente évidente entre ces deux mots, parenté (pie le Dict . gén. 
résout en disant, contre toute vraisemblance, que grime est tiré 
de grimaud. On trouve ensuite grimelin. petit garçon (Gattel), 
petit écolier (Dict. gén.). Voilà donc trois mots évidemment 
parents, qui tous trois désignent le gavroche du moyen âge. 
Est-ce en tant qu'écolier? en tant qu'ignorant et rebelle aux élé- 
ments? C'est à examiner. 

Il ne s'agit certainement pas d'écolier dans le passage suivant, 
qui est du dialecte lorrain : 

D'on p tiot grima u que tient venin su 1ère. 

IJACLOT), Les passe-temps lorrains, 1834, 1». 22), 

je le traduirais en wallon par : (l'on p'tit gnêgnê.. . Mais grime a 
aussi le sens de « vieillard comique ». L'idée d'enfant n'est donc 
pas plus inhérente a ces mots que celle d'écolier. 

Cette critique nous dégage les mains. D'abord elle nous permet 



- 344 — 

. sans désir préconçu de justifier un sens particulier, 

imaud e\ grimelin comme des dérivés de grime. Ensuite elle 
excite à rechercher le sens. 

[/adjectif qu'on rencontre le plus souvent accolé à ces mots 

.. La première classe des petits grimaulx» dit Rabelais, 

il . . .. allez, petit griinaud, barbouilleur de papier !» dit Molière, 

Femmes savantes, III, 3; « petits grimelins » dit Tabourot; 

moindres grimauds » «lit Boileau, sat. 4- Or () " sait ( l lie les 
termes dont la signification s'oblitère se chargent facilement de la 
signification des mots qui le déterminent d'ordinaire. Voilà d'où 
\ ient l'idée de petit, laquelle est à retrancher du mot. 

-t dans le germanique grim-, base du mot grimace, qu'il 
faut aller chercher le sens réel. Lui seul résout toutes les diffi- 
cultés. Grime désignera la figure mobile ou ravinée, soit de l'en- 
fant, -oit du vieillard, soit de tout autre; grimace sera le nom 
de ces singeries; grimaud et grimelin désigneront le petit être 
grimaçant, écolier ou non, mais on comprend que ce soit à l'école, 
.m le maître d'autrefois exigeait un silence d'autant plus absolu 
que ses oracles interessaient moins, que les contorsions des enfants 
détonnaient, étaient sévèrement réprimées et le gamin sévèrement 
qualifié. Tons les textes précédents s'expliquent aussi bien par 
ce sens et la filiation devient plus claire. 

.l 'écarte pour grimaud, qu'on ne peut isoler des autres termes, 

l'idée de I msidérer comme issu du nom propre germanique 

Grimaud Grimoald, écrit dans Philippe Mouskès Grimaus 
(au vers t [90), Grimot (v. it>5()), Grimols (v. 1696), vers où il s'agit 
du fameux maire du palais de Sigebert II. L'adjectif possède bien 
leux mêmes éléments que le nom propre : il lui est identique, 
mais il n'en provient pas. 

w. groubié, roubié ; groubiote, groubieûs. 

H existe ;i Laroche (Lux.) un adjectif "rouble, auquel corres- 
pond an -ml de l'Amblève, a Chevron, roubyi, à Villettes-Bra, 
' ri boù est lot roubié d'mohes, le bœuf est tout couvert de 
•he-.; i-gn-a des crompîres tôt groubié l'terrain, il y a des 
pommes de terres tout plein le terrain; H têre est co tote groïi- 
i nioaye, la terre est encore toute chamarrée de neige. 
luctions "«■ rendent pas bien l'idée, difficile à traduire. 
'm ardennais, cherchant des fraises, s'écrie : i 'nnè 
bié, il entend par la (pie le sol, par places, en est tout 
fraisiers se présentent en agglomérats un peu 



- 345 — 

partout. On ne trouve rien en roman qui paraisse de même origine, 
rien même qui traduise cette image : couvert et plein sont des 
pis-aller; grouillant marque un mouvement; varié, bigarré, 
la couleur; chamarré, marbré, des traînées et des vides. Nous 
avons donc cherché du côté germanique. Il faut découvrir un mot 
qui remplisse deux conditions : i° il doit satisfaire l'esprit pour 
le sens; 2° il doit avoir une racine simple en r- et une forme en 
gr-, ce qui est possible si g-- représente le préfixe ge-. Or le grand 
Idiotieon suisse, II, 691, nous fournit grubig = « narbig», c'est- 
à-dire grenu, chagriné, dont la surface présente des aspérités. 
Ce mot doit être un dérivé du nlia. grob, rude, raboteux, non poli 
au toucher. <>r grob est en aha. et en nilia. gerop. Le dialecte 
d'Eupen possède encore le snbst. rubbele « Erhôhung auf IIolz », 
et les adj. rubbeleg, rubbelteg traduits par « uneben, rauhe 
Flâche ". En Westphalie, on trouve rubbel aspérité, et rnbbelig. 
Rien donc ne parait s'opposer a ce que groilbié soit un dérive 
roman de grob. 

11 faut y rattacher l'adj. groubieùs, qui est dans Vil lers (Mal- 
medy), et groubiote qui signifie à la fois excroissances, aspérités, 
grumeaux de farine (sur un Fond de pâte claire, sur un délayage), 
durcies du sein. 

/>•. grouiller, rouiller. 

Le phénomène qui vient de nous offrir l'ensemble des variantes 

groabié, roubié se retrouvera plusieurs fois en roman. Il peut 
servir, croyons-nous, à expliquer le franc, grouiller, dont on n'a 
pas encore d'étymologie satisfaisante. Le Dict. géu., répondant à 
une vieille opinion qu'on trouve, par ex., dans Genin, Lex. de la 
langue de Molière, déclare ce mot différent de crouler et le rap- 
proche du provençal groua. Scheler, à la suite de Diez, p. 6o5, 
invoque l'aha. grubilon, creuser, fouir, ce qui n'est guère satisfai- 
sant au point de vue sémantique. Sans prétendre énoncer le der- 
nier mot sur la question. nous ferons remarquer que Sigart, p. 319, 
nous donne le verbe rouchi rouiller, rouyer « remuer, frétiller », 
et le participe-adjectif rouillant, rouyant « remuant, frétillant, 
indocile ». De même Vermesse, p. 4^0. a le participe roullant 
« remuant » ( Valenciennes). Le Dict. géu. lui-même a un verbe 
rouiller 1. ex. comme il rouille les yeux ! Dès lors, au lien de rap- 
procher grouiller de crouler, il faut le rapprocher de rouiller 1. 
On peut admettre que grouiller = co-rouiller (co + *rotelliare). 



— 346 — 

Poul . co réduil à c, cf. cracher, w. rètchi (')• Pour c devenant g, 
,. L reine-Claude, grotte, grotesque, graisse, grappe, gratter, gri- 
blette, gril, grincer, groseille, glaire, glas, glisser (?), glui. Dans 
l e m ême ordre d'idées, voyez encore en rouchi (Sigart, p. 319) 
royer gronder, gargouiller, que je rapproche de grouyer, même 
significal i<>n. 



w. 



harkê, gaumais harke, harcot; w. coûbe. 



Hàrkê esl un mol qui a toujours intrigué les Wallons. Ils n'en 
savent pas l'origine e1 ils sont embarrassés pour le traduire en 
français. Ils liésitenl entre palanche, joug à porteur, porte-seaux, 
courge, cerceau, gorge (-), etc., faute de connaître la valeur 
exacte de ces mots français. 11 faudra doue commencer par des 
définitions. 

L'instrument appelé en liégeois-verviétois hàrkê, en ardennais 
hàrkê, esl une pire- en bois, élargie et évidée an centre de façon 
.1 s'emboîter autour de la nuque, reposant de part et d'autre sur 
les épaules el les dépassant un peu en longueur. Aux extrémités 
sont attachées des cordes ou des chaînettes terminées à hauteur 
des genoux «lu porteur par un crochet. On suspendu ces crochets, 
à droite el à gauche, les fardeaux à porter, deux fardeaux bien 
équilibrés, ordinairement deux seaux ou deux paniers. Le meilleur 
hârkê esl celui qui s'adapte le mieux aux épaules sans les blesser, 
comme une bonne selle doit s'adapter parfaitement au corps du 
'•hc val. Il n'a pas seulement la qualité de diviser la charge et d'en 
faire supporter le poids au centre du corps; il tient encore à 
distance des hanches el des cuisses les fardeaux gênants, par 
exemple deux seaux remplis d'eau. Pour le rendre moins eneom- 
branl à transporter quand il n'est pas sur les épaules, il est parfois 
partagé en deux parties égales qu'on peut replier l'une sur l'autre 
aide d'une charnière en fer. Division et charnière tombent donc 
au milieu de la niupie. 

Cette description correspond au mot français (dialectal) gorge, 
qu'on trouve dans le Dictionnaire analogique de Boissière. Dans 
égion française au sud du Hainaut, on appelle souvent cet 
iiistiu . cm un porte-seaux. 



e étude plus récente sur les préfixes co-etca-, insérée ci- 
sur cracher, v. p. 236; sur crouler, p. 287. 

I pas une altération par étymologie populaire de 
1 4 1 « > ) devenu courget En effet, l'instrument s'applique 
Bur la nuque (derrière) et non sur la gorge (devant). 






- 347 - 

Le français palanche a un autre sens. Il désigne nne pièce de 
l>oi- qui se place sur une épaule et perpendiculairenient à l'axe 
des épaules. Ici «loue plus d'échancrure pour le cou ; il y a seule- 
ment une entaille a chaque extrémité. Le but esl bien aussi de 
portci' Me- -e.uix et de- panier-, mais l'avantage de cet instrument 
est de permettre au porteur de cheminer avec son double fardeau 
dan- de- sentiers étroits, souvent niontueux.au milieu des buis- 
sons. Au--! les Lrdennais en font-ils bon usage. Ils l'appellent 
coùbe d'ein.i. du latin classique curva devenu en latin populaire 
curba. En effet, la pièce est infléchie en are. -oit a dessein, soit 
-mi- l'action des fardeaux. J'ai recueilli ces renseignements et 
examine l'objet a la gare de Gendron-Celle, ligne de la la — . 
Au reste, le français emploie aussi le mot courge, qui a la même 
origine {curbia. Voy. le Dicl. g'én.) (*). 

Ce qu'on appelle eu français cerceau est un cercle de bois dans 
lequel entre le porteur et qui esl maintenu a la hauteur des cuisses 
par des courroies attachées aux épaules. 11 est destine a tenir 
écartés des jambes les -eaux remplis que le porteur transporte. 

Le -eus et la synonymie étanl élucidés, quelle est maintenant 
l'origine du mot hârkê1 II ne faut pas se laisser entraîner aux 
propositions de Grandgagnagr, qu'il déclare lui-même peu pro- 
bables au point de \ ue «le la | de met i ( pie. Pour restreindre l'aire 
de nos recherches, constatons d'abord que la finale ê doit être le 
suffixe -ellum. Cela nous permet de restituer un primitif wallon 
qui a dû être hark en forme masculine et harke en forme fémi- 
nine. De fait, harke, f., existe en gaumais avec le sens de démê- 
loir, et harcot y désigne uu râteau à dents de fer; mais la diffé- 
rence de sens ne nous permet pas d'affirmer de prime abord 
l'identité des mots. 

De ce que le h de hârkê subsist e en pays ardennais, il est prouvé 
qu'il ne provient pas de se- comme dans hume : chaîne, du latin 
scammum; il est bien le // aspiré d'origine germanique. 

Harke, t., en allemand du nord, signifie râteau. Ce sens parait 
très éloigné de celui (pie nous nous attendrions a trouver. Mais. 
si on se 1-appelle qu'en Hesbaye une sorte de râteau se nomme 
fotche (furca), on en conclura que ce qui a été dénommé à l'origine 
dans ledit instrument, ce n'est pas du tout la partie pourvue 



( ! ) lie mot coûbe a été retrouve depuis dans GGGG., I. $4— sous la forme 
coupe, et, avec un autre sens (manivelle coudée . dans BORMANS, Voc. des 
houilleurs liégeois. 



— 348 - 

t8 | ,. râteau à retourner le foin n'est souvent qu'un bois 
l, u | ),. | e premier sens de hârkê paraît si bien être « fourche, 
. fourchu ■ que Gggg. a proposé l'anc.-h.-all. liacco (croc, 
fourche) e( le lat. furca comme étymons. En latin aussi, furca 
,,,. „,, bois ù deux manches pour porter des fardeaux sur le 
comme il appert d'un dessin de la Colonne Trajane; le porteur 
un furcifer. Le horcado espagnol (lat. furcatum) a la forme 
(1 nI11 . fourche on d'un râteau. Enfin Gggg. a lui-même note un 
dérivé hârkêye, qu'il écril horkeie, signifiant « fourche pour 
appuyer la carabine . En raison de ces analogies,il n'est donc pas 
étonnant que le même mol wallon signifie : i" joug qu'on met au 
cou d'un animal (vache, porc) pour l'empêcher de traverser une 
hnie, (synonyme lamé, billot); 2° gorge ou porte-seaux (')• H est 
probable que la forme actuelle du hârkê est le résultat d'un per- 
onnemenl : à l'origine, ce pouvait être simplement un bois 
fourchu, disposé sur les épaules de façon que la partie simple fût 
derrière, les deux branches enserrant le cou et se dirigeant plus ou 
moins obliquemenl de manière à pouvoir être soutenus par les 
mains. Quoi qu'il en soit «les détails de cette filiation, nous ne 
«louions pas que hârkê soit un diminutif delà racine hark germa- 
nique. 

w. mâvi. 

gg. donne un mâvi 2 {èsse muni = être mort), où il suppose 

que ce mol est le même que mâvi merle. Esse màvi serait un jeu 

de mol provenant de la ressemblance entre mâvi merle et ma vike 

1 vit mal. A notre avis, mâvi vient simplement de maie oiiws, 

formé avec la demi-négation maie comme le lr. maussade, maus- 

. maupiteux, le \\ . mâssaive, mâssi, màhaitî et monsain 

Dasnoj -"<7 . qui est pour maussain. Le jeu de mot, dont je ne nie 

stence, car c'est probablement lui qui a sauvé l'expression, 

donc que subséquenl et suggéré par étymologie populaire. — 

.l'expliquerais de même le paysan mauvi&e Sigart, p. 230, qui me 

gnifier paysan misérable, et non grossier. 

w. mèsblotch; mèsplègi ; mesbrudjî. 

connaissons on dialecte de Laroche (Lux.) un adj. mes- 
■ I caduc, estropié, en parlant d'une personne. On 



- dit qu'à Viesville (Hainaut) goria siguifie «le même 
•- -'■' a gorge oii porte-seaux, liég. hârkê. De 
es M. A. Maréchal. 



- 349 - 

retrouve ce mot en patois gaumais sous la forme mèploch (tch ?) 
que Liégeois, Lex., définit par « perclus, privé momentanément 
de l'usage d'un membre, par ext. maladroit de ses mains ». 
D'autre part, Gggg., II, 110, a noté le namurois mèsplègî (fy?) 
« cassé par l'âge ou le travail ». Cette forme nous amène au ver- 
viétois mèsbrufyi, cumèsbrufyi , liégeois mèsbrutyi , namurois mês- 
bri//i, (pii signifie mutilé, éreinté, perclus, impotent, cassé, etc., 
d'après Forir: mutiler, rompre, d'après Pirsoul. Ces mots, que la 
sémantique rapproche si bien, sont-ils de même origine? 

Pour partir de ce qui semble le moins contestable, la première 
série de formes paraît contenir le préfixe péjoratif germ. misz-, en 
pays rhénan mesz, et le participe de l'allemand dialectal blotsclte, 
usité à Aix-la-Chapelle, à Eupen, blôtschen, en Suisse, meurtrir, 
froisser, écraser. Le Wôrt. <k>r Eupener Sprache traduit le subst. 
Blôtsch par Beule, bosse, au sens de bosse concave « eingedriickte 
Stelle an Gegenstânden ». et le rapproche du fr. blet. 

Mèsbrud/î parait bien formé du même mesz et d'un verbe à 
déterminer. Ce verbe ne peut être le fr. briser, qui serait en wall. 
brihi, ni le germ. brikan, qui a donné le fr. broyer, le wall. 
broyi. La finale -tji correspond a une forme fr. en -gier, -ger. 
Or Carpentier, dans Du Cange, cite des exemples d'un verbe 
bruger, qui signifie pousser, heurter, d'origine inconnue. Godefroy 
donne la forme bnrger, qui correspondrait au \y. (mes)burfyi, que 
M. liaust m'assure avoir noté de auditu. Voilà ce que nous avons 
pu trouver de mieux. 

Quant à mèplègî , nous ne pouvons accepter l'étymologie de 
Gggg. Son a mèsplégié, mal cautionné » est aussi séduisant au 
point de vue phonétique qu'il paraît éloigné sous le rapport du 
sens. Nous croyons qu'il appartient soit à la première série de nos 
formes, soit à la dernière, mais il faut attendre d'autres variantes 
dialectales pour décider. 

w. napê, napion, nawê, canawê, carnawê. cârpê, cârpion. 

Tous ces mots signifient gamin, espiègle. On m'a donné le 
second comme venant du grec vy'-*.ov ! En réalité napè et napion 
ont bien l'air d'être des diminutifs du germ. knabe, garçon, qui 
aurait perdu le k parce que le groupe kn est inconnu en roman. 
La Wallonie prussienne, moins rebelle aux groupes de consonnes 
germaniques, a le mot knab, noté par J. Bastix dans son Vocab, 
de Faymonville, p. 44 (Bull, de la Soc. de Litt. wall., t. 5o, p. 576). 
— J'attribue la même origine à nawê, gamin, qu'on pourrait 



— 35o — 

dentique à nawê, ooyau, s'il n'y avait pas la forme paral- 
anawè, notée par Detrixhë à Stavelot. Nawê doit être une 
,,,,.,,,,. réduite par suppression du A- du dialectal knave, knafe, et 
canawê une forme amplifiée par insertion d'une voyelle entre A" et 
n comme dans le français canif. — On trouve aussi carnapê, Bull., 
i. ;.., p. [21, (du l>' Martin Lejeune, Dison), à plus forte raison 
devrail on trouver canapé. Ce carnapê doit être le produit d'une 
contamination entre <-;irpc et napè qui signifient tous deux gamin. 
Cependant il n'y a point de rapport étymologique entre ces deux 

mots, car les lermes rurpr (GGGG. roi, LiOBET, 27 1) et cârpioil 

Diikimii, Stavelot) sont des diminutifs qui ne désignent le 

gavroche espiègle el remuant que par comparaison avec le « car- 

pilloil 

w. porsome. 

\ oici un vieux mot que nous n'avons trouvé que- dans la région 
de Stoumont-Malmedy et dont la forme elle-même est devenue 
très douteuse. Nous avons entendu à Stoumont : nu mètoz nin 
uosse nrrc sol porsome (lui tâve, ne mettez pas votre verre « sur 
le bord > de la table. A Trois-Ponts, à Mont-de-Fosse, on dit 
porsome ou forsome. A Stavelot, èsse so /' foi-son signifie être sur 
le bord, être dans une position douteuse ou hasardeuse. Nous 
croyons avoir retrouve le mot dans la Chronique de Philippe 
Mouskès : 

vers 877 : Toutes mes gens et tôt mi orne 
M'ont relenqui à la parsoume. 

Heiffenberg, en note, traduit par : à la fin. 

3 25n : A la persome de.... Traduction : afin de. 
vers 642g : Jusqu'à sum.... Traduction : jusqu'au bout (*). 

Mouskès nous donne ainsi le mot simple, sum, qui est le latin 

summum au -eus de extrémité ("-); et persome, parsoume sera 

donc, s,, us une forme féminine, la toute dernière extrémité. On 

disait .■/ la parsoume comme à la parfin. 11 ne semble pas téméraire 

■ le conclure à un masculin wallon porson, dont forson serait une 

me corrompue, el à un féminin wallon porsome, dont forsome 

fait une forme corrompue. A moins qu'on ne songe à des dou- 

l'un composé avec per; l'autre avec for (foris), tel qu'on le 



emenl : en soin le tertre, par soin l'aube (G. Bourg. 1281). 
■ I. 119; III, 137. — Godefroy, sometparsome. 



— 35i - 

trouve dans les verbes for pou g ni, formagnî, fordiner et cent 
autres, dans les substantifs ou adjectifs forfant, forpâl (fém., ard., 
talon du jeu, de foris — partem), forsôlé. Mais, s'il faut choisir 
entre les deux solutions, je fournirai encore en laveur de la 
première les doublets forboûre, porboûre (Rem. 1 ), /br-bouillir. 

Pràyon, proyê, etc. 

C'est le nom d'un hameau de la commune de Forêt lez-Chaudfon- 
taine, province de Lieue. Dans l'orthographe officielle : Prayon, 
dans la prononciation locale : Prâyon ou Pràyon, dans les chai tes 
Prailhon. Le sens de ce nom ressorl bien du passage suivant de 
rji "> : « dedi monasterio Belli fageti (= Beaufays) silvam meam 
que dicitur Bellum fagetum, sicul adjacel a domo predicti monas- 
terii usque ad prata que dicuntur prailhon. Miraeus, IL ^4 \. 
Le dit prailhon, au sens restreint du mot, devait être un pré le 
long de la Vesdre. Le suffixe -on avait sans doute en ce cas un 
sens dépréciatif : quelque chose qui ressemble a un pré. 

Pratum et ses dérivés ont fourni beaucoup de noms à notre 
toponymie. Le neutre pratellum se retrouve dans préa u (comm. 
de ET.arcb.ies, de Willemau, en Hainaut), Préal (connu, de Liège), 
Proyê (En si val), Préaix a Floriheid (Malmedy). Le plur. neutre 
pratella se retrouve dans Préalle [comm. de Comblain, de Hol- 
logne-aux-Pierres, prov. de Liège), Prayale 'Mous lez-Liège); 
avec contraction de voyelles dans Praile (Nalinnes, H"; Seilles, 
Ls«), Praille (Laissant. 11). Prudes (Rozée, X'), les Pralettes 
(Leuzedez-Dhuy, X'), Prêle (Tarcienne, X 1 1, Prelle (Flamierge, 
Lux.), Presles (comm. du H'i, Praule Ham-sur-Sambre, X'.i. 
Presles est l'endroit où le patriotisme des archéologues belges a 
voulu localiser la bataille de César contre les X'erviens : on a cru 
que ce mot venait de praeliuml et, seconde énormité, on a cru 
qu'un lieu pouvait s'appeler « combat » ou a bataille » ! C'est 
pourquoi tout Belge qui a passé par l'école primaire connaît la 
célèbre bataille de Presles! Sic vos non vobis... agmina fertis, 
agri. 

w. qwaqwa. 

Ce mot est usité en verviétois, exemple, t>o/a /' qwaqwa, voilà 
l'affaire, le dessous de l'affaire, le fin mot, le pot aux roses; en 
liégeois, on d' hovra V qwaqwa, on découvrit le pot aux roses; en 
namurois : exemple donné par Grandgagnage, I, 145, i-ny-a do 
(jwatjwa, il y a anguille sous roche. Grandgagnage écrit quaqua, 



- 352 — 

selon sa coutume, mais il faut lire qwaqwa. On prononce de 
même en ardennais Deux formes dissidentes n'apportent aucun 
éclaircissement : j'ai trouvé quaka (à lire qwaka) dans une pas- 
, mille wallonne <lu xvn a siècle que publiera prochainement 
M. Guillaume Eiennen, et caqua (à lire caqwa) dans les extraits de 
Villers faits par < ;<.<■«.. 

Le Bens précis et l'origine de ce mot ne me sont apparus qu'avec 
iinr troisième variante, en lisant dans le Dict.wall. manuscrit de 
Detrixbe la forme usitée à Stavelot. Detrixhe écrit a c'ès V ka- 
kiuet et tiatluit < le hic ». Nous ne doutons pas qu'il ne l'aille 
interpréter l'expression par c'est /' cas qwè, littéralement « c'est 
le cas quoi ». Mais cette étrange tournure a besoin d'être justifiée. 

On dit aus-i eu \ervietois : c'est V cas po qwè, vola V cas po <jwè. 
on disail «le même jadis en français : « la raison pourquoi, le 
sujel pourquoi... ». Au point de vue de la syntaxe, li cas po qwè 
D'à guère besoin d'explication, mais U cas qwè en a besoin. Nous 
ne voulons pas du tout insinuer que le second provient du premier. 
11 doit y avoir eu là contamination de deux tournures : tji v va 
dire qwè, < fi v' va dire li cas auront été combinés en une seule 
phrase. Ce qui corrobore cette explication, c'est que qwè a bien la 
forme tonique de l'interrogatif et non la l'orme atone du relatif. 
I omparez la différence entre pour quoi et pour que en français, 
po qwè ei po qui en wallon. 

Quant a la forme, si cas-qwè, cas-qwa ne sont pas restés bien 

distincts, c'est parce que la prononciation cas-qwa de certaines 

régions a créé, chez ceux qui ne comprenaient plus cet étrange 

ri asm e, une confusion entre les deux syllabes : de MK/waka et 

qwaqwa. 

Singote. 

Il y a dans le Voc. (te Faymoiwille de M. l'abbé Bastin un 

article ainsi libellé : « singote! excl. À votre santé! je —, boire 

;i la -ante île 1)1111. ». (Quelqu'un m'a demandé si ce mot signifiait 

-ans goutte, boire sans laisser tomber une goutte », ou encore 

gouttes ». Xi l'un ni l'autre. Il paraît évident que cette 

ition est un souhait emprunté a l'allemand, un segneGott, 

qu'on prononce en levant son verre. Segnen vient 

çnare au sens religieux de « faire le signe de la croix ». 



- 353 - 

w. sîr (*). 

I. Voici un mot énigniatique, qui n'est renseigné dans aucun 
dictionnaire. Nous l'avons trouvé employé dans un certain nombre 
d'expressions qu'il sera bon d'énumérer. 

Ci n'est qu' sîr boton (ou botons?) so /' rôsî, on ne voit que bou- 
tons sur le rosier (Jupille). 

Çu n'èsteût qu'on sîr boton (Verviers). 

Çu n'èsteût qu'ô seur botô (Hervé . 

Ci n'est qu' sîr-è-botons (Henri Simon ). 

Çu n'est qu' sîr galon (ou galonsT), son habit est tout galonné, 
ce n'est qu'un galon i Verviers). 

Mu stoumac' n'èsteût qu'one sîre plâye, ma poitrine n'était 
qu'une plaie (Concours du Tout-Veroiers, chanson intitulée Sote- 
rêyé). 

I fait clér, çu n'est qu'one sire suteûle, on ne voit qu'une seule 
et même étoile ( Verviers). 

Ci n'est qu'ine sire nîoaye, on ne voit que neige partout, c'est 
une plaine de muge (Liers, Verviers). 

Ci n'est qu'ine sîre fleur, ine sîre peiïre, on ne voit que des 
fleurs, que des poires sur l'arbre (Liège). 

Auâ I' oinave ci n'est qui sir drapeaus, dans le quartier, ce n'est 
que drapeaux partout (V. Carpentier, Toutou V macrale, p. 19). 

Et tôt auâ nosse rowe ci n'est qu' cires tchèrètes, (Vrindts, 
Pâhules rimes, 11 4)- 

Çu n'est <{ii' sir him-ham.es, on n'a (pie des embarras (Verviers, 
Henri Raxhon). 

L'èfant a /' tièsseplêne du hèyes, çu n'est qu'on sir hèyis', l'en- 
tant a la tète pleine de pellicules, c'est une pure desquammation 
(Verviers). 

la s' pantalon qui n'èsteût (ju'ô sir pleû, n'était qu'un pli 
Verviers). 

Esse sir bocâ } avoir des habits en lambeaux, criblés de déchirures 
(Ch. Gothier, Ijoisirs d'un Liégeois). 

On dit aussi a sîr (boton, etc.). Le dictionnaire manuscrit de 
Dethier donne même en un seul mot acire, ado., suivi d'un mot 
malheureusement illisible. 



( l ) Cet article, paru dans le Bull, du Dict. toall. (190G) a pu être augmenté 
ici grâce à des exemples nouveaux recueillis personnellement ou communi- 
qués par MM. Al pli. Maréchal, Fréson (instituteur à Glons). Charles Havet 
(Grivegnée). 

23 



- 354 - 

Peut-être y a-t-il aussi dans le Dict. étym. de Gggg, quelque 
oliose qui se rapporte à ce mol : i" On y trouve, II, 364, un s ires /a- 
vani du dialecte inalmédieu, interprété provisoirement par « si et si 
avant . el qui signifie en bloc « tout autant, aussi copieusement, 
ni plus ni moins »; 2° Au t. II, p. 568, v° commines, l'auteur note 
un passage d'une charte de i534 : « cire weaze, waranee, crapes 
el commines pareilles » Plus loin, p. 6^, Scheler, dans une 
note au mot weaze, traduit ce mot par le wallon wais', français 
iruesde, guède, el propose de séparer par une virgule cire et weaze. 
Il fail donc, sans le «lire explicitement, de cire le premier terme 
de l'énumératiou el un nom de marchandise comme les suivants. 

Tels sont les éléments recueillis sur la question. Ils sont obscurs 
ou contradictoires. On ne peut même établir d'emblée par eux si 
le mol sir est substantif, adjectif ou adverbe. 

II. Plusieurs personnes m'ont certifié que c'est le mot cîr = 
ciel qu'elles voient dans cette expression. Certains exemples 
paraissent leur donner raison : « On in poléve bin dire qui 
Vamour — N'èsteût qu' cîr et caresses (Chanson liég., de Joseph 
Mi dard). L'auteur, influencé par une interprétation populaire, a 
pu voir ici ciel et caresses dans une expression qui signifie pures 
caresses, rien que caresses. 

In autre correspondant, très affirmatif,nous écrit que, à Glons, 

le mot en question es1 (//•signifiant ciel; qu'il ne s'emploie que 

dans l'expression : ce n'est que....; qu'il est toujours suivi de 

la particule è ; (pie l'on n'emploie pas l'article devant le mot cîr. 

Il orthographie et traduit ses exemples ainsi : ci n'est qu' cir-è- 

botons (ciel et boutons), ... cir-è-galons (ciel et galons), ... cfr-è- 

niuaye (ciel et neige), ... cîr-è-fleurs (ciel et fleurs), ... cir-è-peùres 

eiel et poires), ... cîr-è-drapeaus (ciel et drapeaux). Il insère même 

des remarques explicatives ingénieuses : « Pour signifier qu'il y 

a abondance de boutons, on l'ait abstraction de tous autres objets, 

*'' l'on ne voit «pie le ciel et les boutons ». « On n'a pas le véritable 

•mploi du mot cir dans ci n'est qu' cir-è-galons so si stoumac; les 

res exemples indiquent mieux et suffisamment, je pense, l'usage 

ici de ce mot ». Là-dessus l'auteur nous laisse libre de 

yraologie, sur laquelle il se défend d'exercer aucune 

nte. comme si le problème étymologique était sans rapport 

■ problème semant i. pie, ! Disons à notre correspondant 

ous exemples coulés dans le même moule et qu'il se 

ication en écartant tel exemple qui h; gène. Tous les 

i pas un particulier admirant le nez en l'air des 



— 355 - 

fleurs de pommiers, des boutons on des fruits avec le ciel 
comme fond. Il ne s'avise pas non plus qu'on pourrait considérer 
cirés comme un adjectif au féminin pluriel. 11 ne sait pas que 
cîr existe sans è final et avec l'article. L'explication doit embras- 
ser tous ces cas. 

Ce n'est pas à Glons seul qu'on voit le ciel dans ces expressions. 
On l'y voit aussi ailleurs, niais sous l'orme de comparaison. 
On a le sentiment ou l'illusion qu'on a affaire à un nom composé, 
cîr-nivaye par exemple, et qu'il y a comparaison de l'objet avec 
un ciel chamarré ou étoile 

D'abord de quelle nature serait la composition cir-boton, cîr- 
galon, cîr-nîvayel [mpossible de songera un type roman comme 
hôtel-Dien, puisque l'article s'accorde avec le second terme : ine 
cire-nîuaye. S'il y a composition, elle doil être de type germanique. 
Mais, outre qu'on ne trouve pas himmel en allemand dans des 
expressions analogues, il nous semble (pie ciel-bouton, ciel-galon, 
ciel-ptaie, ciel-neige i bouton, galon, plaie, neige en chamarrure, 
comme un ciel ), si séduisante que l'explication paraisse, ne sont 
pas conformes aux rapports qui peuvent unir un substantif déter- 
minant à un substantif déterminé. En allemand, la comparaison 
se rencontre bien quand le déterminé est un adjectif (himmelblau, 
himmelhoch, himmelschôn), mais là-même le rapport est infini- 
ment plus simple. 

Pour tout espi'it non prévenu, dans ine sire nîoaye, sir est 
adjectif. Evidemment il se pourrait que, au lieu d'être primitif, 
cet accord de l'article avec le dernier terme fut analogique. Mais 
c'est bien peu vraisemblable, et la présence de l'article féminin 
milite contre l'hypothèse de cîr substantif et signifiant ciel ( 1 ). 

Enfin nous voyons qu'à Hervé sir prend la forme seùr, ce qui 
n'arrive pas à cîr = ciel. 

J'en conclus que l'explication par ciel est simplement d'étymo- 
logie populaire, ("est par cette influence de l'étymologie prétendue 
que sirès, légitime au féminin pluriel, a passé au masculin (sirès 
fleurs, sirès botons). 

III. Dans tous les exemples, sir s'explique au mieux comme 
adjectif, avec le sens de « pur » pris dans sa signification quanti- 
tative de « entier, au complet, sans restriction », comme dans 
(( pure bonté, pure nature, une pure sottise ». Ainsi compris, on 



(') Il faut écarter, pour la même raison syntaxique, tout rapprochement 
avec l'ancien français serre = série. 



— 356 - 

,/,,,, 6H \ un bouton d'un l)oui à l'autre»; ou ne distingue 
pas plusieurs boutons de fleurs sur l'arbre, il n'y en a qu'un seul, 
immense. Ine sire nîuaye signifie c< neige partout » : la campagne 
,. s , pleine de ueige. Èsse sir bocâ, o'esl être, quant à ses habits, 
un unique trou, avoir ses habits à claire-voie à cause du nombre 
des déchirures «'i des lambeaux qui pendent. L'étymologie popu- 
laire ne manque pas de voir le ciel an travers de ce bocâ, mais 
R » e8 l bien ;i condition de uc pas analyser de trop près l'étrange 
expression << ê1 re ciel-trou ». 

Dans cette hypothèse, les deux expressions relevées dans Gggg. 
8'expliquenl aussi beaucoup mieux que par les conjectures de 

(ll oi .!«• Scheler. Sir ci si ;u>;mi signifie «purement et si 

avant » : il y aurait passage du sens adjectival au sens adverbial, 
comme dans bel ci bien. Cire weaze signifiera « pure guède », et 
non •■ cire, guède », la cire n'ayanl d'ailleurs rien à l'aire dans 
cette énumération de plantes tinctoriales. 

IV. Quelle sérail l'origine de notre adjectif? Rien dans les 
langues romanes ne lui semble apparenté. Nous avons bien trouvé 
dans GooKFiun un adjectif seri, au sens de « bien fourni, bien 
muni " ('). niais (pie l'aire d'un mot isolé, sans famille, aussi énig- 
ma tique que celui qui nous préoccupe? 11 ne peut servir à nous 
éclairer. Au reste, le l'ait que notre sir ne se rencontre pas dans 
I.' Sud wallon et n'existe qu'à la frontière linguistique, fait sup- 
poser une étymologie germanique. 

Or r l'allemand nous offre zier, zierde, le flamand sier, orne- 
ment. De la zierpuppe, mijaurée? zieraffe, singe d'apparat, fat; 
nier plant plante d'ornement. Ce sens paraît un peu grêle et trop 
particulier pour expliquer le terme wallon dans tous les exemples 
précités. 

: Il y a l'ancien adjectif allemand scr, flamand zeei\ Autrefois 

sêr signifiait douloureux, cuisant, schmerzlich. C'est ce mot qu'on 

habitué a employer dans le sens quantitatif de heftig, et qui 

• •n allemand moderne n'a plus qu'un emploi adverbial sous la 

■ .se///'. Mais le flamand zeer, qui est resté adjectif, a conservé 

l'étendue de sens du .scr ancien. 

M y a l'adjectif schier, que les dictionnaires allemands 

luenl par k 1 a r, lauter, hell, rein, unvermischt, glat t, 

ii était en gothique skeirs et qui est en anglais shecr. 



hordement ci de proece, — d'umilitei ci «le larguece » 

éll. l'vl.ll-ll.NHKltOj. 



— 357 — 

Dans la vieille langue, es ist schier Gold signifie : c'est pur or, 
rien que de l'or. 

On voit que ce mot schier est eelui qui cadre le mieux avec 
notre sir au point de vue du sens Aussi avons nous reçu maintes 
observations (') à ce sujet, parce que nous nous étions arrêtés à 
sehr dans la première rédaction de cet article, ("est que le passage 
de sch a .s ne nous semblait pas bien établi. Outre cette difficulté 
phonétique, nous avions découvert dans Philippe Mouskès, Chro- 
niques, vers i>462ô, édition Reiffenberg, un passage où nous 
croyions retrouver sire = sehr : « il desist k'il estoit lor sire, 
mais il le noioit bien el sire ». Dans le dialecte de Mouskès, que 
je ne puis pas appeler de l'ancien tournaisien, mais qui contient 
des expressions du Nord roman, il existe donc un sire adverbe 
qui sert à renforcer bien comme dans l'expression bel et bien. 
Nous l'avions assimilé à sehr en lui donnant le -eus de forte- 
ment; mais on peut encore l'assimiler à un autre schier, adverbe 
allemand qui signifie bald, sogleicb, schnell, beinahe( 2 ). 
Comme l'expression citée peut signifier aussi logiquement « bien 
et vite » que « bien et fort •■, la solution doit rester indéterminée 
entre ces deux étymologies en attendant de nouveaux faits. Si 
maintenant nous considérons l'adjectif wallon sir comme dégagé 
de l'anc. -franc, bien et sire, son cas dépend uniquement d'une 
question de phonétique, a savoir ce (pic devient en wallon le sch 
initial allemand suivi d'une voyelle. 

Tout wallonisant sait que sk germanique, qui devient plus tard 
sc/i,esl traité en wallon comme se latin issu de exs-,exc-, esc-, etc. : 
il devient h en Nord-wallon, ch en Sud-wallon, // mi-mouillé en 
Wallonie prussienne. Forcé de nous rabattre sur les exceptions, 
nous ne trouvons que le malmédien sêrmouze, recueilli par Grand- 
gagnage II, 3V et .'->4<>, alors que le dialecte d'Aix-la-Chapelle dit 
schermull. Mais l'exemple est bien pauvre, car Verviers dit char- 
mante et l'Ouest scàrmoye. On ne peut faire état de la transfor- 
mation inverse, visible dans choucroute = sauer kraut, — où 
d'ailleurs le verviélois prononce sour croûte, — ni des variantes 
chaton : satou (Gggg.II, 342), sire: bonne chère (Gggg. LI, 364), 
chopine : sopène, chignon : signon où l'allemand n'est pas inté- 
ressé. On ne peut faire entrer ici en ligne de compte les cas 011 le 
sch allemand est suivi d'une consonne: /, n, w, /, car là les patois 



( l ) De MM. Paul Seharff, R. P. Grignard, Jean Haust. 
( 2 J Eunéerl. schier. presque. 



— 358 — 

germaniques voisins de notre région on1 déjà réduit sch à s : 
sùster : schwester, snelle : schnell, snuffen : schnuffen, wall. 
xnoufer. L'allemand prononce schtudiren en face du wallon stûdî, 
maie là c'esl l'allemand qui a emprunté an roman. Bref, pour 
identifier le wallon sir à l'adjectif allemand schier, nous n'avons 
jusqu'ici qu'une étonnante concordance de signification. 

Faisons cependanl une dernière tentative. Peut-être le sch de 
ce mol était-il déjà devenu s dans la zone germanique voisine du 
wallon. Nous n'avons recueilli aucune preuve directe pour le 
schier de schier Gold, mais la note de M. Scharff m'avertit «pu; 
schier schnell se dit sir à Eehternack, et le petit dictionnaire 
d'Eupen (p. t83) me fournit de même sir non seulement comme 
représentant de scAr, mais aussi comme représentant de l'adverbe 
schier, si j'en crois les deux traductions : sehr, schnell. Voilà 
du moins mimencement de preuve. 

w. solo. 

Faut-il écrire solo ou solot (soleil)? La question d'orthographe, 
incline en soi. repose comme toujours sur une question d'étymo- 
qui mérite l'examen. 11 s'agit doue de découvrir quel est le 
suffixe caché dans l'o final de solo. 

D'ordinaire on y voit le suffixe diminutif -ot, et on est même 
parti de la récemment pour créer le verbe soloter. Cette opinion 
repose sur une observation bien simple : que la valeur de -o final 
correspond souvent a -ot du français. On n'a pas recherché si -o 
ne pouvait avoir une autre provenance, comme dos, gros, tjofyo, 
/ fino. Un supplément d'examen paraît donc nécessaire. 

Dans l'état actuel de nos patois, le nom du soleil est exprimé 
au moyen d'un diminutif. En effet le borain salau, le namurois 
so//a, l'ardennais sole représentent solellum, le rouchi solèy et 
le français soleil représentent solîculum. On peut inférer de là 
que c'esl bien un suffixe diminutif également qu'on trouve dans 
sole, forme usitée a Gueuzaine (Prusse wallonne), dans le gaumais 
s'io, le liégeois et le cambrésien solo. Mais il reste toujours à exa- 
miner si ce suffixe est nécessairement identique au français -ot. 
Consultons sur ee point les textes en ancien wallon et ancien 
ain. On trouve dans Job, 3oi, 10 la l'orme soloilh : « et ourons 
/. 'le nostre pense as rai/, del urai soloilh », dans le Dialoge 
Grégoire soloi Ih et soleilh : 129, 21. « Etquant li hom i\eu 
dfeiz cl mult chaut soloilh »; io3, 23 : « alsi com colhiz 
rai del soleilh ». Dans les Sermons de carême en dialecte 



- 35 9 - 

wallon du XIII e siècle, publiés par Emmanuel Pasqubt, on trouve 
sololh au cas régime (p. 47). et dans la même page on rencontre 
deux fois comme cas sujet soles (lisez sol es). L'auteur avertit 
en note pour le premier exemple que l'état de l'écriture permet de 
lire sol os. 

Soles ou solos, il n'importe d'ailleurs; ce ne sont là que les 
formes solelh ci sololh augmentées de Vs du cas sujet, devant 
Laquelle disparaît la consonne finale, ici / mouillée. On sait que e 
fermé tonique suivi dey/, ly aboutit a -cil, -oil suivant les régions. 
Le suffixe -/cul uni suffit donc à expliquer les formes précitées. 

Le wallon moderne solo, sole peut provenir du cas sujet, ou de 
soloy, solèy ayant perdu la palatale. Le y final en effet disparaît 
en wallon dans les mots de suffixe -cul uni, -lium : crama, 
traua, cina, pion, vèrou, fyino, doù, tchivroû, mifou; il en est de 
même de oculum (œil) dans certains cantons. 

De la il résulte L° que solo, sole ont leur ancêtre présentable, 
chose qui n'existe pas pour solot, solèt; 2° que l'on est dispensé 
de supposer l'existence, dans un étroit espace, de nombreux dimi- 
nutifs du latin solem . 

w. winre. 

Winre, wêre est un mot de la région bervienne employé seule- 
ment dans deux expressions : i" mule winre, vaguement défini 
par un correspondant comme étant un temps « vif », un temps 
<( malsain », synonyme de mule mane (mauvais brouillard) ; 
'2" braire maie winre, voir tout en noir, annoncer de mauvaises 
nouvelles. S'agit-il de bise ou de brouillard, de vent, d'un temps 
gris et lourd, on ne sait. Cependant, comme on ne parle jamais 
de bonne winre ni de winre de telle ou telle direction, il faut 
écarter l'idée de vent, bise, temps clair. 

Cherchons d'autre part quelque indication dans l'aire d'emploi 
du mot. 11 est usité ou connu, nous dit le I) 1 Randaxhe, à Saint- 
André, Mortier, Julémont, W'arsage, Mortroux, Charneux, Aubel; 
inconnu à Clermoiit-sur-Berwinne et à Thimister. C'est donc un 
terme de la frontière linguistique et il est légitime de conjecturer 
que nous avons affaire ici à un de ces mots qui enjambent la 
limite des langues et qui sont bien reçus soit à cause de leur 
forme, ou de leur couleur pittoresque, ou de leur imprécision 
même, ou qui s'imposent à l'attention par le fréquent emploi qu'en 
fait le voisin flamand. 



- 36o 



I ne Fois orienté vers ce côté, on trouve tout de suite weev, le 
t <-in [ ->. pour weder (allemand wetter). Alors on s'explique pour- 
quoi le ."-«mis du mol n'est pas plus précis dans l'esprit du paysan 
aubelois. 11 n pris un sens péjoratif par sou contact avec l'adjectif 
nuVe, mauvaise, el il est resté figé dans cette seule expression. 



LE CHAT VOLANT DE VERVIERS. 
Satire en dialecte verviétois île 164.1 (')■ 



1. — Introduction. 

J'entreprends de rééditer au point de vue linguistique la pas- 
quille wallonne sur l'aventure du cliat volant de Verviers. 

Elle a été publiée jadis, mais uniquement comme curiosité 
historique, par M. Jules Matthieu, bibliothécaire de la Ville de 
Verviers, dans un journal verviétois, la Feuille du Dimanche, 
en 1880 (*). M. Armand Weher, dans le Jour, en 1894. a reproduit 
le texte de Matthieu en appendice d'un article intitulé Un apothi- 
caire verviétois nu XVII e siècle et le fumeux chut volant ( 3 ). 

On a le texte manuscrit dont s'est servi J. Matthieu : il appar- 
tient à la Bibliothèque de Verviers. On peut donc contrôler le 
travail de l'éditeur. La version imprimée m'avait toujours semblé 
très infidèle : non seulement beaucoup de locutions n'étaient pas 
conformes au patois d'aujourd'hui, mais encore elles ne pouvaient 
pas avoir existé autrefois. Mis en présence de la vieille copie, qui 
est du xvm e siècle, je m'aperçus (pie Matthieu avait ajouté beau- 
coup de fautes à son original en voulant l'interpréter et en corriger 
les fantaisies graphiques. 

C'était immanquable. Le regretté Jules Matthieu était liégeois 
et les particularités du dialecte de Verviers lui échappaient en 
grande partie. Bon historien, agréable conteur, il n'était pas assez 
linguiste pour distinguer où et surtout comment il devait corriger 
les graphies fantaisistes de l'original. 

Ainsi, partout où le texte (M) présentait set (lisez ces au sens du 



(') A paru dans le Bulletin de la Société veruiétoise d'Archéologie et d'His- 
toire, t. xi. J'ai utilisé des notes critiques de M. Ilaust pour opérer quelques 
légères retouches au texte et surtout pour renfoi'cer le commentaire. 

( 2 ) En tirage à part : Le Chat volant de Verviers, par .T. M.. Verviers. 
Nautet-Hans, 1880. 

( 3 ) Cet article existe en tirage à. part, à 100 ex. 1111m. et signés. Verviers, 
Nautet-Hans, 1894. 



- 36a - 

ux), Matthieu (m) a cru devoir corriger en ci ou V ci, qui 

n'existe pas : 

Vers 3, M : po set d'Vervi; m : po ci d'Vervi. 
Vers 21, M : tôt set d'V. ; m : tôt 1' ci d'V. 

\ ers 66, M : conte toi set... ; m : contr' tos V ci. 
Vers [27, M : set du Stainbiet; m : ci du S. 
L'auteur ne savail pas que la l'orme ces est très légitime et encore 
usitée ailleurs, sinon à Verviers; ni, d'autre part, que les expres- 
sion- verviétoises modernes sont, pour le singulier li ci, forme 
réduit.- /' ci, pour le pluriel lès cis, qui ne peut pas se réduire en 
/• cis. 

De même le manuscrit présente une l'ois nel (lisez ne au sens du 
français ni). L'imprimé (vers 8) corrige en ni. C'était au con- 
traire une indication de prononciation ancienne qui méritait d'être 
conservée. 

Les pronoms il et ils sont en wallon verviétois i devant une 
consonne. Le manuscrit rend cet i par il. L'éditeur a corrigé cet 
il en il : 

M 12 eierreint ii (il est vrai ici que le / final a les apparences 
de /. mais tout semblable est le premier t de eterreint) ; m. éter- 
reint-il pour ètèrint-i. 

M 68 : qui serai; m : il s 'r eut, pour i sèreùt. 

M 1 14 •' it grettet; m: il grettet, pour / grètèt. 

M 120 : itfa.it; m: il fait, pour i fait. 

Mais il conserve au vers n y prirint pour i prirint. 

Quand il corrige au vers n (levée en in' feie, il ne s'aperçoit pas 
que ine pour one est liégeois. Quand il corrige au vers 26 sis 
Luegnrée en liquelV Iwegnrée, il ne s'aperçoit pas que le texte 
.■tait bon et que liquéle est liégeois. 

Voici d'autres singularités : fae du vers 36 est interprété par 
fawe (hêtre) au lieu de faye (feuille); Ion 5c) devient loiva (louai 
au lieu de loya (lia); maue <\i est traduit en man\ qui n'a pas de 
-'•h-, au lieu de may ou maye (jamais); maue 70 est rendu cette 
fois par maw (moue) au lieu de mây ; roelée 44 est travesti en 
roclei, qui n'a pas de sens, au lieu de rôyelêye (rayée). 

t ' esl cirer des graphies fransquillonnes contre le texte et contre 
la prononciation wallonne que d'écrire intr' pour inte (vers 10), 
contr' pour conte 66), propres pour prôpès (8G). 

sait que le verviétois remplace volontiers o tonique «les 

leetes par a, devant ;/>, m, n, gn, l, r. Matthieu corrige 

■ fois indûmenl son manuscrit en rétablissant L'o liégeois : 

un, m coin'; M 112 val, m vol'; M 114 cam, m edmm'; 



— 363 — 

M 120 cam, m coin, ("est l'a de fae 36 qui l'a empêché de songer à 
foye et qui lui a suggéré juive. Ailleurs l'a est conservé : M 28 
cam, m cam; M 5~ donne, m donn' ; M 78 ra/, m ca//' : M io5 caé, 
m cawes; M 106 balawes, m id. : M. 68 lembar, m Limbâr. 

Les variations de a et de an ont été conservées 24 fois sur 27 : 
voici les trois dissidences : M 67 quanr, m qwarts; M 70 maue 
(c'est-à-dire mau-y-e), m maiv. M 101 quaur, m quarts. 

M 1128 rarin devient dans m /■;//■/ et M i'5o n'arin devient n'auri. 
Ici l'infidélité se double d'inconséquence, puisqu'il faudrait ra/'/, 
ft'ârï ou rauri, lïaurî. Le ver\ iétois moderne dit le plus souvent 
rârît, n'ârît, niais rarît, n'aril avec a bref s'entend aussi. Quant 
à la désinence, il ne fallait rien changer à in, qui était jadis la 
terminaison de la 3 P personne du pluriel a l'imparfait et au con- 
ditionnel. Il n'y a pas une seule exception clans notre texte 
manuscrit. 

M io3 et 104 porte sïonhe, ionhe (s'il eût, il eût); m corrige en 
s'iohe, i'ohe. Or le on noté ici est un o long fermé assombri 
jusqu'à la nasalisation : i-ôhe, ionhe. Le phénomène est régulier 
en verviétois et il n'y avait pas lieu de modifier. 

Que graphie singulière de m consiste à infliger les finales de 
l'impartait français aient ou ail à la terminaison -et de nos verbes : 

M 4 duf'net est corrigé en duvnaient, pour duv'nèt (deviennent). 

M 35 meritet est corrige en méritaient, pour mèritèt (méritent). 

M 37 contet est corrigé en comptaient, pour comptât (comptent). 

M 48 proiwret est corrigé en prouvait, pour prouvera (prouvera). 

M io5 haivet est corrigé en hawaient, pour hawèt (= ils aboient). 

M 106 />o/e/ est corrigé en volaient, pour po/ëi (voient). 

M 125 ratrapet est corrigé en ratrapait, p r ratràpèt (rattrapent). 

Lu fin les trois passages suivants contiennent des corrections 
inadmissibles : M 7 du skiwins ni d' ces porcureux, m ni du ska- 
vins ni porcureux : M i>3 delluengne tyre, m des Iwegne tire, mais 
le sens de tire (race, engeance) s'oppose au pluriel et le texte 
aussi ; M 80 si tassin transformé en //' Tassin, 

Nous ne citons pas les doublements de consonnes, les apos- 
trophes inutiles ou mal placées, ces mille et une infidélités réunies 
en i3o vers sans rien améliorer au texte : tout cela s'explique par 
l'absence de principes orthographiques en 1880. L'original n'était 
certes pas un modèle d'orthographe, mais iljavait au moins le 
mérite de la simplicité, de la naïveté. Il faut donc sur ce point 
conclure que la petite publication locale de Jules Matthieu, suffi- 
sante pour contenter les curieux d'histoire anecdotique, — et 



— 364 — 

i toute l'ambition de son auteur, — ne peul nullement servir 
études dialectale 

\ ,,. point de vue la satire est précieuse et mérite une nouvelle 
publication. L'aventure qu'elle blasonne est de 1641. A en juger 
,,;,, [ os détails circonstanciés qu'elle contient, elle ne doit pas 
avoir été composée Longtemps après l'événement. 11 suffit pour s'en 
convaincre de la comparera une pièce française du xvin* siècle (') 
sur le même Bujet, reproduite par M. Weber dans l'article énoncé 
oi-dessus. L'invention filandreuse et sans précision, chargée de 
pathos ci de mythologie, de la pièce française, œuvre de quelque 
savant du terroir, contraste avec la narration sèche et toute en 
faits locaux de l'auteur wallon. Cette pasquille wallonne est la 
plus ancienne œuvre verviétoise connue. Le texte original du 
wii siècle nous manque, il est vrai, mais les graphies d'une copie 
subséquente, par leur inconséquence même, tantôt rajeunissant 
le langage, tantol copianl le modèle servilement, nous permettent 
d'étudier des détails di 1 la phonétique antérieure. 

Au reste nous avons eu la chance de trouver une seconde copie, 
également du xvnr 2 siècle. Un de nos collègues de la Société 
verviétoise d'Archéologie et d'Histoire, M. le juge Prosper Deches- 
111', dont la famille est originaire 1 de Stembert, découvrit récem- 
ment dans des papiers anciens un texte wallon qu'il me communi- 
qua. J'y reconnus le chant burlesque sur le chat volant avec 
maintes variantes, .le montrai la publication antérieure de 
.1. Matthieu a M. Deehesne, qui me laissa son manuscrit pour 
confrontera loisir les deux textes. Grâce à l'heureuse trouvaille 
et :i l'obligeance de M. Deehesne, il est donc possible de comparer 
les deux copies anciennes et de se l'aire une idée plus précise de 
l'original. C'est maintenant presque un devoir d'éditer ces i3o 
vers : les textes anciens en patois de Verviers sont trop rares pour 
en laisser échapper un seul, quelle qu'en soit d'ailleurs la valeur 
historique ou littéraire. 



1 chai volant | île la Ville «le Verviers, | histoire véritable arrivée 
par Monsieur Willem Crac. -- Imprimé à Amsterdam, chez 
'!"••- La France, à l'enseigne du Chat Botté, en 17'^). Suivi <le la ] 
ou Les cousins. Poème inédit. || Verviers, imp. de 

fils 1 S4 1 . pour la 1" édition, voyez WEBER, Bibliog. 

--■ — M. All'in Bod} m'écrit que* le bibliophile L.-F. 
v. en possédait deux copies, l'une de sa main en vue d'une 
'autre plus ancienne, et que cette copie plus ancienne n'était 
ne le lexte de l'édition Angenot, 



- 365 - 

Peut-être découvrira-t-on d'autres versions. Au point de vue 
où nous nous plaçons, semblable découverte ne détruira pas nos 
constatations linguistiques, elle les précisera. La reconstitution 
littéraire doit choisir parmi les variantes, mais la linguistique 
peut se contenter de les collectionner. Or, dans le cas présent, il 
s'agit moins d'une œuvre littéraire à ressaisir dans son intégrité 
que d'un recueil de faits dialectaux. 

Etudions maintenant nos deux copies manuscrites, que nous 
appellerons M et 1), du nom de leurs possesseurs, en désignant 
par m l'imprimé dérivé de M. 

M et I) sont deux feuilles de même hauteur, papier officiel 
filigrane aux armes des princes-évêques. Aucun nom propre, 
aucune date. La feuille M, très fripée, a pour titre, au-dessus de 
l'œuvre même : Le vol du chat de Vervier, chant Burlesque. La 
feuille 1) n'a pas de titre, mais porte au revers, sur une des faces 
de la feuille pliée en quatre, les mots paskée faite sur Veruîer, 
inscription à peine visible sur cette face extérieure très salie et 
chamarrée de chiffres. 

L'écriture de la copie I) a pu être identifiée à celle d'un 
manuscrit que possède également M. P. Dechesne. C'est le registre 
du margnillier Jean Quirin Bouxha, de Stembert, né a Stembert 
le io octobre I7">3, mort au même lieu le 8 octobre 1828. Son 
manuscrit fut commencé en l'année 1781. De la même écriture est 
encore un « Règlement pour faire le Jeux franc principalement 
» pour le grand boursier dont on trouve tout ce qui est le plus 
» essensielle pour tous les jour de la dédicace et pour l'octave et 
» jour suivant écrit l'an 1774 »■ L'auteur de la copie est donc 
J. Q. Bouxha, qui la fit aux environs de 1780. 

Malgré cette date relativement récente, D est plus archaïque 
que M par l'orthographe et par les particularités de la phonétique. 
M s'attache moins à la lettre du modèle, il respecte mieux la 
grammaire et la prononciation de son temps. Examinons ces 
points de plus près. 

M est copié sur un autre texte et non transcrit de souvenir ou 
de audit 11. En effet, il contient des corrections qui ne s'expliquent 
pas autrement, corrections immédiates faites par le copiste recti- 
fiant à mesure une erreur commise. Au vers 23 il substitue y à i 
dans tire ; au vers 33 il substitue ryrans à rirans. Or la logique 
ne demandait pas ces corrections, mais seulement une fidélité 
superstitieuse à un texte antérieur. Au vers 36, après avoir mis 
des=sucri duoen, il barre duven et lui substitue au-dessus son 



- 366 — 

lisez so'ne faye), el la fin du vers suit la direction déviée de 
son nfae. Vu même vers, le copiste avait d'abord écrit paucgmin, 
puis il corrige eu inscrivanl un /» sur le g. Sans doute le h du 
modèle s'étendait plus en aval par son second jambage qu'en 
amniii par la Uaste, et le lecteur avait pu le prendre d'abord pour 

H 11 g. 

De même l> est copié sur un texte antérieur. Au vers 28, moh... 
est biffé pour y substituer moxhet, afin d'écrire xh, subite affec- 
lation .le science orthographique qui prouve que la personne copie 
un texte. Au vers 46, k umen avait d'abord été transcrit par qu. 
Au ver- 6a, ahimen est précédé de auxhe biffé ; le copiste, tenté 
d'employer auhèyemint, la forme usitée de son temps, s'est repris, 
évidemment pour rester conforme à son original. Au vers 89, on 
voit m 1 "' pietrau a été ajouté après coup, en caractères plus petits 
h plus droits, laissant un intervalle inusité entre lui et le mot 
suivant, si l'auteur avait entendu le mot, qui est Pierrot, il n'aurait 
pas liésité pour l'écrire et surtout il ne lui aurait pas donné 
cet te sotte graphie. 

Quelle relation y a-t-il entre les deux copies? A certains en- 
droits, elles concordent, sauf des différences fantaisistes d'ortho- 
graphe. A d'autres, elles apparaissent si discordantes pendant 
troisou quatre vers qu'il est visible qu'elles procèdent, non d'une 
source commune, mais de traditions assez incertaines, en partie 
orales. Comme jadis dans les chants épiques des aèdes, ce que la 
mémoire n'avait retenu qu'infidèlement était refait plus ou moins 
d'après de vagues souvenirs. 

11 serait insipide de reproduire ces deux textes avec leurs agglu- 
tinations et leurs fragmentations absurdes de mots, avec, tour à 
tour, leurs consonnes muettes antiétymologiques et leur nudité 
phonétique, qui ne connaît aucune grammaire. Le travail à faire 
consiste précisément à tirer un texte de ces deux copies, qui soit 
lisible, «pii soit correct, qui résolve les énigmes au lieu de les 
laisser résoudre au lecteur. D'autre part, il ne faut point donner 
au linguiste un remaniement sans contrôle possible. Autant il 
; fastidieux de fournir toutes les variantes graphiques lettre 
par lettre, autant il est nécessaire de noter les variantes ayant 
me Importance au point de vue de la phonétique et du sens. Au 
paraître trop long, nous nous sommes attaché à donner 
ordre d'idées plutôt trop que trop peu. Ainsi, lorsque 
rons un des deux textes, nous donnerons l'autre en 
iae la graphie exacte du texte adopté. Si nous 



— 36 7 — 

nous écartons de tous les deux, ce qui arrivera plus d'une l'ois, nous 
exposerons le cas en note. De la sorte, celui qui préférera une des 
Leçons de la note pourra choisir en connaissance de cause. Ce 
système est le seul mode de publication qui ne soit pas assujetti à 
l'arbitraire de l'éditeur. 

Si on examine la texture de cette pasquille, elle n'apparaîtra 
pas très satisfaisante. 

Il y a d'abord une introduction comparant l'affaire du chat 
volant reprochée aux Verviétois à celle de la taupe enterrée vivante 
reprochée aux Stem bertains. La palme de la sottise revient aux 
Verviétois. Ni Stembeii ni Dinant n'ont imaginé rien de sembla- 
ble (vers i-34). ' j(> la '' mérite d'être transmis par le parchemin à 
la postérité (35-36). En effet il ne s'agit pas ici d'un acte isole, 
individuel et sans portée : les Verviétois se croient très intel- 
ligents, ils ont îles magistrats savants, ils ont tous participé à 
l'affaire, ("est bien une bande de fous que je vais vous exhiber 
(3 7 -4<>>. 

L'initiative revient à Louvegnez le bourgmestre. Éloge ironique. 
11 avait depuis longtemps médité et discute cette merveille : faire 
voler un chat. Il avait consulté ses grimoires pour conclure qu'on 
peut y arriver en lui attachant deux vessies (4i-53). La théorie 
trouvée, il s'agissait de passer a la pratique. On eut recours aux 
lumières du second de la cite, Malempre, le notaire. Malempré 
demande de la ficelle, lie les deux vessies a l'arrière-train (53-56). 

Où se passe la scène et quand ? Cela n'est pas dit jusqu'ici. On 
ne nous indique bien que la part prise par trois ou quatre per- 
sonnages. Après Malempré l'auteur cite un Jean Michaël ou 
Michel (65), qui parla comme un vieil Aristote, offrant de parier 
contre tous ceux qui étaient sur le marché (la scène a donc lieu 
sur le marché) qu'avant trois quarts d'heure le chat serait à 
Limbourg ou au-delà (65-70). Puis il cite Colin le décimateur qui 
se croit bien malin à parier que le chat volerait tout au plus 
jusqu'à Hombiet. Puis il cite Mangam : mais, désillusion ! il cite 
celui-ci pour dire qu'il a livré ou vendu le chat. C'est un peu tard ! 

Arrivé à ce point, on s'aperçoit donc que l'auteur n'a pas suivi 
l'ordre chronologique des faits. Mais il n'a pas suivi davantage 
l'ordre logique dans lequel il aurait dû présenter les types qui ont 
contribué à l'événement. Faut-il supposer que la pièce primitive 
valait mieux, qu'il y a du désordre dans l'œuvre, que ce désordre, 
existant dans les deux textes, remonte à une copie ancienne d'où 
procèdent ces deux textes ? 



— 368 - 

iv,,i ôtre aussi ce qui précédai u'était-il dil que pour acter la 
,,. ,|„ vol <-i la proposition, mou pour raconter des faits 
On le croirait, à consulter certains verbes qui sont au 
futur dans M : [5 no va mostré, \6 poiret, fô it prouuret, 58 qu'on 
ret...saret. Mais pourtant le vers suivant, dans les deux ver- 
rions, éi ce l'art ion effective : on ly lo{y)a (5g). Donc ces futurs 

,,ii pas un remède au mal que nous constatons; ils ne sont 
qu'une difficulté de plus, à laquelle il faut trouver une bonne 
-oint ion. 

Prenons conseil <le la suite. Pour mettre fin à cette affaire, dit 
tire, il fallait de la « colle de notaire ». On n'explique pas à 
i|iK.i doii servir cette colle de notaire, et il semble que ce soit une 
simple façon de faire intervenir le notaire en le ridiculisant. Mais 
comment prendre la chose dans le sens d'intervention notariale, 
puisqu'on va chercher cel ingrédient chez l'apothicaire et que, 
n'en trouvant pas, on se contente de saindoux, dont on enduit la 
tête, les ailes (?) et les reins de la pauvre bête ? (77-86). 

< >n signale encore la présence de deux personnages qui se disent 
représentants des xii hommes. Mais l'auteur ici, soit amitié, soit 
crainte de représailles, ne croit pas qu'ils ont été des dupes 
;. ce irait manque dans M). Il affecte aussi d'innocenter 
in, l'apothicaire de tantôt (92-94). Colin non plus n'a fait que 
donner des conseils. Mais la façon d'excuser tous ces gens est 
assez équivoqae : l'auteur les soutient comme la corde soutient le 
pendu (<)"«- 106). 

on attend, pour aider au vol, que le vent s'élève. Malempré 

porte le chat, qui, de frayeur, inonde son porteur de diarrhée. 

arrivée au clocher : il lance le chat par l'étroite lucarne. Chute de 

l'animal, qui se réfugie aux environs. L'auteur ajoute un dernier 

irait de satire sous forme de prédiction : gare si on le rattrape ! 

30ts incorrigibles ne concluront pas à l'impossibilité du vol; 

nplaceront les deux vessies par deux coqs, c'est-à-dire par 

deux volatiles incapables de voler. La morale ou réflexion finale 

ramène a la comparaison du début; je savais bien que 

bert aurait sa revanche ! 

11 résulte de cette analyse préalable ou expectante que, si 

r a plus ou moins raconté le début et la fin de l'action, il en 

; la partie centrale. Il ne montre ni la foule, ni le 

L'intervalle entre les préliminaires et le 

it rempli par un défilé de grotesques. Xe serait-ce 

fait le plan etl'unité de notre pasquille au dévelop- 



- 36 9 - 

peinent peu académique? Voyons si cette hypothèse résout toutes 
les difficultés. 

D'abord, s'il ne présente qu'une collection de types, l'auteur est 
par là-même dispensé de la rigueur chronologique. Le passage 
relatif à Mangam le boucher fournissant le chat ne paraîtra plus 
trop tardif en ce sens. .Mangam est un comparse: il fallait bien 
donner les premières places aux grands premiers rôles. Nous 
résisterons donc à notre désir de caser le couplet sur Mangam 
(72-76) après le vers 54, entre l'appel fait aux lumières deMaîempré 
et l'arrivée de ce personnage. Non pas que l'ordre de la composi- 
n'en dût être amélioré; mais, dans ce défilé de fantoches, l'action 
devient vraiment accessoire. 1011e était accessoire aussi pour les 
contemporains de l'événement, qui tous la connaissaient en détail. 

Même on peut dire que ee (pie nous avons appelé début et fin de 
l'action n'est encore qu'une apparence. Il ne semble y avoir un 
commencement de récit que parce que les premiers rôles inter- 
viennent au début de l'action. De même il n'y a de dénouement 
raconté que parce qu'il fallait bien acter les résultats de tous ces 
efforts combinés, ("est moins un récit que l'orchestration finale, 
le ridicule de tous après le ridicule de chacun. 

Cette interprétation résout encore deux autres difficultés, celle 
des verbes qui sont au futur et la singularité des transitions, qui 
paraissent au premier abord si déplaisantes et si pauvres. C'est à 
la lettre qu'il faut prendre le vers 42 : uos ulez uèy one banne du 
fous. L'auteur se l'ait imprésario, il annonce une suite de sil- 
houettes comiques et rien de plus : « Vous allez voir (42)...; — 
Lovegné va nous montrer (45)...; — il prouvera (48)...; — je 
crois qu'ils prendront du saindoux (84)...; — holà ! tout doux ! 
écoutez bien tous ! voici la drôlerie de ces gredins (107-108); — le 
chat va voler ! voici le conseil qu'on va leur donner (109-110); — 
regardez bien comme il pirouette ! (120) ; — s'ils le rattrapent, ils 
le feront voler accosté de deux coqs ! (120-126) ». — C'est le pro- 
cédé tout subjectif et tout lyrique de l'homme qui croit encore 
assister aux événements, qui les montre, qui les prédit, qui touche 
les fantoches de sa baguette. Les verbes qui sont au passé, temps 
du récit, et qui ont pu donner le change, sont en réalité subor- 
donnés aux autres et font ménage comme ils peuvent avec eux. 
Je les accuse d'avoir jeté une grande indécision dans l'esprit des 
gens qui ont successivement appris ou copié le texte. A cause de 
cette apparence de récit, plusieurs des traits que nous venons de 
rassembler ont disparu. On ne retrouve pas dans D l'annonce 

2 4 



— 370 — 

„„-.„„. ,| ( . l'exhibition : « Vousa//ez voir une bande de Tous » (42), 
„i Louvegnez va nous montrer » (45)... ni le mouvement de M 
« holà! écoutez!... voici!... », ni celui de M 109-110: 
a il /..-, voler ! voici... » ni celui enfin de M 120 : « regardez bien...». 
AJnfli l'origine des principales différences entre les deux textes 
pro , [ 0U j ,i r cette difficulté d'interprétation. La difficulté est réelle, 
noua l'avons éprouvée aussi : qu'on nous pardonne donc la longueur 
,1,. cet te analyse ci de cette discussion, sans lesquelles il n'y avait 
de reconstitution du texte possible. 
L'auteur est naturellement inconnu. 11 devait être Stembertain. 
prouvé i° par le soin qu'il prend d'opposer l'action des 
Verviétois à «'elle des Stembertains, pour en tirer une justifica- 
tion et une revanche en faveur dé Stembert ; 2 par